CHAPITRE II
S'il y a en France un autre grand et respectable parti, élément politique caressé et subordonné sous les monarchies, élément politique libre, égal aux autres, actif et puissant sous les républiques par son poids dans le suffrage universel: c’est le parti religieux. J’ai tort de dire parti, je devrais dire simplement conscience; car toute la force d’une foi et toute son action dans un pays qui professe la liberté des cultes devraient être confinées dans la conscience. Je dis parti pour me servir des termes en usage, et parce que, en effet, depuis quelques années, certains
hommes, selon moi mal inspirés, ont essayé de constituer la conscience de leurs coreligionnaires en parti politique, d’appuyer le levier de Dieu sur les institutions humaines, et de placer l’autel sur le budget.
Cette opinion se divise donc en deux partis trèsdislincls.
L’un est le parti purement religieux, qui croit et qui sent comme vous et moi que les gouvernements ne sont que le mécanisme du mode d’existence des peuples, mais que l’ame est dans les religions ; que bien croire, bien adorer et bien servir Dieu chacun selon sa foi, sa raison, sa conscience , est la suprême fin et la plus haute dignité de l’espèce humaine; que la perfection des institutions politiques est d’être pour ainsi dire une religion en action, une conscience collective en lois, une morale universelle, une profession de foi nationale à l’existence, à la providence, à la souveraineté de Dieu, et aux devoirs qui découlent de cette notion générale de la vérité incréée. La République est bonne à ce parti en ne soutenant, au nom de l’État, aucun des cultes individuels qui prétendent au monopole de l’idée religieuse ou à la propriété exclusive de la vérité; mais en assurant à chaque communion la liberté, l’inviolabilité, le respect et la faveur du gouvernement pour tout ce qui élève et sanctifie l’humanité en la plaçant en présence de Dieu.