‹ Le passé, le présent et l'avenir de la républiqueChapitre 35 sur 112 · XII · texte numérisé non relu

XII

Mais si cette parfaite justice et si cette parfaite tolérance des institutions nouvelles suffisent à l’immense majorité du parti de 1830, elles ne suffisent pas à quelques hommes aigris de ce parti, des dépossédés de la monarchie. Leur chute est un crime dont ils ne devra ient accuser qu’eux-mêmes, car ils sont tombés sans qu’on les ait poussés; mais leur chute est le crime qu’ils ne peuvent pardonner à la République. Cela n’est pas raisonnable, mais cela est naturel. Les individus condamnés ont un jour pour maudire leurs juges. Les partis descendus du règne doivent avoir un quart de siècle pour accuser le destin. Ces hommes à qui la République en naissant n’a pas jeté une menace, un reproche, une parole amère, une injure, n’ont pas plutôt été relevés par elle de leur douleur et de leur évanouissement devant la catastrophe, qu’ils se sont répandus en amertumes, en accusations, en invectives et en calomnies contre la République qui les avait sauvés, recueillis et abrités de la révolution.

Ils ont imputé et ils imputent avec un odieux acharnement à la République les malheurs, les trou-

blés, les agitations, les gênes, les souffrances, les misères de la crise qu’ils avaient faite, et que la République avait pour tâche et pour gloire de terminer, de régulariser et de réprimer. Ils ont tourné et ils tournent tous les jours en incriminations contre la République les armes dont la République s’est servie pour les protéger contre la terreur, la spoliation, l’insurrection, la démagogie et le communisme. Ils mettent à la charge du gouvernement républicain les désordres, les excès et les crimes dirigés dès les premiers temps contre le gouvernement républicain lui-mème! Écoulez-les!

Le drapeau sanglant de la terreur que la République a repoussé de la main en découvrant sa poitrine, c’est la République!...

Le communisme que la République a renié devant les poignards à l’ Hôtel-de-Ville, c’est la République!...

Le joug des clubs que la République a refusé de subir en face de deux cent mille hommes ameutés le 17 mars, c’est la République!

La dictature des démagogues que la République a brisée le 16 avril sur la place de Grève avec quatre bataillons contre cent mille insurgés, c’est la Ré- ♦ publique!...

La guerre universelle de propagande et d’invasion que la République a flétrie , désavouée, con- , tenue, réprimée par ses manifestes aux puissances et par sa dissolution des rassemblements démagogiques d’étrangers sur ses frontières, c’est la République !...

Le 15 mai, que nous avons étouffé une heure après le crime en allant cerner et arrêter le gouvernement insurrectionnel à l’ Hôtel-de-Ville pour rendre le pouvoir vengé à la représentation nationale, c’est encore la République!...

Ainsi, de tous les crimes, de tous les attentats, de toutes les agitations heureusement réprimés pendant une révolution terrible. Si le poignard nous avait frappé, en défendant ainsi la société et la République, ce poignard dont la République aurait péri serait encore le crime de la République ? Voilà la logique, la justice et la reconnaissance de ces hommes !...

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