ACTE PREMIER
ANTOINETTE
Je serai donc toujours une petite tille pour toi'.'
DOMINIQUE
11 me semble pourtant que tu as grandi tout à coup.
ANTOINETTE
Tu trouves .'
DOMINIQUE
Il y a quelque chose de nouveau dans ta vie, n'estce pas?
ANTOINETTE
Rien, je t'assure.
DOMINIQUE
Jadis, tu ne mentais pas avec moi.
ANTOINETTE
Un change quelquefois plus en trois mois qu'en plusieurs années.
DOMINIQUE
Si je ne te tenais pas pour la plus raisonnable des femmes, je jurerais que tu aimes quelqu'un.
Tiens, je ne parviendrais pas à te le cacher; autant te l'avouer tout de suite.
DOMINIQUE, vivement.
Toi aussi*? Ah! ma pauvre petite, je te plains. Tu ne sais pas ce qui t'attend.
ANTOINETTE
le n'ai pas peur.
DOMINIQUE
Tu peux te préparer à souffrir, et, cette fois, d'une souffrance que tu ne soupçonnes pas.
ANTOINETTE
Il y a des amours heureuses.
DOMINIQUE
Je ne connais pas celui que tu aimes. C'est probablement ce qu'on appelle un galant homme. Mais, si loyal, si délicat qu'il puisse être, il doit ressembler aux autres. Le plus chevaleresque est encore une canaille.
ANTOINETTE
Voilà des paroles bien exagérées.
DOMINIQUE
Tu as raison, ma sortie est ridicule. Je dis des choses amères et banales, comme les vieilles gens qui ont de l'expérience. Entre nous, j'ai vu pas mal de désastres autour de moi.
Les chagrins des autres ne donnent pas toujours autant d'amertume.
DOMINIQUE, brusquement.
Eh! mon Dieu, j'ai peut-être eu un amant autrefois, et j'ai peut-être été trompée.
ANTOINETTE
Toi;'
DOMINIQUE
Oui, moi. Il y a longtemps; sache-le, si cela peuk.te servir.