lieues. Nous avions passé tout au long du chasteau
de Fonterabie que nous laissâmes à main gauche, et
nous sembloit fort beau par dehors, et arrivasmes audict
Bayonne à fort bonn' heure un jour de feste, que tout
le monde estoit es rues prennant ses esbats : le portaige,
et parures des femmes et jeunes filles nous sembloient
fort estranges et nullement se conformant à ce qu'avions laissé derrière. Nous traversimes toutte la ville et prismes giste aux fauxbourgs de l'autre costé au S' Esprit pour le lendemain gaingner la bonne matinée d'autant que les portes y serrent et s'ouvrent bien tard et selon coustume et règle de bon gouverne nous fallut encores ce soîr-là aller trouvé le lieutenant de la ville mons*^ de Sansac en absence de Monseigneur de Gramont gouverneur d'icelle pour l'informer de nostre venue et des nouvelles qu'apportions et nous âst rammener par les soldats qui de sa part nous cstiont venu quérir à l'hostellerie. Nous y fusmes fort bien logez, et avions de fort bons licts de plumes qui furent les premiers qu'avions trouvé par tout le chemin : bien est vray qu'à S^ Sébastian, et en aulcuns endroicts de la Biscaye, il y en a mais point de si bonne façon et estoffe. Le 28. partismes de Bayona par la poste, car le plus expédient estoit de passer légèrement les landes à cause du danger qu'il y pourroit avoir pour estre ce pays stérile et désert et n'y avoir gueres bonne commodité; de logis il y a de là jusques à Bourdeaux 31. lieues lesquelles nous courrusmes en quinze postes et à cinc chevaulx, payant pour chasque poste scavoir est pour la première à cinc reaulx pour chasque cheval (selon la coustume du pays) et pour les autres à quatre, et ne payent les naturelz du pays non plus qu'à trois; la première poste, est à Barrut 2. lieues, à S* Vincen 2. lieues, à Mayez 3. lieues, qui se comptent pour poste et demye, à Castez 2. lieues, à l'Esperon 2. lieues, à la Harry 2. lieues, à Jungilet 2. lieues, à la Bonhair 2. lieues ; à Lipostel 2. lieues, à Murât 2. lieues, à Bellin 2. lieues, au Bart 2. lieues, à petit Bourdeaux 4. lieues, qui se comptent pour deux postes, et à Bourdeaux 2.
Les parures de femmes fort estranges.
Advertissement qu'il convient passer les landes de Bourdeaux par la poste.
Bourdeaux.
i6o2 lieues, qui sont en tout comme dict est treynte et un
lieues, ce fust le 29. que nous arrivasmes audict Bourdeaux et fusmes loger au Cbappeau rouge et y sejournasmes deux jours pour nous y pourveoir de bonnes montures, car n'estions d'advis d*en continuer la poste et d'aller sur des chevaux de relayz est fort coustagieux et incommode et si n'est on partout bien servy de bons chevaux car les fault changer à chasque poste et aulcune fois y fault attendre ceulx qui arrivent laz et cravantez Adveriissemcnt tellement que le mellieur est d'en achapter ses propres
sur la monture. chevaux et s'en aller à son ayse par des bonnes journées
comme nous le âsmes. Nous y rencontrasmes un des premiers varlets de chambre du roy très chrestien qui se nommoit le seigneur de Beringhen, natif du pais de Cleves, il estoit logé viz à viz de nostre ostellerie chez un fort honnest' homme de bien marchant flameng appelle Pierre du Gerbier, et nous y pria à disner et nous en fist fort bonne chiere, en sa compaingnie estoient encores deux ou trois autres âamens, gens de qualité, et entre autres un certain dycgrave ou maistre de dyques du roy appelle Bradly, natif de Bergues sur le Zoom et Pierre Gillis. en sa compaingnie un mien cousin nommé Pierre Gillis
filz de feu Joachim Gillis, pensionnaire qu'il a esté de la ville d'Anvers. Nous partismes dudict Bourdeaux le premier jour du mois de juing : la ville est grand' et belle son assiette est sur la rivière de Garonne qui est fort Embarquement large et nous embarquasmes sur icelle avec nos chevaulx
sur la rivière de jjj^jg ç^ jçg differens batteaulx à cause du dangier, et
g, ' arrivasmes en peu d'espace à Blay, la rivière y change de
Gyronne et Dor- nom, et s'appelle de là en avant Gyronne parce qu'à
doingne fluves. deux lieues dudict Blay y entre un' aultre grande rivière
appellée Dordoingne laquelle Taccroist grandement et de
largeur et de vélocité. Nous repeusmes audict Blay et prismes giste au petit Niort pays de Saintoingne. Nous fismes ce jour là quelque 9. lieues, les passimes par un village qui se dict Miranbeau le seigneur du lieu y demeure sur un sien petit chasteau. II est riche de quelque trente mil franc de rente par an, Ton y découvre fort beau et playsant pays tout au long de la rivière de Gyronne. Il y a aussi plusieurs moulins à vent. Nous passâmes par une villette bien forte, mais toutte ruynée par les guerres passées qui se nomme le Pont, elle a trois portes, trois doubles tours de murailles et de fosséz : ce sont cinc lieues ; de là passâmes en barque la rivière Charante, laquelle passe par Sinte et quelques autres villes y voysines et porte icelle rivière d'assez grans batteaux jusques à soixante tonnes lades. Nous repeusmes à Saveau qui y est tout proche, ce sont trois lieues et après le repas passimes par Escaieu trois lieues, par petit Bourdeaux une lieue et allismes à giste à Varrayse une autre lieue qui font en tout 13. lieues. Il nous fust dict qu'en Sinte il y avoit à veoir une fort belle antiquité d'un théâtre du temps des Romains comme il y en avoit aussi un à Bourdeaux, et entre Saveau et Varrayse avions veu deux grandes ruynes ou vielles structures au mirant des champs que les gens du pays disoient aussi estre du temps des Romains. Le 3. pour Onnay 2. lieues, qui est païs de Poitou, et par la ville de Dieudonnay une lieue, et à repaistre à Briou 2. lieues, leprés par S' Legier de Mêle 2. lieues et à giste à Chené 3. lieues qui sont en tout 10. lieues. Le 4. repeusmes à Lusignan quatre lieues et prismes giste à Poitiers, cinc lieues, en tout 9. lieues. La rivière de Clin y passe. Le 5. par la
Peti Niort Miranbeau
Pont
Charante flu.
Saveau.
Escayeu.
Varraisc.
Théâtre des Romains.
Onnay.
Dieudonné.
Briou.
St Legier.
Chené.
Lusignan.
Poitiers.
Oinfl.
i6o2 Chastelrau.
Viene fl.
Port opile.
Creuse fl.
Mantela.
Lindrefl. (Indre).
Faux.
Blayré.
Amboyse.
Loir fl. (Loire).
Escure.
Bloys.
St Dyéz.
St Laurent.
Clairy.
Orléans.
Monsr de Sanscrre.
Comte de la Rochepot.
Trifierie quatre lieues, à repaistre à Chastelrau trois lîeûes, la rivière de Viene y passe, et à giste au Portopile quatre lieues, en tout ii. lieues, sortant d'icy nous passâmes la rivière de la Creuse, et icy s'achève le pays de Poitou, et de là l'on entre en Tourraine, le 6. par Mantela quatre lieues, passâmes la rivière du Lindre et repeusmes au Faux trois lieues, c'estoit jour du S^ Sacrament et y arrivasmes encores à temps pour y tenir nos dévotions, Teglise estoit assez pauvrement en ordre, et on y alloit en procession partout. Après midy à Blayré trois lieues et à giste à Âmboyse deux lieues qui sont en tout 12. lieues. Pardevant Amboyse passe la rivière du Loir qui est fort belle et large et porte batteaux. Le 7. par Escure cinc lieues et à repaistre à Bloys cinc lieues. D'icy avoit sorty ce mesme matin le roy avec la royne vers Orléans. Et après midy par S' Dyéz quatre lieues et à giste à S' Laurent quatre lieues, qui sont en tout 18. lieues, mais elles sont petites, le roy logea icelle nuict à Bagence (Beaugency) deux lieues de là, belle petite villette, et le Loir y passe par devant. Le 8. par Clairy quatre lieues et de là à Orléans, autres quatre qui sont en tout 8. lieues et sont petites et les fismes en moins de cinc heures tout à Tayse. Nous y arrivasmes devant midy, et le roy sur le soir, je rencontray de bonne fortune Mons"" de Sanserre controUeur de l'argenterie du roy et me vint incontinent trouver à l'hostellerie de la Salamandre hors de la porte aux faubourgs; je l'avoys autre fois cognu en Espaingne comm' aussi du mesme un autre certain honnest' homme qui estoit domestique au devant nommé comte de la Rochepot ambassadeur, qui avoit esté en Espaingne pour Sa Majesté chrestienne lequel ayant sceu de ma venue, et en ayant faict l'advertance audict seigneur comte son
maistre me vint de sa part saluer et m'ofFrir sa faveur et courtoysie. Je m'en trouvay fort honnoré et tout à l'heure l'allay bayser les mains et me receut fort benignement. Je l'avay traicté fort souvent pendant son séjour en la eourt d'Espaingne. Et ne me peult, (en bon droict et terme de courtoysie) denier ni mcscognoistre Tamitié passée. Il m'oflfrit de me faire veoir le roy son maistre et la royne tout à mon ayse, à l'heure de leur disné, ce que fust différé pour le lendemain, et cependant me fist accompaingner d'un de ses gentilzhommes pour me faire veoir le plus rare et curieux de la ville. Nous allismes tout droict vers la grande église et les autres, lesquelles trouvasmes fort ruynées, et surtout celle de la S" Croix qui y est la cathédrale, laquelle estoit du tout abbatue. Et ne pense point que par toutte la France durant les troubles passez il y peult avoir eu plus grande destruction, non seulement par dedans, mais encores par dehors depuis le toict jusques aux fondemens tout rasé et abbatu par terre. Et la mesme tour qui avoit esté haulte et belle, consumée, et brisée, en pouldre : le roy y avoii esté, et donne ordre de reedifier le tout. Et pour bon commencement de ce faire avoit donné quarante mille escus d'aulmosne, le peuple en avoit bien donné jusques à cent mille car comme l'année précédente nostre sainct père le Pape y avoit envoyé le jubilé plenaire de l'année saincte, y avoit eu une grande concursion de gens de tous costéz qui avoit grandement accru l'argent de la fabrique, si ceste église se redresse en sa pristine parfection, ce sera une des plus belles de l'Europe ; plusieurs autres grans édifices y vismes brusiéz, demolyz et applanyx réz de terre signe très évident de Tardeur, et furie de guerre du temps passé : un mémorial y est demeuré en pié vraye-
Eglises fort ruynées.
Aumosne du roy pour reedifier l'église de Se Croix
i6o2 ment digne de perpétuité qui est le trophée d'un succez
tant mémorable comme estoit celluy de la délivrance de
tout Testât françois lors i demy-mort et englouty dans
Tabysme de la violence angloise du temps de Charles Vil.
Mémorable anti- environ l'an 1429. par la pucelle Jane, lequel trophée y
quité de Jane la ^ ^^^^ dressé par ceulx d'Orléans, et s'y voit encores tout pucelle d'Orléans. . , , j 1 .n 1
entier et conservé sur le pont de la ville scavoir est le roy
Charles VIL armé, et Jane la pucelle de mesme armée»
tous deux à genoux devant un crucifix de bronze : le succès
(comme dict est) est très mémorable et bien digne d'en
rechercher les hystoires qui le traictent fort amplement.
L'autheur par Le lendemain qui fust un dimenche fuz mené au palays,
moyen du comte ^^ p^^ moyen du susdict comte de la Rochepot fuz intro-
de la Rochepot va ,..,,, , , , . ..
veoir disner le roy ""^^^ ^ ^^ chambre du roy lequel je trouvay disnant tout et la royne de seul car ce jour là avoit esté un peu indispost Et avoit France. prins quelque médicament préservatif pour obvier plus
grand mal, et estoit assis à table avec sa robbe de nuict disnant à l'escart, seulement accompaingné d'un sien petit filz bastard appelle Mons*^ de Vandosme lequel il avoit eu de la Gabrielle et lequel l'on appelloit par autre nom César Monsieur. Il estoit assiz à un des bouts de la table, un peu escarté du roy. Je le viz fort bien à mon ayse car le comte m'y avoit planté en fort bonne part. Lcdict comte s'accosta du roy et luy dict tout à l'oreille qui j'estoys, et d'où que je venois, et fort menuement la particulière cognoissance qu'il avoit eu de moy pendant son séjour en Espaingne et l'escoutoit très voluntiers. Il me dict depuis que si je fusse la demeuré jusques après la table hausée que Sa Majesté mesme se fust esté abordée à moy (comme de coustume elle faict à plusieurs autres) pour m'en parler priveement; je m'apperçeuz bien de .touttes ses menées, et puis que n'en avoys envie
me deslogeay bientost de là. Mons' de Sanserre m'y ^602
accompaingnoit et avant que la table fust haulsée me sortyz tout doulcement de la chambre et me mena ledict de Sanserre i la sale de la royne laquelle je viz aussi disner, assise toutte seule en hautte chayre et à table haulte à Tadvenant services de plusieurs gentilzhommes sans qu'aulcune dame d'honneur, ou damoyselle sienne s'y trouva en toutte la salle, qui me sembloit fort estrange veu qu'en la court d'Espaingne les roynes ne se servent que de leurs damoyselles, et s'assisent en chayres basses je diz en des quarreaux et à table basse et sont servies, comme aussi sont les royz en plus grande modestie et gravité, si ce n'est quand elles mangent ensemble : alors elles s'assisent aussy sur des chayres haultes et se servent avec mellieur ordre, et cérémonie; ces royz icy le font tout au contraire et n'en usent d'aulcune. Hz parlent et devisent avec tous et les escoutent, le roy estoit environné de plusieurs gentilzhommes entre lesquelz les plus signalez estoient le devant nommé comte de la Rochepot. Le comte de Soyson prince du sang, le prince d'Ombre aussi du sang, le prince de Condé aussi du mesme. Le marischal de la Verdin, Mons' de Genry, gouverneur de Meaulx, et Mons*^ de Barry que l'on disoit estre dénommé pour ambassadeur en Espaingne. La royne en fist aussi du mesme fort bon semblant à tous discourrant avec l'un et l'autre fort libéralement. Elle est haulte, belle et puissante femme de la mayson, de Medecis, niepce au grand duc de Toscane, et parloit desia fort bien son langage françois n'ayant esté gueres mariée à ce présent roy. La table haulsée et les grâces dites Elle se retira vers son quartier et alors vindrent tout à l'heure trois damoyselles d'une autre chambre de là tout prés qui Taccompain-
Arthené.
Tourry.
Angerville.
Estampes.
Estrecy.
Chastre.
Paris.
L'autheur va saluer les ambassadeurs du roy d'Espaingne et de Tarchiduc Albert.
Passeport.
gnarent jusques à sondict quartier, et avec ce se retira un chascun vers son logis. Le lo. nous partismes d'icy vers Paris nostre droit chemin, et le mesme en fist aussi le roy mais par autre voye scavoir est par Fontaine-bleau. Nous prismes la nostre par Arthenée six lieues, à repaistre à Tourry quatre lieues et depuis par Angerville quatre lieues, fusmes à giste à Estampes six lieues qui sont en tout 20. petites lieues; le lendemain ii""^ par Estrecy le Baron deux lieues, Chastre trois lieues, et de là à Paris huict, qui sont en tout 13. lieues. Nous logeâmes à la Croix de fer en la rue S< Martin qui est une des plus principales de toutte la ville et si longue qu'en mismes bien trois quart d'heure à la passer depuis les fauxbourgs jusques à ladicte hostellerie et n'estions encores au bout d'icelle de si longue estendue est ladicte ville. C'est une des plus grandes et plus peuplées de toutte la chrestienté et de laquelle il y en auroit le plus à descrire. Nous n'y estions que cinc ou six jours et encores qu'y vismes beaucoup nous fust impossible de l'annoter précisément, mais comme de touttes les raritéz, antiquitéz et magnificences d'icelle se trouve un grand volume de Gilles Corrozet imp. à Paris 1686. me deporteray d'en dire icy d'avantaige. Le lendemain allismes bayser les mains à don Juan Baptista de Tassis ambassadeur pour Sa Majesté catholique, et aussi fusmes saluer le commis des finances Philippe de Ayala qui y residoit pour les affaires du ser™^ archiduc Albert, lesquelz nous receurent fort courtoysement et nous firent l'honneur que de nous convier comm^ de faict nous disnames avec eulx par deux ou trois fois ; icy fallut avoir un nouveau passeport signé du roy pour en vertu d'icelluy passer les limites de ce royaulme qui est à Perone, un passaige
non moins fâcheux que dangereux des inquisiteurs de la doane, pour lequel obtenir fallut employer la faveur du devant nommé de Sanserre qui me le fist avoir et pendant que la depesche se fist, nous mismes en chemin vers S' Germain qui est une villette assez belle et playsante non plus qu'à six lieues de là, et où que le jeune daulfin se nourrissoit soubz la gouverne de Madame de Mongea; le roy y a une fort belle mayson avec beau jardin et belle garenne, Ton y fabriquoit encores, et si logeoit le daulfin en la vielle mayson, car n'estoit encores la neufve du tout habitable. Il y a de fort belles galeries qui ont leur veûe sur les jardins et grand nombre de belles fontaines de diverse invention, et puis dire qu'en toute ma vie n'en ay veu de plus curieuses, elles ont cousté plus de trente mill escus, et les a faict un grand maistre italien que l'on dict n'en avoir jamais eu son semblable, car de veoir une dame assise devant un orgue et le toucher destrement par la seule invention de l'eau, et en toucher de fort belles pièces de musique, qui ne diroit pas, que ce ne seroit enchantement, et de s'y veoir ouvrir une roche et en sortir un Neptune sur son char triumphant accompaingné de ses serenes et marcher le tout en fort grand appareil, qui n'en dira aussi le mesme, voires d'en ouyr chanter naturelcment le coucou, le rossignol et une infinité d'autres oyselets. Le païs et tout le terroir d'alentours est très beau et très playsant, nous avions traversé sur pontons la rivière de Siene cinc fois à nostre venue, et au retour prismes nostre chemin par l'autre costé de la rivière la laisant à main gauche cheminant tout au long d'icelle jusques à Paris, d'où estions sorty du matin et y arrivasmes à bonn' heure. Je y trouvay mon passeport depesche et le lendemain 19. de
L'autheur va voir à S< Germain Monseigneur le Daufin.
Beaux jardins et belles fontaines à S< Germain.
Louvre.
S< Liz (Senlis).
PontS^Maxence.
Tres« Denis.
Roye.
Peronne.
Registre de la doane.
Gozoncourt.
Cambray.
Bel horloge.
Chasteau.
Valençiennes.
Monseigneur de Clarques.
juing nous mismes derechef en chemin continuant nostre voyage et ne fismes ce jour là que six lieues prennant giste à Louvre en Parisis, 6. lieues. Un messagier ordinaire de Paris nommé Ryol Bilcocque nous servoit de guyde qui avoit en sa compaingnie trois marchans qui avec noz quatre estions huict ensemble tous fort bien montez et ainsi marchions tous en trouppe jusques à nous mettre en sauveté car n'estoient les boys sans dangier de voleurs, et estions si bien guydéz par ledict messagier que je pense que depuis Paris jusques à Cambray nous ne passâmes par le gros du boys un quart de lieue de route, nous menant tousiours par le plus clair et ainsi partismes de là le lendemain 20. passant par S^ Liz (Senlis) Pont S* Maxence à repaistre à Très' Denis (Estrées-S' Denis) dix lieues et à giste à Roye, sept, qui sont entout 17. lieues raysonnablement grandes. Il y avoit icy du dangier en aulcuns endroicts et partant y fallut aller le plus souvent au grand trot. Le 21. au repas à Perone sept lieues, c'est icy où que le registre est où l'on visite les malettes. La visite faicte nous allismes prendre giste à Gozoncourt pays d'Arthoys quatre lieues, en tout 11. lieues, le 22 à Cambray trois lieues. Nous y repeusmes, et après le repas allismes veoir la grand' église qui est fort belle et où se voit un fort bel horloge de grand artifice qui à chasque son de l'heure représente les passages de la saincte passion de nostre Seigneur. Le chasteau est beau en apparence lequel ne vismes pardedans à cause de la breveté du temps aussi est la ville fort belle. Nous fusmes de là à giste à Valençiennes sept lieues qui sont en tout 10. pays de Haynault; depuis Cambray se départit de nous le devant nommé seigneur de Clarques et print la route de sa résidence audict Clarques qui est au pays d'Artois aux envi-
rons de S* Orner. Et le 23. partant dudict Valenciennes 1602
eusmes derechef division de compaingnie et print un chascun la déroute de son chemin et moy le mien par Mons, où j'alloys veoir mes parens que des longtemps Mons. j'avoys souhayté et y logeay chez un mien cousin germain Messire Jacques de la Croix chevallier seigneur de la Motte, chef de la ville et baillus du vénérable chapitre des Dames chanoinesses de Madame S'^ Waldru, qui me reçeut fort humainement comme aussi fîst Madame ma cousine, et tous les autres bons amys et parens, et surtout le seigneur de Bettissart qui de bonne fortune s'y Bettissart. trouvoit en la ville, se tenant d'ordinaire en son chasteau audict Bettissart, lez A th. Le lendemain y furent conviez tous les amys et parens pour nous entre veoir et saluer l'ung l'autre qui ne se fust sans grande démonstration de mutuelle affection au bout de plus de seyze ans continuée que j'avoys esté absent, hors du pays. Les convyz et festins furent réitérez par plusieurs jours tant qu'un chascun des amys en eult son tour. J'y sejournay quelque cinc ou six jours pour vaquer à tous ces festins, ne le pouvant excuser tant les caresses estoient grandes, aussi ne sera moindre l'obligation qui m'en est demeurée Le 29. me mena mondict cousin le seigneur de Bettissart avec soy audict son chasteau pour m'y traicter et festoyer plus priveement à sa mode : et pour le faire plus completemçnt y mena quand et nous nos cousins Lambert du Buysson, et maistre Jehan de Hauchin chanoyne. Nous y arrivasmes à bonn' heure, et le lendemain m'y vint trouver un mien cousin d'Anvers Charles de Merre escoutette de Herenthals. Nous n'y séjournâmes moins que cinc ou six jours ne perdans aucune occassion de nous y recréer et esbatre. Le 3. de juillet partismes
Ath.
BoysdeLessines.
Grammont.
Breyvelt.
Gand.
L'autheury trouve leurs Altezes.
Il va secrètement à Anvers pour y saluer sa mère et sœurs.
de là, et reprindrent les susdicts noz cousins du Buysson et de Hauchin leur chemin vers Mons, et me firent l'honneur le seigneur de Bettissart et Tescoutette de Herentals de me conduyre et remettre au mien, prennant ma deroutte vers Gand où pour lors se tenoient Monseigneur l'archiduc Albert et Madame l'Infante, à cause de Tassiegement de la ville d'Ostende. Nous passâmes par Ath et de là au boys de Lessines qui est une fort belle mayson de playsance, où le seigneur dudict lieu se tient. Nous y fusmes fort bien receuz, et y logeasmes icelle nuict. Le lendemain 4*"^ partismes de là, et reprint le seigneur de Bettissart son chemin vers sa mayson. Et mondict cousin de Merre, et moy le nostre vers Gand. Nous passâmes par Grammont, et fusmes à Breyvelt : ce sont de Bettissart audict bois de Lessines environ quatre petites lieûee et de là audici Breyvelt aultres quatre, qui font en tout huict. C'est une mayson d'hostellerie seule aux champs, et y arrivasmes assez tard. Le jour ensuyvant 5"* sortismes de là de bon matin et arrivasmes à Gand assez tempre, ce ne sont que quatre lieues. Et après le repas trouvay encores moyen de bayser les mains à leur altezes, ce me fust un indicible contentement de les retrouver en bonne santé, et en estre fort humainement receu. Je m'y arrestay encores quelque jours, pour m'y acquiter de mes devoirs envers un chascun des seigneurs de la court grans et petits, jusques au 16°"^ ensuyvant qu'en feiz une secrète et dérobée sortie vers Anvers pour le grand désir qu'avoys d'y aller trouver et saluer ma mère, sœurs et plus proches parens et amys, et y veoir la petite nouvelle génération scavoir est les deux fillettes de ma sœur l'aisnée qui n'agueres avoit esté mariée au devant dict Gilles de Merre bourgue-
maistre d'Anvers. Mais en rciournay aussitost, pour n'en 1602
faire absence en court pour certaines raysons qui à cecy ^^ retourne à Gand. me mouvoient, ce qui tust le 18°* prenant chevaulx de louage, parce que les miens propres, estoient aucunement traveilléz du long chemin, et tant que l'ung d'eulx, veoires le mellieur, s'en morut en dedans trois ou quatre jours par après. Et après avoir obtenu de son Alteze certaine responce que j'avoys pourchassée en faveur du mariage que desia estoit conceu entre ledict Charles de Merre, frère audict bourgmaistre, et ma sœur maisnée, party le 29. de ladicte ville de Gand, vers celle d'Anvers II part de Gand prennant mon chemin par Brusselles, où je saluay tous P**^ Bruselles où il
, , , . . , salue plusieurs sei-
ceulx de ma bonne et ancienne cognoissance, baysant g^çu^s ^^ ^^^
aussi les mains à Monseigneur le marquis de Havre
qui sur tous aultres me receut fort benignement. J'arrivay
en ladicte ville d'Anvers le dernier jour de ce présent II arrive à Anvers
mois de Juillet l'an 1602. Lieu de ma naissance, après ^^ *^^ ^^ conclut
• L u A 1 j ^^ voyage, et
avoir heureusement perachevé le cours de mes voyages jonne ^q ^ ^.g p^g.
en l'espace de quinze ans, quatre mois et quatorze jours, sent livre de Passe-
que partay dernièrement (comme cy devant au commen- Temps.
chement de ce volume dict est) de ceste dicte ville.
Dont à Dieu l'honneur et la gloire et loué en soit il.
Per infinita sœculorum sœcula. Amen.
Itixeraire, contenant la distance d'an lien à
Taultre selon les gistes que j'ai faia partant
de b ville d'Anvers, par 17ulie,
vers la court du roy d'Espaingne
qui se tenoit à Madrid. —
c'rcniieremcDt je paitay d'Anvers le 17. du mois de Mars l'an 1587. comme cy devant est dict f> 5. verso prennant giste â Bnisselles qui sont huict lieues 8.
Je paruy de U le 27. de May ensuyvant, continuant de li en avant mon chemin, et passant par Nostre Dame de Hau je prins ma giste âNiveUc 6.
De là par Fleuni à Namur 8 .
Par Enteume à Marche en Famine 7 .
D*icy desvoyant un peu du droict chemin qui passe par Bastoingne, je prins giste à Cobreville 7 .
De Cobreville à Arlon. . 4.
A Luxembourg 4.
A ThionviUe 4 .
D*icy laissant à mi-chemin la ville de Mets en Lorayne, je prins giste à Pont â Mousson 8.
A Nancy 4 .
A St Nicolas 2 .
Par LunevUle à St Raon. 5 .
Par S« Dicy, i Wissenbach pays d'AUemaigne. . . 5 .
Par S« Marie, et par Kcyseri)erg i Colmar 3 .
Par Heylichrych i Otmersem
A Bazel pays de la Zwîsse 5 .
A Lichstal une grosse licùc I.
AOlthen 2,
A Zurze 3 .
A Luceme 2 .
Icy s*embarqu*on sur le lac de Lucerne 4.
Et par terre jusques â Altorf I .
Par Vassa à Thospital, pied de la montaigne S* Godart 3 .
Par Airollo à Faydo. ... 4 .
Par Jornico, et Pollogio à Bellinzona 22. milles Italiennes que peuvent valoir à rayson de 3. milles pour une des nostres 7 .
De Bellinzona à Lugan pays de Lombardie 25.
milles qui vaillent de nos lieues 8.
Il y fault embarquer sur le lac de Lugan, pour aller à giste par Cadilago à Como, ce sont 8. milles par eau et 8. par terre qui sont des Qostres 6.
Par Barlazina à Milan 25 .
milles qui font environ. ... 8 .
Par le monastère des Chartreux qui est à mi-voye de Pavie 20. milles qui font 7 .
De Pavie par Vogera à Tortona 25. milles qui font 8.
Par Betola à Saravalla . .
Par Arqua, Lisola, Borgada,Fomaci, Buzula, Ponte dezimo à Gènes en tout 36.
milles qui font 12 .
Icy je m'embarquay es galères de Napoles sur la mer Méditerranée, et prismes port ou havre à Barcelone pays d'Espaingne qui peuvent estre plus ou moins quelque 100. milles qui font 33 .
De Barcelone i Marturel huict lieues, et fault scavoir que les lieues d*icy sont aussi grandes que celles du Pays-Bas 8.
De Marturel à Ygualada qui est au pied du Mont Serrât 3 .
Delà à Cervera 8.
Par Taraga à Belpuche. . 4
A Lerida 7 .
Par Fraga à Cadasmos. . 3 , A la Venta de S«* Lucia. 5 , De kl Venta à Osera. ... 3 .
De Osera à Çaragoza ... 5 , De Çaragoza allions à plus longues journées et en
fut la 1^ à Calataut 13 .
A Siguencia 14,
DeSiguencia par un chasteau appelle Hita qui est de Siguencia 7. lieues et à giste à Tortosa encores 4. qui
font en tout 11.
De li à Alcala de Henares 10 Et le 30. d*Aougst, j*arrivay à Madrid royaume de Castille, lieu où la court se tenoit qui sont 6,
Lequel voyage je parachevày en Tespace de cincq moys et treze jours tout à loysir comme cy devant au commenchement de ce volume en est hict le récit.
Et monte en tout depuis la dicte ville d* An vers jusques à la susdiae court de Sa Majesté 289. lieues par mer et par terre.
Bien entendu que 33. lieues par mer semble estre peu pour les compter de droicte ligne tant seulement qu'au contraire quand il y a tempeste on en faict 8.
tortueuses pour une droicte.
Et pour mon retour au Pays-Bas, scavoir est depuis la ville
de Valladolid, où Igdicte court de Sa Majesté s'estoit
changée et transmuée depuis, jusques audict
Anvers, prennant mon chemin parla France
en voycy la guyde d'un lieu à l'autre
selon les gistes qu'en ay faict.
Premièrement de ValladoUd court du roy de laquelle je partay comme dia est, le 19. de May 1602. je prins ma première giste à CabeçoQ 2 .
Par Duenas à Magas. ... 6 .
A la Venta de Revillas. . 6 .
A Burgos 8.
A Monasterios 5 .
A Verbiesca 3 .
De Verbiesca par Pancorvo 4. lieues, Miranda del Ebro 5. à Viaoria encores 5. qui sont en tout 14.
A Galereta pied du port ou de la montaigne S^ Adrien. 5 .
Par Segura 3 . lieues, Villa Fiança 2., Tolosa 3. et â S< Sébastian 4. en tout .... 12.
Par Yrun 3 . lieues, S« Jean de Luz 2., qui est frontière de France contre TEspaigne et à giste à Bayona, première ville de Gascogne, encores trois qui font en tout 8.
D*icy se prent la poste pour passer tant plus vite les
landes jusques à Bourdeaux la première poste.
A Barrut 2 .
A S< Misen 2 .
A Mayez 3 .
A Castez 2 .
A TEsperon 2 .
A la Harry 2 .
AJungilet 2.
A la Bonhair 2 .
A Lipostet 2 .
A Murât 2 .
ABeUin 2.
A Bart 2.
A Petit Bourdeaux qui le compte pour deux postes. . 4.
Et à Bourdeaux 2.
qui sont en tout quinze postes.
De Bourdeaux à Blay par eau 7 .
A Estoillie 3. lieues et à giste au Petit Niort, autres 3. qui sont 6.
Par pont et Saveau 8 .
Et par Escaieu 3., Petit Bourdeaux i . et i . à giste à
Varrayse . 5 .
Par Onnay 2. Dieu donnay i . Briou 2. S< Legier de Mêle 2. et à Chesne 3. en
tout 10.
Par Lusignan 4. lieues à
Potiers 5 . en tout 9 .
Par la Trisserie 4. Chastelrau 3. à Port Opile 4. qui
font en tout 11.
Par Mantela 4. au Faux 3. par Blayré 3. à giste à Amboyse 2. qui font ..... 12.
Par Escure 5. à Bloys 5.
S< Dye 4. à giste à S^ Laurent 4. qui font 18 .
Les lieues sont icy fort petites.
Par Chayri 4. à Orléans
â giste 4. qui sont 8 .
Par Arthené 6. Tourrycatre 4. Angerville 4. à giste à Estampes 6. qui font. ... 20.
Par Estrecy le Baron 2.
par Chastre 3. à Paris 8.
qui sont en tout 13 .
A Louvre en Parisis .... 6 .
Par pont S^ Maxence et Très St Denis 10. à Roye 7. 17.
Icy commencent les lieux devenir plus grandes.
Par Peronne frontière de la France contre le Pays-Bas à giste à Gozoncourt premier village au pays d*Arthoys. Peronne 7. lieues et
Gozoncourt 4. qui sont ... 11.
Par Cambray 3 . à Valenciennes pays de Hainaut 7. xo
De Valenciennes à la ville de Mons 7
D'icy prins ma déroute vers Gand où pour lors tenoient leur court leurs Altezes à cause du siège qui estoit devant la ville d'Ostende.
Et partant me fallut prendre mon chemin par Bettissart lez Ath qui est de Mons 5 .
De Bettissart par Grammont à Bre3rvelt qui est une hostellerie aux champs. ... 8 .
Delà à Gand 4.
Et de Gand à Anvers ... 10.
Lequel mon retour d'Espaigne
je parachevay en l'espace de 2.
mois et 12. jours comme cy devant est dict.
Et monte en tout depuis la susdicte ville de Valladolid court de roy jusques en Anvers.