CHAPITRE III
Mais il y a à côté de ce parti de la conscience religieuse, du catholicisme libre et vénéré en France, un petit parti ambitieux remuant, conquérant en arrière, un Coblentz ecclésiastique à Paris, une coterie politique prenant le drapeau dans la sacristie pour le porter sur la place publique, proclamant l’intolérance de toutes les doctrines philosophiques ou religieuses qui ne sont pas celles d’une église dominante et exclusive, et avouant hautement le projet de ramener le monde , non pas par la discussion, ce qui est permis, mais par la conquête du gouvernement, par la loi partiale de l’Étal, par la corruption du budget, à un établissement temporel de l’église et à une religion de la loi au lieu d’une religion de la conscience.
Ce n’est plus là le parti religieux, ce n’est plus là le parti d’une communion , c’est une véritable faction catholique. Ce parti a tous les vices d’une fac-
lion , faible cl turbulent. On entend ses orateurs O’Connels plaintifs d’une persécution de fantaisie. On lit ses journaux: on rougit des injures qu’ils jet-* tent chaque matin à toutes les consciences au nom de l’inviolabilité des consciences; on s’afflige de voir le nom de Dieu profané par de tels hommages: ils lui sacrifient des holocaustes de papier. Véritables licteurs masqués en apôtres, ils martyrisent, au nom de la religion, l’indépendance, la dignité, la sainteté de la conscience dans tous les coeurs qui ne veulent pas recevoir un formulaire de leurs mains. Ils ont éteint, de peur du scandale, le bûcher de l’ inquisition ; mais ils ont gardé son fer chaud, et ils en marquent avec délices les noms de tous les hommes qui adorent Dieu sous d’autres symboles.
Celte faction politique ne compte dans les rangs de la pensée religieuse que par le mal qu’elle lui fait. Elle caresserait volontiers la République comme elle a caressé toutes les monarchies, si la République voulait se vendre à elle et lui vendre la conscience des peuples pour les royaumes de ce monde. Mais celle faction n’est au fond ni république, ni monarchie, ni aristocratie, ni démocratie. C’est un fantôme de théocratie, c’est-à-dire de souveraineté pontificale exhumé du moyen-âge dans l’ombre d’une calacombe; cela s’évanouit de soi-même d’cs qu’il fait jour dans le sanctuaire comme dans la raison du peuple et du temps.
Cette faction, du reste, est si peu nombreuse et si en dehors des réalités, qu’elle ne peut faire à la • République ni bien ni mal. On l’entend, mais on ne l’aperçoit pas.