LE PASSEPORT DES INDIGENTS
Les mendiants continuent, comme par le passé, à rançonner les campagnes. Une circulaire du 1e février 1823 intervient à ce sujet. Elle attire l'attention des préfets sur la facilité avec laquelle un grand nombre de maires, surtout des communes rurales, accordent des passeports aux indigents et l’indemnité de 30 centimes par myriamètre. Des individus, trop souvent indignes des bienfaits du gouvernement bénéficient sans aucun motif plausible d'avantages auxquels ils ne devraient pas participer.
Il n’est pas sans exemple, dit la circulaire, de voir des familles entières voyager depuis plusieurs années et se faire de ces secours un moyen d'existence aux dépens des communes qu’elles parcourent. Ces graves inconvénients n’existeraient pas si les maires considéraient que les individus, dont ils cherchent à se débarrasser de cette manière, deviennent souvent des vagabonds dangereux,
disposés au crime par une vie errante et oisive.
« Pour faire cesser un pareil état de choses, je vous invite (1) à prescrire aux Maires de votre département de ne délivrer aucun passeport gratuit sans votre autorisation préalable. Ils. devront, en conséquence, vous adresser des propositions indiquant les motifs du pétitionnaire et le lieu de sa destination; et ils joindront à l’appui de chaque proposition un certificat délivré par eux, constatant l’indigence du postulant et la nécessité de son déplacement. »
Cette indemnité au myriamètre coûtait au Trésor des sommes énormes. Il résulte d’une note administrative que les frais occasionnés par les déplacements successifs d’une femme Françoise-Marie Roche, et de sa famille, depuis le 5 mars 1817 jusqu'au 30 novembre 1822, ont atteint la somme de 21.572 fr. 25, tant en indemnités qu’en moyen de transports. Il y avait là un abus d’autant plus déplorable que ces indigents devenaient des men- . diants officiels, qui se transformaient facilement en
vagabonds et criminels.