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1599 la grand' église, qui fust par plusieurs belles et longues
La grande église j-ues quasi par la plus grande partie de la ville. Ladicte richemeDt aornée. j> i- • r • l i
grand église estoit fort richement aornée, et y estoit faict pour cest acte au mitant d'icelle un théâtre de neuf pies de hault et plus de soixante de longeur, et de largeur en avoit bien cinquante, et se venoit à joindre réz du du grand autel avec deux grandes montées d'un costé et d'autre fort amples et commodes, l'entrée desquelles fust guardée par les halebardiers du roy, les archers de son corps y avoient leur lieu plus eminent gueres loing de sa royale personne. Toutte l'église estoit fort richement, comme dict est, aornée et tapissée de très belle tapisserie de soye, or et argent, et aussi du mesme ledict eschauffaut de fort riches tapiz de soye turquesques, auquel estoient miz deux bancs couverts ni plus ni moins des mesmes tapiz, le premier au milieu de Teschauffaut. Et devant icelluy estoient miz trois coussins ou quarreaux de toyle d'or, pour s'y agenouiller dessus à leur entrée en l'église, et l'aultre banc devant le grand autel couvert aussi d'un riche tapiz, et au pied d'icelluy tout à la longue cinc semblables coussins pour aussi du mesme s'y agenouiller dessus le roy, la royne, l'archiduc, l'infante et l'archiduchesse, pendant la messe de leurs espousailles. Le grand autel estoit très richement composé d^un très riche drap de toyle d'argent, semmé et brodé de perles, un ornament d'autel avec tout le restant de cassubles, cappes et touttes ses appertenences que feu le roy avoit laissé ordonné d'estre faict pour ce seul respect, et Sa Majesté moderne l'avoit faict parachever, chose, à mon advis, inestimable, car n'en peult avoir tauxe de sa valeur. Il y eust sur le mesme autel six grans chandeliers d'argent doré, fort gentilment elabouréz.
Et derrière cest autel y eust une allée assez grande et spacieuse pour s'y pouvoir bien ayséement accoustrer les prélats, presires et ministres de cest office, à laquelle Ton entrait par le costé de Tepistre. Et estoient les portes de l'église et les montées de cest eschauflfaut fort bien guardées des halebardiers du roy, qui les tenoient fort desoccupées suyvant en ce l'ordre et commandement de leurs chiefz, non toutefois sans grand travail et paine à cause de la presse et tumulte du peuple. Sa Majesté du roy et l'infante, sa sœur, s'estoient miz à l'escart pendant que la royne faysoit son entrée en une mayson particulière tout préz de la porte de Teglise appellée des Apostres, par laquelle la royne debvoit entrer pour de là en secret veoir le tout. La royne y arriva environ les deux heures après mi-dy et y mist pied en terre descendant de son palefroy, à quoy l'aydarent la duchesse de Gandia, sa première chambellane et le susdict seigneur don Juan de Idiaquez, son grand escuyer. Et ce faict y vindrent incontinent le patriarche archevesque de Valence, tous les chanoynes et clergé de l'église, habillez de leur surplyz et cappes, et ledict patriarche archevesque fort pontificalement avec une très belle croix de reliques en main. Et en forme de procession, pendant que les chantres de la royalle chapelle alloient chantans l'antiphone Ista est speciosa, &c., la menarent vers l'eschaufFaut auquel montarent par la susdicte montée. Et passant outre le clergé jusques au grand autel, se mirent ladicte royne, l'archiduchesse et l'archiduc Albert, tous trois à genoux sur les trois quarreaux devant le premier banc, tapissé que cy devant disions, à y faire leur orayson. Et tout incontinent derrière d'elles se mirent touttes les dames de leur train, et d'un costé et d'autre s'accommo-
La royne arrive à Teglise à deux heures aprésmidy.
La valeur des bagues et joyaux accumeléz en ceste magnificence nuptialle montoit bien â trois millions d*or.
doient plusieurs des gentilzhommes qui Tavoient accompaingnée, et un peu plus en avant, aussi d'un costé et d'autre, se mirent les seize grans que cy devant avons nommez, esgalement repartiz, et derrière eulx plusieurs autres gentilzhommes de marque et qualité, qui estoient en si grand nombre qu'impossible seroit de les spécifier et moins d'en deduyre icy par le mesnu la bisarrye et gaillardisse de leurs habillemens, ni aussi la grande valeur et estimation de leurs joyaux et bagues,qu'aulcuns disoient (bien entendu y comprinses celles des dames) monter à plus de trois millions d'or, et encores en serois d'opinion que d'avantaige, veu que un seul carquan et ceinture de rubyz que portoit la royne valloit plus de trente mill ducats. Item les poinctes ou mailles de sa robbe, aussi les bouttons et l'ornement de son petit bonnet, le tout fort beaux et grans rubyz, valloit plus de vingt mill ducats, oultre trois autres parcmens tous entiers et complets de fort beaux et fins diamans, comme celluy d'en hault, qui peuvent valoir plus de cent mill ducats. Item un grand diamant et une perle qu'elle a vaillant plus de cent et quatre vingts mill ducats. L'ornement et une bague en forme de plumaige, tout de fins diamans que le roy portoit en son bonnet, tauxéz en plus de soixante mill ducats. Et en gênerai tout ce que le roy et la royne portoient ce jour-là, debvoit valoir plus de sept cens mill ducats, selon la plus juste et véritable calculation qu'ay sceu obtenir de la propre bouche du guarde-joyaux de Sa Majesté, qui en bonne rayson le doibt scavoir mieulx que nul autre, tellement qu'y adjousté le grand nombre des autres bagues et joyaux qu'il y eust, se peut dire y avoir esté accumulé toutte la richesse du monde. Le patriarche, après avoir faict sa cérémonie et deûe
révérence, se retira vers la petite retraicte qu'il y avoit derrière ledict autel, et pendant qu'il se despouilloit pour se racoustrer à en dire la messe, sortist de la mesme retraicte le patriarche d'Alexandrie don Camilo Câetano, nunce apostolique, habillé pontificalement de cappe et mitre, accompaingné de huict chapellains du roy, habillez de leur surplyz et cappes, portant la croix devant eulx, et se mirent tous devant l'autel du costé de l'évangile, y attendans la venue du roy et de la ser"* infante sa sœur. Sa Majesté du roy y vint avec sadicte sœur et montarent audict eschauffaut par une petite montée secrète, tous deux fort bien en ordre, accoustréz de toile d'or et d'argent, brodée et garnie d'une infinité de perles et pierres pretieuses. Et avoit Sa Majesté miz un petit manteau, qu'eulx appellent bohemio, de toile d'or au fond tanné, tout brodé de perles et enrichy partout de force bouttons d'or avec de grans et beaux diamans de grandissime pris et valeur comme dict avons. Lesquelz y venuz et après les mutuelles révérences faictes, s'avança la royne pour aller au devant le roy, qui aussi s'approchant vindrent tous à s'arrester au mitant dudict eschauffaut et là se donnarent la très bienvenue. Quoy faict y vint aussi au mesme instant ledict patriarche nunce apostolique avec tous ceulx de sa suyte, qui s'adressant au roy, luy dict en haulte voix les paroles suyvantes : Catholice et potentissime rex, approbat et ratificat sacra cath. regia vestra maiestas matrimonium quod serenissimus archidux Albertus tanquam procurator maiestatis vestras, et eius nomine contraxit cum catholica et serenissima regina Margarita hic praesente, et quod sanctissimus papa noster Clemens more solemni celebravit ? A quoy le roy respondit : Approbo et ratifico.
Le roy arrive à l'église avec l'infante sa sœur.
Le roy et la royne ratifient leurs mariages, par cy devant traictéz par leur procureurs. Et reçoivent icy la dernière bénédiction d'iceux par le nonce apostolique.
IS99 Et derechef s'addressani à la royne, luy dict du mesme :
Catholica et serenissima regina, approbat et ratificat S. C. R. vestra maiestas, matrimonium quod maiestas vestra contraxit cum caih. et pot"*° rege Philippo hic praesente, et nomine maiestatis suas cum ser™° archiduce Alberto, tanquam eius procuratore et eius Domine, et quod more solemni sanctissimus papa noster Ciemens celebravit ? Respondist la royne : Approbo et ratifico. A quoy replica le nonce : Et ego ex parte sacrosanctse romanae et apostolicae ecclesise hanc approbationem et ratificationem matrimonii inter maiestates vestras hic prsesentes contracti et celebrati per sanctissimum papam nostrum Clementem recipio. In nomine patris + et filii + L'archiduc etrin- et spiritus sancti +. Amen. Et leur faysant sur ce sa deûe iante ratifient leur révérence, s'addressa aussi du mesme au ser"* archiduc
"*?tP:.î!f 1«^ «..^" Albert, luy disant : Serenissime Alberte archidux Ausvant traicté par pro- ^ j
cureur et en reçoi- triae, approbat et ratificat celsitudo vestra matrimonium
vent icy la dernière <juod vestra celsitudo contraxit cum serenissima Isabella
ene iction par e fjjspaniarum infante hic praesente, et eius nomine cum nonce apostolique. .^ ^ ^
Antonio duce Sessas, tanquam eius procuratore, et quod more solemni sanctissimus papa no^cer Ciemens celebravit ? A quoy respondist l'archiduc : Approbo et ratifico. Et ni plus ni moins à la ser™* infante : Serenissima Isabella Hispaniarum infans, approbat et ratificat vestra celsitudo matrimonium quod Antonius dux Sessae, tanquam procurator celsitudinis vestne, et eius nomine contraxit cum serenissimo Alberto Archiduce Austriae hic prassente, et quod more solemni sanctissimus papa noster Ciemens celebravit ? Qui aussi respondant dict : Approbo et ratifico. Et le nonce : Et ego ex parte sacrosantas romanas et apostolicas ecclesise hanc approbationem et ratificationem matrimonii inter celsitudines
vestras hic présentes contracti et celebrati per sanctissimum papam nostrum Clementem recipio. In nomine patris + et filii + et spiritus sancti -f . Amen. Et cecy parachevé, commença la royalle chapelle à chanter le psaulme Laudate Dominum omnes gentes &c., avec le Gloria patri &c. Et ledict nonce avec tout le clergé s'acheminoient vers l'autel et devant eulx la croix comme dict est, les chapellains de deux en deux, le nonce le dernier de tous, et après eulx le roy et la royne, Tarchiduc et Tinfanie et Tarchiduchesse, qui se mirent tous à genoulx sur les cinc quarreaux que cy-devant disions estre miz devant le banc tapissé, scavoir est par l'ordre suyvant.
Le roy, la royne, l'archiduc, Tinfante et rarchiduchesse, assiz en la forme qu'icy se voit, reçoivent la bénédiction du nonce apostolique.
Et ainsi miz tous cinc de rang devant l'autel, et le nonce au cosié de l'epistre, le visaige tourné vers le costé de l'évangile et à teste nue, et lesdicts chapellains alentour de luy, dont l'un d'entr'eulx luy tenoit le livre du missal ouvert, commençoit à chanter en bas$ç voix ces vers et oraysons suyvantes :
Le patriarche de Valence dict la messe nuptielie pour leurs Majestéz .
Versus . Confirma hoc Deus quod operatus es in nobis, Alleluya . Resp. A templo sancto tua quod in Hier usaient . Alleluya, y. Salues fac servos tuos et ancillas tuas. Alleluya. % Deus meus sperantes in te. Alleluya.
f. Domine exaudi orationem meam.
iSi. Et clamor meus ad te veniat.
y. Dominus vobiscum.
ï^. Et cum spiritu tuo,
Oremus. Deus qui corda fidelium &c. Laquelle parachevée et faysant ses révérences vers Tautel et Ses Majestéz et Altezes, se retira avec ses ministres, se despouillant de sa cappe et mitre pour se racoustrer depuis pour en dire la deuxiesme messe des despousailles desdicts archiducq et infante, car celle de Ses Majestéz se debvoit dire par le patriarche de Valence, lequel pour cest efFect sortist au mesme instant^ accompaingné de huict chapellains, et devant eulx la ^ comme dict avons, tous très richement habillez du nouvel ornement, que cy devant avons dict, que Sa Majesté avoit faict faire expressément pour ce ministère. Et miz devant l'autel, commença une basse messe qui fust celle de la dominique In albis avec Torayson Pro sponso et sponsa, et avec un seul Per Dominum nostrum &c. Et les chantres de la chapelle de Sa Majesté chantarent comme si ce fust esté messe chantée les Kyrieleysons, le Gloria, le Credo, et après la consécration quelque beau motet. Et après l'évangile dicte l'evesque de Origuela fist la cérémonie de les donner à bayser le livre de l'evangile, qui se fist avec grand respect et courtoysie entre eulx, mais enfin le roy fust le premier, depuis la royne, et après l'archiduc, l'infante et l'archiduchesse. Aussi du mesme firent le roy et la royne oflfrande avec fort grande solempnité.
Le patriarche sa mitre mise et en ses deux mains la '599
patène, s'abbayssoit vers eulx, et print Sa Majesté en mains un chierge blanc, auquel estoient depainct ses armes et pesoit environ une livre, qui luy fust donné par son grand aulmoisnier avec une pièce d'or de quatre escus fichée dedans le mesme chierge, et en ceste forme Tofirit de sa propre main, baysant la patène, et en receut TofiFrande un des susdicts chapellains servant l'office de Diacre. Le mesme en fist aussi la royne, et aussi en firent autant Tarchiduc et l'infante à leur tour de la deuxiesme messe, que leur debvoit dire le devant nommé nonce, comme dict avons. Ce faict, retourna le patriarche vers l'autel et y continuant sa messe jusques au Pater noster inclusive et tournant visaige vers lesdicts roy et royne, aussi à teste nue, dict les deux oraysons contenues en la messe de sponso et sponsa, Propitiare Domine &c. et Deus qui potestate virtutis tuse &c. Lesquelles dictes alloit continuant sa messe, et le susdict evesque de Origuela leur donna à bayser la paix, laquelle ilz baysarent avec les mesmes cérémonies que se fist l'offrande. Il n'y eust point de communion, parce que le jour d'auparavant ils avoient tous communié. Et parvenant à l'Ite missa est, s'addressa le patriarche vers les espouséz et leur list Torayson Deus Abraham et Deus Isaac &c., leur jectant de l'eau beniste, et retournant vers l'autel continuant le cours de sa messe, dict le Placeat &c. Ce faict, tourna derechef visaige vers le peuple leur jectant la bénédiction pontificale, laquelle faicte y furent incontinent pronuncées à haute voix les indulgences que les papes sont accoustuméz de concéder à telz princes et circonstans à semblables actes, qui furent en ceste forme : Nostre très sainct père Clément, par la miseri-
Le nonce apostolique dict la messe nuptialle pour leurs Altezes.
Congratulations mutuelles entre leurs Majestés et Altezes.
Et aussi des dames, grans d*Es-
corde de Dieu pape VIII, concède et ottroye à Ses Magestéz, estant confessez et communiez, plenaire remission de tous leurs péchez, et à tous ceulx qui ont esté presens et assisté à ce ministère et prieront Dieu pour le bon progrés de ce matrimoine et Theureux gouverne de ces royaumes, aussi pour l'augmentation de la saincte église et l'union des princes catholiques, trente ans de pardon selon la forme accoustumée de Teglise. Quoy faict, acheva totalement ledict patriarche la première messe, et tout incontinent y vint le nonce apostolique à y dire la deuxiesroe, le tout en la mesme forme que dict avons, seulement que lesdicts archiduc et infante changearent de place avec leur Magestéz, scavoir est que l'archiduc se mit au quarreau de Sa Majesté et l'infante en celluy de la royne, et eulx se mirent à leur costé, faysans l'office de parrain et marraine, comme en la messe précédente eulx l'avoient faict envers Ses Magestéz qui est icy en Espaingne une coutume et cérémonie fort observée entre grans et petits, et laquelle n'avons point chez nous. Icelle achevée, y furent aussi pronuncées les indulgences quasi de la mesme teneur que dict avons, saulf qu'aux assistans ne furent concédez que 20. ans de pardon. Et ce faict, se retira ledict nonce et le roy se leva, comme firent aussi les autres, et après plusieurs preallables et réciproques courtoysies qui se firent entre eulx, donna le roy le proficiat à l'archiduc, qui le receut fort humainement et le luy en rendist tout à l'instant. Quoy faictjs'adressa à la royne pour luy en donner autant, et luy servoit ledict archiduc d'interprète, et de là passarent outre vers l'infante et l'archiduchesse se salùans et congratulans mutuellement. Après cecy, y vindrent touitç§ les dames à faire le mesme et les receurent fort
sieurs autres.
Retour palays.
vers le
benignement, et le mesrae en firent aussi les grans ^599
d'Espaingne et le susdict patriarche archevesque. nonce l^Tllf' ''"' apostolique et plusieurs autres. Cecy achevé, s'abbayssarent dudict eschaufFaut et sortans l'église par la mesme porte de leur entrée, qui fust celle des Apostres, se mirent la royne, l'infante et l'archiduchesse en un très beau et très riche coche, scavoir est, la royne au dedans, l'infante à la portière droicte et l'archiduchesse vis à vis de la royne. Les autres dames et damoyselles se mirent touites en des très riches coches, et le roy et l'archiduc à cheval, accompaingnans tousjours le coche de leurs espouses. Sa Majesté se mist du costé de l'infante et avec elle alloit quelques fois divisant, et l'archiduc de l'autre faysant aussi le mesme à l'endroict de la royne. Ce coche fust tyré de six très beaux chevaux frisons, d'un poil blanc et noir, que l'on appelle pies, lesquelz l'archiduc avoit n'agueres présenté à Sa Majesté et envoyé du Pays Bas, les autres coches estoient aussi du mesme fort bien et richement attaléz, les uns de six et les autres de quatre chevaux. En ce deuxiesme accompaingnement fust changé l'ordre que l'on avoit tenu au premier, car le comte de Alba de Lista alloit entre les grans, et en son lieu marcheoit le marquis de Velada, comme grand maisired'hostel du roy. Le marquis de Dénia suyvoit tout préz la personne du roy, comme son premier chambellan, et derrière l'archiduc le seigneur de Ditersteyn, sommellier de son corps. Et suyvant cest ordre alloient tout bellement marcheans vers le palays, auquel entrez montarent par la grande montée à la grande salle, qui estoit fort richement tapissée d'une tapisserie fort estimée, contenant la conqueste de Tunes, toutte de fort belle estoffe et de fort belles et vives couleurs, et icelles relevées ou
L'ordre de l'accompaignement est changé.
1599 illuminées d'or et de soye. En ceste salle furent mises
et dressées les tables et buffets, et à un bout d'icelle fust miz leur throne à la magnificence ro3'ale soubz lequel ilz s'assirent à table. Je diz qu'il y avoit cincq poésies, l'ung auprès de l'autre, pour chascun personnaige le sien, et iceulx fort richement élabouréz et àornéz de force perles et pierreries, tous brodez et faicts à point d'esguille, chose fort admirable de veoir. Les chayres estoient touttes de toyle d'or brochée, mises touttes de rang, esquelles s'assirent tous cinc par le mesme ordre qu'avons dict avoir esté assiz en l'église, scavoir est la Banquet nuptial, royne au mitant de tous, à son costé droict le roy, et au
sien l'archiduc, et au costé gauche de la royne, l'infante, et au sien l'archiduchesse. Ilz furent tous respectivement servyz de leurs gentilzhommes de la bouche et de leurs dames et damoyselles, qui tous le sceurent merveilleusement bien faire, observant en tout les cérémonies de la royalle grandeur et magnificence, qu'en semblable cas l'on est accoustumé d'user. C'estoit desja cinc heures du soir avant qu'ilz furent bien assiz et que la viande y fust apportée, laquelle y vint en fort bon ordre, et la portarent les gentilshommes de la bouche du roy et de Tarchiduc, marcheans devant eulx le grand maistred'hostel et tous les autres, avec leur baston en main, et y eust pendant le disné force musique d'esclayrons et trompettes en la cour du paleys. Et en la mesme sale n'avoit faulte d'aulcun genre de musique, de toute sorte d'instrumens musicaulx, qui sentoit merveilleusement son roy, chose certes très digne d'estre veûe et d'en avoir la souvenance. Et estoient toutes les damoyselles, hormis celles qui servoient à table ce jour-là, mises et colloquées tout au long des paroys de ladicte
sale, qui s'y tenoient debout et en pié durant ce royal ^599
disné, divisant avec les gentilzhommes qui y avoit en
grande quantité, tous à teste nue, saulf les grans d'Es-
paingne, qui se couvrent tous (comme plusieurs fois
avons dict) devant le roy, et y eust en ladicte salle durant
ce disné de toutte sorte de musique, comme dict avons.
Ce disné achevé, se retirarent ces cinc personnaiges un
chascun vers son quartier, donnans loysir et espace aux
dames et gentilzhommes de disner, c'estoient desja huict
heures de la nuict, avant que les tables fussent levées. Et
tout incontinent et miz le tout en fort bon ordre, revin
drent Ses Magestéz et Altezes à la dicte salle, et après
eulx touttes les dames, et s'assirent en leurs chayres et
desoubz leur throne comm' auparavant, et touttes les
dames es lieux et places qui leur estoient designées par
le grand maistre-d'hostel, sur des tapyz de Turquie de
soye et des quarreaux de toyle d'or de fort grande
valeur, le tout miz en fort bel ordre, scavoir est, tout au
long de la salle d'un costé et d'autre et de deux en deux
pas chasque quarreau, tellement qu'il y eust bastante
place pour s'y fourrer bien à leur ayse les gentilzhommes
du festin qui les y entretenoient en toutte grandeur et
honnesteté, comme en semblables festins, mesmement en
présence de telz princes, l'on en est obligé de faire. Le
tout ainsi rassy et miz en grave silence, y fust commencé Le bal royal se
un très solempnel bal, qu'eulx appellent sarao. Auquel
dansarent Ses Majestés et Altezes par plusieurs fois, et
signament la Majesté du roy qui dansa trois fois, la
première avec la royne, la deuxiesme avec l'infante sa
sœur, et la troisiesme avec un' autre certaine damoyselle,
et le fist d'une grâce très admirable, le mesme en fist
aussi l'archiduc. Et pendant que Sa Majesté dansoit, luy
commence.
Prince d*Oranges.
Duc d'Âulmale.
Comte de Sore.
Comte de Barlay-
mont.
Comte de Lignes.
Comte d'Egmont.
Comte de Fontenoy .
Comte de Pontevaux.
Comte d*Ysengien.
Sa Majesté ordonna que les gentilshommes et damoyselles du Pays Bas dansarent à leur mode.
fist Tarchidac la courtoysie de se tenir en pié à teste nue, et du mesme se tindrent debout touttes les dames et gentilzhommes du festin, saulf la royne, l'infante et l'archiduchesse (si en cas quelles n'estoient de la danse), réservées comme personnes royalles et ausquelles est deu ce respect et courtoysie. Et le mesme en fist aussi le roy et toutte la compaingnie en respect et à l'endroit de l'archiduc, pendant que Son Alteze estoit de la danse et que Sa Majesté n'y estoit point. Les gentilzhommes et damoyselles s'acquitarent aussi merveilleusement bien de leur debvoir, et d'entre eulx y avoit qui le firent très gaillardement et avec très bonne grâce, mais certes pour en dire la vérité et sans en oflFenser personne, nuUuy mieulx que la Majesté du roy mesme. Les danses qui s'y usarent le plus à l'espaingnolle, furent la alta, la baxa, l'allemande de pié du cheval, l'allemande d'amour, une danse qu'ilz appellent Madama d'Orléans, qui est assez belle et gaye, la bataille, et sur tout la gaillarde, et quelques autres petites dansettes, dont ne me souvient pas. Les gentilzhommes de nostre pays, dont il n'y avoit pas grand nombre et desquelz les plus signalez estoient le prince d'Orange, le duc d'Âumale, le comte de Solre, le comte de Barlaymont, le comte de Lignes, le comte d'Egmont, le comte de Fontenoy, le comte de Pontevaux et plusieurs autres barons et seigneurs de qualité, sans oublier le comte de Ysenguien, s'y acquitareni fort bien, car commanda Sa Majesté que pourveu qu'il y avoit de l'estofie, scavoir est des damoyselles de leur mesmes pays et nation, qui furent celles que l'archiduc avoit ammené quand et soy pour le service de l'infante, ilz y eussent à danser les danses de leur pays. Hz le mirent par exécution et le firent merveilleu-
sèment bien, car dansarent aulcuns bransles fort gayz et »599
jolyz qui pleurent grandement à Sa Majesté et dont le duc d'Aulmale estoit le conducteur, qui le sceut extrêmement bien faire, et tant qu'aulcuns des gentilzhommes espaingnolz se meslarent parmy eulx, pour le grand goust qu'un chascun en prennoit, mais le mal estoit que la musique ne les seconda pas, car n'y avoit qu'un petit violin qui les scavoit toucher, qui fust un maistre danseur appelle maistre Hans, que l'archiduc avoit ammené quand et soy, et quelqu'autre violon qui l'alloit suyvant mais fort piteusement, tellement que la musique n'y aydoit rien. Les damoyselles ftamengues furent les suyvantes : ^^ damoyselles madamoyselle Louyse de Tresseenies, madamoyselle ,," , .j^^ ^^. ^"^
•'^ -^ c» » j rarchiduc avait ara-
Alexandrine de Noyelles, fille du seigneur de Bours, mené pour le ser-
madamoyselle de Montmorancy, madamoyselle vice de Tinfante.
de Merode, fille du sieur de Frans, madamoyselle
de Croix et madamoyselle de S' Aldegonde, fille
du seigneur de Selles, toutes six damoyselles à la ser"®
Infante et fort richement accoustrées de toyle d'or, le
tout à leur façon et guyse ; car l'archiduc (qui les avoit,
comme dict est, ammené pour les colloquer au service
de la ser"* infante son espouse) les avoit faict accoustrer
ainsi en la ville de Milan. Et encores que cest accoustre-
ment playsoit assez à tous et mesmement à l'Alteze de
l'infante leur nouvelle maistresse, si est-ce que pour
son particulier goust et l'envie qui luy print d'aussi les
veoir accoustrées à l'espaingnole (comme estoient les
damoyselles de la royne), les fist incontinent accoustrer
touttes à icelle mode, d'une toyle d'or fort riche et
furent touttes ces six damoyselles menées à la danse des
susdicts bransles. La comtesse de Busquoy y estoit venue La contesse de
pour dame d'honneur, une fort vertueuse, dévote et ^"^^"^y-
IS99 sage dame, et de fort douce et aggreable conversation.
La comtesse de j^.^ comtesse douanière de Mansfelt, fort riche dame, y
Mansfelt. - • \ j - r
estoit aussi venue à ses propres despens et particulier goust, pour faire ce service à sa nouvelle princesse, et partant fort chérie de tous et particulièrement de la Majesté du roy qui, pour ce respect et aussi pour celluy de ses qualitéz et celles de feu son mary, le comte Charles de Mansfelt, prince de l'empire (laquelle dignité il avoit n'agueres obtenue de l'empereur es dernières guerres de Hongrie contre le Turc, où il mourut), luy fist la grâce et faveur de la faire seoir sur un coussin ou carreau devant l'infante et la royne, qui est un point d'honneur fort estimé entre les grandes dames et en tel degré, comme celluy des grans d'Espaingne qui se La Comtesse de couvrent devant le roy. La comtesse de Barlaymont y Barlaymont. ^-^^^ ^^^^j ^^ compaingnie de son mary, une dame fort
bisarre, lesquelles touttes furent du festin, et dura ce festin jusques après la mi-nuict, qui fust l'heure qu'un chascun se retira vers son repos. Et pendant que ce bal et autres testes nuptiales se celebroient dedans le royal palays, n'y eust moindre feste et allegrie parmy les Feuz de joye. cytoyens, qui firent leurs feuz de joye et en telle manière
qu'il sembloit en aulcuns endroicts que la ville se mist en flamme. Touttes les murailles des ramparts estoient plaines de certaines petites lanternes faictes à la legiere, scavoir est : l'on prend une petite aisselle quarrée et aux quatre coings miz et érigez quatre petits bastons de la haulteur d'environ un pied, alentour desquelz l'on fiche avec du pappin une feuille de papier blanc pour la défense du vent, en forme d'une lanterne, et au mitant de cecy l'on met une petite esceuille avec un peu d'huyle et en icelle unexmeiche d'estouppes, laquelle allumée
donne de soy fort belle lumière qui, à cause de la refle- i599
xion du papier, qui y est alentour et pour estre contreguardée du vent, semble deux fois davantaige de ce qu'il n'est, et est de fort longue durée et n'en est guère coustagieux. Ce fust une invention de feuz d'allegrie fort bonne et assez aggreable à la veûe de tous, et estoient de ces mesmes lanternes chargées touttes les tours, tourrettcs, frontispices et chapiteaux des églises et grandes maysons de la ville et y avoit outre ce en plusieurs endroicts d'icelle des grans feuz au mitant des rues et es fenestres des maysons force chandelles et lanternes, et en des plus signalées des flambeaux allumées en grandissime abondance. Il y eust aussi partout force fusées, et principalement en la plaine du palays qui se tyrarent depuis. Le chasteau, qui y en est à l'opposite, ce que Chasteau à Vale plus estoit de noter et qui le plus aggreoit fust, que touttes ces fusées se jectarent touttes ensemble en nombre quasi innumerable et cecy fort dru et souvent, qui sembloit à l'obscurité de la nuict, et selon qu'icelles alloient esparses deçà et delà, que le mesme firmament des estoilles s' alloient tombant en ruyne, un playsir et joye que bien mal seroit possible de l'exprimer, et outre ce faysoit chasque fusée au temps qu'elle s'expiroit, un épouvantable tonnaire qui estoit encores une autre excellence bien rare et le tout de telle admiration, qu'à bon droict je puis dire que nullepart ay veu feuz de joye, ne inventions de feu artificiel mieulx composé et ordonné que cestuy-cy. Le chasteau y fist icelluy jour et les autres trois ensuyvans, plusieurs belles salves de son artillerie, car trois fois chaque jour furent déchargées touttes les pièces, scavoir est du matin, midy et du soir.
lence
1599 Ce fust en somme une feste et solempnisation de nopces
telles que je pense (et en vérité le puis dire) n'avoir eu en mémoire de vivans sa semblable, et pour ce confirmer, souffit de pondérer et balancer tant seulement, l'équivalent de ces Princes, avec celluy de tous les autres de l'univers et par conséquent l'assemblée des nobles de tant de difiierens payz et nations y convoquez et congregéz, leur train de serviteurs, chevaulx, et coches, et le tout en si bel ordre, comme dict est, et sur tout la richesse de leurs accoustremens, bagues et joyaulx, et en particulier les beaux chevaulx qu'il y eust, et en si grand nombre, et de si grande valeur qu'il sembleroit incroyable de le dire, car il y en eust aulcuns de à deux et à trois mill ducats la pièce, mais ne sera cecy tant d'esmerveiller si on considère que ce terroir en produict tel fruict, et plusieurs autres choses qui par trop long seroient les icy référer que comme je diz, se peult tenir pour certain n'avoir eu, en mémoire de vivans telle feste et solempnisation de nopces. Le lendemain, et les autres sept ou huict jours ensuyvans, y eust chasque jour nouvelle feste, que ceulx de la ville firent pour bien et deûement célébrer ces nopces, en demonstrance, et recognoissance du bien, faveur et honneur qu'elle avoit receûe, pour avoir Sa Majesté choysy ce lieu pour la célébration d'icelles, tellement que le lundy 19. d'apvril que l'on célèbre la festivité de S* Vincent Ferrer Procession fort patron de ceste ville, et natif d'icelle, s'y fist la processolempnele de S» gj^^ accoustumée avec plus d'ordre, musique, et accom- Vmcent Ferrer. paingnement de gens que les autres fois. Tous les
mestiers s'y assemblarent jusques au nombre de cinquante et un, et se mirent en fort bel ordre, les uns après les autres, portant chasque mestier devant soy son estan-
dart accompaingné de force musique de toutte .sorte iS99
d'instrumens, après ceolx-cy marcheoient dix Geans accoustréz à la façon d'aulcunes nations estrangeres et alloient tousiours dansans et sautillans parmi les rues, suyvoient après les ordres de Religion, scavoir est les cappuchins, les carmélites, item des autres carmélites qu'ilz appellent, descalçoSy les minimes, les trinitaires, les mercenaires, les augustins, les cordeliers de S* Francoys, et les autres cordeliers qu'ilz appellent descalços, les dominiques, et derrière eux, tout le clergé de treze parroiches, avec quinze croix d'argent fort riches, qui se portoient devant chasque parroiche. Il y eust de ces presires bien environ cincq cens, et derrière le tout vint incontinent l'illustrissime patriarche, archevesque de Valence, desoubz un fort riche daix, habillé et accoustrè de pontifical, et avec sa mitre, et devant soy ses diacres et subdiacres, portant en sa main certaines reliques de ce sainct. Après lequel suyvirent le magistrat de la ville, et plusieurs des plus notables d'icelle et une grande trouppe et multitude de gens, qui tous en ce bel ordre sortirent de la grande église, visitant celle du monastère de S* Dominique (de laquelle religion avoit esté ce sainct et auquel monastère avoit vescu, et résidé en son vivant, selon s'y voyent encores les marques) et passans par devant le royal palays, firent derechef leur tour vers ladicte grande église. Ce mesme jour sur le soir y fust joué en la place devant ledict palays un certain jeu, qu'eulx appellent Alcanii^as, qui est quasi le mesme que Jeu d*Alcanzias. le jeu de cannes, saulf qu'en lieu de cannes, ilz se tyrent l'un l'autre avec certaines balles espongieuses et fort molles, qui croyssent en la mer, avec lesquelles ilz ne se peuvent aulcunement blesser. Ceulx qui furent de
i3Cf9 la festc cstoient tons gentilshommes de Valence et
d*iceu!x y en avoît bien environ septante fort bisarrement habillez, et sur de {on beaux chevaulx, avec de fort belles livrées, et firent leur entrée à force flambeaux allumez qui fust fort playsant à veoir. La nuict du mardy Tournoyoucom- 20. y cust aussi devant le palays un fort beau tournoy ^ ^ ' ou combat de a-piè, et pour ce faire y fust faict un
ample et spacieux eschauffault et tout alentour d'icelluy plusieurs autres avec des bancs et semblables commoditéz pour s'y asseoir les spectateurs, en forme de théâtre et au mitant d'iceulx, un autre plus signalé, et eminent que les autres, qui estoit pour les juges qui se nommeront cy-aprés. La noblesse de la court et de la ville, et les plus notables d'icelle s'y assemblarent tous, et en si grand nombre que véritablement se peult dire y avoir bien jusques à cinquante ou soixante mill personnes, ceulx qui estoicnt du tournoy n'estoient que des gentilshommes valenciens, qui y firent leur entrées fort magnifiquement et avec de fort belles inventions et devises, et encores que de nuict y faysoit aussi clair (pour la grand' importance de flambeaux allumez qu'il y avoit) comme si ce fust esté de jour, car chasque cavallier y entra avec plus de cent, ou deux cens, voires trois cens flambeaux. Et n'est cecy pour s'en esmerveiller, veu que ce gast, et dcspens leur est facil à faire car comme la plus part d'eulx sont seigneurs de vassaux et subiects, desquelz la pluspart sont Morisques y vivans comme tributaires les condempnoient à chasque occasion semblable à les venir servir en propre personne ou un autre, deux, ou trois en leur lieu, selon leurs facultéz et moyens, avec chascun son flambeau en main, qui estoit une chose des plus grandes magnificences que l'on y peult
remarquer car estoit très admirable, d'y veoîr tant de 1599
lumières ensemble, outre encores certaines lanternes et autres lumières que l'on y avoit mises. Les deulx marquis, l'un de Navarrez, conde de Almenara, et l'aultre de Guadalest estoient les mainteneurs, et des aventuriers il y en avoit jusques au nombre de 21. repartiz en trouppes qui firent ainsi leur entrée, tous armez de pied en cap, avec force lumière comme dict accompaingnéz de leur parrains, tambours, pfifres et un grand nombre de laquays tous accoustréz de leurs livrées. Les mainteneurs avoient quelque sept ou huict jours auparavant publié avec fort grande solempnité certain cartel Cartel, dont la teneur en substance est la présente, scavoir est. Qu'ilz defendroient et maintiendroient à force d'armes la mayson d'Austrice estre la meilleure de touttes, et que suyvant ce le roy don Philippe III et Madame la royne Margarite d'Austrice son espouse (chiefz d'icelle) seroient triumphans pour à jamais : car encores que ceste vérité estoit claire et manifeste, et concédée de tous, si est-ce qu'eulx seulz se presentoient à la défendre mieulx que nul autre. Les juges de ce tournoy, ordonnez Juges, et signalez par Sa Majesté furent le duc d'Aumale, le prince d'Orange et le comte de Fuentes, et s'assirent au théâtre que cy devant avons dict, quoy estoit au mitant des autres, et justement à l'opposite des fenestres et galleries ouvertes du palays, esquelles Ses Majestéz, Altezes et touttes les dames estoient. Hz tournoyoient fort bien et qui le plus s'y signala fust le marquis de Navarrez et aussi quelqu'uns des aventuriers, ce fust un jeu, et spectacle de fort belle veûe, et fort playsant et y tust dépendu et frayé, pour la diversité des inventions et divises, qu'ilz mirent en avant et aussi les livrées de
^599 leurs laquayz et semblables choses^ plus de trente-cinc
Ce tournoy cous- ^^^^ ducats et dura fort bonn' espace de la nuîct. Le
ta plus de 35000 ^
ducats. lendemain mercredy 21. partist de ceste ville Tarchidu-
L'archiduchesse, chesse, mère de la royne, vers Madrid pour aller veoir
""^'Vr! Madrid"''' ^^ ^^"' Impératrice Marie, mère de l'archiduc Albert, et
Taccompaingnarent Sa Majesté et ledict archiduc à cheval, et la royne et l'infante en coche jusques à une lieue hors de la ville, à un villaige appelle Quarte, et de là prindrent congé les uns des autres et retournez le roy, la royne, l'archiduc et infante vers leurs palays, y fust Bal royal. ordonné icelle nuict un fort beau et magnifique bal,
comme celluy du jour des nopces, auquel le roy dansa
tVois fois, sçavoir est avec la royne, Tinfante, et une
certaine autre dame, et fust publiée icelle nuict avec les
Jouste à cheval cérémonies et grandeurs accoustumées la Jouste, que
P" ^ ^' ceulx de la ville debvoient faire le samedy prochain, sur
le grand marché d'icelle, et de laquelle seroit mainteneur un certain sermenté d'icelle, appelle Dimas Pardo, et seroit son assistent un certain Gaspar Vidal, et les aventuriers seroient tous de la mesme ville.
Torreauxet jeux II y eust le jeudi 22. au grand marché, jeu de torreaux
de cannes. ^ j^ façon d'Espaingne selon, qu'en plusieurs autres
lieux, avons bien particulièrement decyfré, et aussi jeu de cannes, lequel eust esté fort beau si Ses Majestéz et Âltezes n'y fussent venu si tard, car avant que les torreaux fussent tous courruz et morts commençoit desja la nuict, tellement, qu'encores que l'apparat en estoit bien grand, y ayant 60. gentilshommes valenciens, qui y firent leur entrée, tous fort bien et richement accoustréz et équipez à la morisque, ne peurent faire leur gaillardises ni parachever le jeu comme bien ilz desiroient et ainsi leur fust force de l'abbreger. Le vendredi
23. devant midy, y eust une fort belle procession de S' George, qui est le patron et protecteur de leur nation et la firent fort solempnele, car y entroyent tous les confrères de la confrérie, desquelz il y en avoit 60. arquebusiers et 50. arbalestriers, tous avec de petits casaquins blancs en forme de scapulaire, ou froc avec une croix rouge de S* George au mitant, et avec leurs enseignes et le principal estendart de la ville. Après midy, sortirent du palays Ses Majestéz et Altezes vers le Collèges de l'université, à y veoir prendre degré un certain juriste qui y fust créé docteur, et y virent touttes les cérémonies accoustumées aussi leur furent donnez de la part dudict docteur à chascun une paire des gants d'ambre, et la propina selon leur façon de faire, et comme ilz en usent envers tous les docteurs de leur profession et feste, il y eust aussi une certaine orayson en latin, laquelle y recitoit un certain estudiant, et fust icelle fort bonne et brieve, et cecy parachevé se mirent Sesdictes Majestéz et Altezes en leur coche tous ensemble qui fust un coche très riche et très beau, du quel par cy devant le duc de Mantoue avoit faict présent à Son Alteze de la ser"* Infante. Et prindrent la route vers le Grau qui est le rivaige de la mer qui est bien proche, non plus qu'à un quart de lieue de là. Le samedy 24. après midy, se fist la jouste au grande marché. Les mainteneurs furent ceulx que cy devant avons dict^ scavoir est Dimas Pardo, primer jurado de la orden de los Cavalleros, et Gaspar Vidal, son assistent, et huict aventuriers. Eulx fort richement accoustréz et leurs livrées aussi fort belles et riches, et estoient leur tymbres et divises fort rares, belles et de très industrieuse invention, aussi estoient leur parrains fort bien en ordre et gens de qualité entre
Procession de S* George.
Leurs Majestéz et Altezes vont à l'Université.
Grau, rivage de la mer.
La jouste se faict.
1599 lesquels y avoît les deux marquiz de Navarrez et Guada-
lest. Les juges furent les mesmes que le jour du tournoy
et y furent le roy, la royne et altezes presens et se fist
le tout fort bien. Quoy faict et parachevé retournarent
Bal royal où furent vers leur paleys où il y eust icelle nuict un très solempnel
donnez les pris de ^^]^ ^^ pendant icelluy y furent publiez et distribuez
Hjouste. , " f . j . . T
les pris et trophées des vainceurs en ceste jouste. Le
Sa Majesté faict dimenche, 25. jour de Toctave des nopces, devant et crée chcvaUers ^^^^^ ^Q^na Sa Majesté le collier de l'ordre de la
Thoyson d'or à Monseigneur le ser°* archiduc Albert, son oncle et beau-frere, et du mesme aux seigneurs Talmirante de Castille, grand d'Espaingne, et le Prince de Malfette, de nation italienne, et cecy ce fist avec les cérémonies accoustumées, en congrégation de deux ou trois chevaliers de Tordre qui furent le comte de Berlaymont, le duc de llnfantado et don Pedro de Medicis, et estoient la royne et l'infante accompaingnées d'aulcunes de leur plus privées dames le regardant par derrière les tapisseries, au creux d'une porte qu'il y avoit là en la pièce, sans que personne s'en apperceut ni le sceut sauli le roy et l'archiduc et par un' autre porte qu'il y avoit ouverte le regardions nous tous dont en receumes grand playsir. Le tout faict se leva Sa Majesté de sa chayse pour s'en aller à messe en sa chapelle audict palays et l'accompaingnarent tous les susdicts chevaliers de l'ordre et les nouvaux créez aussi, avec leur colliers, comme aussi du mesme Sa Majesté, qui fust chose très belle d'estre veûe. La messe achevée les mena quand et soy le duc de l'Infantado à son hostel qui leur donna un fort beau et sumptueux disné. Ses Majestéz et Altezes accompaingnéz de force noblesse, sortirent à Taprés Bal public or- disnée et allarent veoir un bal public qui se devoit faire
par ceulx de la ville en une certaine place dicte la lonja de mercaderes (qui veult autant dire chez nous, comme la bourse où nos marcheans se rassemblent et trafiquent) un lieu fort ample et commode pour semblable festin, qui ne se fist que par la noblesse de la ville, la royne et l'infante alloient en coche, Tune, au haut bout, et l'autre, à l'opposite. Et le roy et l'archiduc à cheval les accompaingnans l'un d'un costé et l'autre d'autre. Il y avoit en ladicte lonja rassemblez plus de 300. dames et gentilzhommes tous de Valence, fort richement et somptueusement accoustréz, la plus part d'elles touttes de toyle d'or et d'argent et chargées d'une infinité de perles et pierres pretieuses que ce sembloient plustost des nymphes ou quelques princesses, que des femmes de particuliers. Les chevaliers de l'ordre s'y trouvarent aussi et accompagnarent Sa Majesté à l'entrée de la salle. Sa Majesté alloit à main droicte de la royne et les suyvirent l'infante et l'archiduc, qui avoit miz l'infante à son droict coste. Il y avoit en ladicte sale appareillé une fort riche et sumptueuse collation, de toutte sorte, et genre de confitures, qui seroit chose incompréhensible de l'imaginer, telles estoient les rares et nouvelles inventions qui s'y voyoient. Le tout y miz en un si bel ordre qu'humainement il ne se peult penser. Ses Majestéz et Altezes, miz au plus hault bout de la table et après avoir jecté les yeulx partout et aussi taste d'aulcunes choses qui leur donnoient goust, donnarent enfin le mot de guet aux dames de s'y approcher, touttes et s'y tenir prestes, pour lors que l'allarme de l'assault ou l'algarade sonneroit. Lesquelles y mises tout alentour, firent Ses Majestéz et Altezes signe de l'exploict, suyvant quoy se ruarent sur leurs ennemys avec telle roydeur
donné par ceux de la ville de Valence.
Collation à Tapprés-disnée par ceux de Valence.
1599 et furie qu'en moins d'un rien le camp leur demeura,
rauageans, saccageans et mettant en pièces le tout et de telle façon qu'en un seul clin d'œil il n'y avoit plus rien ensemble, en quoy Ses Majestéz et Altezes prindrent le plus grand playsir du monde. La royne estoit très richement accoustrée, avec une robbe tyrant sur le bleu, et semméz en icelle beaucoup des beaux diamans d'un pris inestimable, avec aussi une chaysne et ceinture des mesmes diamans, et avoit sur sa teste un petit bonnet aussi garny de fort beaux diamans et avec des fort belles plumes qui luy seoient merveilleusement bien et à imitation délie, le portarent aussi plusieurs autres de ses damoyselles entre lesquelles et celles de la ser™* infante, il y en avoit bien jusques au nombre de cinquante et quatre, touttes fort bisarrement accoustrées et non moins richement aornées d'une infinité de beaux joyaulx. La Le bal commence, collation faicte se commença le bal, et Ses Majestéz et
Altezes s'assirent desoubz leur throsne, scavoir est royne et l'infante au mitant et le roy et l'archiduc aux deux bouts ou extrémités. Tout ce festin, comme dict est, n' estoit que de gentilshommes et damoyselles valenciennes, et ainsi n'y dansa personne qu'eulx saulf l'almirante de Castille. Geste feste dura fort grand' espace de la nuict et icelle parachevée, se donna fin aux festins que ceulx de la ville avoient proposé et dédié de faire à l'occasion de nopces si solempnes de leur roy, ensigne du grand amour qu'ilz le portoient. Il ne se pourroit icy deduyre plus à menu le restant des festes qu'il y eust durant cest' octave^ et moins tout le temps que Les grands d'Es- Sa Majesté y estoit. Les grans d'Espaingne qui le plus paingne logent les g.y signaloient, furent le duc de Tlnfantado, l'almirante çstrangiers et les ^^ Castilla et le conue de Benavente, et eurent ceulx cy
logez en leur mayson chascun son hoste, scavoir des i599
principaulx seigneurs de nostre pays qui estoient venuz ^^*^^^°* magni en suyte d« Tarchiduc. Le prince d'Oranges logeoit pnnce d'Orange, chez le comte de Benavente, le duc d'Aulmale chez Duc d'Aumale. Talmirante de Castille, le comte de Berlaymont avec la Comte de Berlaycomtesse sa femme chez le duc de l'Infantado, Aussi comte de Ligne, tenoit le comte de Fuentes pour hostes les comtes de Comte de Fonte- Ligne et de Fontenoy, gentilzhommes de la chambre de ^^V^ Son Alteze et ainsi des autres. Tous ces seigneurs usarent avec leur hostes beaucoup de liberalitéz à leur départie, et tous le temps de leur hostellage les traictarent fort magnifiquement et ne peurent excuser d'endurer des grans gasts et despens. Les presens et collations qu'ilz envoyarent par plusieurs fois à la royne, Tinfante et les dames, n'estoient de petite considération, et à l'invitation d'eulx en firent aussi du mesme aulcuns autres seigneurs que encores que point si abondamment ne laissoit touttefois le tout de redonder en magnificence et esplendeur de la royale court, et ainsi chascun s'efforçoit le mieux qu'il peult de s'y monstrer de sa part, selon les moyens et possibilitéz qu'il avoit. Moy de la mienne, n'en vouloys aussi manquer d'en correspondre, et me fust d'advis qu'en rien ne me pourrois acquiter mieulx que d'en festoyer et caresser ceulx de nostre pays et nation, et ainsi m'efforceay de tout mon pouvoir de le monstrer par TeAFect envers tous (et particulièrement à l'endroict du sexe et genre féminin auquel par droict et debvoir de nature avons tous obligation de servir), je prins particulier soing des jeusnes damoyselles qui estoient venues en compaingnie et suyte des comtesses de Mansfelt et de Busquoy, qui touttes estoient gentil-filles yssûes de bon lieu et parentaige, et estoient logées soubz l'umbre
IS99 et protection desdictes comtesses leurs maîstresses en un
des quartiers du royal palays auquel comme j'avoys libre accès et entrée par faveur et bienveillance que les dictes comtesses me monstroient, tant pour estre de leur propre nation, que pour le lieu que j'occupoys en la chambre du roy ne laissay de les aller veoir et saluer souventes fois. La comtesse du Busquoy en avoit deux. Tune s'appelloit N. Vanderstraten et le nom de l'autre ne me souvient point. Et la vielle damoyselle qui y faysoit l'office de mère des filles estoit native d'Anvers, appelléc de Herde, une fort honneste et vertueuse damoyselle. La comtesse de Mansfelt en avoit quatre, scavoir est damoys. de CoUan arthésienne, dam. de Oddart de Brusselles, dam. de Oddart sa cousine germaine, dicte, Rixsele de la Campigne aux environs de Bolduc, et dam. de Berleghem aussi de Brusselles, et pour mère de filles, une certaine vielle damoyselle flamengue, dont le nom ni aussi celluy d'une autre dame d'honneur ne me souviennent point* Et comme touttes ces damoyselles comme estrangieres, estoient désireuses de veoir la ville, les églises et autres choses curieuses et rares, aussi lés beaux jardins qu'il y avoit partout, les menay par plusieurs fois dehors et les feiz avoir des coches pour s'aller promener, et esbatre ausdicts jardins et leur y feiz porter la collation. Aussi les feiz monstrer touttes les
Reliques. sainctes reliques de la grande église et les joyaux et
richesse d'icelle, et plusieurs autres choses curieuses qu'il y eust par tout, dont je pense receurent de moy aulcune satisfaction de la bonne et entière volunté que j'avoys
Monseigneur de jg les servir. Les seigneurs de Chalon, gentilhomme
Chalon.
Chark
dequin. furent de mes collèges le plus souvent en ces esbats et
^, , , „ de la bouche de Sa Majesté, et Charles de Baudequin Charles de Bau- ' ^
pour miens estoient de fort douce et honneste conversation très aggreables à tous.
Touttes ces festes parachevées y vindrent les députez de la ville de Barcelone à requérir très instamment Sa Majesté de vouloir faire son retour par icelle ville, à quoy condescendant fust incontinent divulgué son partement vers là, et moy, n'en pouvant suyvre à cause d'une grieve maladie qui, peu de jours auparavant, m'y avoit surprinse, y demeuray tout seul et (si bien me souvient) le dernier de tous les serviteurs du roy et qui pis est, avec bien peu d'espoir de vie, car telle estoit ma maladie et selon le dire des médecins n'en avoit aulcun remède, mesmement selon l'opinion du docteur de Onate, medecyn de la chambre du roy qui par son royal commandement m'y vint veoir. Hz m'avoient saingné cinc fois et la dernière de touttes, en la main droicte de la vaine du foye qui, suyvant leur estyle et opinion, est toujours le dernier refuge, m'ayant en tout tyré plus de trente et six onces de sang, mais le bon Dieu et créateur, par sa bonté et clémence, ayant pitié de ceste sienne créature, m'envoya bientost ma guarison et ce par moyen d'un certain docteur de la ville de fort grande renommée, dict le docteur Plaza, qui contre l'opinion de tous me fist encores saingner deux autres fois au bras de la vaine, qu'ilz appellent del arca ô de todo el cuerpo, moyennant quoy et certains petits medicamens qu'il m'ordonnoit me remist incontinent sus, et dedans les deux premiers jours me mist hors de tout dangier, m'asseurant tout entièrement la vie, qui à tous sembloit plustost miracle, qu'autre chose en telle décadence estoys desja parvenu. Philippe Prats, secrétaire des consaulx d'estat et privé du sçr"® archiduc Albert d'Austrice, en
Sa Majesté avec toutte sa court part vers Barcelone.
L'authenr est grièvement malade.
*599 pourroit estre bon tesmoing, qui pour lors y estoit aussi
demeure malade et m'y vint veoir quelque fois^ aussi
en pourroit dire le mesme le devant nommé Pierre
Charles, archier de corps de Sa Majesté, qui ne m'ab-
bandonna jamais m'assistant en tout très fidèlement. Le
mesme jour du partement de là, de Sa Majesté et de
Nicolas Damant toutte sa court, me vint veoir messire Nicolas Damant,
part en suyte e • estoit aussi prest pour s'en partir vers le Pays-Bas
Tarchiduc et lin- ^ ii- i.ji
fante vers le Pays- ^^ suyte dudict archiduc, et la ser°« Intante et me trouva
Bas. en telle extrémité, que Ton estoit empesché de m' ad-
ministrer le sainct sacrement, il en pourroit aussi tesmoingner le mesme et tous ceulx de sa mayson qui y vindrent tous à me veoir, enfin j'obtins en brief entière convalescence et me miz le plustost que possible m'estoit en chemin vers Madrid, lieu de ma résidence ordinaire. J'esioys logé, par intervention et particulière faveur du comte de Benavente, vice-roy de ce royaulme de Valence, chez un certain conseillier du roy de son conseil royal d'icelluy royaulme, dict Micer S* Juan de Aguirre, un personnaige fort courtois et qui m'y traicta comme filz de la mayson, car n'y avoit disner ne soupper qu'il ne me vint veoir, et le mesme en faysoit sa femme et une sienne fille qu'il avoit jeune damoyselle à marier, qui tous n'estoient si bénignes et amiables que j'oseroy bien dire, qu'en ma propre mayson n'en pourrois recepvoir meillieur traictement. Aussi en usay-je envers eulx fort courtoysement car leur presentay à mon partement de là une fort belle pièce d'argent, dorée et à tous ceulx de la mayson en usay aussi de gratitude et recognoissance du bien qu'en ceste mienne maladie avois receu, tellement qu'en sortyz fort honorablement, ei encores que le traictement estoit tel, comme j'en achevé de dire, si estce que
le desîr de me veoir remiz en ma propre mayson estoit si grand que ne veoys venir l'heure de me mettre en chemin, tel estoit le ferm' espoir que j'avoys d'y recouvrer incontinent santé et en ceste conformité panismes de là sur la fin du moys de may, et arrivasmes audict Madrid le 7. de juing, par la Venta, Requena, Valdou, Machin, Almacha, Villar de Canas, Villa Rubio, Tarançon, Fuentiduena, Euclez, Villarejo, Arganda, Vazia- Madrid y Vallecas, qui sont en tout environ cinquante et cinc lieues où arrivé, ne pensoys à autre qu'à me donner du bon temps, mettant en arrière tout pensement, soing et fâcherie que l'absence de Sa Majesté me pourroit causer veu qu'à l'impossible n'y a, que s'en valoir de la belle pacience, encores que ce seul point m'ennoyoit grandement considérant de la façon je me trouvoys esloîngné de sa royale présence et qu'en beaucoup de jours n'y avoit espoir de nous reveoir, aussi qu'en estoys party dudict Valence, sans son preallable congé, et prins ma déroute vers ma mayson à y aller prendre convalescence postposant pour ce l'acquit du debvoir et obligation qu'avoys à son royal service. Et pour le scrupule que j'avoys en cecy ne me pouvoys acquieter en mon esprit, tant que j'eusse sondé par lettre d'excuse (que j'escrivyz au marquis de Dénia comm' à mon chief et supérieur) scavoir, comment et de que façon Sa Majesté et luy avoient entendu ceste mienne retraicte et ainsi luy suppliay m'en vouloir excuser et en parlant un mot à Sa Majesté m'obtenir congé de l'y pouvoir attendre, à quoy me respondit la lettre qui fust de la teneur suyvante :
Muy acertado fue el yros a curar y convalescer a Madrid, y assi sera bien mirar mucho por la salud, y
L'autheur part seul de Valence vers Madrid pour s'y coDvalescer.
Lettre du marquis de Dénia à Tautheur.
IS99 plegue a Dios que os la de tan complida como puede,
y yo os la desseo, enloque toca al dinero que haveys de haver de la escrivania de Jaen, del secrctario Muriel sabreys loque Su iMag** manda, G*** nostro S' &•.
De Barcelona a 21. de Junio IS99- (et continuant est escript de sa propre main) Convalezed, y estad senor, muy bueno para quando lleguemos por alla que sera presto plaziendo a Dios. (et estoit signée) El Marques de Dénia.
Geste lettre me remist entièrement en nature et de là en avant ne pensoys à autre qu'en ce qui me pouvoit donner allegueftient d'esprit, m'accroyssant santé et forces lesquelles, comme les alloys recouvrant encores que petit à petit me fust conseillé que je m'eusse à appliquer tous les jours à quelque corporel exercice, pour tant plustost les corroborer, et suyvant ce m'appliquay à celluy de tyrer aux armes, auquel passé quelques années L'autheur s'exer- m'estoys exercité, et m'en playsois extrêmement et à cest
cite aux armes pour ^gç^^ ^^ (q\^ y^nir j ma mayson les maistres battaillieurs, recouvrer plus de , , , . ,,
orce en sa conva- ^^^^ lesquelz combattoys journellement en présence et lescence. soubs conduicte d'un certain Paulo de Paredes un des
meilleurs maistres d'armes d'escrime de la court, mesmement qui n'agueres avoit enseigné à tyrer aux armes sa propre Majesté et estoit homme fort à droict à touttes sortes d'armes, et me les enseignoit quasi touttes, et ausquelles le plus m'exercitoys estoient à l'espée seule, item à l'espée et dague, item à l'espée, et cappe, item à l'espée et bouclier, item aux deux espées, et sur le tout à l'espée à deux mains qui est un exercice fort apropos pour se desnouer et agiliter le corps, comm' aussi est celluy des deux espées qui ne consistent en autre qu'en de fort belles voltes, qui se font par un fort bel ordre et
deux mains.
compas, et néantmoins fort à propos pour s'en défendre, '599
moyennant que Ton les jouve bien et non moins propres pour en offendre son ennemy. Et parce que ces deux armes scavoir est les deux espées et Tespée seule à deux mains s'apprendent par ordre, reigle et compas, le tout rédigé en douze reigles ou canons lesquelz ledict Paredes me donna par escrit ma semblé pour en rafraischir quelques fois la mémoire de les insérer icy.
Suivent donc les douzes reigles ou canons de Tespée à deux mains qu'ilz appellent El Montante.
La primera, es de un tajo, y una estocada, entrando y Règles ou Ca-