‹ Le pater de FénélonChapitre 2 sur 8 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Noire Père, qui êtes dans les cicux.

la vue (le rhabit ecclésiastique, les eni?nri^-^<^ fants s'arrêtèrent tout à coup : le jeune ^&^^k^(\ prêtre, loin de vouloir suspendre leurs i/^tSfâ.a5d jeux, s'y mêla, non-seulement avec complaisance, mais encore avec abandon. Pour les cœurs simples les choses simples ont un charme indicible, et que ne trouvent point, dans les plaisirs les plus coûteux et les plus raffinés, ceux qui consacrent leur vie entière à la dissipation. Donc le jeune abbé s'amusa merveilleusement à redevenir petit garçon, à courir avec les enfants, à chasser des papillons qu'il rendait à la liberté, lorsqu'il les avait fait captifs, à cueillir des fleurs, à rivaliser de vitesse pour atteindre un but à la course.

Après tant de bonnes fatigues, il fallut enfin se reposer.

— Quelle journée de plaisir ! s'écria le petit Pierre.

26 Lt PATER

— Jamais je ne me suis tant amusé, ajouta le jeune François.

— Et à qui devez-vous ce bonheur, mes enfants?

— A vous qui jouez avec nous, répondit François.

— A M. le marquis qui nous a permis de courir dans le parc.

— Sans doute ! mais qui m'a conduit vers vous? De qui M. le marquis tient-il ce parc?

Les enfants se regardèrent sans répondre.

— C'est de Dieu, mes enfants !

— De Dieu? répétèrent-ils. Qu'est-ce que Dieu? monsieur l'abbé.

— Dieu, mes enfants, c'est celui qui a créé le ciel , la terre et les hommes ! C'est celui qui vous a donné une mère pour vous aimer et un père pour vous protéger 1

— Dieu est donc bon? interrompit François.

— S'il est bon ! mes enfants ! jugez-en, puisque ses bienfaits vous entourent de toutes parts I Sans lui, vous ne seriez pas au monde! Sans lui vous ne sentiriez pas votre cœur battre joyeusement dans votre poitrine.

— Et pourquoi nous a-t-il donné tout cela?

— Pour que vous l'aimiez.

DE FENELON. 27

— Mais je l'aime déjà, puisqu'il est bon et qu'il nous donne de belles choses.

— Alors il faut lui témoigner votre affection et votre reconnaissance en le remerciant et en le priant de vous rendre dignes de lui.

— Où donc est le bon Dieu pour que nous lui parlions ?

— Il est partout, il vous voit sans cesse, il entend vos moindres paroles ; il lit jusque dans vos plus secrètes pensées !

— On ne peut donc rien lui cacher?

— Rien.

— Quand on est sage, il le sait?

— Oui; il s'en réjouit et bénit Tenfant qui lui cause cette joie.

— Et quand on n'est pas sage?

— Il s'afllige des fautes de l'ingrat qui cesse d'être digne de lui.

— Eh bien ! Pierre , nous ne ferons jamais de chagrin au bon Dieu, n'est-ce pas?

— Oui, c'est cela ; il sera toujours content de nous.

— Il dira : Pierre et François sont des enfants sages que j'aime, et il faut que je leur donne au-

jourcriiui (lu soleil pour qu'ils puissent jouer dans le parc.

Cependant une idée semblait préoccuper le petit Pierre, qui demanda après bien des hésitations :

— Et quand, par malheur, on n'a pas été sage?

— Alors on demande pardon à Dieu que Ton a offensé.

— Et il pardonne toujours? toujours?

— Quand le repentir qu'on lui témoigne est sincère, et si Ton forme la ferme résolution de ne plus retomber dans la faute que Ton a commise.

— Dieu est bon! s'écria François avec effusion.

— Ne voulez-vous pas , mes enfants, le remercier de sa bonté? ne voulez-vous pas le prier?

— Oui, oui, monsieur Tabbé, tout de suite, à rinstant.

— Et comment est-ce qu'on le prie?

— On se découvre la tète, mes enfants ; on se met à genoux comme je le fais j on joint les mains et Ton élève les yeux vers le ciel.

— Comme cela? comme cela? demandèrent-ils en imitant le précepteur et en s'agenouillant près de lui.

— Puis alors, que fait-on?

— On se rappelle toutes les boutés dont nous

DE FÉNÉLOX. 29

a comblé Dieu; on le bénit, et l'on dit, du fond du cœur, ces premières paroles d'une prière dont je vous apprendrai le sens à mesure que vous grandirez et que votre intelligence se développera. Notre Père^ qui êtes dans les deux.

— Notre Père, qui êtes dans les cieux, répétèrent les deux voix fraîches et pures des enfants.

François se sentait vivement ému.

— Notre père! notre père! Dieu est donc notre père?

— 11 est le père de tous les hommes; il permet qu'ils lui donnent ce nom, malgré toute la distance qui les sépare de lui.

— Notre Père, qui êtes dans les cieux ! s'écrièrent avec effusion les deux enfants.

— Mon Dieu ! s'écria le jeune prêtre avec enthousiasme et en tendant les bras vers le ciel, mon Dieu, recevez cette première prière de deux créatures innocentes ; envoyez du ciel un de vos anges pour les protéger contre les tentatives du péché.

— Notre Père, qui êtes dans les cieux! firent encore les enfants.

Alors, un homme, témoin furtif de cette scène, quitta brusquement le buisson derrière lequel il se tenait caché, et vint, les yeux pleins de larmes dé-

licicuses, couvrir les enfants de Ijaisers. Il serra silencieusement ensuite la main de Tabbé; car tous les deux se sentaient trop vivement émus pour pouvoir prononcer une seule parole. Cet homme, c^était le marquis de Fénélon.

Wr-^

Que voire nom soit sanctifié.

Page 1