‹ Le passé, le présent et l'avenir de la photographieChapitre 3 sur 7 · LE PRÉSENT DE LA PHOTOGRAPHIE · texte numérisé non relu

LE PRÉSENT DE LA PHOTOGRAPHIE

suave et charmante; ces qualités tiennent à la nature même du photographe, au sentiment qui l'inspire et dont ses épreuves portent l'empreinte.

Ce que nous voulons enseigner, c'est la pratique manuelle de la photographie par l'application des moyens et des procédés les plus simples.

Simplifier, tel doit être toujours le but de celui qui veut faire passer dans l'esprit d' autrui des notions claires d'une science ou d'un art quelconque.

La simplicité est surtout indispensable dans l'enseignement des procédés matériels de la photographie, qu'on doit amener autant que possible à une régularité mathématique. Pour faciliter l'application de ces moyens, il faut dégager l'esprit de l'élève de toute préoccupation scientifique ou chimique; afin que de prompts résultats viennent encourager le débutant, il faut éviter de l'embarrasser en lui signalant les phénomènes qu'il est parfois exposé à voir se produire, et en essayant de lui expliquer ces phénomènes que les plus habiles eux-mêmes sont, la plupart du temps, incapables de prévoir et d'analyser.

Nous nous bornerons donc à indiquer les méthodes consacrées par l'expérience des hommes studieux qui se sont dévoués au perfectionnement de l'art, et nous ont généreusement dotés des résultats de leurs découvertes. Mais si la photographie est un champ à peine défriché, dont la fécondité nous ménage pour l'avenir de précieuses révélations, elle comporte déjà des résultats acquis assez remarquables, assez importants,

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et dignes d'intéresser tous les hommes de bonne volonté qui sont curieux de les étudier. Nous n'indiquerons ici que les procédés capables de donner des résultats assurés et certains.

Veuillez donc, lecteur, entrer dans notre laboratoire, et suivre attentivement les diverses opérations; nous allons vous mettre à même d'obtenir, séance tenante, un bon résultat.

Mais, avant de franchir le seuil, nous ne saurions trop vous recommander de vous armer de persévérance et d'observer toujours, en opérant, le soin le plus minutieux et la propreté la plus rigoureuse.

LE LABOKATOIRE.

Un laboratoire photographique est un cabinet spécial, dont la condition la plus essentielle est d'être absolument privé des rayons solaires; si la lumière extérieure y pénètre, ce ne doit être que par un verre jaune dépoli; autrement l'opérateur s'y éclaire par une bougie ordinaire.

Le mobilier consiste : 1° en une table ou une planchette à portée de la main , destinée à poser tous les flacons nécessaires à la préparation de la plaque, ainsi que le bain sensibilisateur ; 2" en une cuvette en guttapercha, disposée de façon à recevoir l'excédant des produits dont on se sert, et à le déverser, par un orifice intérieur, dans un autre récipient quelconque, où se

recueillent toutes les substances qui seront précipitées et décantées pour en retirer les sels d'or et d'argent qui peuvent être encore utilisés.

Le premier acte de l'opération, et peut-être l'un des plus importants, c'est le nettoyage de la plaque. Bien que ce nettoyage paraisse un travail simple en lui-même, nous ne saurions trop le recommander, car il a une influence directe sur l'ensemble de l'opération.

Nous prendrons notre glace en verre demi-double, jOU même une vitre simple ; mais la première offre bien plus de garanties de pureté et de finesse dans le travail. Il faut la tamponner, par un frottement circulaire, avec du coton imbibé d'un mélange d'alcool et de tripoli, ou de terre pourrie. On enlèvera ensuite tout ce qui peut rester du mélange avec un chiffon de coton affecté spécialement à cet usage; puis on verse de nouveau sur la glace quelques gouttes d'alcool ou d'éther sulfurique, et l'on achève le nettoyage en s' assurant que la glace est bien pure de toute espèce de taches. — Nous ne saurions trop le redire, de la pureté immaculée de la glace dépend le succès de toute l'opération.

BAIN SENSIBILISATEUR.

(Eau distillée, 100 grammes. — Niti-ate d'argent, 8 grammes.)

Ce bain doit être préparé et filtré dans une cuvette à recouvrement, ou en bois à fond de verre, ou simple-

ment en gutta-percha, et posée horizontalement. On fera dissoudre le nitrate d'argent avec de F eau distillée, versée dans un flacon exclusivement affecté à cet usage.

Le bain ainsi préparé, épousseter une dernière fois la glace avec un blaireau consacré aussi spécialement à cet usage, puis la prendre soigneusement par un angle entre le pouce et l'index de la main gauche, en ayant soin de la tenir bien horizontalement, tandis que, de l'autre main, on épanchera en nappe ronde le liquide du flacon de collodion' sur l'angle de la glace opposé à celui que nous tenons, de façon que le collodion se répande lentement et également sur la surface de la glace, sans toucher les doigts et sans revenir sur lui-même. En penchant légèrement la glace, on déversera la surabondance de collodion dans un flacon préparé à cet effet, car on ne doit plus se servir de ce collodion qui s'est appauvri à l'air libre. Lorsqu'on s'est débarrassé du flacon de collodion, on fait passer la glace dans l'autre main pour prendre la cuvette de la main gauche, et en la soulevant, pour faire couler le liquide dans la partie du recouvrement, afm de pouvoir poser la glace coUodionnée verre contre verre dans le fond de la cuvette ; aussitôt on laisse retomber la cuvette, de façon à faire précipiter également le liquide sur la partie de la glace coUodionnée;

1. Coton soluble, 10 gr. ; étlier salfuriqiu'., 800 gr.; alcool à 40» 250 gr., dans lesquels il faut faire tiissondre 10 gr. d'iodure.

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puis on imprime à la cuvette quelques mouvements pour que le bain agisse simultanément et également sur la surface à impressionner qu'on y laisse environ trois à quatre minutes.

Il faut enlever la glace du bain à l'aide d'un crochet en argent fait exprès, la faire égoutter et la poser dans le châssis chambre-noire, en renversant le côté collodionné, l'essuyer légèrement de l'autre côté, et fermer hermétiquement le châssis en ayant soin de le tenir dans une position à peu près horizontale, toutefois avec une légère inclinaison pour éviter que la plaque se sèche trop rapidement. C'est ainsi qu'il doit être apporté dans l'objectif placé devant le modèle.

La pose du modèle à reproduire est trop importante pour ne pas indiquer ici les conditions essentielles à observer. Ainsi le modèle doit être éclairé de façon à ce que toutes les surfaces, tous les contours soient apparents ; aucune partie ne doit rester enveloppée dans une ombre absolue ; mais il est indispensable qu'un des côtés soit beaucoup plus franchement en lumière que l'autre. Il faut choisir, pour le mettre en lumière, le côté du visage qui paraît porter l'empreinte caractéristique de la physionomie habituelle. Lorsque, par suite des conditions d'heure ou de l'état de l'atmosphère, le jour n'est pas favorable, on y remédie au moyen de réflecteurs ou de draps disposés de manière à réfléchir la lumière sur les parties trop obscures; c'est ainsi qu'on évite ces effets trop heurtés de noir et de blanc dont ne s'ac-

commode pas la photographie. Pour se rendre compte de Tefiet, il ne faut pas s'en rapporter seulement à l'image reproduite dans l'intérieur de l'objectif, car telle ombre qui paraît suffisamment transparente dans la chambre noire, acquiert dans le rendu une valeur parfois double ou triple, et se transforme sur l'épreuve en tons noirs d'un effet désagréable.

Il faut donc poser le modèle un peu de côté, de façon à obtenir les mains sur le même plan que le visage; car tout ce qui se trouve sur un plan plus avancé acquiert, par la puissance optique de l'objectif, un grossissement exagéré. Autant que possible, le corps doit être de deux tiers à trois quarts et le visage aux sept huitièmes de face, en observant les conditions dont nous avons parlé tout à l'heure. Avec ce genre de pose, on obtient des portraits harmonieux et plus accentués, et des épreuves qui ont une véritable tournure artistique. Autrement, avec le modèle posé entièrement de face, on risque de tomber dans la banalité des portraits vulgaires des marchands de photographies, la plupart absolument étrangers à l'art et au bon goût.

La manière de faire poser a une telle importance, une telle influence sur le résultat qu'on veut obtenir, qu'on ne saurait trop insister auprès du modèle pour lui faire comprendre sa part de responsabilité dans le succès de Topération.

Par la photographie, c'est le modèle qui fait son portrait lui-même. On ne saurait donc trop s'appliquer

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à faire passer cette vérité dans Tesprit de la personne qui pose devant vous. Ce portrait réussira parfaitement si les instructions nécessaires sont observées avec soin ; dans le cas contraire, l'opération sera compromise, et le travail à recommencer.

La plus essentielle de toutes les obligations du modèle, c'est l'immobilité : si l'on bouge, fût-ce même imperceptiblement, le nez, les yeux, toutes les parties du visage se trouvent augmentées. Ainsi, qu'on se représente seulement un cheveu dont l'épaisseur serait doublée, aussitôt ce cheveu devient énorme et hors de proportion ; que le nez dévie légèrement de gauche à droite, il s'élargit et devient épaté : il en est de même pour le reste. L'immobilité est donc la première et la plus absolue de toutes les conditions. C'est l'absence d'immobilité qui, très-souvent à tort, a fait accuser la photographie d'élargir ou de grossir les objets.

Les yeux doivent toujours s'arrêter sur un point déterminé , sans cependant donner au regard une fixité trop rigide. 11 ne faut pas résister au mouvement naturel des paupières, car alors le regard sera forcé et d'un aspect désagréable. On ne doit pas non plus suspendre ou gêner la respiration; il faut, au contraire, conserver à la nature toutes ses allures habituelles.

Quand la pose est adoptée, il faut persuader au modèle qu'il doit rentrer dans sa pensée, et ne pas se préoccuper de l'objectif qui fonctionne. Il est bon

d'appeler à soi des idées riantes, agréables, car l'expression sérieuse est celle qui s'exagère le plus, et qui donne ordinairement à la physionomie un air de souffrance, de contraction ou d'eanui.

C'est seulement pendant l'espace d'une demi-minute à peu près qu'il faut observer scrupuleusement ces prescriptions, et, nous ne saurions trop le redire, ce n'est qu'à l'aide du concours du modèle qu'on arrive à un complet résultat.

On facilite le maintien du modèle au moyen d'un appui-tête articulé qui le soutient sans le comprimer ni le gêner.

Après tous ces soins pris, il faut mettre le modèle au point. On se place derrière l'objectif et on le dirige de façon à tenir le 'sujet bien en lumière en fixant le point, soit "sur lajigne des yeux, soit sur celle des lèvres. Les mains doivent aussi être mises au point avec une égale attention , et l'on se prépare à faire i'onctionner l'objectif.

C'est alors que l'on remplace la glace dépolie par le châssis chambre noire qui contient la glace collodionnée.

On ferme l'ouverture de l'objectif et l'on tire la planchette du châssis qui défend la glace contre la lumière. Le moment décisif étant arrivé, il est indispensable de prévenir le modèle et de lui imposer ce commandement : hnmobilcl On ouvre l'objectif sans le faire bouger, afin de ne rien déranger à l'exactitude du point, et l'on calcule ensuite le temps né-

cessaire à la pose, selon les conditions voulues. Ici, moment solennel où la merveille s'opère par la réfraction des rayons lumineux, centuplés d'intensité par la convergence des verres optiques, et qui en s' imprimant, pour ainsi dire, sur la surface collodionnée, iodurée d'argent, et rendue par conséquent sensible au dernier point, produisent une image invisible qui n'apparaît que sous l'action des réactifs appropriés qu'on verse dessus aussitôt la rentrée dans le laboratoire. C'est là ce qui donne une image négative qui s'appelle photographie, dessin par la lumière, et ce qui constitue la réalisation de ce phénomène qui place cette découverte au rang des plus belles inventions de notre siècle.

Il ne peut y avoir de règles précises pour déterminer le nombre de secondes ou de minutes nécessaires à une bonne opération. C'est une affaire d'appréciation personnelle du photographe, d'inspiration même quelquefois. 11 doit tenir compte à la fois delà nature du sujet, du foyer de l'objectif, de l'état du jour, enfin de la sensibilité de son collodion. Cet espace de temps peut varier de dix secondes à deux minutes. Dans les premiers essais on est guidé par l'instinct, et il en résulte qu'on abrège ou prolonge trop la durée de la pose, ce qui a de graves inconvénients. Après quelque temps de pratique, l'expérience fait arriver à une certitude de résultat.

Après les secondes et les minutes comptées, on ferme l'objectif et l'on rend au modèle la liberté de ses mouvements; puis on fait glisser la planchette

pour fermer le châssis qu*on retire de l'objectif pour le rapporter dans le laboratoue. Là on doit trouver un bain de fer préparé, préalablement coupé d'eau dans un verre ^, on le verse rapidement avec le plus de soin et le plus d'adresse possible sur la surface impressionnée de la glace, jusqu'à ce que l'image apparaisse; on lave ensuite soigneusement la glace, puis on prend dans un autre verre de l'acide pyrogallique préparé aussi à l'avance ^ et on le répand sur l'image, en renforçant l'acide pyrogallique de nitrate préparé spécialement pour cette fonction. Il faut arroser ainsi le cliché jusqu'à ce que les noirs et les blancs présentent une transparence satisfaisante. Il faut agir lentement, afin d'arriver par gradation à développer les nuances fines et délicates qui sans cela seraient trop heurtées. Après cela, on lavera parfaitement la glace, et l'on sortira du laboratoire pour procéder à la fixation de l'image, car la combinaison des émanations dont il est rempli avec celles des produits que l'on emploie est très-nuisible, et la dernière opération peut très-bien se faire à la lumière du jour. Elle a lieu au moyen soit du cyanure de potassium % soit de l'hyposulfite de soude dont on ar-

1. Sulfate de fer, 100 gr.; eau d'slillée, 1,000 gr.; acide acétique cristallisable, 50 gr.; alcool à 40», 50 gr.

2. Eau distillée, 250 gr.; acide pyrogallique, 1 gr.; acide acétique cristallisable, 20 gr.

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