chapitre, voire en une telle et telle page et encores en
une telle et telle ligne. Et tous les samedys avions pour
coustume de répéter par cœur tous ces mots et vocables
que par toutte la sepmaine il avoit apprins. L'heure
de ceste estude (selon ay dict cy devant), estoit aux
après-disnées, pendant qu'il estoit auprès de son père,
qui seroit depuis les deux heures jusques à quatre, et
ce, la plus part en sa royale présence, au bout de
quelque buffet ou table, de celles de là tout près, luy
assiz en un petit tabouret ou escabeau, et moy à son
costé en un genou ; et le plus souvent quand nous nous
Le Prince s'incline à la musique et l'apprend par le moyen de la viole d'arc.
trouvions escartez hors de la royale présence, s'assied sur un de mes genoulx, estant moy agenouillé de l'autre et s'y assied dessus tout le temps de nostre lecture qui duroit aulcune fois une fort grosse heure, que Dieu sçait combien je m'en lassoy ! Mais l'amour et bon zèle avecq quoy le servoy, me soulageoient touttes ces paines et travaux. En s'allant d'icy vers son quartier se mist incontinent à faire collation, et icelle faicte, à estudier son latin, en quoy vs'occupant une demie heurette, qui d'ordinaire s'achèveroit entre ciftq et six heures du soir, lorsque les plus grandes chaleurs de la journée seroient passées et le soleil bien bas, au moins derrière les montaingnes (estant ceste mayson située au pied d'icelles) s'alloit esbatre aux champs, l'une fois en coche et autre fois à cheval, à y tyrer une couple de lapins, et quelque fois alloit à pié, se promenant aux jardins d'alentour de la mayson, s'y entretenant en ses petits playsirs et exercices en compaingnie de ses petits pages, où la plus part m'appela aussi. Il s'estoit grandement incliné à la musique et aux instrumens, principalement à la violle d'arcq ou de gamba, ayant eu pour maistre un certain grand musicien appelé N. de Troyolo, qui, quelque temps auparavant, nommément avant le voyage de Taraçone, l'avoit enseigné sur ladicte violle, et qui, peu de temps après, y vint à mourir, et ne laissa pourtant d'en continuer, suyvant le bon fondament que cedict maistre luy avoit donné, et en devint si adroict et bien versé que par le seul exercice de cest instrumens (qui en soy est fort musical) apprint aussi la musique et la voix, chantant fort seurement sa partie ; mais comme il avoit la voix tendre et point encore faicte et exercitée, luy estoit pénible de la bien et nettement proférer, de dégorger
sans s'en désentoner quelque fois, par où fust contrainct ïS94
de chanter tousjours accompaigné et guydé par la voix
d'aultruy, et sçachant que je ne chantoys aulcunement
ma partie^ me commanda de chanter avecq luy le des- L*autheur chante
sus en falcet, comme je le fis chasque fois, îusques à ce ^^^^. ^ T"^^*,^ ' ' ^ 'Il musique. Son Al-
que la voix luy changea par son eage en un bascontre, tèze luy enseigne les laquelle forma divinement bien, et en devint avecq le commencemens de
temps si adroict et expert, qu'il n'y avoit mot et ma- ^^ ^^°^^ ^'^^^' ^^
... 11 .» I . c icelle musique se
drigal ou autre quelle pièce de musique que ce fust, continueensacham-
qu'il ne la chantoit fort bien et aussi du mesme la tou- bre longtemps, choit sur la vioUe, sur laquelle me fist l'honneur de m'enseigner luy mesme les premiers commencemens, qui fust, (si bien me souvient) la première fois en la ville de Taraçone, et dès lors l'estudiay si bien que (bien ou mal) chasque nuict me falut toucher en sa compaignie, car son Altèze l'alloit ainsi continuant jusques à l'heure présente. Le restant du temps que je pouvoys m'eschapper des occupations susdictes, m'employai le plus souvent en la communication que j'avoys avecq un certain moysne lay de ce monastère, appelle fray Marcos de Perpiiian, qui de son office estoit orfèbvre et fort industrieux à touttes choses. Nous nous occupions le plus souvent en la fondition de petites figures, et entre aultres y fismes un jour une fort belle figure d'un christ, lequel je fis fort bien réparer par après et le fis attacher à une croix d'ébène, et estoit le crucifix fort beau, et curieusement faict. Il me monstra plusieurs secrets de dorer et depuis d'en donner la couleur, aussi pour nectoyer les pièces d'argent et les donner leur blanchissement et plusieurs autres petits secrets que je tiens tous recopiiez en un petit traicté qu'en ay faict ; par où es semblables occupations y
de Zékndrc de la Compagnie de IHS .
à qui Tautheur fait avoir un calice.
^^94 passay le temps d'icelle sayson, et le restant que n'avois
en quoy m'occuper, m'acostay à un certain Révérend
Père jhésuite, de ma grande et vielle cognoissance,
Le Père Jaques qui y estoit aussi pour lors appelé le père Jaques de Zé-
landre, qui estoit celuy avecq qui je fréquentois le plus souvent. Je luy avois faict tenir un calice d'argent doré fort beau et riche, des trois que Sa Majesté offre tous les ans le jour des Ro3's, selon l'inscription qui y est au pied dudict calice, qui fust de ceulx de l'an 1594, lequel Sa Majesté luy fist donner par mon instance, pour estre délivré et envoyé au couvent de sa principale demeure qui estoit à Bruselles, auquel je pense se trouveroit encores pour le jourdhuy. Je le tenoys pour confesseur le temps de son séjour en ceste court, car estoit de fort grande doctrine et édification, et sa conversation et hantise fort facétieuse II me dict entre aulires bonnes chosettes ces deux énigmes, qui pour estrcs dévots et subtils les ay bien voulu icy mectre.
Enigmes.
Jean Ruyz de Veasco.
Enigme.
Sum quod eram, nec eram quod sum, nunc dicor utrumque.
Un aultre.
Sum genetrix illa aima dei, nempe ipse puellus Est deus, est matris filius, atque pater ;
Est genitor satus, sine matre, sine aevo, est Sine pâtre quidem virgine matre satus.
L'interprétation de ces deux énigmes n'est autre que la saincte Marie Vierge, mère de Dieu omnipotent.
Lesquels communiquant a un mien amy et compaignon de la chambre de sa majesté, qui fust Juan Ruyz de Velasco, homme fort dévot et pieux, luy contentarent tant qu'il en voulut avoir la copie, laquelle luy donnay
et en contrechange d'icelle, me donna celle d'une lettre, '594
que la même saincte Marie, vierge et mère de Notre Seigneur, avoit escrit en son vivant et de sa propre main . à ceulx de la ville de Messine selon le contenu de la présente :
IHS
Cum Beatus Paulus apostolus esset in Calabria Regij ferventer evangelizans, fuit a populo Messenensi mirabili devotione vocatus, unde venit, et praedicavit prima die, de Xpi salvatoris passione, secunda die de beatae Marias virginitate et incarnati verbi mysterio, quibus audiiis, ipsa universitas Messenensis ubi deipara-virgo resideret instanter interragavit. Cui beatus Paulus respondens dixit Hyerosolimis morari, et adhuc vivere. Repleti itaque gaudio magno, Messenenses instituerunt legatos, qui una cum ipso Apostolo Hyerosolimam tandem se navigio contulerunt, ubi facta prius oratione, Beatam Virginem in dominam susceperunt, quae sanctissimis manibus propriis ipsis Messanensibus hebraicis litteris rescripsit in quodam chyrographo, quod fuit ab eodem Paulo postea in graecas liceras, et temporibus nostris a Constantino Lascari viro praestantissimo, in latinas translatum tenoris sequentis.
Epistola B. Mariae missa civitati Messenensi. Lettre de Nostre
Maria virgo, Joachim filia, dei humillima Xpi Jhesus ^*"^^- Crucifixi mater, ex tribu Judae, stirpe David, Messenensibus omnibus salutem, et dei omnipotentis benedictionem. Vos omnes fide magna legatos ac nuntios per publicum documentum ad nos misisse constat, filium nostrum Dei genitum, Deum et hominem esse fatemini, et in cœlum post suam resurrectionem ascendisse.
1594 Pauli Apost. electi predicatione mediante, viam veri-
tatis agnoscentes, ob quod vos et ipsam civitatem benedicimus, cuius perpétua Protectricem nos esse volumus. Anno fîlij nostri 42, tertio nonas Junij, lunae 27, feria quinta, ex Hyerosolimis.
Maria Virgo quae supra hoc presens Chyrographum approbamus.
Et communiquant ainsi touttes ces choses susdictes par ensemble, s'y survint de bonne fortune un aultre bon amy serviteur de Sa Majesté, qui faisoyt l'office de son escuyer de cuysine, un homme fort entendu et de fort bonne et agréable conversation, un des plus anciens Juan Cabrera de serviteurs de la mayson Royale dict, Juan Cabrera de or ova. Cordova, qui seroit du mesme eage que celluy de Sa
Majesté, et pour estre vieux courtoysan en la royale mayson, avoit veu nourrir devant ses yeux tous les jeunes Princes enfans du Roy, et sçavoit beaucoup de particularitez de touttes ces choses, luy aydant la mémoire qu'il en avoit bonne et fresche, et parlans (ne sçay par quelle parentèze) de la vie et éducation du ser™* Don Juan d'Aus- prince le seigneur Don Juan d'Austria, filz de feu l'Empereur Charles le V et frère de Sa Majesté, nous en dia merveilles et tant que de la seule moitié l'on eust bien sceu ramasser un grand discours. Il nous dict entre aultres de son gaillard esprit et profund entendement et la grande habilité et promptitude qu'il avoit en la poésie, dont nous en récrivit ces deux ou trois versets qui luy vindrent encores à la mémoire, et lesquels il luy avoit ouy dire souventes fois sur la recherche du contentement, un don tant aggréable à tout le monde.
La letra. — Di contento adonde estas Qpe DO te tiene ninguno QjLiien pîensa tener alguno No sabe pordonde vas.
La glossa. — Ando buscando el contento Dende que supe entender,
Y jamas lo pude aver
Una hora, ni un momento ; No lo tuve enlo de atras Ni enlo présente lo veo
Y ando con este desseo Di contento, etc.
Donde estas para buscar te Do tienes tu habitacion
En que gente, o que région, Para que pueda hallarte, etc.
Ne se souvenant plus rien du restant. Sur cecy, replicant le susdict Juan Ruyz de Velasco, luy souvint aussi de certain vers espaingnol, composé sur la mort du ser"* Prince don Carlos, filz aine de Sa Majesté, qui mourut au plus fleurissant de son eage, que pour estre Testyle hault et élégant, Tay bien voulu icy mettre en compaingnie du susdict, qui fust tel :
Nasci de Abuelo y padre sin segundo
De tantos Reynos Principe heredero,
Hinchi de miedo, y de esperauça el munde ;
Joven ardiente, de auimo guerrero,
Muerte en un punto, derrivo al profundo
Las esperanças de tan alto aguero.
O suerte humana, quien en ti confia,
Qjie ayer fuy Carlos de Austria, oy tierra fria.
Et puis que parlons en matière d'épitaphe, me souvient d'un autre de ce mesme prince, qui fust trouvé en Salamanca sur sa tombe, pendant que l'on y célébroit
Vers sur la mort du Prince don Carlos.
IS94 ses obsèques, et m'en a faict part certain amy mien,
dict Don Antonio del Valle, qui est de la teneur suyvante :
Autre vers sur Aqui yaze la verdad
la mesme mort. Aquien el mundo cruel
Mato sin enfermedad, Porque no reynasse en el Sino mentira y maldad.
Le temps s'approcha de nostre retraicte vers le Pardo et de là à Madrid, comme de coustume, et comme j'avoy ma mayson de ma résidence ordinaire audict Madrid fort occupée et embrouillée avecq des massons et manouvriers pour la réparation que cest esté y avois commandé faire, me convenoit grandement pour les accélérer la besoingne, et afin que le tout se fist à mon goust (y a qu'en despendoys grande somme d'argent, comme depuis par compte est apparu, qui monta à plus de 300 ducats), de m'y trouver en personne^ demanday congé de Sa Majesté pour m'y transporter quelque trois ou quatre jours, tant seulement qui seroit environ le mois d'aougst, lequel il me concéda ; et sçachant que j'y alloys à l'efFect susdi:t et que n'emportois la bourse par trop bien furnie, et pour luy estre aggréable ceste mienne réparation de mayson (de laquelle l'avoys donné larguement part les nuicts passées, me trouvant seul auprès de luy), aussi pour l'intuse et naturelle inclination sienne qu'il avoit à touttes fabriques et espécialement à la bonne trace et polidesse des maysons, esmeu de me vouloir favoriser en cecy, me donna congé, comme dict est, d'aller veoir ma besoigne et joinctement m'aflourra la bourse avecq 150 ducats pour secours Ayde de Coste. et ayde aux frays et despens de ceste mienne réparation,
desquelz prennant les dépêches pour les y aller recep- ^594
voir, me partay allègrement de là et y retournay quelques quatre ou cinq jours après, laissant un tel ordre en tout, que pour nostre retour vers là, trouvoys ma maysonnette belle, polie et très bien accommodée, tant que tout le monde qui auparavant l'avait veue et cognue s'espantoit assez.
Party de Sainct Laurent, qui fust après la Toussaincts Le Roy part de vers le Pardo, s'y détint Sa Majesté quelques trois sep- *p^^ ^""^^^ ^^^ maines et estant arrivé à Madrid sur la fin du mois de Q^t^e vers Madrid novembre, au dernier duquel se célèbre la feste du sainct et y célèbre la feste apostre monseigneur sainct Andrieu, patron de la nation delaThoysondor. bourgoingnonne, et par conséquent de Tordre de la thoyson d'or. Il avoit plusieurs années que Sa Majesté ne s'estoit trouvé en Madrid le jour de ceste festivité, et comme son intention estoit de donner aulcuns colliers de l'ordre à quelques grans seigneurs, aussi pour restablir et refrescher la mémoire des cérémonies requises à la solempnisation de ceste feste et assemblée des chevaliers de Tordre^ qui en un tel jour se debvoient congréger, ayant le souverain de l'ordre obligation de les convoquer et disner ce jour là tous ensemble, selon l'ancienne institution, et confrères qu'ils sont par ensemble, aussi les officiers de l'ordre qui sont les chancelier, thrésorier, greffier et premier Roy d'armes (dict thoyson d'or), en la mesme pièce à une table à part, tous serviz en grandeur et magnificence royale, y fist convoquer Sa Majesté tous les chevaliers de l'ordre qui pour lors y estoient et oyrent ensemble les vespres la veille du jour sainct Andrieu, et le lendemain le divin office en fort grande solempnité, ayant créé ce jour là trois autres nouveaux chevaliers qui furent : le ducq de l'Infantado, Marquis
ï)94 de Villena, et don Pedro de Medicis, frère au Grand
Ducq de Florence, auxquelz proposant à un chascun de par soy la réception en Tordre, agenouillé devant Sa Majesté, leur dict le chancellier de l'ordre en nom de Sa Majesté les suyvantes paroles (préalablement armez chevaliers, et y observées certaines cérémonies) : « La orden os rreçive en su amigable compania, y en senal dello, os présenta el collar, plegue a Dios que le podays traer largo tiempo à honrra y servicio suyo, y ensalçamiento de la santa yglesia para acrescentamiento y honrra de la orden de vestros merescimientos, y buen renombre, en nombre del padre, del hijo, y el spiritu sancto. » Et le chevalier respondit : c Amen.» Ils disnarent ce jour là tous ensemble en une pièce ; mais point à une mesme table, selon toutes fois en parle l'institution et anciennement les ducqz de Bourgoingne souloient faire, car Sa Majesté et Altèze s'assirent desoubs leur pavillon et dosseret, à leur table à part, et les chevaliers tous à une autre qui estoit mise y tout tenant, et les susdictz officiers à une autre en un coing de ladicte pièce, et se feit ce banquet en publicq, et solempnisé de tout le monde, comme chose en plusieurs ans jamais veue. Sa Majesté eust icy partie de l'hyver ses gouttes, et tant qu'il ne peult rentrer en convalescence.
IS95. En ce temps furent descouvertes certaines reliques au
eique^ cscou- qu^^r^jei. jg Grenade en la forme que cy après se dira.
vertes à Grenade, -n • . >
Il y avoit certaines gens qui au mois de mars, 1 an 1595, aux environs de Grenade, à l'endroict de certaine montaîngne, dicte Valparayso, estoient fouans et cherchans certains thrésoirs, et y entrans en terre, descouvroient certaine lame de plomb qui disoit en substance qu'il y avoit un corps mort de certain sainct. Quoy entendu,
prindrent ladicte lame et la monstroient à don Pedro xS95
de Castro y Quiiiones, leur Archevesque, qui après l'avoir examinée, commanda que l'on eust à passer oultre, y envoyant de ses propres gens, afin que le tout se fist avecq plus de soing et crédit. L'on y trouva beaucoup de cavernes ou grottes, touttes remplies de terre, et en aukunes force pierres, qui sembloit y avoir esté mises à la main, desquelles furent ouvertes aulcunes et y trouvées deux autres lames aussi de. plomb. L'une au 22 dudict mois, et l'autre au lo d'apvril. Les trois lames estoient comme dict est, de plomb, et à cause d'y avoir esté longtemps soubz terre, corrumpues et consumées en aulcuns endroicts et les caractères fort à Tantique lesquels convertyz en nostre lettre vulgaire sont de la teneur suyvante : « Corpus ustum divi Mesitonis martyris pasus est sub Neronis imperatoris potentatu, &' &* » dont les dernières ne vont icy déclarées, pour estre ladicte lame aulcunement corrumpue. Les autres deux lames estoient aussi escrites des mesmes caractères, mais point si lisables, dont touttes fois va icy leur déclaration en la nostre vulgaire : « Anno secundo Neronis imperij : marci calendis pasus fuit martirium : in hoc loco lUipulitano : electus : ad hune efectum sanctus Hiscius apostoli Jacobi discipus : cum suis discipulis : Turilo : Panuncio : Maronio : Centulio : per médium ignem in quo vivi ambusti fuerunt : eternam vitam petentibus transivere : ut lapides in calcem conversi fuerint : quorum pulves in huius sacri montis caverms iacent qui ut ratio postulat in eorum memoriam veneretur».
En l'autre estoit escript : « Anno secundo Neronis imperij calendis aprilis pasus est martirium : in hoc loco Illipulitano Thesiphon dictus prius quam converteretur :
I59S Abenathar : divi Jacobi apostolî discîpulus vîr literis et
sanctitate praeditus : plombi tabulis exscripsit librum illum, fundamentum ecclesias appellatum : et simul pasi sunt : sui discipuli dius Maximinus : Luparius quorum pulvis, et liber sunt cum pulveribus divorum martyrum, in huius sacri mont, cavernis : in eorum memoriam venerentur ».
L'on poursuyvist de fouir plus avant et encrcuscr lesdictes grottes, es quelles fust trouvé un grand amas de cendres, charbon, et du sablon tout meslé ensemble, et beaucoup des ossemens des morts, dont plusieurs estoient à demy bruslez, et aussi les parois embrasées, tellement qu'il y eust d'apparence que ces saincts y furent bruslez, et passans oultre y fust trouvée une aultre caverne et en icelle beaucoup des cendres, charbons et pièces comme de la chaux, et une masse blanche fort légière meslée de charbon, dequoy y pou voit avoir environ deux razières de nostre mesure. Tout lequel a esté veu et examiné par gens massons, et autres artistes de ce mestier, à l'opinion desquelz a semblé n'estre autre que des os bruslez, et les cendres d'iceux consumées avecq les pierres tout ensemble qui lors s'y brusloient, et semble que ceste caverne se peult attribuer au susdict sainct Hiscius selon en parle la lame.
Le 22 d'apvril, y fust trouvé le livre dont faict mention ladicte lame, cestuy-cy estoit miz en une custode de plomb au fond de laquelle estoit escript l'ensuyvant : « Liber de essentia Dei quem divus Thisiphon : Apostoli Jacobi discipulus in sua naturali lingua arabica : Salamonis caracteribus : scripsit ; et alium fundamentum ecclesias appellatum : qui in huius sacri montis cavernis iacet : Deus a Nerone imperatore hos duos liberet libros
imposuit finem hic : in : suis operibus, scribens mira- '595
cula et vita inte... itatem sui magistri... ui in huius sacri montis eau... est ». — Le 30 d'apvril y fust encores trouvée une aultre lame fort vielle et gastée, avecq les mesmes caractères dont le contenu s'ensuyt : « Anno secundo Neronis imp : calendis februarij pasus est martyrium in hoc... tano dius Cecilius : sancti Jacobi discipulus : vir literis, linguis, et sanctitate preditus : prophetias divi Joannis Apostoli comentavit : que sunt posite cum alijs reliquijs : in sublimi parte inhabitabilis turris turpianas : sicut dixerunt mihi sui discipuli dius Setentrius et Patritius : qui cum illo pasi sunt : quorum pulveres jacent in huius sacri montis cavernis : in quorum memoriam veneretur». — Les lieux signalez par ceste marque... signifie que la lettre y estoit corrumpue et point lisable. De toutes lesquelles choses a esté commise la plus curieuse recherche au Docteur en Théologie Rolandus Winquelius, natif de Rolandus Win- Bruges, Chappellain du Roy, homme fort docte, et versé 9"^^*"5es hystoires tant sacrées que prophanes, qui j'entens en a discourru fort amplement et en donné grand esclaircissement du tout, à quoi me remettant, et pour n'estre la matière de ma profession, n'en diray icy davantaige (i).
(i) Le Passetemps nous offre les dessins de ces inscriptions ; nous n*avons pas cru devoir les reproduire, ils nous paraissent absolument fantastiques. Quant aux inscriptions, nous en avons soigneusement respecté le texte.
Voici quelques détails sur cette découverte qui fit grand bruit dans son temps. En février 1595, un certain Sébastien Lopez, se livrant à la recherche de trésors cachés par les Maures, avait ouvert une grande excavation conduisant à un souterrain, dans lequel on trouva des lames de plomb contenant des inscriptions qui furent déchiffrées par deux jésuites, les P.P. Rodriguez et Garcia. On en
5 5 Le marquis de Denia^ que par cy devant disions estre
arquis e enia ^^^j^^ favorit du jeusne prince, fust envoyé en ce temps faict viceroy de Va- ^ i r y j r
lence. ^ Valence pour vice-roy, et semble que Son Altèze se
résentoit grandement de cest envoy, car Taymoit fort, et n'avoit personne à qui plus se fier, luy participant de touttes ses chosettes. Il luy dict entre aultres, comment passé quelque deux ans (dont s'en souvenoit encores), m'avoit faict donner une monture hors de Tescuyrie de son père, et en donné la commission à un gentilhomme de sa chambre nommé don Alvaro de Cordova, à fin que de sa part il l'eust à dire à don Diego de Cordova, premier escuyer à Sa Majesté, qui pour lors faysoit l'office de grand escuyer, mais que pour l'estrange condition dudict don Diego, il n'avoit esté obéy ni moy avois jouy du don et présent qu'il m'avoit faict, et que partant, il en désireroit qu'en tous cas ceste monture me fust donnée, ou bien qu'il feist tant envers ledici
avertit Tarchevêque don Pedro de Castro Vaca y Quinones. Celui-ci fît continuer les fouilles, qui amenèrent la découverte d'autres documents, inscriptions et même manuscrits, ainsi que les restes de Sûnt Cecilius et de ses compagnons martyrs. Le retentissement de ces trouvailles fut extraordinaire : on y accourut de toutes parts, l'archevêque en informa le roi et le pape Clément VIII, et fonda sur l'emplacement des tombes la célèbre collégiale du Sacro-Monte. Cependant plus tard, des doutes s'élevèrent sur l'authentidté de ces documents ; en 1641, Urbain VIII en défendit la publication par un décret. On peut lire sur ce fait les Acla Sanctorum, vie de Saint Cecilius, au le»" février; don Miguel Lafuente Alcantara, Historia de Granada, Paris 1852, Tome II p. 394. José Gimenez-Serreno, Manual del artista... en Granada. (Granada 1846), etc.
Lhermite y rejoute quelques détails nouveaux, surtout cette intervention du docteur en théologie Rolandus Winquelius, de Bruges, un nom que nous n'avons rencontré dans aucune de nos bibliographies, bien que le personnage semble avoir laissé un écrit sur la découverte.
don Diego qu'il me la donnasse, ou que luy mesme m'en fist avoir une. Ledict marquis, considérant l'envie que ce prince avoir de se veoir libre de ceste promesse, fist tout son eflFort envers ledict don Diego afin qu'il y voulsist entendre, mais rien, n'en prouflSta, tant obstiné se monstroit-il en aulcunes choses, ne donnant pour excuse autre responce, que puisque les chevaulx estoient de son père, n'en pouvoit nullement disposer sans luy en donner part, et sçachant que Son Altèze n'en gousteroit point, n'y eust nulle autre entrée pour luy en contraindre. Quoy voyant (mesmement s'en fâchant) ledict marquis d'une telle impartenance, se résolut de luy mesme me mectre à cheval à ses propres despens, et un jour quand moins y pensois (car n'en avoys rien sceu de leurs secrètes besoingnes), me vint dire que Son Altèze luy avoit commandé de me faire donner le cheval que passé deux ans il m'avoit promis, et me donna part des rencontres que sur ce il avoit eu avecq le susdict don Diego. Lequel n'y voulant entendre, me dict que j'eusse à chercher par toutte la court le mellieur cheval que possible me seroit trouver et que j'en fiz l'accord du pris et que luy le paieroit, le menant à ma mayson pour m'en servir depuis, car ainsi estoit le commandement de Son Altèze, ou bien que de sa propre escuyrie, il m'envoyeroit un qui ne seroit pas des pires. Je luy remerchiay bien humblement de l'offre, et luy suppliay de ne se mectre en grand despens pour mon respect, car sçavois bien que ce bon seigneur n'estoit par trop avantagé d'argent, mesmement en l'occasion de cesluy sien voyage, et que je m'en passeroy comme avois faict jusques ores, car n'estois despourveu de monture, attendant le temps et la sayson que Son Altèze
Le prince commande au marquis de Dénia de donner à Tautheur un cheval.
'595 auroit moyen de me le récompenser par autre voye, et
que seulement la bonne souvenance qu'il avoit eu Je moy (au bout de deux ans que cecy estoit advenu) m'estoit assez pour m'arracher le cœur du ventre en son très humble service, ou bien que si l'obligation qu'il pouvoit avoir d'obéir au commandement de Son Altèze estoit si estroicte et irrémissible, que je me contenteroys avecq la moindre beste de son estable. Il print touttes ces miennes excuses à très bon gré, et en fist le rapport à Son Altèze qui en estoit aussi très satisfaict, et le lendemain pour accomplir le tout, m'envoya à ma mayson une très belle haquenée de la race de celles de Viciniana de Napoles fort estimée de tous, une pièce fort rare et inestimable, qui alloit en trois quarts d'heure lieue et demie de chemin, le plus doux et aysé qu ay veu jamais en ma vie.
Ce temps pendant, entrions bien avant en l'esté, sans que Sa Majesté s'en pouvoit bouger à cause de ses gouttes, et qu'il n'y avoit apparence de s'en partir sitost. Et comme nous y print la feste de la Sainct Jean, qui est un jour fort allègre et célébré universellement de touttes nations avecq grandissime joye et applaudissement du peuple, et qu'en, ceste ville l'on a pour coutume de s'aller esbatre au champs et au rivaige toutte Le princefait une icelle nuict, et ayant ce jeusne Prince grande envie de
très belle sortie le ^^^j^ (comme jamais ne l'avoit veue) ceste sortie, en
matin du jour Samct
jggn fist le matin dudict jour une très belle et très riche à
cheval, aecompaigné de cent gentilzommes des prinei-
paulx de sa court, tous accoustrez bisarrement d'une
mesme livrée à la moresque, et équipez a la Ginette,
sortans du palays en ceste équipage, alloient traversans
par toutte la ville, courrans es plus principales rues de
fort belles carrières de deux en deux, et ayant ainsi parachevé leur tour, retournarent environ les 8 heures du matin vers le palays devant lequel courroient aussi plusieurs carrières, où Sa Majesté les veist venir par une fenestre serrée derrière certaines verrières de christalin, y apporté en sa chaire des gouttes, et y miz entre deux linceux, que encores qu'à son grand travail et paine-de s'y avoir laissé transporter, receut un grand contentement d'en veoir son filz tant gentil et avancé, et aussi du mesme le regardoit la ser"* Infante, sa sœur, d'en hault de ses fenestres avecq touttes ses dames, qui s'allègroient grandement du tout. Il y eust le lendemain, en la place devant cedict palays, un jeu de torreaux qui fust assez beau de veoir, en particulier la belle assemblée qu'il y eust de tant des grans seigneurs et Dames et Sa Majesté, Prince et Infante, au mitant d'eulx assiz desoubz leur trosne, et tous sur des théâtres qui environnoient toutte la place et estoit ce jeu de torreaux fort beau ; lequel finy, y eust un autre des cannes qui estoit aussi fort bien ordonné, et un des meilleurs que j'ay veu en Espaingne. Ceste chayre des gouttes, de laquelle j'achève de dire cy dessus, estoit un meuble des meilleurs et plus aysez que Sa Majesté pouvoit avoir, non en valeur ni estimation de richesse, mais bien en la grande commodité qu'il en reçoit en touttes ses maladies, et encores que fort n'estant que de bois, cuyer et ses ferremens ordinaires, vailloit dix fois davantaige qu'en or et argent elle pourroit peser. Quelle chose y a-til au monde pour un . Prince et grand monarche plus estimable, que des biens et richesses que le bon Dieu luy a donné, en tyrer sa commodité principalement en
Torreaux.
Jeu de cannes.
Chayèredegout tes du Roy.
IS9S temps de sa vieillesse, icelle chargée de grandes maladies
comme ce bon Roy en east bien sa part ? Geste chayre,
doncqaes, luy servoit d'un grand repos et délassement
de tous ses membres, .touttes les fois qu'il en sortoit
son lit de maladie, car s'y tenoit dedans depuis le matin
qu'il se levoit jusques au soir qu'il se couchoit, et s'ac-
coustrant à la legière, sçavoir est de son pourpoint,
chausses simples, qu'ilz appellent gerguescos, son casac-
quin de tafetas et robe de nuict, y estoit couché dedans
comme en son propre lict, car estoit la chayre large et
ample de plus de deux piez et demy, et s'abbayssant le
dossier, aussi en tyrant dehors les petites aisselles sur le
devant qui sont marquées cy après des lettres H. H H.
H. longue de plus de sept piez ; on y mist dedans un
petit matras de tafetas cramoysi faict et remply avecq
des poilz de chevaux, qui est une chose fort molle et
fraische y ayant toute aultre commodité comme en ces
3 ou 4 diverses figures se peult veoir.
Nous estions desja entré bien avant aux chaleurs de
Sa Majesté part cest esté, avant que Sa Majesté, pour sa longue conva-
de Madrid vers TEs- lescence, peult desloger d'icy. Enfin s'efForçant tout au curial«
possible se mist en chemin vers Sainct Laurent, sur la fin du mois de Juing, et y arrivâmes en un seul traict, sans nous arrester quelque part, pour l'envie tant insatiable qu'il avoit de s'y veoir assiz à son meilleur ayse, car n'avoit nulle part son repos et contentement comme en ce lieu, et s'y playsoit tant comme s'il eust esté au paradis terrestre. Les nouvelles estoient n'aguères venues Le trespas du du Pays-Bas du trespas du Ser"* Archiducq Ernest, qui Serme archiduc Er- ^^^jj. ^^^^ quelque temps Gouverneur et lieutenant nest d'Austriche. .. ,,, o\x-/ ./i
capitame générai pour ba Majesté, et avecq qui (selon
la vulgaire opinion), Sa Majesté debvoit marier sa fille.
la Ser"' Infante Yzabelle Clare-Eugénie et cecy suyvant le bon ou le mauvais succès de certaines entreprises qu'on avoit alors sur les couronnes de la France et Angleterre ; en quoy ne me veulx icy estendre d'avantaige pour nous estre icelles faillies, et joinctement cedict personnaige et par conséquent tous ces desseings, conceptz et efietz estainctz et assopiz, sans plus avoir sur quoy en discourrir. Et comme par les événements des choses se changent les conceptz et propositions des hommes, causarent cesdictes nouvelles un grandissime changement en la personne du Ser™*^ Cardinal Archiducq son frère, qui dès longtemps avoit esté destiné pour estre d'église et par efFect receu aulcuns ordres ou degrez de la prebtrise, si comme jusques à en estre ordonné ou gradué de l'évangile, et bien en point d'en prendre le dernier, l'ayant a icelluy effect Sa Majesté pourveu de l'archevesché de Toledo qui valloit les 300000 ducatz par an, et duquel il avoit desja jouy quelque espace, et estoit si prez d'effectuer le susdict, qu'il ne restoit que d'escheoir le jour à ce limité qui fust un dimenche, quand au commencement d'icelle sepmaine les nouvelles vindrent de ceste inopinée mort de son dict frère. La chassuble, la mitre et tous autres ornamens de sa personne estoient desja tous faictz, et les ay veu sur la table de Sa Majesté (que les y estions regardans tous) de fort grande admiration et richesse, tous de satin blanc brodé d'or et semé de très grosses et très précieuses perles, par laquelle mort fust estanché et renversé tout l'encommencé de cedict Prince, et Sa Majesté (suyvant le proverbe espaignol, a nuevo négocia rmevo consejo) changea aussi de propos, et appellant à soy ledict Cardinal, luy proposoit le mesme party délaissé par feu
Changemens aux affaires du ser»« cardinal Albert son frère.
Proverbe.
Liberté du Prince d*Orages.
Singulière vertu de Robert de Moens son secrétaire.
son frère, et se vouloir incliner à l'accepter, à quoy obéissant, fust incontinent publié son partement vers le Pays-Bas, à quoy se firent en toutte haste les apprestes, et traictarent par ensemble les choses plus graves et importantes pour l'heureux progrès et accomplissement de ce voyaige. Et Sa Majesté voulant préveoir aulcunes choses pour lors à avenir, print pour bien de mectre en liberté la personne du Prince d'Orange, Philippe Guillaume de Nassau, filz du feu Guillaume, lequel dès son tendre eage, ravy des escoles de Louvain, fust par ordre de Sa Majesté amené à Espaigne et y détenu prisonnier, sous continuelle garde d'un capitaine et quelque nombre de soldats qui ne se bougeoient jamais de sa personne et nourry quelques années en l'université d'Alcala pour y continuer ses estudes, s'y exercitant journellement en tout exercice de Prince, ayant pour son gouverneur un certain Gentilhomme, nommé Mons"^ de Wilperg, et pour son secrétaire un autre nommé Robert de Moens, homme très syncère, très cordial et très amiable entre ses amys, et fort avisé, froid et amodéré en touttes ses actions, et qui par sa grande modestie et doulceur, s'estoit desja rendu fort aggréable aux plus principaux ministres de Sa Majesté, car les hantoit souvent, s'employant d'ordinaire en la poursuyte des affaires de ce bon Prince, de qui il a esté en tout temps très fidèle et très entier serviteur (i). Il fust depuis transporté vers le chasteau de Arevalo,
(i) Robert Moens était natif de Saventhem. Après son retour en Belgique, il resta auprès du prince d'Orange, Comte de Buren, en qualité de maître d'hôtel et de secrétaire. Annobli par Philippe II, en 1597, il devint seigneur de Zeelhem, se maria avec Catherine de Baudequin de Peuthy, et mourut sans enfants, le 20 avril 1609.
comme par cy devant est dict. Et comme le susdict de '59$
Moens avoit desja, quelque temps passé, intenté la liberté et relaxation de ce Prince, en quoy il avoit aussi faict plusieurs bons et fidèles debvoirs envers Sa Majesté et ses ministres, et moy qui selon mes petites forces n'avoys manqué de m'y avoir aussi employé, et voyant que le temps et les occasions nous alloient favorisans, ne cessions incessament d'en continuer la sollicitude jusques à tant que Sa Majesté (eu preallablement regard à beaucoup de points d'importance, traictez entre le susdict Cardinal Ârchiducq et ceulx de son conseil d'estat) se résolut à le mettre en liberté, et le faire marcher avec mondict seigneur Cardinal Archiducq vers le Pays-Bas- Ceste résolution prinse, se réjouirent plusieurs et en reçeurent grand contentement et joye, et celluy qui le plus, le susdict de Moens, qui tant soingneusement l'avoit tra veillé. Il m'estoit très cordial amy, et aussi l'ay-je secondé en tout comme luy mesme le sçait, dont en receuz aussi le mesme contentement et avecq ce présuppost m'avançay incontinent à en despecher un mot de lettre audict Prince, en compaingnie de celle que ledict de Moens luy escrivoit. Je ne luy avois escrit en ma vie, aussi ne Tavoy-je veu ni parlé jamais, et celle que luy en escrivoit estois en lan^ gue espaingnole ne contenant autre que le bon succès de ceste poursuyte, dont ne doubte pas il n'en reçeut un indicible contentement, aussi me fist-il l'honneur de m'en respondre comme par l'ensuyvante se peult veoir.
ft Las primiçias que v. m. me ha offirecido con la suya Lettre du Prince
han sido de mi tan preciadas quai merece su valor, por- ^, Oranges à Tau- , .11, I 11 .,. theur responsive à
que se que han sido dadas con voluntad de quien la tiene ^^^ sienne
1595 a mis cosas y me dessea hazer merced visto la buena
nueva en Elias, del remate de mis largas y dudosas esperanças que es 1^ senalada merced que Su Mag^ ha sido servido hazerme, en quererse ya servir de mi, que es lo que siempre he desseado y pretendido, y confio en Dios que acertare a hazerlo tan conforme a su desseo, que el principio desta se yra augmentando cada dia en otras majores, que totalm'* me yran borrando la memoria de los muchos y tristes dias passados pues el principio de su paga es tan conforme a la Xpiandad y benignidad de Su Mag'' para cuyo alcanze aunque dize v. m. que ha sido de los de Nicodemo, no lo ha sido para mi porque siempre he estado bien certificado y assegurado de su buena diligencia en hazermela, y assi como obligado me offresco toda^ las vezes que obiere en que servirle de hazerlo con entera voluntad y afficion, y pues v. m. me assegura la brevedad de vernos donde se refrescaran estos buenos desseos, no me alargare a mas de que nuestro Senor guarde a v. m. y le de el complim'^ de sus buenos desseos. Del Castillo de Arevalo, a i6 de Agosto
» (soubsignée) El principe de Orange, i
Je n*avoys quasi achevé d'escrire audîct Prince (car puis bien dire qu'en estoys un des pren^iers), que de la part de Sa Majesté ne luy fuse aussi notifiée ceste bonne nouvelle, et donné ordre quand et quand de s'en venir à sainct Laurent où Sa Majesté estoit, à s'y jecter à ses piez, et en recevant sa bénédiction, s'appercevoir pour son voyage, estant ce temps pendant le susdict Cardinal Arch. party vers Madrid, pour pareillement s'y mettre en esquipage, qui (à ce qu'on dict) debvoit partir de là
sur la fin de ce présent mois. Cedict Prince tout à i595
l'heure qu'il reçeut ceste nouvelle, se mist incontinent en chemin et arriva audict sainct Laurent un Dimenche à l'heure de la grande messe, et comme il y entra tout à l'improviste, et peu cognu des gens (qui à grande paine ne sceurent de sa liberté obtenue), n'y avoit que trois ou quatre des serviteurs domestiques du Roy, de ceulx de nostre nation, qui s'accostarent de luy, le festoyant le mieux que leur estoit possible, et par ordre de Sa Majesté, le menarent les maistres d'hostel à disner en leur estât, auquel mangeoient aussi d'ordinaire les gentilzhommes de la chambre. Sa Majesté luy avoit ordonné son audience sur les quatre heures du soir, ce que Don Juan de Idiaquez luy vint dire de sa part. Et rien ne luy fust dict d'autre, sçavoir est où il se debvroit entretenir pendant l'interval du disné jusques à l'heure de l'audience, dont m'en trouvay assez perplex, car cognossoy assez la façon de faire de ces messieurs courtisans, qui ne regardent qu'à leur propre commodité^ et n'en sçachant que faire, m'addressay à Sa Majesté, luy remonstrant le tout afSn qu'à temps il luy pleust d'en pourveoir, commandant au fourier du Palays luy en signaler une chambre pour y prendre sa retraicte pendant l'interval du disné jusques à l'heure prinse pour son audience, ou bien qu'il pleust à Sa Majesté de m'aggréer l'offerte que je luy ferois de la mienne, laquelle avoys seule et désembrouillée d'aulcuns de mes compaignons, et que m'asseurerays qu'il s'y trouveroit très content le peu d'espace qu'y debvroit s'arrester pour n'estre molesté à nulz autres et aussi pour estre tard desja d'en pouvoir autrement remédier. Tout lequel considéré, tint Sa Majesté pour bien que je l'eusse à
I59S recepvoir en ma chambre, et qu'y reposant un petit,
fussions veoif la mayson, le couvent, collège et séminaire, aussi l'église, les reliquaires, et toute autre chose qu'il y eust de curieulx, nous limitant pour se faire deux heures de temps, qui seroit depuis les deux jusques à quatre heures, qui estoit celle de son audience. Tout cecy s'accomplit ainsi et après avoir disné avec les susdicts maistres-d'hostel, le menay à ma chambre, en laquelle il fust le très bien venu, nous y entrenans un peu, divisans superficielement d'aulcunes chose passées, pendant que le devant nommé de Moens et ses autres serviteurs estoient disnans ; lesquelz venuz, et en espécial ledict de Moens, se promenant ledict Prince parmy la pièce, et divisans entre nous en matière d'armes (comme ledict de Moens et moy estions un petit de l'art et avions maintes fois escrimez ensemble) dont ledict Prince estoit très expert et a voit le bras fort et royde, et tant qu'il en avoit acquis grande famé, m'avançay de ^ luy faire présent d'une belle feuille d'espée, large et
bien accomplie, une des meillieures qui se pourroient trouver en toute l'Espaigne, d'un vieu maistre appelle Sébastien Hernandez ; laquelle regardant curieusement luy contenta fort, et la print très voluntiers de ma main, dont m'en trouvay fort honnoré. Les deux heures sonnées, allions au couvent comme dict est, et encontrions en chemin le devant nommé Don Fernando de Toledo, gentilhomme de la chambre de Sa Majesté, qui par courtoysie s'offrit à le vouloir accompaigner, et le fist ainsi. Les quatre heures s'approchant, avions desja donné un tour par quasi toutte la mayson, et y veu assez legièrement plusieurs choses. Et nous estoient monstrans les moisnes ces sainctes reliques qu'il y a en
grandissime abondance, et entre autres de ligno sancta ^59S
crucîSj une grande quantité, à quoy s' affectionnant grandement ce prince, fust procuré depuis que Sa Majesté luy en fist part d'une fort belle pièce, laquelle il eust de sa dicte Majesté et l'emporta avecq soy en grandissime valeur et dévotion. Or les quatre heures sonnées, fûmes tout droict vers le quartier de Sa Majesté qui s'estoit desja apperceu pour l'audience, et assiz en sa chayre, encores qu'un peu empesché des gouttes, et commanda qu'on le fist entrer, et en entrant le reçeut fort bénignement et se parlarent quelque peu ensemble, et prenant son congé, luy jecta fort humainement le bras sur ses espaules en forme d'embrassement dont s'en alloit très content et très satisfaict de Sa Majesté. Le roesme fist aussi envers Ses Altèzes du Prince et la Ser*"^ Infante sa sœur. Quoy faict, et estant desja bien tard, se mist à cheval avecq ses gens, entreprenant ce sien tant désiré voyage comme un chascun le peult bien imaginer.
Ce subiect de touttes ces choses cy devant narrées me sembloit fort à propos (sans m'en préjudicier, en rien) d'en donner part au marquis de Dénia, grand favorit qu'il estoit de Son Altèze qui, comme par cy devant a esté dict, fust envoyé pour Viceroy à Valence, et à son partement m'avoit enchargé que bien souvent je l'eusse à escrire, ce que jusques lors n'avois encores faict, considérant combien ces semblables intelligences (point guydées par grande prudence, et discrétion) souloyent estre domageables ; je miz enfin main à la plume, et lui escriz une lettre, l'advertissant de la santé de Sa Majesté et celle de Son Altèze et brièvement des chosettes cy devant passées, et au reste luy capti-
Lettre du marquis de Dénia â Tautheur responsive à une sienne.
Le ser«« Cardinal Archiducq Albert part de Madrid vers le Pays Bas
Aultre lettre du
Prince d'Oranges à Tautheur,
vant la bénévolence en terme ordinaire &c. &c. pour par ce moyen me conserver en ses bonnes grâces. La lettre luy estoit très aggreable, et en signe de ce, me fist l'honneur de m'en respondre en la forme que par la suyvante copie se peult veoir :
« En qualquier tiempo que os accordares de mi senor Lhermite, y me escrivieredes lo estimare mucho, y seran bien rrecevidas vuestras cartas como lo fue aora la de 12 de agosto, conque me he holgado mucho, assi por saber de la buena salud de Su Mag^ y Alt^ como por todo lo demas que me dezis de nuebo, muyy mal me ha ydo a mi délia en esta tierra, pero de qualquier manera terneys en mi un gran amigo para todo lo que se ofFresciere. Guarde Nuestro Senor &c. &c. En Valencia 4 de septiembre 1595. Et en continuant de sa propre main dict : Por vida del senor Lhermite que Uevays adelante el escrivirmé que rreçivo mucha merced en esto, y si por aca se ofresciere en que hazeros amistad, ya sabeys quan de buena gana acudire a ello.
> (soubzsignée) El Marqpes de Denu. »
Et pour revenir au propos, estoit desja le Cardinal Archiducq party de Madrid, qui fust le 28 d'aougst, et s'estoit desjà avancé fort bonnes journées, et tant qu'il ne le peult rattaindre jusques à Nostre Dame de Montserrat, selon le mesme prince me l'escrit par une sienne de Barcelone, dont s'ensuyt icy sa teneur :
» Monsieur Lhermite.
» Je n'ay voulu laisser de vous donner pan de ma
bonne venue en ceste ville et comme j'ai ratainct à Son
Altèze en Nostre Dame de Monserrat, où il m'a receu
fort allègrement et avecq grande démonstration de me
faire tout honneur et faveur, comme je voys journellement par eflfect. Il me semble que Tembarcation sera avecq toutie briefveté ; en désembarcant avecq Tayde de Dieu, aurez de mes nouvelles, vous priant m'adviser toujours des occurences de pardelà, particulièrement de la bonne santé de Sa Majesté et de Ses Âltèzes. Avecq ce prieray Dieu vous avoir en sa saincte guarde. » De Barcelone, ce 23 de septembre 1595.
» Votre bon Amy » (soubzsigné) Philippe Guillaume de Nassau » (i).
D'icy s'embarquoient ensemble voyageans par les lieux et villes cy-après déclarez, suyvant ung mémoire que depuis me fust envoyé par un certain mien amy que j'avoys en la chambre dudict Cardinal Archiducq, appella Joachin D'encenharr, son ayde de chambre, Aleman de nation, un homme très cordial et très sincère pour ses amys.
MiMOIRE DU CHEMIN Qju'a FAICT
LE SER°« Cardinal Archiducq. Albert,
DEPUIS MADRm JUSCIUES A BRUXELLES.