‹ Le passetemps de J. Lhermite, pub. d'après le manuscrit original (volume 2)Chapitre 9 sur 19 · acte en publiq de · texte numérisé non relu

acte en publiq de

. 1 1 V 1 . rinquisilion à Tc-

de veoir, y estant tous les condempnez à la mort assiz i^^^^ au plus hault degré dudict eschaffault, lequel estoit faict en forme de théâtre, vestuz d'un accoustrement de canifas, et sur icelluy peinct les tourmens et flammes de l'enfer^ et aussi quelques laides et hideuses figures de Sathan, les mains liées avecq une croix en icelles, et un prestre du costé qui leur presche la salvation de leurs âmes, desquelz ainsi condempnez n'y a nulle rédemption, y ayant entre ceulx que lors y vismes une fort belle et jeune garce d'environ 20 ans, qui jamais n'avoit voulu confesser son erreur du judaïsme, que pour avoir esté de nostre Religion, et depuis retombée en ceste erreur, y en continuant opmiastrement, fust avecq les autres étranglée et depuis bruslée jusques aux cendres.

IS9Ï Les autres delinquantz estoient assiz en des degrez plus

bas, un chascun sdon la qualité de son délict et offense, et leurs sentences y pronuncées devant tout le monde, et selon icelles punyz tout à l'instant, les ungs jectez en perpétuelle prison et galères, les autres pour quelque temps limité, aussi à en estre fouettez de verges par les rues, ou bien à Tescart, et aussi quelques ungs (qu'il y avoit religieux) envoyez aux monastères de leur ordre pour y faire la pénitence et discipline leur enjoincte selon le délict par eulx perpétré, desquelz il y en avoit tant, et si abominables et énormes, que la vergoingne ne permet les icy réciter. Il y avoit aussi aulcuns qui estoient condempnez à porter tous les jours de leur vie, ou bien pour quelque terme limité selon l'exigence du faict, un cassaquin de couleur jaulne avecq une croix rouge par devant et par derrière qu'eulx appellent un san-benito, qui signifie avoir esté accusez du Judaïsme et depuis s'en estre confessez et repentiz, et portent cecy par forme de pénitence sur l'extérieur de leur habit, tant hommes que femmes, et ne le peuvent jamais laisser soubz paine de grand chastoy. Ceste-cy est une grandissime infamie, et encores plus grande celle que souffrent ceulx qui, menez au dernier supplice, y meurent ignominieusement, et en est après leur mort tenu perpétuelle mémoire pour eulx et leurs successeurs d'une telle tasche et macule inextinguible pour jamais, demeurans leurs noms, surnoms, la cause, jour et an de leur mort, escritz en églises Cathédrales du lieu de leur supplice, et desoubz un tel épitaphe peinctz les paines et flammes infernelles, chose bien horrible de veoir et non moings détestable à tous. Mais tant il y a que ceste forme de justice sur le faict de la religion y est très nécessaire

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pour la multitude de gens de tant d'estranges et per- ïS9ï

verses sectes et religions qu'il y a encores au pays, je diz d'icelle vielle racine des Mahomatistes, Judaïques et Barbares, ennemiz de nostre Saincte foy Catholique et Romaine que, hélas ! je craings ne s'y pourra tant facilement extirper, mais bien la tenir plus reprimée et du tout suffoquée, afin de n'en s'estendre d'avantaige de ce quelle est.

Ce spectacle ainsi parachevé, print Sa Majesté résolu- Le Roy part de tion de s'en partir vers son monastère de Sainct Laurent 'T^ledo vers Sainct le Royal, laissant à main droicte la ville de Madrid, ^^^ auquel arrivez y séjournasmes quelque trois ou quatre mois pour y mieulx passer les grandes chaleurs de l'esté, pendant lesquelz nous y vindrent veoir plusieurs gentilzhommes Flamengs et Bourguignons, les ungs à y solliciter leurs affaires et les autres à y regarder le lieu et le pays, entre lesquelz y vint Pierre Charles, Pierre Charles natif d'Anvers, filz de feu maistre Pierre, en son arrive à Sainct Lauvivant greffier de ladicte ville, qui y vint tant seulement pour veoir le pays, et y vivotter quelque espace de temps, pendant lequel les troubles du Pays-Bas se pourroient appayser et luy rentrer en plainaire, jouissant de son bien. Mais comme alors les apparences en estoient bien froydes, conseillé de ses amys, se résolut de prendre une place d'Archer de la guarde de corps de Sa Majesté, pour par icelluy moyen s'y mieulx maintenir, attendant la bonne yssue de son susdict desseing, laquelle luy feiz incontinent avoir, et commencions dez lors à nous cognoistre plus privéement que n'avions faict du passé audict Anvers, continuant de plus en plus ceste nouvelle cognoissance et amitié, pour le trouver homme très syncère, très cordial et très amiable entre ses amys.

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Gil du Faing ar-

rive en court.

Le Baron de Marno, arrive en court.

Gil du Faing, gentilhomme luxembourgeois, y vint aussi envoyé de la part du vieu Comte de Mansfclt, pour y assister en la correspondance des affaires du Pays-Bas avecq les ministres de Sa Majesté pendant son gouverne audict pays, y surrogué de par Sa Majesté durant l'absence du Ducq de Parme et, depuis son trespas, y continué par provision jusques à l'entrée en icelluy du Sér™* Archiducq Ernest d'Austriche, nepveu de Sa Majesté, qui par luy y fust envoyé pour Gouverneur Capitaine Lieutenant Général en la place du susdict Ducq. Aussi y arriva le Baron de Marnau, Gentilhomme Bourguignon, qui pour son sçavoir et gentil esprit estoit très agréable à tous ; nous nous hantions bien a menu, et en signe de mémoire me fist l'honneur de me laisser les vers et anagrammes suyvans, qu'il fist sur mon nom de Jean LHermite.

Anagramme

Il en ha MERITE 15 24 63 9 7 8101112

Quatrain.

Labeur ne sera vain, car II en HA MERITE; Mérite suyt Tespoir, et Tespoir suyt le bien. Qui sans mérite espère, il chasse et ne prend rien ; Mais la proie en chassant seulement il irrite.

Aultre Lien HA MÉRITÉ

Quatrain.

Mérité ha d'Amour celluy ce doulx lien Qui vaine passion n'a reçeu en sa teste, Tendant au vice laid, ains à désir honneste Que Dieu conduict, et guide et avance à tel bien.

Aultres anagrammes en latin iS)i

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