‹ Le passetemps de J. Lhermite, pub. d'après le manuscrit original (volume 2)Chapitre 3 sur 19 · DE QUELQUES LHERMITE DE DISTINCTION · texte numérisé non relu

DE QUELQUES LHERMITE DE DISTINCTION

Dans sa notice sur les Lhermite (loc. cit. p. 477), M. de Reiffenberg rappelle le nom d'un certain Daniel Lhermite qui fut secrétaire de Ferdinand de Médicis, grand-duc de Toscane, et a laissé quelques écrits, publiés d'abord séparément puis recueillis en partie en un volume par le savant Jean-Georges Graevius (1). C'était un savant, un homme de qualité qui se rattache à la famille des Lhertnite descendants du célèbre pèlerin. Sur son beau portrait peint par lui-même et gravé probablement par un des Sadeler, portrait que Ion voit en tête du recueil de Graevius, il porte les armoiries de la famille, les trois quintefeuilles et la patenôtre, et il est qualifié d'Antverpiensis.

Nous en dirons quelques mots ici ; sa genèse biographique est assez curieuse et il se présente

(i) Daniel Eretnitae Aulkae vitae ac civiliSy ejusd. opuscula varia UUrajecti, 1701, in-octavo.

au sujet de sa personnalité des points généalogiques qu'il serait intéressant d'élucider.

Nos anciens bibliographes n en rapportent pas grand' chose. Sweertius (i) dit qu'il était anversois, qu'il devint secrétaire du Grand Duc de Toscane, qu'il serait devenu un grand homme si Dieu lui avait octroyé une vie plus longue. « Il fut en grande familiarité, dit-il, avec Gaspar Scioppius, Philippe et Pierre Rubens. Il a laissé quelques poèmes, etc. Il est mort à Livourne, du mal français, en 161 3. D'autres disent qu'il fut empoisonné. » Nous ignorons la source où Sweertius a puisé. Bayle, le premier, lui a consacré une notice plus nourrie et plus étudiée. On peut en tirer comme faits positifs qu'il était né à Anvers (2) d un père bon protestant. Il fut mis en relation avec Scaliger ; celui-ci conçut de l'estime pour lui et le recommanda à Casaubon. Mais ayant fait la connaissance de M. de Vie, nommé ambassadeur en Suisse, il devint son secrétaire, partit avec lui et à sa sollicitation se fit catholique. En 1606, il avait passé en Italie, où il se rencontra, pour son malheur, avec G. Scioppius. En 1608, n'ayant que 24 ans, il publiait à Florence un discours ou

(i) AthcTke Belgica, Antv. 1628.

(2) Vers 1504, suivant Nicéron, Mémoires, etc. XXIX. 31.

Voici sa généalogie probable.

Simon Lhcrmite, seigneur de Bétissart, (en 1 541) échevin d'Anvers.

11 résidait à Merxem au château de Cluyse (L'Ermitage), épousa en 1546, Johanne de Splytere alias Rosselaer, dame de Wachenemlez-Alost, etc. Il eut pour enfants :

épithalame pour le mariage de Cosme de Médicis avec Marie-Madeleine d'Autriche. Ce discours, qui fut imprimé, lui valut une pension de la cour et. Tannée suivante, l'honneur d'être chargé d'accompagner en Allemagne l'ambassadeur CoUoreto que le Grand Duc envoyait aux Princes de l'Empire pour leur annoncer la mort de son père, et il a laissé de ce voyage une relation des plus intéressantes.

Son changement de religion lui avait créé des défections parmi ses anciens amis: on en retrouve des traces dans les lettres de Joseph Scaliger et de Casaubon. Cependant, Gaspar Scioppius s'étant permis d'écrire contre Scaliger des libelles absolument hargneux, Lhermite prit la défense de ce dernier dans une lettre imprimée à Rome en 1610. Cette hardiesse lui coûta cher: Tannée suivante, Scioppius fit paraître son Oporini Grubinii Amphotides, un livre qui dépasse en virulence, en diffamation tout ce qu'il avait osé écrire jusque là et dans lequel notre Lhermite

Martin né 1 3 5 1 Enfants : Jacques, Jenne, Yolende, Margue-

Elisabeth 1552 [rite, Marie, Anne, Charlotte.

Nicolas 1553

Johanna 1555

Anna 1556

Ferry (Frédéric) 1557 épousa Anna van Bombergen. Marie 1559

Symon 1564

Catherine 1569 (Posthume)

Il mourut le 13 Janvier 1567.

Daniel est probablement le fils de Ferry. Étant né en 1584, il ne peut être le fils de Symon (né en 1564).

est représenté comme un vil intrigant, un affreux débauché, un être sans foi ni loi ; c'est dans ce livre qu'il ramasse sur son compte une foule d'anecdotes plus méchantes, plus saugrenues les unes que les autres. Il en est une où il s'agit des frères Rubens. « Il y a cinq ans, dit-il, (donc en 1606) il fit une excursion à Tivoli avec Lhermite, Philippe et Paul Rubens et deux autres flamands. Pendant toute la route, Lhermite ne cessa de commenter auprès de ses compagnons les saletés de Pétrone et de l'Arétin, dessinant en outre des images ordurières sur les murs d'un cabaret, et tenant des discours tellement impudiques que ses compagnons en furent tout à fait scandalisés.

Bayle, avec sa partialité anti-papiste, recueille avec satistaction ces petites vilenies de Scioppius, tout en ayant l'air de les trouver exagérées, mais Graevius, quoique protestant, dit avec raison que ce sont là des fables milésiennes, qu'il est impossible d'admettre qu'un homme capable de toutes les infamies dont l'accuse Scioppius, eût pu rester attaché à la cour de deux Grands-Ducs, être l'ami de Piccolomini, avoir l'estime de Scaliger, Casaubon, Velser, Janus Gruterus et de tant d'autres. Aussi, en publiant une nouvelle édition de ses principales œuvres, le venge-t-il avec la. plus grande énergie des injures et des calomnies de Scioppius. Les écrits de Lhermite, en effet, — si le style est tout l'homme — nous révèlent un écrivain de boifne compagnie, un

érudit, un moraliste et non pas un être comme l'a dépeint son fanatique ennemi.

Nous n avons pas l'intention d'écrire ici sa biographie : nous parlons de lui pour dire que nous n'avons pu le rattacher à la famille de notre Jehan. Les données généalogiques pour reconstruire la branche protestante des Lhermite d'Anvers nous font défaut ; pourtant elle a existé.

Nous trouvons un Ferry Lhermite et un Jacques Lhermite ayant occupé des fonctions municipales à Anvers, pendant les années i583 et 1584, alors que la ville était insurgée contre l'Espagne et avait pour bourgmestre l'illustre Marnix de Sainte-Aldegonde, (1) Ferry est sans doute le fils de Simon, enterré à Saint-Jacques, oncle de Jehan. Il naquit en iSSy, épousa Anne van Bombergen, et se sera fait protestant vers 1590. Une de ses sœurs, Jeanne, née en i555, devint la troisième femme de François Juniusou du J on, le célèbre professeur de Leide : c'est elle qui donna le jour à François II Junius, non moins célèbre que son père, et auteur de l'ouvrage de Pictura Veterum que Pierre- Paul Rubens honora d'une épître préliminaire.

D'autres membre de la branche protestante se sont expatriés. On trouve dans le registre des baptêmes de l'église réformée flamande d'Austin Friars à Londres : Pieter Lhermite, témoin au

(i) Bulletin des archives d'Anvers. V. 174. 226. 235. 246. 350. 362. 441. 454.

baptême de Jacobusde Backer, fils de Jean, 14 janvier iSgS.

Pieter L'heremit, fils de Pieter, baptisé i5 août i588.

Et dans le registre des mariages ibidem : Mariage de Franchois vander Perre de Gand, avec Anna Lhermite, d'Anvers, 9 mai 1592 (1).

Celle-ci est peut être la fille de Simon, née en i556, à Anvers. Toutefois Ferry, Jeanne et Anna ont été baptisées catholiques, ils ont eu pour parrains et marraines des notabilités de la bourgeoisie ou de la noblesse orthodoxes de la ville d'Anvers.

Quant aux autres illustrations, plus ou moins notables de la race des Lhermite, signalons encore Antoine Lhermite, chevalier, conseiller au conseil privé en 1648 et Président du Grand Conseil de Malines, en i63i, époux de dame N. Gielis, dont il eut une fille, Marie, qui épousa Théodore, baron de Camargo. Antoine mourut à Malines, le 6 juin 1661.

Jacques Lhermite, frère d'Antoine, écuyer, maître de la Chambre des Comptes, dont il a déjà été question plus haut.

François Lhermite, d'Anvers, entré dans la Compagnie de Jésus en 161 5, supérieur de la maison professe en cette ville, auteur de plusieurs ouvrages (Foppens, I, 295). Martin Lhermite, d'Armentières, également jésuite, mort à Douai

(i; MoENS. The marriages, baptismal and huriaî registers, i^yi to i8j4.,. of the duich reformed church Austin Friars. London, 1884.

en i652. Il appartenait probablement à la branche des Lhermite anoblis par Philippe IV. (Foppens, ibid.) La Bibliothèque royale possède de ces deux jésuites plusieurs lettres contre le Jansénisme naissant (Série II. Ms. 1220). Enfin, dans l'histoire de la marine hollandaise apparaît Jacques Lhermite qui fut amiral, se rendit célèbre par son expédition contre les Espagnols au Pérou, par ses voyages aux Indes et autour du monde et qui mourut vers 1623. Il semble avoir appartenue la branche des Lhermite d'Anvers (1). Ces détails, que Ion pourrait multiplier, prouvent que la race des Lhermite et notamment la branche anversoise, a produit quelques personnages distingués, soit par leurs fonctions, soit par leur intelligence. Notre Jehan, nous en avons l'espoir, y ajoutera un nom de plus.

Page 1