III
autres seigneurs espaingnolz, et le lendemain en feiz i59^
aussi le mesme envers nostredicte princesse, Tattendant a bon loysir à la sortie de son quartier vers celluy du roy en une chambre haulte, qu'il y a là au palays qui s'appelle la Q.uadra. Et comme elle sortoit de la sienne, accompaingnée tant seulement de la comtesse de Euseda^ sa dame d'honneur, me jectay très humblement à ses pies, luy congratulant ceste nouvelle donation et sur ce luy suppliay me vouloir extendre sa main pour la luy bayser (à la façon de ce pays), luy manifestant l'ayse que j'avoy de la veoir si bien coUoquée comme dame et princesse d'un si beau pays, duquel j'estois naturel, et comme tel, un de ses très humbles vassaux, la suppliant que déz lors en avant me voulsist recepvoir et cognoistre pour tel, l'importunant incessament de me vouloir eslargir sa très bénigne main, que jusques alors ne m'avoit voulu avancher, sachant qu'avecq ceulx de nostre nation ou de la bourgoingnonne cecy ne s'usoit point. Et ainsi me la refusa tout plat, mesmement pour ce que m'y avois miz devant elle en figure de son vassal, tellement qu'il n'y eust nul moyen de l'obtenir. Touttes fois pour l'envie que j'avois de m'acquiter de mon debvoir, la suppliay derechef très instamment pour la prétendue grâce, que, si comme vassal et naturel d'iceux pays ne la pouvois obtenir, au moins comme serviteur domestique qu'estois de son père, ne me la refusasse : car autrement me resentirois desfavorisé. Quoy voyant et que m'en avois tant formalisé, aussi par parsuasion de ladicte contesse, qui luy dict qu'en nulle façon du monde (pour les raysons alléguées) me la pouvoir nier, s'avança de me l'octroyer, et avec ce m'en demeuray très content, et me fist lever de terre. Et passant outre
159^ Talloys accompaingnant, un petit esloingné de son costé,
et la suppliay entre aultres, a que, quando se hallasse en aquella tierra, fuesse servido de acordarse de amparar, y hazer merced a una madré vieja y dos hermanas huerfanas y donzellas que ténia alli que eran jolas las prendras mas caras que ténia en este mundo, y por cuy o consuelo y remedio yo havia trabajado toda la vida en serviçio de Su Mag^, con desseo de dalles esse alivio algundia, y assi selo supplique a Su Alt» muy humilm^*. » A quoy elle me respondist de fort bénigne grâce : « Que bastavan ser madré y hermanas de tan buen criado de su padre como yo, paraque las tomasse debaxo de su amparo. » Je luy feiz sur ce une fort basse et humble révérence et m'en demeuray très content. Et après moi suyvirent encores plusieurs autres serviteurs de Sa Majesté de nostre nation, congratulans sadicte alteze ceste nouvelle donation. Mais moy en fuz le premier, et après lesdicts Damant et Laloo, le troisiesme de tout ceux de ses vassaux, qui pour moy n'a esté petite joye, veu le bien et bonheur qu'ay tousjours souhayté à ceste princesse.
Discours sur la Sa Majesté se relevoit de ceste maladie et après avoir
maladie du roy et £j^j^^ ^^ transport que tant avoit désiré, print nouvelles de son trespas.
forces. Et pour le désir tant insatiable qu'il avoit de
sortir de ce lieu, et se veoir transféré en celluy de
S* Laurent, qui estoit le vray et unique repos de son
esprit, s'en donna toutte haste, et encores que point du
tout remiz, et bien contre la volunté et opinion de sts
Sa Majesté se faict médecins et de tout le monde, se mist en chemin vers
transporter vers S» jj^^ j^ jemier jour du mois de juing de ceste présente
chavre année de 98. Sa débilité corporelle estoit si grande, qu'en
aulcune manière il ne peult endurer le branslement du
coche, partant se fist porter à bras d'hommes en une chayre qui se fist tout à propos en forme d'une petite lictiere, avec quasi les mesmes commoditéz de celle des gouttes, de laquelle avons cy devant fol. 157. faict mention (i). Et icelle fust ainsi portée (comme je diz) entre deux hommes qui furent de ses lacquayz, qui eurent véritablement assez du mal pour en venir à bout, tant pour les chaleurs d'icelle sayson, que pour estre le chemin long, aspre et montaingncux, encores que tout à propos l'on en avoit choysi le plus uny. Ce chemin donques fust prins par Carvanchel (i), Valdemorillo et Perales, par où Ton fourvoya plus d'une grosse lieue, et arrivasmes audict S' Laurent endedans quatre journées, assez mats et lassez d'un si pénible et traveilleux voyaige, et Sa Majesté tout en halayne et plain de joye de se veoir colloque en lieu que tant avoit désiré. Cecy nous donnoit grand espoir de son entière convalescence, mais, helas ! les forces corporelles estoient tant débilitées, qu'en bonne rayson n'y trouvions aulcun subject de restauration. Le jeusne prince tout au contraire alloit de plus en plus en accroyssance, et le tenions desja en tel estât, que de sa valeur et suffisance pouvions espérer beaucoup. Il estoit en eage d'environ 20. ans et trois mois, et de la haulteur que par la mesure de ce petit-pied se peult veoir. Et pense que depuis il ne soit plus rien creu : car s'estoit desja bien fourny d'espaules, et aussi luy encommençoit à poindre le poil follet de la barbe. J'avois doiz l'an 91., le 21. de juing, faict ceste observation de
(i) Ou, plus exactement, aux fol. 156 v© - 157 r© du manuscrit, ce qui correspond aux pages 257-258 du vol. I de la présente publication.
(2) Carabanchel. 8
Le prince, fort et robuste, eagé de 20.
ans 3 . mois, est de la haulteur de préz de six pies, comme icy se peult veoir.
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1598 sa croyssance en une sienne chambre, où tous les aus^
en h paroy, tout préz d'une fenestre, alloys marquant le jour et l'an de la mesure qu'il alloit croyssant, comme le tout se pourra bien aiséement veoir par cedict petitpied, que pour m'avoir aultres fois cousté du soing et estre aulcunement curieux, l'ay bien voulu icy mètre en passant tant seulement (i). Continuant doncques nostre SaMajesté,àpaîne propos, n'estoit Sa Majesté à paine arrivé en ce lieu
arrivée à St.-Lau- qu'm^g fiebvre tierce ne luy print aussitost, qui luy dura rent,est saisie d'une ' 1 • . j,. n r -
^gjjYPg quelque sept ou hutct jours, et d icelle .se rehst inconti-
nent, mais n'en dura gueres^ car le 22. de juillet ensuy- Sa Majesté retombe vant retomba derechef malade, qui fust un mercredy à derechef d'un' autre mi-nuict, d'une aultre fiebvre tierce double plus vehe-
fîebvre qui l'accom- . ...... 1 • r
\ , , mente, qui ne le laissa amais lusques au dernier. Je
paigne à la mort. ' ^ . .
pense que ceste recheute si soubdaine fust causée du grand excès que les premiers jours de son arrivée illec il avoit faict en visiter icelle mayson par dedans et par dehors, se laissant porter en sa chayre, qui touttes fois au regard de ses tendres forces estoit trop grand exercice pour ne tomber en quelque mortel accident, comme par après, nommément le septiesme jour de sa maladie, luy fust descouverte un' aposteme fort dangereuse au Apostume au ge- genou droit, qui s'abbaissoit de la cuysse, avec grandisnou droit. gjj^g abondance de mauvayse matière que jamais l'on ne
peult faire resouldre par quelz medicamens que l'on y appliquoit, craindant qu'elle se deust meurir et par après s'ouvrir en certain endroict qu'il 3^ avoit audict genou, fort danguereux et mortel de soy mesme, ce qu'en somme advint, et en s'ouvrant y sortoit grandissime
(i) Voir la figure ci-contre. Pour faire entrer dans le format de ce volume le pied de Cas tille, qui est représenté en ligne droite dans le manuscrit, on a dû le disposer ici en retour d'équerre.