LE PASSEPORT DES INDIGÈNES
Les passeports aux personnes indigentes étaient délivrés gratuitement, ainsi qu'il résulte d’un avis du Conseil d'Etat, en date du 22 décembre 1811. Cette mesure avait été prise pour éviter que les ouvriers sans ressources ne fussent tentés, s’ils étaient obligés de se déplacer, de le faire sans passeport, et d’être ainsi assimilés à des vagabonds, au cas où ils seraient arrêtés en cours de route. Une circulaire du 2 octobre 1811 prescrivit en outre de ne plus délivrer de passeport aux ouvriers, demandant à se rendre à Paris, avant qu'ils n’aient justifié d'y avoir été appelés par des chefs d’atelier ou par des directeurs de travaux. Sans doute, faut-il voir dans cette défense un moyen pour empêcher l'augmentation du nombre des sans-travail, et pour apporter aussi une digue contre la misère, causée en partie par l’afflux considérable des provinciaux à Paris.
Les passeports pour l’étranger coûtaient dix francs. Ils étaient délivrés au nom de l'Empereur et Roi, contenaient dans la pâte le filigrane de Napoléon et étaient
frappés aux armes de France.
Ils requièrent aide et protection pour le titulaire (1).
Les passeports donnaient lieu, de la part de certains aventuriers à des abus spéciaux : sous prétexte que ceux-ci étaient munis de passeports de l’intérieur, ils circulaient dans les régions occupées par les armées françaises, et réussissaient à se faire donner des vivres par elles et à subsister ainsi à leurs dépens. Une circulaire de 1809 vint mettre un terme à ces agissements.
En somme, sous le premier Empire, la pratique des passeports continue à demeurer normale, comme durant la période révolutionnaire. Rien ne saurait surprendre à cet égard. Le régime impérial fut autoritaire, tracassier et policier. Il établit une hiérarchie de fonctionnaires soumis pleinement au pouvoir du gouvernement central. Les idées de liberté étaient oubliées. L'usage des passeports s’accordait parfaitement avec un tel régime.
(1) Voici comment étaient rédigés ces passeports: