lieues, où le lendemain me furent données touttes
mes despeches, scavoir est touchant la prétendue licence
de mon escrivanie, aussi affin que lettres patentes me
fussent despechées du cavallerat, et aussi pour recevoir
du trésorier gênerai de Sa Majesté les mill escuz d'ayde Ayde de coste.
de Costa pour mon voyaige avec quby m'en allay fort
content et en donnay les deux remerchiements audict
duc, et luy delivray en main propre la clef de la chambre
du roy, et me deportay des lors de mon office de ayde Uautheur re-
de gentilhomme de la chambre, et m'en retournay de ^o"™ ^^'"^ Valla-
là vers Valladolid à y parachever mes afiaires, et furent
les gentilzhommes et serviteurs domestiques de Sa Majesté
qu'alors j'y laissay en son actuel service. Je diz les plus
principaux et signalez qui y alloient alentour de sa
royalle persone les ensuyvans. Et premièrement .
i6oo Le sommelier, et gentil:(hammes de la chambre
Mémoire des ser- j^ ^^ j^^ .^^^
viteurs domestiques ''
etsignamment e ^^ j^^ ^^ Lerma, marquis de Dénia et de Sea, com-
chambre que rau- ^ ^
theur laissa en ac- niendador mayor de Castilla, du conseil d estât de Sa
tuel service à son Majesté, son grand escuyer et sommellier de corps, département. Y)on Garcia de Figueroa, gentilhomme de la chambre
de Sa Majesté.
Don Martin de Alagon, gentilhomme de la chambre de Sa Majesté.
Don Pedro de Guzman, gentilhomme de la chambre de sa Majesté.
Don Alvaro de Cordova, gentilhomme de la chambre de Sa Majesté.
Don Enrrique de Guzman, gentilhomme de la chambre de Sa Majesté et jadiz du feu roy.
Le marquis de Sea, filz aisné audict duc, gentilhomme de la chambre de Sa Majesté.
Le marquis de Sarria, gentilhomme de la chambre de Sa Majesté.
Don Francisco de Borja, commendador mayor de Montesa, gentilhomme de chambre de Sa Majesté.
Don Pedro de Castro, gentilhomme de la chambre de Sa Majesté et jadiz du feu roy.
Le comte de Enseda, marquis de Loriana, gentilhomme de la chambre de Sa Majesté.
Le marquis de S^ German, gentilhomme de la chambre de Sa Majesté.
Tous ceulx-cy estoient servans actuellement et estoient réservez les ensuyvans.
Don Antonio de Toledo, gentilhomme de la chambre de Sa Majesté ad honores et jadiz du feu roy.
Don Fernando de Toledo, gentil- \ ï6oo
homme de la chambre de Sa Majesté
ad honores . . ,. , r
^ ^ . j r>., ., / etiadizdufeuroy.
Don Francisco de Ribera, gentil- *
homme de la chambre de Sa Majesté
ad honores
Don Juan de Sandoval, marquis de V* Bisar, premier escuyer, et gentilhomme de la chambre du roy ad honores.
Don Juan de Tassis, grand maistre de postes, gentilhomme de la chambre de Sa Majesté ad honores.
Les aydeS'gentilT^hommes de la chambre du roy.
Alonso de Muriel y Valdeviesso, ayant les papiers de la chambre avec tiltre de secrétaire du roy.
Alvaro de Malpartida Galarza, ayde-gentilhomme de la chambre.
Don Bernabe de Vivanco, ayde gentilhomme de la chambre.
Pedro del Yermo, ayde-gentilhomme de la chambre.
Diego Maldonado, ayde-gentilhomme de la chambre.
Thomas de la Valea, ayde-gentilhomme de la chambre.
Eugenio de Marvan Bernardo, ayde-gentilhomme de la chambre.
Don Rodrigo Calderon, ayde-gentilhomme de la chambre.
Fernando de Espejo, ayde-gentilhomme de la chambre et guarde robbe.
El capitan de Truciiio, ayde-gentilhomme de la
chambre.
Diego de Obregon, ayde-gentilhomme de la chambre.
i6oo Tous ceulx-cy estoient actuellement servans, et estoient
les jubilez réservez et récompensez les ensuyvans.
Juan Ruyz de Velasco, ayde-gentilhomme de la chambre qui fust de feu Sa Majesté fust faict incontinent après le trespas de sadicte Majesté secrétaire du roy et de la royne, et chevalier de Tordre de S* Jacq.
Don Francisco et don Juan Nevares de Santoyo frères^ se retirarent chez soy, le lendemain qu'estoient achevées les obsèques du feu roy doiz TEscurialy sans emporter, ni avoir demandé aulcune recompense car estoit riche ledict don Francisco d'environ 14000. ducats de rente.
Don Philippe de Çuniga, ayde-gentilhomme de la chambre qui fust de ce roy lorsqu'il estoit prince, fust incontinent recompensé de l'office d'Alguazil mayor du souverain conseil, ou chancellerie de Valladolid qui vault tous les ans plus de 2000. escus, et fust faict chevalier de l'ordre de S* Jacq.
Manuel Alvarez de Cespedes, fust jubilé moyennant un escu par jour en sa mayson pendant qu'il en recevra plus grande mercede.
Juan de Marvan Bernardo, eust le mesme, et
Carlos de Sigoney le mesme, et furent ces trois jadiz aydes-gentilhommes de la chambre du roy.
Moy et. don Bernave de Bivanco fusmes incontinent après le deces du feu roy receuz, en nostre office du roy moderne et en fismes nostre serment en un jour, comme dict est. Fol. 263. v® (ci-dessus p. 157).
Juan Ferez Florian, ayde-gentilhomme qui fust de ce roy quand il estoit prince, fust recompensé de 400. escus de pension par an pour deux vies, oultre 600. qu'il avoit, et fust faici chevalier de l'ordre de Christo en Portugal.
Miguel de Valdiviesso, frère au secrétaire Muriel, fust
receu pour ayde-gentilhomme de la chambre de Sa i^oû
Majesté et bientost après déporté et recompensé avec mill escus de rente, et faict gentilhomme de la mayson de Sa Majesté.
Juan Bernaldo de Qiiiros, ayde-gentilhomme de la chambre et guarderobbe qu'il fust du feu roy, et guarderobbe qu'il estoit de Sa Majesté fust receu et remiz en son dict office de guarde robbe. Et aussi faict ayde de chambre de ce roy, et depuis déporté et recompensé avec aussi mill escus de pension, et la place de gentilhomme de la mayson.
Et maintenant suis-je moy sorty, recompensé et honoré en la forme comme dict est.
Les Barbiers de corps de Sa Majesté.
Juan de la Huerta, premier barbier de Sa Majesté qui aussi le fust de feu Sa Majesté.
N. Ortiz, ay de-barbier.
Juan Cornelio, soubz-ayde-barbier.
Bernard Cornille, jadiz ayde-barbier qui fust de feu Sa Majesté fust déporté et recompensé avec 3000. escus de ayde de coste. Et faict ayde de chambre du ser°^^ Archiduc Albert.
Le Bureau de Sa Majesté.
Le marquis de Velada, grand maistre-d'hostel de Sa Majesté.
Le comte de Orgaz, maistre-d'hostel de Sa Majesté.
Don Pedro Porto Carrero, maistre-d'hostel de Sa Majesté.
Don Luyz Enrriquez, maistre-d'hostel de Sa Majesté.
Le comte de Nieva, maistre-d'hostel de Sa Majesté.
1600 Le marquis de las Navas, maistre-d'hostel de Sa Majesté.
Don Sancho de la Çerda, marquis de la Laguna, maistre-d'hostel de Sa Majesté.
Gaspar de BuUon, controlleur de Sa Majesté.
Gerome de Qpincozes, greffier du bureau.
La Chapelle du Roy.
Don Alvaro de Carvajal, ausmonnier de Sa Majesté et son premier chappellain.
Juan de Guzman, i sommelliers de l'oratoire de
.... Rojas y Sandoval, ; Sa Majesté.
Matheo Romero, flameng, maistre de la chappelle.
Les Escuyers de Sa Majesté.
Le susdict duc de Lerma, grand escuyer de Sa Majesté.
Don Juan de Sandoval son frère, marquis de V' Bisar premier escuyer.
Mucio cavallier, gentilhomme Romain, escuyer de Sa Majesté.
Don Gonçalo Enrriquez, don Luys Ortafa, don Juan Manrriques, don Francisco Çapata, y don Luys Cotinho, tous escuyers de Sa Majesté.
Et don Fernando Verdugo, armero mayor.
Des autres serviteurs domestiques, comme sont gentilhommes de la bouche, et de la mayson ne se faict icy nulle mention, pour en estre le nombre par trop infiny . Et pour continuer nostre encoraence voyage diray que le Araada del Duero. 6. de may partay de Aranda del Duero tout droict vers
Valladolid. Geste villette est assez belle, assise sur la rivière du Duero, la court y a esté autre fois. U y a de fort belles promenades, et a la ville sept portes et disent
L'autheur continue son chemin vers Valladolid.
pour un proverbe : Que Hem Aranda del Duero siete puertas, y en coda puerta ay puente y fuentej y fuera délia un monte. Il y a hors de la ville un fort beau monastère de Tordre de S^ Dominique dédié au S^ Esprit» dont la fabrique en est toutte neufve, et en a esté le fundateur, don Pedro de Acosta, portugez, evesque de Osma premier chappellain de l'imperatice dona Yzabel, femme à feu l'empereur Charles le Quint. Et fuz à prendre giste en Pesquçra 8. lieues. Le 7. de may par Valbuena, Olivares y Villabanez, à giste en Valladolid encores 8. lieues. Et y arrivé fuz incontinent le lendemain à diligenter mes aflfaires, Sa Majesté passoit plus outre et ne fust son retour audict Valladolid que delà à quelque jours. Et ce temps pendant furent faicts les apprests, en la grande église de Nostre Dame, pour lors que Sa Majesté seroit de retour y jurer et confirmer la paix entre les Majestéz des roys catholique, et très chrestien, ce qu^ fust faict avec grande solempnité le 27. de may un jour de dimenche, sortant Sa Majesté de son royal palays accompaigné de toutte la noblesse de sa court, et marcheoit à son costé gauche, le comte de la Rochepot ambassadeur pour le roy très chrestien de France qui y representoit sa royale personne, et es mains duquel Sa Majesté catholique debvoit prester son serment de la confirmation de ceste paix comme ni plus ni moins Tavoit faict son dict maistre en sa court de Paris passez quelques moys, et estoit ceste paix la mesme qu'au vivant de feu son père avoit esté faicte et arrestée en Vervin, et jurée entre feu Sa Majesté et ledict roy de France. Et alloient ainsi tout droict vers Teglise de Nostre Dame, en laquelle se debvoit faire ceste cérémonie, et y entrez, se mist Sa Majesté desoqbz son
Proverbe.
Monastère de S^ Dominique.
VaUadoUd.
Le roy ratifie et confirme par serment solemnel la paix conclue entre Sa Majesté et le roy de France en Vervins le 2. de juin 1598. Et faict son serment es mains du comte de la Rochepot amb. de France.
- ji8-
1600 pavillon. Et ledict ambassadeur s'assied en son lieu
ordinaire au banc des ambassadeurs, et tous les grans d'Espaingne, et chevaliers de Tordre qu'il y eust au leur, et le tout ainsi miz en silence y fust commencée la messe en pontifical, laquelle celebroit Tillustr"* cardinal Nino y Guevara, et fust secondée d'une fort belle et mélodieuse musique, de toutte sorte de voix, et instrumens musicaulx. L'on avoit miz au mitant du grand chœur, devant le grand autel, un petit banc richement entapissé, qu'ilz appellent sitial, auquel estoit miz un quarreau de très riche toyle d'or, et sur icelluy un missal, et une très riche croix. Et la messe finie, et sortant Sa Majesté de son pavillon s'y mist à deux genoux, en un autre quarreau aussi de toyle d'or qui y estoit miz pour s'y agenouiller dessus, et ledict ambassadeur s'y approchant, s'y détint en pié à son costè droict accompaigné des autres ambassadeurs qui pour lors s'y trouvarent qui furent le Nunce apostolique, et ambassadeur de Venize, et derrière Sa Majesté, Et cesdicts Messieurs, vindrent s'approcher tous les susdicts grans d'Espaingne et chevaliers de l'ordre, et le restant de la noblesse qui l'avoient accompaigné comme fausteurs, et applaudisseurs d*un acte tant condigne et louable à ces deux plus grans royz et monarques du monde, et le tout ainsi miz en ordre, y vint le susdict cardinal Guevara, qui s'abbayssoit de l'autel, où il achevoit de dire la messe, tout ainsi accoustré comme il estoit et avec sa mitre mise, accompaigné de tout le clergé s'y assied en une chayere devant ledict sitial, et s'addressant au roy luy fist une brieve, et pourtant non moins docte, et saincte harangue luy remonstrant, combien il estoit juste, et équitable de confirmer et maintenir une si bonne, et
saincte paix, que jadiz, feu son père, luy avoit délaissée 1600
faicte, arrestée, et établie devant sa mort, avec un tel prince voysin comme Testoit ce roy très chrestien, la royalle personne duquel representoit le susdict comte de la Rochepot son ambassadeur qui y estoit présent, et que suyvant ce, et d'autant que sa dicte Majesté très chrestienne Tavoit de nouveau jurée, et confirmée Sa Majesté catholique en voulsist aussi faire le mesme, et ainsi le luy demandant en claire et haulte voix, respondit sadicte Majesté en mesme ton et langue, Assi la juro, y confirmo ; et ce dict, baysa sur ce le livre aux évangiles, et la saincte croix qui y estoit mise devant soy sur le dict quarreau, et en ce faysant se leva en pie, et se retira derechef desoubz son pavillon, et ledict ambassadeur et tout un chascun en sa première place, et ledict cardinal avec toutte sa sequele retournans vers l'autel y commença à chanter le hymne. Te deum laudamus, qui par les chantres de la royalle chappelle fust fort solempnelement parachevé. Et finablement après avoir ledict cardinal jecté sur tous en gênerai sa bénédiction pontifi- Le roy retourne cale, se retira Sa Majesté vers son palays accompaigné J^^^J^t^r/'" dudict ambassadeur et toutte la noblesse comme dict est et pour estre desia bien tard ne disna point icelle fois en publicq, ains se retirant à l'escart, fust aussi cause qu'un chascun s'alloit chez soy, comme de faict s'en retourna vers son hostel ledict ambassadeur accompaigné par ordre et commandement du roy d'un sien maistre d'hostel avec un grand nombre de gentilzhommes, et une partie de ses guardes des hallebardiers espaignolz, et allemans jusques à le mectre en sondict hostel. Tout cecy se fist avec grandissime contentement du peuple, et Sa Majesté Présent que Sa mesme pour en faire la mesme ostentation envoya le ^^j^sté envoyé à
rambassadeur de France, le comte de la Rochepot.
Le comte de la Rochepot dict avoir eu notice de mess :
Tristan, Lhermite un des ayeulz de Tautheur.
Proverbe.
lendemain aodia ambassadeur an fort riche présent d'one chzjnc d'or garnie de force diamans, et autres pierreries estimée de plus de 4000. ducats. Et à ses deux nepveuz qui estoient venuz en sa compaignie et autres gentilshommes de son train à un chascun de fort belles chajmes d*or, de deux et trois cens ducats la pièce, qui en tout Ql ce que Ton dict) vient à monter à plus de 6000. en valeur, demeurant au reste un chascun très content et très satisfaict de la grande libéralité du roy. Tous les gentilshommes de la court en firent aussi de là en avant la mesme démonstration pour entretenir ceste nouvelle union et Talloient veoir fort souvent, aussi estoit ce seigneur de fort doulce et amiable conversation, ceulx de nostre nation ne manquoient nullement de leur debvoir, et moy m'acquitant du mien (car scavoys bien que Sa Majesté en goustoit) Talloys veoir aulcune fois, et estoit tout son entretien de s'enquester curieusement des particularitéz de ce pays, et luy en feiz part d'aulcunes, et en contrechange m'en dict aussi merveilles du sien, et en cecy receuz un particulier goust, et playsir d'autant que jamais n'y avois miz le pied, et si en avois-je bien ouy dire de fort grandes et mémorables choses, qu'encores que mes ancestres estoient yssuz de là, si n'en ai*je jamais eu le bonheur, d'y avoir esté. Il me dict qu'il avoit grande notice des louables faicts de Messire Tristan Lhermite, chevallier de l'ordre du roy de l'Estoille, grand favorit au roy de France Charles V. prœudhomme, hardy, et vaillant capitaine et entant que de luy est demeure le proverbe : // est aussi vaillant comme Tristant Lhermite, Et que de sa postérité il en debvoit encores avoir en la France. Mais je luy dy que nous autres estions sorty de là par desastre, et qu'il y avoit environ deux cens ans,
que nous nous estions transmigrez au pays de Haynaut, 1601
et que faysions nostre extraction d'un certain Pierre Lhermite autheur qui fut de la guerre saincte, environ l'an 1095. qui eust à femme une de la mayson de Roussy appellée Béatrice, Et qu'un certain patriarche de Jherusalem nommé Albert Lhermite en descendoit, et que de l'ancienneté de nos armoiries que portons encores pour le jourdhuy, avois acquiz un beau tesmoingnage par une certaine antiquaille d'environ quatre cens ans, que feu le roy de très haute mémoire m'avoit donné hors de son guarde joyaux, (comme cy-devant f' 2 1 5 . l'ay deduict (V. ci-dessus p. 97.) plus à la longue) laquelle luy monstray, et s'en essmerveilloit fort. Et partant me promit de me faire avoir un H promet de luy pourtraict d'icelluy Pierre Lhermite lorsqu'il seroit de ^^'["^ ^''f ^^ P^"'" retour en rrance, et qu il tascheroit de m envoyer le Lhermite. mesme qui se voit au cabinet de la royne-mere et tout cecy m'asseura le susdict seigneur comte de la Rochepot, et le mesme m'en advoua encores une certaine damoyselle françoyse, nommée Mad"* de Monthourry qui a esté de *
la chambre de feue la royne Yzabelle, laquelle hantoit souvent la mayson dudict comte. Et l'allois aussi visiter quelque fois et comme elle estoit native du païs d'Auvergne me donna cognoissance de plusieurs choses à moy incognues, scavoir est des alliances que par de là avoient faicts mes prédécesseurs, et comme je luy monstroys Tarbre qu'en avons me confirma tout le contenu d'icelluy estre véritable ; car cognoissoit touttes icelles maysons, lesquelles disoit estre des plus nobles, et des plus cognues d'iceux quartiers, et suyvant cecy, moyennant la divine grâce, fayz estât de les y aller recognoistre quelque jour. Le 4. de Juillet en continuation des faveurs
i6oi que tousiours j'ay receu de la main du duc de Lerma,
Le duc de Lerma m'envoya ledict duc une très belle espée, et daggue, avec
faict présent à Tau- , ^ y \ ^
theur de la mesme ceincture, pendant et fourreaux de velour noir gamyz de espée, de laquelle petits passemens d'or et d'argent, et les gardes de ladicte Sa Majesté l'arma ^spée et daggue, d'un fort bel ouvraige taillé, et gravé
comme de chaynettes, doré et argenté fort poliement. De laquelle il me fist don et présent pour avoir esté la mesme avec laquelle Sa Majesté m'avoit armé chevallier : car comme le grand estoc du roy (duquel on use d'ordinaire) l'on n'avoit à la main, print ledict duc (comme grand escuyer du roy) l'espée qu'il portoit au costé et la tirant hors du fourreau la bailla à Sa Majesté pour en faire la cérémonie, laquelle comme dict est, avoit esté sa propre de laquelle je receuz ces trois coups d'honneur et ledict duc pour ce respect, et affin de nl'en laisser la souvenance, mesmement pour m'avoir esté faict cest honneur en jurisdiction, et seigneurie sienne, scavoir est en son chasteau de Gumiel del Mercado, m'en fist présent. Et U luy faict aussi joinctement avec ce, d'un sien pourtraict tyré au vif par présent d'un sien |jj x!!X2\xi d'un bon peintre, qui furent deux dons grande-
pourtraict et oultre . . y r
ce luv faict encores ^^^^ ^ estimer, et non encores content de ce, me nst plusieurs autres li- aussi donner mill cincq cens ducats d'ayde de costa pour beralitéz. les repartir entre ma mère, et deux sœurs, lorsqu'avec
la faveur de Dieu, j'arriverois auprès d'elles, et ce de la
part du roy, en considération des bons et loyaux services
de feu mon père, et pertes qu'elles avoient souffertes
pendant les troubles du Pays-Bas, lesquelz me furent
donnez par voye du conseil d'estat. Et aussi du mesme
De plus obtient me furent signalez par voye de celluy de guerre, deux
encores 200. ducats ^cnts ducats pour les convertir en un beau tour de chayne
SaiTd'oTï^ur ^vec la médaille de Sa Majesté d'or, que la part de
son beau frère et Sa sadicte Majesté j'eusse à présenter à mon beau-frere
Gilles de Merre bourguemaistre de la ville d'Anvers, avec 1601
aussi lettres de sadicte Majesté à son ambassadeur don ^*)^^^ ] honnore
du tiltre de cheval-
Balthasar de Çuniga depeschées par le mesme conseil ^^^ d'Estat, luy disant, l'avoir aussi honnoré du tiltre de chevallier, et ce, en considération de plusieurs services par luy faicts en guerre et autrement et dernièrement au secours et reprinse de la ville de Liere Tan passé de 1595. au mois d'octobre, en compaingnie d'autres deux gentilzhommes d'Anvers, ses confrères qui furent Jacques Dassa, et Anth: de Berchem, tous trois du magistrat et capitaines de la bourgeoysie d'icelle ville, et laquelle ville de Liere, ilz reprindrent des ennemis. Mais que pour n'estre icy en personne ne l'avoit armé de sa propre main. Et que pourtant il l'eut à remonstrer à l'archiduc Albert, afEn que par delà il en fist l'exécution par la propre sienne, comme le tout se peult veoir plus clairement, par la royalle lettre, dont va icy la copie :
De parte de Giles de Merre Burgomaestre y natural de Anveres, se me ha referido, que sus passados sirvieron muchos anos a los mios, con gran fidelidad, particularm'^ su padre hasta que fallezio, siendo desterrado por los rebeldes que occupavan aquella villa, y que El siguiendo sus pisadas ha servido assi mismo muchas anos, empleandose en algunas occasiones de guerra, senaladam'^ yendo por capitan de una delas companias de Burgueses que fueron a socorrer la villa de Liera laquai se recupero con gran perdida de los enemigos. supplicandome en consideraçion desto fuesse servido de honrrarle, haziendole merced de armarle cavallero, como se ha hecho con otros dos que fueron con el con sendas companias a la decha occasion de Liera y porque por los recaudos que ha presentado consta ser cierta la relacion, y es justo pre-
Lettre du roy en faveur de Gilles de Merre.
i6oi miarle, he resuelto de hazerle la merced que prétende
y encargaros, y mandaros, como lo liago» que pues el decho Giles de Merre se halla en essos estados por loqual no rrecibe essa honrra de mi mano, dîgays al archiduque mi do de mi parte que gustare mucho deque le arme cavallero, y haza dar el despacho necessario para calificar essa merced, y avisarme ays de como se huvicre hecho. De Valladolid, à 21. de março 1601. (firmado) yo el Rey. y por mandado de Su Mag^ Andres de Prada. (El sobrescrito) Por el Rey. A don Baltasar de Çuniga de su consejo y su embaxador en Flandes. — Il m'y fallut encores arrester quelque bon espace de temps, avant que me pouvoir mettre en chemin pour mon très désiré retour vers ma patrie : car les occurrences du temps m'alloient fort au contraire pour le changement n'a gueres y advenu par le soudain deslogement de toutte la court d'un lieu à autre qui n'avoit causé petite altération aux affaires des particuliers tellement que touttes les bourses s'estoient closes et n'y avoit personne qui rien osa intenter. Et moy désireux de me desfaire de ma Greffe ou Escrivania mayor de Rentas de la provinçia de Léon dont par cy devant avons tenu propos, ne trouvay si promptement personne à qui la pouvoir transporter comme en avoys la licence du roy, et ce temps pendant m'y fallut entretenir comme du passé. J'y rencontray de fortune un fort honnorable prestre, chanoyne chantre de la grande église de ceste ville de Valladolid appelle don Luys Nino qui outre les curieusités qu'autres fois avoys receuilly de ceste église, et ville comme se peult (V. t. I, p. 14s veoirau feuillet passé 113. me descouvrit encores beaucoup çt suiv.) d'autres dont en ay bien voulu icy appliquer aucunes.
Ceste église est fort ancienne et est dédiée à Nostre
Dame de rAnnonciation dont en font encores foy les 1601
vieux seaux de leurs armes qui sont la s** yraage de .. L'autheur comme
il se trouve de lovrAnnonciation. Et en conformité de ce s'y voit encores sir mect encores icy
en une certaine peinture qu'il y a là dessus la porte quelque raritéz de
principale, (qu'ilz appellent la Puerta del Léon) un pot Valladolid.
1 n j 1- • I j 1 De rancienneté
à neur de liz, qui sont les enseignes ou marques de la , | « ..
S** Annonciation, laquelle ceste église a pour armes; et de Valladolid. ceste ancienne peinture y a esté mise par Tillustr"*' cardinal Torquemada qui en son temps fust abbé de ceste église ce qui se vérifie aussi, par les enseignes dudict cardinal y mises, qui sont ses armes, tymbrées d'un chappel de cardinal comme elles se voyent encores à Rome en la Minerve (selon ledict chanoyne m'a asseuré) où ledict cardinal a laissé fondé un' œuvre très pieuse, qui est, d'y marier tous les ans soixante filles orphelines avec un' dot fort honneste qui leur est donné et eslargy le jour de l'Annonciation, par les propres mains du Pape, lequel y célèbre messe pontificale, et semble que cedict cardinal y ait fondé cest' oeuvre tant pieuse cedict jour signalé de l'Annonciation en mémoire de l'advocation de son église dont il en estoit l'abbé. Touchant sa fondation se tient pour certain que la fonda et édifia un certain comte que vulgairement l'on appelloit don Per'anzueles, les vielles chroniques l'appellent Per'ansuarez mais ce qui se peult tenir pour le plus apparent doibt estre Pero Ansuriz comme dérivatif de Ansurio, exempli gratia : Rodriguez de Rodrigo, Lopez de Lope, y Perez de Pedro, car de ce comte Ansurio se trouve beaucoup de lumière es histoires. Il se trouve donques que ce comte don Per' Ansuriz alloit en suyte et compaingnie de l'infant don Alonso filz de don Fern**° el Magno vers Toledo, fugitif de l'ire et courroux de son frère don
z6oi
Sépulture du comte Per'ansuriz et la comtesse sa femme.
Leur epitaphe.
Sancho el mayor qui mourut devant Zamora, et que luy et ses frères servoient là audict infant, et au roy de Toledo. Lequel infant don Alonso scachant la mort du roy don Sancho son frère, assisté derechef dudict comte et de ses frères, s'en fust vers Castille selon le racontent les hystoires, et se tient pour asseuré que ledict comte Per'ansuriz arrachoit les verroux des portes de la ville pour en sortir ledict infant, lesquelz sont les propres qui s'y voyent présentement penduz tout tenant sa sépulture qui y est en ceste église, en laquelle luy et sa femme, la comtesse sont enterrez, y ayant fondé plusieurs belles et pieuses mémoires de prier Dieu pour leurs âmes, qui s'y disent par plusieurs fois dedans l'année, par ceux du chapitre de ceste église, de l'hospital de Esgueva (qui par eulx y a aussi esté fondé) et par quelques autres confréries. Et en mémoire de tout cecy s'y veoit encores l'epitaphe ensuyvant qui y a esté miz, et composé par un certain chanoyne de ceste église appelle Soto.
Aqui yaze sepultado Un varon digno de fama Un varon muy senalado Leal, devoto, esfuerçado Don Pero ansuriz se Uama.
£1 quai sacco de Toledo, del poder del Rey pagano Al Rey que con gran denuedo tubo siempre el braço quedo al ora dar de la mano.
La vida de los pasados, reprehende alos présentes y taies somos tornados que enmantar los enterrados es ultraje alos vivientes.
Porque la fama del bueno Lastima por donde vuela al bueno con el espuela, y al perverso con el freno.
Este gran Conde excellente Hizo la yglesia mayor y dotola largamente El antigua, y la gran puente que son obras de valor.
San Nicolas y otras taies que son obras bien reaies segun por ellas se prueva, dexo el hospital de Esgueva Con otros dos hospitales.
Por esta causa he querido que pregone esta escritura Loque nos esta escondido ya casi puesto en olvido dentro en esta sepultura.
Porque en este claro espejo Veamos quanta manzilla agora tiene Castilla Segun lo del tiempo viejo.
x6oi
Hz solempnisent grandement la mémoire de ce comte parmy toutte la ville et en font grand cas, et principalement de son antiquité. Il advint un jour au temps du feu roy Philippe le II. que pour authoriser une certaine feste qu'il y eust, d'une entrée d'un evesque (qui fust le premier qu'il y eust jamais en ceste église, et son district) appelle don Bartholome Plaza, l'on y represcntoit un acte fort mémorable, scavoir est de la figure de Represenutionde
cedict comte habillée selon la euise du temps qu'il vivoit ^ ^^^* ^^ *^™^*
f 7i Per'ansuriz à 1 an-
par certain personnaige qui le sceut merveilleusement ^^^ bien contrefaire tant en menées, qu'en vieu langaige de ce temps là, et vint ce personnaige audevant cedict nouveau prélat à lui en donner la bien venue, prononçant les vers
i6oi ensuyvans qui fust une représentation assez fantastique,
que pour estre telle, et ausi lesdicts vers d'un langaige fort vieu, et exquis, les ay bien voulu icy adjouster.
Del mio sepulchro do en folgança yago yo el conde Pedro Ansures me so erguido a daros padre aquien mesura fago La enorabuena y mas el bien verido dadme mio senor cedo pies vuesos ca vos los besaran los labios nuesos.
Gracias a Dios ca la mia yglesia fallo en religion y homra accrescentada gracias almio rey que al su vasallo ha hecho una nierced a tan colmada e gracias ende a vos enquien confio ca mucho bien faredes en lo mio.
Entrad con fados buenos do gozedes por anos luenes vuestra prelacia faga vos Dios de sus grandes raerçedes, e cedo otorgue la plegaria mia colmando vos del su rocio del cielo, e mas de la grosura deste suelo.
Perdonad mia posada si es escassa ca juro quai fidalgo cavallero si membrara tenervos en mia casa, maguer por tal serviera de escudero ca en mis faziendas tanto vos fincara ca si bien non sobrara, no f al tara.
Mas mio senor el rey que ala su quenta
ya faz poner las mi as laceradas
non asmedes vos mengue dedar renta
ca nobles manos tiene foradadas
no vos do afranzador que reprochedes,
servilde vosque galardon auredes.
En mientras poco abonda e bien ca al mortal poco abonda assi se dîze catad a mi que con pequeôo estado e con avères pocos mucho fize, fizolo Dios por su madré sagrada en alque la tome por avogada.
De guba mio senor que amengua mia quebranto non vos de nin coyta ô pan ca assaz rica es la casa endenoasia catiene a tal, et tanta gente buena equien atales manda os certifico es bien fadado, e veram^^ rico.
Estos mios fizos nobles e letrados que conlos pobres mios alimentos virtud y honrra mantienen aproados son mio tesoro e mios feredamientos e mas rico me faze el menor dellos ca los mill mundos si pudiera avellos.
Fizos bOn de alta guisa, y de obedienda ca vos padre en buen hora los entrego aque endoctrina paz. Justiçia y sdençia vos melos mantengades desde luego e quien sean estos quienlos que ende auredes por Dios vos pido bien me los tratedes
Cuydad a todos, e a cada uno delîos mas que alas nienas, amas destos fojos obedezeros han sed derechero ca auran sabor de non vos dar enojos amaldos como al nieno ama la madré ca taies fizos aman a tal padre.
i6oi
Quantas obras yo fize a taies quales las raias eglesias el antigua e nueva, vos encomiendo e mas mios hospitales ante todo elque fize en par de Esgueva el quai vos fago cierto a Dios agrada ca ami me es la tal obra assaz pagada.
Non vos embargare masque cansado de las jornadas luenes Ilegaredes Empero pido vos afiDOJado La vuesa s** bendicion me hechedes volvere donde jago entre mios panos y faze oy mas de los quinientos anos.
Losquales conlos mas de la mia vida govemo aquesta espada mia excelente mas oy la su clemençia tan creçida del ocuvo apostolico Clémente passado ha el govemar de espada nuestra al baculo sagrado de essa diestra.
Hoy me e en despedida vos supplico non devedes negar loque demando ansi de gloria Dios vos faga rico digays cada vegada en traspassando por el lugar do el mio corpo yaze Mémento, e Kyrie, Requiescat in pace.
— Amen —
Cedict comte en son vivant a esté fort favory de son ^^^ antiquiiéz. roy don Alonso le VI. Et tant qu'il luy donna en charge pour la nourrir, sa propre fille dona Urraca, femme qui a esté à don Alonso roy de Aragon, et selon aucuns de Castille surnommé le VIL mais comme plusieurs ne le mettent au nombre des royz de Castille, intitulent à don Alonso son filz empereur et de doiia Urraca roy de Castille Vil. de ce nom. Et moy pour éviter disputes, et en dissouldre la question me remets à l'arbre de généalogie qu'en avons cy devant folio 173. lequel je tiens (t. i, p. 307, note.) pour vray, et autentique pour les raysons y alléguées. Il fist un acte fort louable, et digne de mémoire, et qui luy a esté réputée pour fort grande loyauté envers son prince et seigneur qui fust le susdict don Alonso le VI. roy d'Aragon, lequel ayant enchâssé de soy son espouse dona Urraca pour certaines legeritéz par elle commises, et la privant de tous ses biens et terres, aussi la detenant prisonnière. Elle usant de ses moyens se mist en liberté, et fist incontinent convoquer les plus notables de
ï6oi ses subiccts en forme d'assemblée d'estai, demandant
touttes ses terres, chasteaux, villes, et fortresses possédées par ceulx qui en avoient fait l'hommaige audict roy son mary, dont cedict comte en estoit Tun, qui pour sa descharge, et ensigne de loyauté fist la recognoissance, et submission qu'en recite ladicte hystoire générale, es mesmes mots, et termes qu'icy suyvent : El Conde don Peransuarez quando vio el pleyto desta guisa por fazer lealtad, e para cumplir el deudo que dévia a 5u senora fuese para el rey de Aragon muy bien acompanado e muy bien vestido el y los suyos, y quando llegaron a Aragon subio en un cavallo blanco de color, y fecho una cuerda a su pescozo como si fuesse preso y dijol por corte : Sefior, yo tenîe por vos tierra en Castilla porque vos fize homenage. E agora la re3ma dona Urraca mia senora demandomela por corte. Eyo entendiendo que la non podia tener pues me la demandava, disela, por esta rrazon vengo aqui a la vuestra merced preso, en esta cuerda, y dovos el cuerpo e las manos e la caveza que vos fizieron homenage que tomedes ende emienda quai tuvieredes porbien, e vuestra corte mandare. E el rey con gran sana que avie de la reyna fue movido para fazer mal al conde, mas consejaronle sus ricos omes que lo non fiziesse por ninguna guisa, nin quisiese danar su fama y el buen prez que avie ca el conde guardara lealtad a su senora, e el dava su cuerpo en guisa que cumplie su debdo ambos los senorios asi como dévie. E el rey por ende diole gran aver, e fîzole mucha honrra, e quito lomenage que avia fecho, e embiol mucho honrradamen^* en Castilla.
Ce faict a esté fort loué, et estimé de tous. Et touchant maintenant l'édifice, et bastiment de ceste église, se tient
pour certain l'avoir édifiée iedict comte don Per'ansuriz ^^^
e doiia Tillo sa femme, qui fust selon la computation du temps, au commencement de celluy du gouverne de cedict roy don Alonso le VI. ce qui se coliige par la significative d'une certaine peinture qui s^ voit sur les portes des orgues de ceste église, où Iedict comte est peint tout armé devant Iedict roy, avec une église dans la main, laquelle icelluy présente, cecy fust environ Tan mill et quatre vingt et trois, ce fust au temps de l'evesque de Palenze Raymundo et le premier abbé de ceste église fust don Salto, ce qui appert par les lettres des donations que cedict comte et sa femme y ont faict qui ont esté fort grandes et excessives. Et de telle sorte, que si tout le bien que ceste église a eu ensemble, eust demeuré en pied, seroit pour le jourd'huy une des plus riches de toutte la chrestienté, mais tant y a que le temps ammene quand et soy le changement. Et ainsi est advenu environ Tan 1250. qu'un frère du roy don Alonso le 10. appelle l'infant don Philippe fust faict abbé de ceste église, lequel print à soy tout le bien, et le repartit en cinc dignitéz principales, chanoynies, et autres prébendes de moindre qualité, comme sont Racioneros, y medios. Et advint en ce temps là que le roy son frère répudia sa femme fille du roy d'Arragon don Jayme el conquistador, parce que (après avoir esté mariés quelques années ensemble) ilz n'eurent nulz enfans et partant fust intenté par luy ce divorce, et ceulx du royaume y consentirent et sur ce obtindrent dispensation sans autre rayson plus legittime; voyla la rudesse de ce temps d'alors, et suyvant ce fust traicté mariaige entre cedict roy, et l'infante de Denemarque appellée Christierna, ou selon aucuns Christina. Et furent députez pour l'aller quérir, le susdict infant
i6oi don Philippe son frère, et plusieurs autres grans seigneurs
et nobles du pays, lesquelz après l'avoir ammenée à Espaingne fust trouvé que la royne répudiée estoit devenue enceinte, tellement qu'il n'y peult avoir aucun divorce, dont le roy estonné, et en ayant honte ne sceut comment l'excuser mesmement l'advenement de ladicte infante de Denemarque, et ainsi pour en sortir à. son honneur, aussi pour éviter tous autres inconveniens qui s'en pourroient reuscir, fust trouvé bon de la marier à son dict frère l'infant don Philippe, qui fust ainsi effectué et les dota fort libéralement leur en promettant d'avantaige, mais semble que rien, ou bien peu leur en sojrt su}rvy par après, dont l'on présume que cedict infant don Philippe, comme abbé qu'il estoit de ceste église ayant en son pouvoir tous les biens d'icelle a esté occasionné d'en prendre pour soy la plus grande partie, les applicant à son demaine. Et sont ces deux infans enterrez Différentes opi- en Villasirga cerca de Carrion de los Condes. De l'ethynions sur rethimo- ^^1^^^^ Je ce root Valladolid en avons différentes opilogie de ce mot . ° r • »-i » n j •
Valladolid. nions. Aulcuns disent qu il n y en a nulle ne se dérivant
que de soy mesme, et que de toutte ancienneté mesmement avant que la destruction d'Espaingne advint que ce lieu fust appelle Pincia, qui est encores le mesmè mot que les latins en usent. Mais quant est à Valladolid, disent que pour estre ce lieu situé de telle manière, que du costé de l'orient il soit environné des lieux, et villes qu'ilz appellent los pueblos aravaces, du midy, los carpentanos, de l'occident los celerinos, et du septentrion, de los pueblos antrastos, et que touttes ces comarques estoient appertenantes à plusieurs differens seigneurs qui tous concurroient à ceste vallée, s'y confinant quasi touttes leurs terres, et pour estre ce lieu très
fertil, et très abondant de toutte chose» et fort approprié à y débattre leur noyse, et querelle, qui en vieu langaige de ce temps là, se dict lid, à verbo latino, litis, a prins ce lieu son nom de Valle, et de lid, qui pour Tabbreger s'est venu à définir en Valladolid. Autres sont d'opinion qu'il y souloit habiter un certain more, appelle Ulit, grand et puissant seigneur y possédant beaucoup de pais d'alentour que depuis la générale invasion des Maures il avoit conquesté, dont ce terroir fust appelle le Val de Ulit qui vient aussi à tomber sur le mesme consonant, et de cecy en avons plus d'apparence que de l'autre, d'autant qu'il est certain que ce more Ulit y a fréquenté et dominé beaucoup des années et que depuis il a esté vaincu et subiugé par le roy de Léon, don Ortuno le II. dont en mémoire de ce l'on y voit encores a la porte de l'église principale de ceste ville sur un pilier qui y est miz, un lyon avec l'espée en main, et desoubz ses piez ledict more Ulit, mort et vaincu, alludant sur ceste présente hystoire, et dont ladicte porte et ville ont prins leur appellation comme dict avons, scavoir, ladicte porte de l'église, la puerta del Léon, et la ville, le nom de Valladolid. Il s'y voit aussi en une chapellette au couvent des Cordeliers de S' Françoys la sépulture de don Antonio de Guevara, evesque qui fust de Mondonedo prescheur, et grand chroniste au temps de feu l'empereur Charles V. Il y a fondé ceste chapellette et y est enterré au mitant d'icelle desous une tombe eslevée de terre environ un pied, et sur icelle sont engravées ses armoyries qui sont les mesmes que ceulx de Guevara portant comme se peult veoir par celles du comte de Onate tymbrées d'un chapel de prélat. Et plus y est miz l'epitaphe suyvant :
Sépulture de don Antonio de Guevara.
Sépulture de don Pero Miago.
1601 Ea sacer Andstes darissimus orbi Guevara,
Artibus insignis, religione probus, Indytus orator, cœlestis preco sophiae, Caesaris interpres, Hystoricusque fuit Stemmata qui tegit sacco, saccumque tiara Ornavit, niveo marmore nunc tegitur.
— Obyt Anno 1545. —
Il s'y veoit aussi Tepitaphe d'un certain cavallier qui passé les 250. ans y est enterré, en un sien hospital de pèlerins qu'il y a fondé tout joignant auprès l'église de S' Estienne, et son epitaphe est le suivant :
Yo soy Don Pero Miago que en lo mio me yago loque comi, y bevi logré el bien que fize halIé.
Loque dexe, no lo se.
Il fault penser qu'il avoit délaissé tout son bien pour en fonder cest hospital, le discours en est bref, et substanciel, et sent bien son antiquité. Il y en a encores des autres de ce genre, et aussi plusieurs choses, dignes aussi d'en remarquer : mais avec ce peu qu'icy et ailleurs avons dict de ceste ville semblera suffire, et en continuer propos touchant la menée de mes affaires et du surplus qu'y survint digne de mémoire.
Le 22. du mois de septembre du présent an 1601. s'accoucha la royne Madame Marguerite d'une belle fille qui nasquist à un' heure et un quart un peu plus ou moins du matin qui fust le premier enfant que ce roy Philippe le El. et ladicte royne eurent, à cause de quoy y eust ce jour là et plusieurs par après grandes joyes et Renutio Famese fes^Qs d'allegrie. Le 2. d'octobre y arriva le duc de
duc de Parme arrive ^ „ . „ • n j>ai j
en court Parme Renutio Farnesio, nlz d Alexandre en son vivant
L'accouchement de la royne d'une fille.
gouverneur lieutenant capitaine gênerai du Pays-Bas qui i^o^
y vint par la poste a certaines aflPaires d'importance, et si bien a point qu'il y peult lever Tenfant. Il y fust fort honnorablement reçeu, car le furent au devant tous les gentilzhommes de la court fort bien en ordre dont le sieur don Juan de Mendoça, marquis de S* Germain, gentilhomme de la chambre de Sa Majesté en fust le conducteur, et les mena hors de la ville chose à un quart de lieue sur une plainure, où se vindrent à rencontrer avec ledict duc et ceulx de sa suyte, qui seroient environ dix ou douze gentilzhommes de qualité de sa propre nation, ou ledict duc s'arresta à pié quoy, pour y recevoir la bien venue de tous, ce qui y fust faict en fort bon ordre : car ledict marquis se mist de son costé, et s'y approchoient tous lesdicts gentilzhommes l'un après l'autre, à y faire leur saluade, signifiant au duc qui un chascun estoit et leur fist ledict duc pareillement la courtoysie, et en estoient les derniers de tous le duc de Lerma, et l'Adelantado de Castilla, qui le firent un fort grand et amiable acceûil, donnant l'un à l'autre de fort grandes accoUades, et ce faict la mirent entre eulx deux, et toutte la noblesse marchoit devant, et celle de sa suyte pesle-mesie, les autres, et ledict marquis se mist au premier rang devant tous qui les mena tout droict vers la court pour y saluer le roy, ce qu'il fist, et le reçeut II salue le roy et Sa Majesté fort benignement et delà fust mené à son ^"^ ^^^^ ^" ^^S^s
I 1 • /• I 1 j. j j T M <J" <luc de Lerme
hostel qui fust chez ledict duc de Lerma, ou il eust son j^ loata.
quartier à part bien richement furny, et accommodé de toutte chose, et très amiablement reçeu de son hoste.
II s'y mist à soupper, pour s'en aller reposer, car la nuict en estoit desia survenue, et aussi en estoit-il las, de courrir la poste, et s'y seiourna quelques jours après. —
i6oi La jeusne princesse n'estoit encores baptisée, ce qu'aul-
cuns dirent avoir esté différé jusques à Tarrivée de ce prince, qui pour y arriver tant à propos en deut estre le parrain, et ainsi furent des lors iaict les appareillemens et signalé le jour pour ce faire qui seroit le 7. ensuyvant dudict mois. U y fust faict à la legiere une gallerie ouverte de tous costéz, fort large et spacieuse, depuis le premier estage du palays jusques à la porte principale de Teglise du monastère S* Paul, qui y esi à l'opposite, et estoit icelle gallerie longue plus de 50. pas, faicte en avallant par des degréz de traict en traict, pour s'abbaysser dudict palays jusques à l'église^ sans estre oppressé du peuple. Et pour le mesme effect y estoient faict dedans la mesme église depuis ladicte porte jusques au grand chœur d'icelle d*un costé et d'autre de fort longues et fortes bailles contreguardée par les hallebardiers du roy, et estoit toutte ladicte gallerie fort richement aornée, scavoir est contre le toict par dedans toutte garnie de belles pièces de tapisserie, et les piliers d'un costé et d'autre aussi ageancéz de fort belles pièces de drap d'or, et aussi le planchement et ces degréz tout par tout tenduz de fort riches tapis de Turquie (qu'ilz appellent Alhumbras) pour y marcher dessus. Et Teglise quand et quand, toutte tapissée des plus riches tapisseries que Sa Majesté en a qui entre autres, sont celles que Ton appelle la Journée, ou le voyage de Tunes, qui est la plus riche et mieux faicte que l'on en a veu jamais, et que l'on y en a, en plus d'estime (i). Les helbardiers de Sa Majesté tant espaingnols que allemans estoient miz de guarde tout au long
(i) Sur cette œuvre remarquable du tapissier bruxellois Guillaume de Pannemaker, voir A. Wauters, Lu tapisseries bruxelloises (Bruxelles, 1878), pp. 7$ et suivantes.
de ceste gallerie, et aussi de la susdicte baille depuis l'un bout jusques à l'autre : et celle de la porte de l'église estoit enchargée aux archers de corps de Sa Majesté. Le susdict jour venu qui fust (comme dict avons) le 7. de ce présent mois d'octobre après midy entre les trois et quatre heures fust portée la nouvelle princesse vers ladicte église avec l'ordre, et accompaingnement suyvans. Premièrement marchoient devant tous les gentilzhommes de l'hostel et court de Sa Majesté comme seroient ducs, marquis, comtes et plusieurs grands seigneurs de marque et qualité qui pour lors s'y trouvoient qui estoient en fort grand nombre, et merveilleusement bien habillez, et enrichiz de force joyaulx selon qu'es semblables festes l'on en est accoustumé de s'ostentcr. Et venoient tous s'abbayssans par la susdicte gallerie ouverte d'un costé, et d'autre, en fort bel ordre, et de si longue durée qu'il sembloit aux spectateurs qui se tenoient es rues (dont il y en avoit une grandissime multitude) qu^en cecy ilz n'en verroient jamais la fin. Suyvoient incontinent après les maistres-d'hostel du roy, et de la royne, et devant eulx marchoient à l'accoustumée, les massiers avec leur masse aux espaules. Après suyvoient aulcuns des grans d'Espaingne qui (comme autre part avons dict) sont ceulx qui se couvrent devant le roy, et nommément le duc de Prias, condestable de Castille, le duc de Medina-Celi, et le duc d'Alve, don Pedro de Medecis, et le marquis de Mondejar, et après eulx tout seul le grand maisired'hostel de la royne le comte de Albadelista, qui avoit devant luy tout les roys d'armes de Sa Majesté avec leurs hoquettons d'armes, et en suyte des susdicts furent apportées touttes les choses nécessaires pour l'accom
Magnificence du Baptesme de la jeune princesse.
i6oi plissement de ce sainct mystère, et solempnisation de
ceste feste selon Tusance du pays. Et fust le tout porté fort magnifiquement, et avec pompe royale par les plus apparens et qualifiez de la court tous premier-filz et héritiers des plus grans seigneurs d'Espaingne si comme : le comte de Cabra, premier-filz-heretier au duc de Sesa, qui portoit l'esguire avec son plat tout de fin or. Le comte de Haro, filz-heritier au duc de Prias, condestable de Castille, le massepain (qui est cérémonie du pays). Le marquis de la Baneza, premier-filz-heritier au comte de Miranda, le lavoir avec la touvaille, le marquis de Cuellar premier-filz-heritier au duc d'Albuquerque le cierge. Le marquis de Sea, premier-filz-heritier au duc de Lerma, le sel, et le marquis de Sarria, premier-filzheritier au comte de Lemos portoit Talbe, (qu'autres appellent, le cremeau) et estoit chasque chose mise en des fort grans, et riches vasseaux d'or, lesquelz pour leur pesanteur aydoient à porter les petits pages de !a royne (qu'ilz appellent Meninos) qui sont aussi enfans Le duc de Lerma des plus grans seigneurs d'Espaingne. Su}^voit après porte renfant. ceulx-cy le duc de Lerma qui portoit en bras la jeusne
princesse fort richement parée, et la portoit enveloppée
en une bande, ou escharpe blanche de taffetas laquelle
il avoit pendue à son col, pour tant plus asseurcment la
porter : de ses costéz alloient les cardinaux Colona, et de
Guevara l'un du droict, et l'autre du gauche. Après
Le duc de Parme suyvoient le Nunce apostol. et l'ambassadeur de Venise,
parrain et la du- ^^ après eulx la duchesse de Lerma qui en estoit la
chesse e erme ^^^^^^^ ^^^^ jç ^j^^ ^jç Parma le parain, lequel la
marrame. , , „ i • i o ^ .
menoit du bras d un costé, et le marquis de S' Germam de l'autre, et estoit ceste dame fort richement habillée, et aornée de très riches joyaulx, comme aussi en estoient
les autres suyvantes touttes femmes aux grans d'Espaingne ^^oi
accompaingnées de gentilzhommes de leur calibre, qui les menoient aussi par le bras, selon en est Tusance. Et après ces matrones suyvoient les jeusnes damoyselles de la royne fort bysarres, et en fort gran nombre. On disoit que Taccoustrement de la duchesse de Lerma avoit cousté plus de 80000. escus. Celluy du duc de Parma estoit d'une valeur inestimable, aussi en avoit il donné à ses gens fort belle et ires riche livrée. Celluy du duc de Lerma n'estoit de moindre valeur, et si en avoit il aussi donné fort belle livrée, le cappottes et casacques de velour jaune, et les chauses de satin incarnat, avec bas de soye et estoyent les chauses à bandes et icelles, comme aussi Taccoustrement fort coustagieusement garnyes. Les clerons et menestriers estoient miz à la porte du palays, et les trompettes et tambouriniers à cheval à l'entrée de l'église par dehors, et plusieurs autres sortes d'instrumens musicaux se tenoient dedans l'église en ditferens endroicts se correspondans les uns aux autres tant qu'en duroit la feste. Il y eust là dedans l'église tout prés à l'entrée d'icelle un fort beau, et très riche poésie en forme de pavillon tout brodé de belles fleurs d'or, d'argent, et de soye curieusement élaboré, que l'on y avoit miz pour s'y arrester la jeune princesse desoubz, et y estre faictes les premières cérémonies de l'introït, (selon l'usance du pays) avant que passer outre vers le fons de baptesme que l'on avoit dressé au mitant du grandchœur. L'illustr"* cardinal archevesque de Toledo (comme ministre de cest acte) et trois evesques, tous quatre fort richement aflubléz avec leurs cappes, ornemens, et mitres, et aussi le grand aulmonier et chappelain du roy et tous les chappellains de sa royalle chapelle la vindrent au devant
i6oi jusques à Tentrée mesmes de ladicte église, et la receurent
fort cérémonieusement la menant desoubz ledict poésie, où elle fust délivrée par ledict duc de Lerma es propres mains du duc de Parme son parrain, qui la print, et la tint devant ledict cardinal archevesque, et luy avec le livre en main la commençoit à chrestienner, et luy fust imposée le nom d'Anne-Maria, y adjoustant celluy de Mauricia à cause qu'elle fust née le mesme jour de S' Manrice. L'on avoit dressé le fons à baptiser au mitant du grand chœur lequel estoit merveilleusement bien aorné et sur le grand autel estoient mises beaucoup de belles et sainctes reliques, et entre icelles une très riche bague et très précieuse, et qui plus est inestimable que l'on appelle la fleur de Hz, en laquelle repose du vray lîgnum-crucis, de nostre sauveur et rédempteur Jhesu Christ benist en soit il. Amen. Et y estoit ledict fons à baptiser miz desoubz un très riche pavillon de toille d'or, et d'argent dont les quatres piliers qui le sustenioient estoient de fin argent massif, et estoit aussi leclict fons tout d'argent massif, fort bien élaboré, sublevé des aisles de trois aigles en forme de triangle avec les armoyries de feu de très haulte mémoire l'empereur Charles le V., qui debvoit avoir servy en plusieurs semblables occurrences. Ledict cardinal archevesque donques se vint audict grand chœur pour y parachever le baptesme et le suyvirent quand et quand les sudicts duc parrain, et la duchesse mareine avec l'enfant es bras, et toutte la séquelle, et fust Tenfant incontinent délivré à la marquise del Valle (qui en estoit la gouvernante) pour le despouiller de ses petits drappeaux, laquelle pour ce faire se mist desoubz un autre pavillon qui y estoit miz là tout prés qui estoit un ledicant avec son lict et tout, auquel ceste jeune princesse fust entierrement des-
nuée, et de là derechef portée vers le fons à bap- 1601
tesme où ledict duc la reprint es mains, et y furent incontinent parachevées touttes les cérémonies dudict baptesme. Et ce que Ton y remarquoit pour chose rare, fust que l'enfant en baptisant, et pendant que l'on avoit jecté de Teau sur son corps, n'avoit pas (comme en font ordinairement les autres) brayé, d'où le commun peuple en veult conjecturer ne scay quels frivoles esquelles ne me veulx icy amuser. Ce faict fust la princesse rapportée vers ledict ledicant pour y estre remise en ces drappelets : à quoy le médecin de la chambre du roy (qui s'y trouvoient presens) donnoient un'extreme haste, afin qu'elle n'eust point à se refroydir, et sa nourrice luy donna le tetin qui s'appelloit Leonor de Peronato, femme à un certain lettré de Salamanca. Pendant ces entrefaictes se mise un chascun en son rang pour s'en retourner comme auparavant, mais altrication y fust esmeûe entre le grand chappellain, et autres, scavoir, si on rammeneroit en la mesme forme qu'auparavant touttes les minutez de l'on y avoit apporté, comme estoient l'esguiere, le plat, le sel, et choses semblables, laquelle tout aussi tost tust estaincte, et déterminée que non. Et ainsi le tout miz en bon ordre fust derechef mené ledict train par la mesme gaillerie, vers le palays, qui (comme bien se peult penser) estoit chose très aggreable à veoir, et Sa Majesté désireux plus que tous d'en veoir le tout, mesmement qu'en SaMajestésemest
personne (selon coustume) il ne le peult faire, s'estoit àTescart pour veoir . , . ,, j . . .|,. ... les cérémonies du
retiré à 1 escart derrière un petit treillis qu il y eust en baptesjug
une petite pièce secrète au chœur, (ayant tant seulement
en sa compaingnie le marquis de Velade son grand
maistre-d'hostel, qui n'avoit eu lieu, ni place en cest
accompaingnement, d'autant que celluy de la royne en
i6oi
Ambassadeur persien arrivé en court voit aussi ces cérémonies.
11 faict semblant de s'incliner à nostre religion.
Deux de ses nepveux se convertissent à nostre foy.
avoit faict Toffice), s'en estoit merveilleusement rejouy. Comme aussi du mesme en avoit faict un certain ambassadeur persien qui n'agueres y estoit arrivé, et à cuy Sa Majesté pour plusieurs respects avoit fort magnifiquement receu (car son ambassade estoit grave et importanteV Aussi avoit il esté es cours de sa saincteté, et majesté impériale et y deffrayé partout dont aussi Sa Majesté n'en peult moins faire, et le caresser, l'envoyant tantost ses coches, et chevaux de son escuyrie pour s^en servir et s'aller esbatre, tantost le conviant aux banquets, festins et grand bal, et les gentilzhommes pour son entretiens et d'ordinaire un trucheman parmy eulx, qui comme il estoit homme gaillart et fort esveillé d'esprit (encores qu'assez brute, barbare, et peu poly es bonnes mœurs) se delectoit fort de se trouver es assemblées de ceulx du pays, et ne faillit oncques de ne se trouver en touttes qu'il y eust pendant qu'il y sejoumoit. Il n'eust guarde donques de ne se trouver en la présence, et comme je diz s'y estoit merveilleusement recrée, remarquant fort curieusement touttes nos cérémonies chrestiennes, dont il n'en print que grand playsir, et tant, qu'il nous donnoit à entendre par plusieurs fois que si ce ne fust esté pour aulcuns respects, mesmement parce qu'il estoit personnaige de qualité entre les siens, deservant et représentant charge publicque comme estoit celle d'ambassadeur, aussi pour ne maculer sa foy, et loyauté qu'il debvoit à son seigneur et prince que bientost, et facilement il se resouldroit à se ranger des nostres, comme effectivement l'avoient desia faict deux de ses nepveux qui estoient venu avec luy, ausquelz il n'en contredict jamais une seule parole. Il tenoit la loy de Mahomet, et eust en sa compaingnie un prestre d'icelle loy s'occupans
chasque jour plus de deux heures ensemble en orayson, 1601
et s'assirent tout bas en terre sur des tapiz, et à porte
close, mais à Theure du disner s'assirent en des haultes
chayres à nostre mode, ce qu'on entend, ilz firent pour
nous complaire. Et furent fort magnifiquement serviz, Ilestmagnifique-
par les mesmes serviteurs domestiques de Sa Majesté et ™^"^ ^ "^ *
avec le mesme ordre qu'à sa royalle personne, à quoy
assistoit d'ordinaire le controlleur de la mayson et les
hellebardiers de Sa Majesté tindrent guarde à la porte
pour éviter la desordonnée concursion du peuple qui ne
se pouvoit rassasier de les veoir manger. Hz estoient
fort bien en ordre habillez à la persienne et plusieurs
d'eulx de toyle d'or, et d'argent, et aulcuns avec des
beaux tours de chayne d'or, et en nombre d'environ
neuf ou dix. L'ambassadeur estoit fort richement vestu,
mais n'avoit plus rien à despendre ni aulcun crédit par
deçà ayant esté en chemin plus de deux ans depuis qu'il
en estoit party, et traversé beaucoup de mer et de pays
estrange. Je les vi manger une fois ensemble, et me
souvient qu'il y eust alors à table un plat de viande avec
du riz en bouillon qui n'estoient gueres espais, et encores
qu'il n'y eust faulte de ceuillieres à table, ne s'en sceurent
servir, ains prenant toutte la main entière la mirent au
plat, et avec les pointes des cincq doigts tous ensemble
vous sceurent merveilleusement bien ceuillir ledict riz et
en former des petits boulets rondelets, et les jecter en
bouche avec une gracieuseté non pareille, en quoy cedict
personnaige comme plus eminent que les autres vous en
excelloit aussi. Je pense qu'ilz avoient esté disciples du
philosophe qui jecta en la mer son escueille s'aydant de
sa main, à l'imitation du petit enfant, qui est un conte
que tout le monde sçait bien, mais quant à moy n'en
i6oi mangerois gueres voluntiers du potaige avec ces gens-là.
Hz en firent encores beaucoup des autres petits tours de
gentilesse qui seroient par trop absurd les icy référer ;
une chose veulx dire en leur louange qui iust que les
Le Persien est vismes merveilleusement bien à cheval, scavoir est à la
bien à cheval. ginette qui est avec le court estrier, et si adroict, et
agilz à la course, qu'en plaine carrière ilz vous ceuilloient avec la main les herbes de terre qui nous sembloit à tous chose incroyable. Il se tint en ceste court environ l'espace de deux mois, et ne sçeumes jamais ce qu'il y peult avoir negotié, sauli quelques lettres responsives aux siennes qu'il avoit apporté, et avec icelles s'en partist prennant son chemin vers Lisbone pour s y embarquer vers son pays, laissant derrière ses dicts deux nepveuz, que desia par commandement du roy l'on avoit coUoquéz au collège des pères Jhesuytes pour y Lesdeuxnepveux cstre endoctrinez, et cathechiséz, et paraprés chrestien-
du Persien après es- j^^^, et baptisez, comme il advint et ce avec pompe et
tre cathechiséz sont
baptisez et leurs solempnité royalle, car le roy, et la royne y assistoient Majestéz leur sont comme parain er mareine accompagnez de toutte la parrains. noblesse de la cour, et les dotarent de tort bon moyen
de vivre, les ayant faict accoustrer ce jour là, tout de blanc fort richement enchaynéz, empluméz, et aornéz de cavallier, à cause de quoy y eust une grandissime joye entre le peuple, qui en soy fust une feste nonmoins solempnisée que la passée, et outre ce de plus grande édification, n'y ayant ame chrestienne qui ne s'en rejouist fort, louant, et donnant grâces au très puissant.
Je me trouve icy fourvoyé de nostre premier discours
Le duc de Parme que pour le redresser, fault que retournions au duc de
est faict chevalier p^^^^ç^ qyj \q lendemain après le jour du baptesme reçeut
l'honneur de Sa Majesté d'estre créé chevalier de son ordre
par an et se part.
L'ambassadeur persien se part
de la thoyson d'or qui se fist en conclave y présent le peu 1601
de chevaliers du mesme ordre qu'il y eust pour lors en cour : ledict duc s'en trouvoit grandement honnoré, et non moins content de sa pension de quinze mill escus II obtint une penpar an dont Sa Majesté le fist donation et de là en avant t^!'^![l'^:^''' mist ordre à son partement. Sa Majesté s'en allist aux champs le jour ensuyvant, et les deux autres après s'en partist ledict duc prenant son chemin vers Portugal, à y veoir la duchesse de Bargança sa tante. Il s'estoit monstre fort libéral envers tous, et en particulier à l'endroict des serviteurs domestiques comme furent ceulx de la bouche, et ceulx des guardes de Sa Majesté en quoy il avoit consummé, (à ce qu'on dict) plus de 30000. escus, et si n'avoit-il oublié d'en payer bien larguement les esplingles à la nourrice, qui en eust pour sa part 6000. L'ambassadeur susdict (comme dict est) s'en partist aussi pour ce mesme temps. Aussi en firent le mesme tous les restans seigneurs qui y estoient venuz pour veoir les susdicts festins, se retournant un chascun vers son quartier tellement que la court pour quelque peu de temps demeura toutte vuyde, seulement s'y estoit arrestée la royne en couche, qui peu de jour après tombist malade non sans grand dangier de la mon. Sa Majesté y fust mandé incontinent aussi y vint il tout vitement par la poste et trouva la royne fort afibyblie. Tout le peuple en gênerai en estoit très marry, et en fist bien la démonstration, car estoit fort aymée de tous. Il n'y eust remède au monde qui ne fust appliqué, et si print-on surtout recours à Dieu qui par sa divine clémence, et infinie bonté, esmeu aussi des prières, jeusnes, suffrages, et assidues disciplines du peuple la remit en santé. Geste maladie de la royne passée y eust derechef occasion de rentrer en nou-
La royne fort malade.
i6o2 velle joye, et récréation, et pour rallegrer le peuple, y
furent ordonnez aulcuns jeuz d'allégresse et entre autres
Tournoyoucom- y fust faict un tournoy, ou combat à pied par les aydes
bat pied par ceulx j^^ gentilzhommes de la chambre du roy dont en fiist de la chambre du , .
^Qy le mainteneur don Rodrigo Calderon qui nagueres avoit
esté faict de la chambre par moyen et faveur du duc de
Lerma de qui il estoit favorit, qui pour ce respect en
iist aussi la despense. Et comme le tout se fist par son
ordre, commandement et authorité, peux hardiment dire
que ce fust un des pluf; braves, et plus accompliz festins
que je viz onques en court. Aussi le prince d'Oranges
qui y arriva pour lors, ne doubte pas qu'à tout temps ne
Phle Guillaume s'en fera memoratif. Ce prince y arriva le 17. de janvier
e assau prmce jgQ2. et vindrent en sa compainenie le comte Henry d'Oi anges arrive en ,, .,, ijclj
court avec le comte Vandenberghe son cousin, et le comte de hmbden tous
Henry Van den Ber- deux des plus maysnéz fils de leur mayson. Et qui avoient
ghe et le comte de gg^yy [q^ Sa Majesté plusieurs années en guerre, comme
Claude de Crov ^"^^^^^ actuellement ilz le faysoient aux ser"" Archiduc
seignr de Clarques. Albert, et l'Infante nos souverains princes et seigneurs
au Pays-Bas. Messire Claude de Croy seigneur de Clarques gentilhomme de la bouche de feu Sa Majesté (à qui en mon temps il avoit esté page) y arriva aussi. Et estoit ledict prince venu par la poste tout droict par la France, ne menant a^ec soy que quatre ou cinc gentilzhommes, et quelques autres cinc ou six valets de son train, et Charles de Bau- entre iceulx un gentilhomme grand amy mien, Charles ^^"*"' de Baudequin, qui desia par deux ou trois avoit faict le
voyage. Et l'avoys tousiours cognu pour très syncere, très cordial, et très homme de bien en toutte chose. Il y vint envoyé de la part de leurs A. A. pour congratuler leurs Majestéz de l'accouchement de la royne, et l'heureuse nativité de la jeusne princesse, dont il estoit le très
bien receu. Sa Majesté le fist loger chez le susdict mar- 1602
quis de S^ Germain, qui avec les susdicts deux comtes, et tout leur train y turent desfroyéz, ledict marquis le fust audevant en coche menant avec soy aulcuns gentilzhommes de la chambre du roy, et avec eulx don Diego de Ybarra du conseil de guerre de Sa Majesté et don Rodrigo Nino y Lasso, sumillier de corps du ser"* archiduc qui n'agueres y estoit aussi venu de la part de son A. pour certaines affaires concernantes son estât et celluy du pays. Et le marquis de Falçes capitaine de la guarde du roy, avec son lieutenant, le coronel Semple et moy le fusmes aussi recevoir en coche, et mist le susdict marquis de S* Germain, ledict prince, les deux comtes Henry Vandenberghe, et d'Embden au sien, et les • mena ainsi tout droict vers son logis et de là à un' heure ou deux après furent tous ensemble ainsi bottez et espe- Ils saluent le roy ronnéz comm' ilz estoient bayser les mains au roy et à ^^ ^ royne. la royne desquelz ilz estoient les très bien venuz. Ledict prince y séjourna quelque peu de jours pendant que ces autres messieurs y peurent mètre en train quelques leurs petites demandes, et ce faict s'en allirent tous promener vers Madrid et Toledo pour veoir icelluy pays et les maysons de playsance que le roy y a aux environs trouvans à leur retour touttes leurs affaires favorablement depeschées, dont (si la mémoire ne me fault) eurent Le roy les faict lesdicts comtes chascun huit cens escus de rente d'annu- "^^''^^"^• elle pension leur vie durante assignées l'une en Milan et l'autre en Secile. Et ledict messire Glaude de Croy fust continué gentilhomme de la bouche de Sa Majesté avec un entretenement de quatre vingts escus par mois au Pays-Bas sur les deniers de guerre que Sa Majesté y pourveoit, et si eust aussi mon grand amy Charles de
i6o2 Baudequin son entretement continué prés la personne de
son A. lequel feu Sa Majesté que Dieu ayt en gloire, luy avoit consigné en regard et considération des longs et fidèles services de ses prédécesseurs qui de père en filz avoient servy la mayson de Bourgogne en des charges et offices principaux prés de deux cens ans continuelz dont leur en est demeuré beaucoup d'honneur et lustre. Tous se tenoient pour très constens et très satisfaictz de la libéralité de ce grand roy et ledict prince encores qu'il n'en emportoit chose qui extérieurement sembloit estre de remarque, si est ce qu'il n'alloit despourveu des faveurs de Sa Majesté envers sadicte A. a qui il portoit lettres de recommandation touchant le redressement de son estât et demaine, comme par après (en vertu d'icclles) il s'en apperçeut bien. Et avec ce contentement se mise Le prince d'O- derechef en chemin pour son retour, il me fist honneur range retourne vers jç ^^ requérir pour m'en retourner avec, aussi en firent
le mesme les susdicts comtes et tous ceulx de la cornpaingnie mais n'en puis venir à bout, d'autant que mes affaires ne me le permettoient encores. Pour lesquelles parachever me fallut derechef aller vers Sa Majesté qui s'cstoit retiré aux champs à une villette qui se dict Ampudia où il y a un fort vieu chasteau, qui avec ladicte villette et beaucoup de terres d'alentour souloit appertenir aux prédécesseurs de ce duc de Lerma et lequel il avoit derechef empoingné par don et faveur de ce roy, et à ce qu'on dict luy vaiUoit icelle terre d'annuel revenu environ dix mill escus. Elle est distante de Valladolid environ sept lieues, et fort belle campaingne partout, je n'y fuz que deux jours. Il y eust grand festin partout à cause de la bien venue de Ses Majestés et si en cstoit le temps fort approprié, scavoir est sur la fin de janvier
le Pays-Bas avec les susdicts seigneurs.
Ampudia.
qu'ordinairement il y faict clair et froidelet, et la cam- 1602
paingne secherette, et verdelette, car d'esté tout y est embrasé des excessives chaleurs, et personne n'ose se mouvoir, ni sortir à l'exercice corporel, tellement que ceste fois il y eust grand playsir de veoir sortir les villageois es prayeries de là tout prés, joûuer à un jeu fort Jeu playsant enestrange, qu'eulx appellent, Alcayado con chueca, ce mot ^^ " ^* ageois. cayado vault aultant à dire chez nous que la massue ou croche à frapper l'esteuf, saulf qu'il n'y a point du plomb au bout, sinon faict d'un bois croche et fort legier à la main, et chueca, est le mesme qu'une petite boule de bois représentant Testeuf. Le jeu en est fort récréatif car l'on y peult jouer une grande multitude ensemble, et tant plus de gens ensemble qu'il y en a, tant mieulx vault-il. Ils se repartent en deux trouppes et se mettent en une planure fort ample, et les limites du jeu sont au bout d'icelle, ilz vous marchent tous pesle-mesle ensemble. L'une partie frappant pour s'avancer, et l'autre pour en reboutter la bouUe et vous en usent d'une telle dextérité qu'il ne l'attendent jamais en terre, sinon la prennent à la volée au bras-roid, et vous la renvoyent le plus souvent deux fois plus en arrière que les premiers ne l'avoient avanchée; surquoy il y a tant de cry et gaudisserie entre eulx que je pense n'y avoir plus grand playsir au monde, parmi aussi les joulyz sautelets, et petit tour de pas et pas que l'on s'y veoit practiquer entre les jeusnes gallans et garsettes du villaige qui s'y meslent en suyte : et en est la contention et vocifération telle, qu'il semble à chasque fois ilz se doibvent donner bataille les uns aux autres. La royne y estoit avec touttes ses dames pendant que le roy estoit allé à la chasse, et en print un extrême playsir. Je n'y fuz (comme dict est)
Leroyetlaroyne vont à Léon.
L'autheur se prépare à son parlement vers le Pays- Bas à toute force.
Patente du changement du tymbre et borrelet.
que deux jours, et m'en retournay vers Valladolid aussi sage qu'en estoys sorty, et sans rien avoir effectué. Et force m'estoit d'attendre le retour du roy qui avec la royne debvoit faire sa première entrée en Léon, qui à ce qu'ay entendu, (car n'y puis aller) estoit fort solempnele.
Or pour retourner en discours, continuant le fil encommencé du progrès de mes affaires fault scavoir qu'à toutte force je taschay de me préparer à mon p ;rtement vers le Pays-Bas. Et en suyte de ce commençoys à receuillir d'un costé et d'aultre touttes mes despeches, et entr'aultres celle que n'agueres Ton m'avoit depeschée touchant le changement de tymbre et borrelet que Sa Majesté m'avoit concédé et octroyé par lettre patente en date le 15. de janvier l'an présent 1602. scavoir est qu'au lieu dudict borrelet et tymbre que mes devanciers souloyent porter qui fut la teste d'un griffon entre deux aisles (que Ton appelle) de faysan d'or, je pourroys porter de là en-avant un griffon d'or griffant une clef d'or en sa droite griffe, icelle pendante à son col d'un cordon du mesme, naissant d'une couronne d'or, ledict tymbre pour moy en particulier et ladicte couronne pour tous en gênerai et nostre postérité qui en sommes de la famille. Le temps s'escouloit touiours, et estoit la sayson fort avancée pour voyager et prévoyant le parlement de Sa Majesté vers Haranjuez, et ses autres maysons de playsance, où d'ordinaire en icelle sayson il souloit aller à s'y esbatre, commençoys aussi à donner ordre, à mon parlement vers le Pays-Bas, afin que (avant que sadicte Majesté s'esloingnant par trop de la court) je n'eusse le mal par après de l'aller suyvre, comme ce nonobstant je me trouvay encores en hazard de le faire, ce fust sur
le commancement du mois d'apvril quand le 28. du passé: j'avoys desia obtenu mon passe-port signé de la propre main du roy pour en vertu d'icelluy pouvoir emporter quand et moy certaines mes hardes dont entr'autres choses il y en avoit plusieurs defFendues que sans exprès congé il n'estoit licite de tyrer hors des ports du royaulme si comme sont de l'or, et de l'argent, tant monnoyé qu'autrement, lames ou feuilles d'espée, choses de parfum, et tout autre semblable, dont les pragmatiques d'Espaingne en font plus ample déclaration. Le duc de Lerme qui en touttes occurrences m'avoit tousiours favorisé, voyant que j'en avoys le pié dedans lestrier me fist l'honneur de me vouloir accompaingner d'un mot de lettre de recommandation sien, au ser™* archiduc Albert nostre seigneur et prince, outre celles qu'il m'avoit impetré de Sa Majesté à sadicte alteze, et à son ambassadeur, dont la teneur de ladicte sienne, et des autres deux de Sa Majesté s'ensuyt :
Ser°° Senor,
Juan Lhermite a servido a Su Mag** como V. A. sabe y paraque pueda yr a continuarlo a los ojos de V. A. ha tenido por bien de concederle la licencia que le ha pedido, y el va con mucho desseo de açertar, como confio que lo hara, y que V. A. sera servido, de mandarle honrrar y acresçentar. en las ocasiones que se offresciçren como lo supplico a V. A. y a nostro Senor que guarde la ser"* Persona de V^ A. como desseo. De Valladolid a 30. de Marco 1602.
Ser"** senor Besolos pies de V. A. su criado (firmo) El Duque de Lerma. Marques de Dénia.
Passe-port pour pouvoir emporter aulcuns joyaux et autres choses défendues.
Lettre du duc de Lerme en faveur de Tautheur à Tarchiduc Albert.
Lettre de Sa Majesté à rarchiduc,en faveur de Tautheur.
Lettre du roy à son ambassadeur en faveur de Tautheur.
Les autres deux de Sa Majesté furent despeschées par le Conseil d'estat en ceste forme :
Ser™° Seiior. Juan Lhermite que ha servido muchos aiios al Rey mi senor y Padre que aya gloria y a mi, de Âyuda de Camara cumpliendo bien con sus obligaçiones, va a rresidir en essos estados, y siendo por lo dicho juste ayudarle en loque se pudiere, le lie querido accompanar, con esta, y encargar a V. A. como lo hago, le tenga por muy cncommendado, para honrralle, accomodarle y servirse del en las occasiones que se ofiresçieren como a V. A. le paresçiere, que demas deque sera en su persona muy bien empleada qualquier merced que V. A. le hiziere, holgare yo mucho de todo el bien, y accrescentam*** que rreçiviere de su mano. Nuestro Seiior guarde a V. A. como desseo. De Valladolid a 8. de Apvril de 1602. Buen hermano de V. A. (signé) Yo el Rey. (Et plus bas) Andres de Prada. (La superscription) AI ser™** senor, el Archiduque Alberto mi hermano. —
Suit celle du roy à son ambassadeur.
El Rey.
Don Balthassar de Çuniga de mi Consejo y mi Embaxador en Flandes, Al Archiduque escrivo tenga por muy encomendado a Juan Lhermite, que como saveys ha servido muchos aiios al rey mi seiior y Padre, que aya gloria y a mi^ de Ayuda de Camara, y va residir en essos estados y paraque en las occasiones que se ofFresçieren de su comodidad y acrescentam*® le haga la merced que fuere justo, osencargo y mando hagays con mi hermano los offiçios que fueren necessarios para este effeto en las occasiones que se offresçieren a proposito y el os advier-
tiere y le ayudays y favorezcays en todo lo demas que le 1602
tocare, que yo holgare mucho dello. De Valladolid a 8. de Abril-de 1602. (signé) Yo el Rey. (Et plus bas) Andres de Prada. (La superscription) Por el Rey. A don Balthassar de Çuniga de su consejo y su Embaxador en Flandes. —
Sadicte Majesté partist de Valladolid vers ledict Haranjuez le 13. dudict mois d'Apvril et print sa première giste à Valldastillas quatre lieues de là, et moy le suyvis le mesme jour sur le soir en compaingnie du seigneur de Jonckhout, que par autre nom nous appellions don Ricardo de Merode gentilhomme de la bouche, et lieutenant capitaine de la guarde des archers du roy et le coronel don Guillermo Semple escossoys, n'allans qu'à mi-chemin qui fust au Pont de Duero où tous trois prismes giste pour le lendemain bien tempre rattaindre le roy et la royne audict Valdastillas. Nous y arrivâmes à bonn' heure ce fust le 14. dudict mois d'Apvril, mais n'avions loysir, ni oportunité de rien traicter de noz affaires pour estre icelluy jour solempnisé de tous à cause de la nayssance de Sa Majesté, le passant joyeusement en festins et allégresse comme de coustume. Et sur le midy passarent leurs Majestés plus outre jusques à L'autheur suyt
Olmedo qui sont encores quatre lieues jusques où il m'en ^^"^ Majestézet se
, lecte à leurs pieds,
fallut encores le suyvre, et l autre jour après qui fust le et prend son congé.
15. me jectay aux pies de leurs dictes Majestéz et en prins mon congé comme cela appertenoit. Et le mesme en fiz alentour des gentilzhommes et serviteurs domestiques de leur royalle mayson et suyte sans en laisser H d»ct adieu à
derrière aulcun, et signament du susdict duc de Lerma touset nommément
aux seigneurs y sommeiller de corps de Sa Majesté etc., du marquis de mentionnez.
Il retourne vers VaUadolid.
Lettre du duc de Lerme à l'ambassadeur du roy en faveur de Pautheur.
Velada grand-maistre d'hostel, du comte d^Orgaz, du comte de Nieva, et du marquis de las Navas tous trois maistres d'hostel du duc de Médina Celi, don Henrrique de Guzman^ clavero de la Orden de Alcantara, don Fran^ de Borja comendador mayor de Montessa^ don Juan de Mendoça marquis de San German, don Juan de Tassis, correo mayor, ou maistre des postes gênerai et don Juan de Sandoval marquis de Villa Miçar primer cavallerizo que nous appelions premier escuyer, tous gentilzhommes de la chambre et de don Bemabe de Vivanco, Eugenio de Marban, Hernando de Espejo, don Rodrigo Calderon, Diego de Obregon, et Pedro de Oviedo tous aydes des gentilzhommes de la chambre de Sa Majesté mes compaingnons et confrères. Et de don Alvaro de Girvajal grand aulmonnier, et premier chapellain de sadicte Majesté. Ce faict sortirent Sa Majesté avec la royne et tous les susdicts seigneurs et gentilzhommes à messe et icelle oûye se mirent en leur coche pour continuer leur encommencé chemin vers ledict Haranjuez et moy reprins le mien pour mon retour à VaUadolid et de là passer outre à mon prétendu voyage. Ledict duc de Lerma outre toutte la bienveuillance qu'il m'avoit monstre me voulut encores acompaingner d'un autre mot de lettre sien au susdict don Balthasar de Çuniga ambassadeur du roy, et du mesme le susdict marquis de Velada d'une autre à la ser°* infante Madame Isabelle Clare, Eugénie nostre souveraine dame et princesse dont la teneur de Tung et l'autre est ce qui s'ensu)rt. Et premièrement celluy du duc à l'ambassadeur.
Juan Lhermite, vuelve ahi con licencia de su mag** y por lo bien que leha servido, y por lo que el mereçe le desseo muy buen sucesso en sus cosas, y assi holgare