‹ Le pater de FénélonChapitre 5 sur 8 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Que votre volonté soit faite.'

UELQFES mois s'écoulcrent durant lesquels le marquis et le précepteur de ses enfants s'appliquèrent à consolider et à faire croître, dans le cœur de leurs jeunes élèves, les enseignements qu'ils y avaient déposés. Ils ne cherchaient point à donner un développement trop prompt à ce savoir ; ils attendaient pour cela une occasion favorable. Du reste, ils faisaient marcher ensemble Tinstruction morale et l'instruction scientifique. Les deux enfants faisaient des progrès satisfaisants et souvent même rapides. Pour les exercer au travail , on leur proposait des récompenses variées. Un jour, il s'agissait d'apprendre les premiers éléments de la langue latine, M. de Fénélon leur promit une longue excursion à quelques lieues de là, pour visiter une chapelle du pays où se faisaient de nombreux pèlerinages, et qui attirait une grande affluence de fidèles. Je n'ai pas besoin de vous dire que les le-

Que votie volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

çons, quelque rebutantes et diflicilcs qu'elles parussent , furent sues exactement , au jour et à l'heure dite. Il ne resta donc plus que la récompense à donner , et il fut résolu qu'on partirait le lendemain matin.

Jamais le ciel n'avait été plus pur et d'un bleu plus doux ; jamais matinée ne s'était annoncée sous des auspices plus favorables à une promenade. Les chevaux, destinés aux cavaliers et attachés à la voiture, se trouvaient déjà prêts; ils piaffaient d'impatience dans la cour, lorsque le jeune François, en voulant monter dans le carrosse, posa le pied à faux, glissa, se fit une large blessure au genou et tomba. On accourut aux cris de sa mère; on le débarrassa de la position dangereuse où il se trouvait, et l'on envoya chercher un chirurgien, au village voisin. Le sang coulait en abondance de la jambe du blessé; il avait perdu connaissance; sa mère, sa pauvre mère, aussi pâle, aussi mourante que lui, le soutenait dans ses bras et aidait à le transporter dans le château. Pierre pleurait à sanglots; le précepteur priait Dieu ; enfin M. de Fénélon cherchait à rendre quelque courage à sa femme, et appelait à son aide toute sa propre résignation. Après une heure d'attente, on put amener le médecin, qui

examina la plaie, la sonda et ne put s'empêcher de trahir une vive émotion. ?>éanmoins, il posa un premier appareil sur la blessure, prescrivit quelques remèdes, et déclara qu'il ne quitterait point le malade ni de la journée, ni de la nuit. Il témoigna ensuite le désir de se trouver seul avec le marquis de Fénélon.

— Monseigneur, dit-il, j'ai tâché de dissimuler mon trouble et mes craintes devant madame la marquise; mais je crois de mon devoir de vous les communiquer. La blessure de l'enfant peut avoir les plus funestes conséquences; l'amputation sera, j'en ai peur, nécessaire. Or, l'amputation sur un sujet de cet âge est presque toujours un moyen désespéré. Je désire donc que vous fassiez appeler d'autres médecins, afin que, par une consultation, ils puissent partager avec moi une responsabilité devant laquelle, seul, je reculerais.

Jugez des douleurs et du désespoir qui serraient le cœur du malheureux père à ces paroles. Perdre son fils, son fils unique, ou bien le voir mutiler et courir les chances d'une opération presque toujours fatale. Quelle alternative!

— Mon Dieu, s'écria-t-il, vous m'imposez là une épreuve bien fatale et bien difficile à suppor-

ter! Laissez-moi vous dire, comme votre divin fds sur le calvaire : Seigneur, faites que ce calice s'éloigne de moi! mais pourtant que les décrets de votre providence s'accomplissent. Je bénis la main qui me frappe ! Si la douleur m'arrache des cris, ce sera des sanglots et non des murmures contre vous, mon sauveur et mon maître !

Madame la marquise de Fénélon entra, sur ces entrefaites, et entendit les dernières paroles de son mari qui suOTirent pour lui apprendre quel danger menaçait son fils. Le premier choc fut terrible, mais bientôt la chrétienne rendit de la force à la mère. Elle se jeta dans les bras de son époux, y pleura quelques minutes en se cachant le visage, puis ensuite elle s'agenouilla devant une image de la Vierge.

— Sainte protectrice des mères, lui dit-elle, vous qui avez souffert, au pied de la croix, tout ce qu'une mère peut souffrir, ne m'abandonnez pas en cette triste et funeste épreuve ! Vous seule pouvez désarmer la rigueur de votre divin fils ! vous seule êtes l'étoile et l'espérance des malheureux. Envoyez un de vos anges pour étendre Fombre de son aile sur mon enfant. Qu'il guérisse! Qu'il me soit conservé ! Qu'un miracle le ressuscite^ comme un mi-

racle rendit son lils à la veuve de Naïtn ! comme un miracle rendit Lazare à ses sœurs éplorées ! Mais n'importe ce qui arrivera, vous serez toujours bénie par moi entre toutes les femmes, car vous êtes une source de miséricorde et la mère de Dieu! Protégez-moi ! priez pour moi !

Plus forte , après cette prière, elle se leva pleine de calme et de résignation, vint s'asseoir au chevet du lit de son fds et ne s'en éloigna plus.

Tout était pourtant angoisse et souffrance pour la pauvre mère ! Le chirurgien s'approchait-il de son malade, elle attachait sur lui ses regards et rappelait involontairement la pâleur et l'expression de visage que le sublime Rubens donne à la sainte Vierge, dans son admirable Descende de croia?. Sans que riiomme de l'art eût besoin de proférer une syllabe , elle lisait dans ses traits les craintes ou les espérances qu' il fallait avoir .Du reste, tand is que son mari, plein d'agitation, semblait perdre parfois la raison, elle ne démentait pas un instant la présence d'esprit la plus complète; elle prévoyait tout, et donnait elle-même tout ce qui devenait nécessaire, sans confusion, sans rien oublier. Le chirurgien ne pouvait assez l'admirer et assez s'étonner devant une pareille force, qui prenait sa source dans une

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piété fervente et une confiance sans bornes à la miséricorde de Dieu.

François se montrait digne de sa mère. Si parfois des douleurs aiguës lui arrachaient des plaintes, il les réprimait aussitôt , surtout lorsque madame de Fénélon se trouvait là. Alors il cherchait à contenir les transports de sa souffrance, afin de ne point alarmer celle qu'il voyait si près de lui pâle et livrée aux angoisses. Tantôt, il lui tendait une main humide de la moiteur de la fièvre, et serrait doucement la sienne ; tantôt il trouvait pour elle un sourire au milieu des élancements d'une plaie qui lui causait des tortures atroces.

Le lendemain soir, les chirurgiens que l'on avait convoqués des villes voisines se trouvèrent réunis au château pour la consultation : leur examen de la blessure de François dura longtemps, et la conférence qui suivit ne fut pas moins longue. Enfin, ils décidèrent que l'enfant se trouvait trop faible pour supporter une si grave opération, et qu'il fallait laisser agir la nature. Ils s'éloignèrent donc, laissant peu d'espérance après eux.

Dieu prit sans doute en pitié ce père et cette mère infortunés, car le malade passa une nuit calme, et la fièvre s'apaisa : le chirurgien ne pou-

vait croire, le lendemain matin, aux heureux changements survenus dans Tétat du blessé. Il déclara que cette amélioration inattendue changeait toutà-fait la nature du mal , et qu'il répondait , dès à présent , d'une guérison complète et beaucoup moins lente qu'on ne le croyait.

A celte nouvelle, une joie générale se répandit dans toute la maison , et monsieur et madame de Fénélon se rendirent sur l'heure dans la chapelle pour y remercier Dieu. Les domestiques les y accompagnèrent à leur insu : bientôt le chant du Te Deum sortit de toutes les bouches et du fond de tous les cœurs pour s'élever vers Dieu et le bénir du miracle qu'il venait d'opérer.

Pendant ce temps-là, un homme s'associait de loin à cet hymne de reconnaissance, et mêlait, tout bas, sa voix aux voix des chrétiens reconnaissants qui priaient dans la chapelle. Lui, il était resté près du lit du malade; c'était le précepteur.

— Monsieur Tabbé, lui dit François, puisque me voilà pour longtemps au lit et condamné au repos, ne pouvez-vous pas m'enseigner une prière qui convienne à ma situation et qui me console?

— Cette prière , mon enfant , reprit le jeune prêtre , se trouve dans T oraison dominicale , dont

je vous ai enseigné le commencement; la voici: Que votre volonté soit faite sur la terre comme au cieL

— Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel,' — répéta Tenfant.

Puis il ajouta:

— Pourquoi demander à Dieu que sa volonté soit faite, à lui qui peut tout?

— Ce serait mal comprendre le sens de cette prière que de l'interpréter ainsi. Par ces paroles, le divin maître qui nous Fa enseignée veut exprimer la résignation que les hommes doivent à la volonté de Dieu. It faut accepter avec la même humilité, mon enfant, les épreuves et les bienfaits que Dieu nous envoie. Il ne peut appartenir à notre faible intelligence de comprendre le but de ses décrets mystérieux. Telle circonstance qui nous paraît rude et douloureuse, cache pour nous une chose utile et dont nous devrions nous applaudir ; telle autre dont nous nous réjouissons , nous devient amère et funeste. 11 faut donc qu'un chrétien accepte les volontés de la Providence sans les discuter ; il faut donc qu'il y obéisse comme un enfant docile obéit à son père. Lorsque M. le marquis vous ordonne quelque chose , vous le faites sans discuter

avec lui ;le plus ou le moins d'opportunité de ce qu'il commande, à plus forte raison faut-il en agir de même avec Dieu, avec Dieu qui vous a permis de lui dire : <( Mon père ; » avec Dieu, souverainement bon et dont la sagesse est infinie ! C'est bien le moins qu'en échange de tant de bienfaits, il nous trouve dociles et soumis.

— Oui, vous avez raison, monsieur l'abbé. Je comprends à présent ces paroles : Que votre VO' lonté soit faite sur la terre comme dans les deux. Elles resteront constamment présentes à ma mémoire pendant tout le temps de ma maladie, et je ne les oublierai pas non plus après ma guérison.

Pierre entra sur ces entrefaites tout rouge et fort irrité. 11 avait grande peine à retenir ses larmes.

— Qu'avez-vous donc, mon enfant? demanda le précepteur. Pourquoi cette agitation et ces pleurs?

— J'ai, répondit Pierre, que tout à l'heure ma mère ayant appris l'accident arrivé à François, s'est empressée d'accourir pour savoir de ses nouvelles et pour s'assurer qu'il ne m'était rien arrivé à moi. Sitôt que je l'ai aperçue, j'ai couru au-devant d'elle jusqu'à la grille du château ; je l'ai embrassée de tout mon cœur, et elle me l'a bien rendu; mais il y avait là les domestiques du chirui'gien. L'un d'eux^

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qui pansait le cheval de son maître, a dit à son camarade : (( Vois donc ce petit seigneur, qui embrasse cette paysanne; probablement qu'elle est sa nourrice. » Alors j'ai entraîné ma mère d'un autre côté, et je lui ai dit d'entrer désormais au château par la petite porte et non par la grille.

Le précepteur se couvrit des deux mains le

visage.

— Oh! qu'avez-vousfaitlà, qu'avez-vous fait là, mon enfant? Quoi ! vous n'avez pas crié à cet homme : — Ce n'est point ma nourrice , c'est ma mère, ma sainte et bonne mère, celle qui m'a nourri de son lait; celle qui a passé tant de nuits près de mon berceau pour m'assurer un sommeil tranquille ! Quoi ! vous avez fait cela, Pierre ! . . . Et que disait votre mère, votre pauvre mère si à plaindre?

— Elle pleurait, répondit Pierre, si bas qu'on l'entendit à peine.

— Sans doute vous avez couru après elle? vous vous êtes jeté à ses pieds? vous lui avez demandé pardon?

Pierre ne répondit pas.

Enfant coupable, vous n'avez point songé que Dieu vous regardait, et qu'il vous reniera pour son fils, vous qui reniez votre mère. Comment annon-

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cer une pareille faute à M. le marquis? Il est de mon devoir de le faire , et pourtant je n^oserais jamais lui avouer qu'un enfant confié à mes soins a pu manquer ainsi au plus saint des devoirs, au respect qu'il doit à sa mère. Que faire? quel parti prendre?

François se souleva sur sa couche.

— Monsieur Tabbé, dit-il, aidez Pierre à réparer sa faute. Conduisez-le chez sa mère ; obtenez d'elle Toubli d'un moment d'erreur; une fois la mère de Pierre consolée, et son pardon obtenu, nous avouerons tout à mon père, qui ne montrera pas plus de sévérité que la mère de Pierre, et que désarmera notre aveu.

— Vous avez raison, répliqua Tabbé, je vais suivre votre conseil. Venez, Pierre.

Pierre prit la main du précepteur, et tous les deux se dirigèrent vers la ferme de Catherine.

Ils trouvèrent la porte ouverte et entrèrent sans rencontrer personne, jusqu'à la place la plus solitaire de la maison. Là, ils virent la pauvre femme, le visage couvert de son tablier; elle pleurait avec tant d'amertume, qu'elle n'entendit point les pas de Pierre et de Fabbé.

— Il m'a renié! disait-elle, lui, mon enfant, lui

que j'aimeavcc tant de force; lui dont j'ai consenti, depuis quatre mois, à me séparer pour qu'il reçoive une éducation brillante ! Oh ! mes voisines ne me l'avaient que trop bien dit, qu'il m'oublierait, qu'il mépriserait sa pauvre mère ! Mon Dieu ! mon Dieu ! rappelez-moi à vous, puisque le seul bien que j'eusse sur la terre me manque et m'abandonne. Hélas ! vous le savez pourtant, je n'ai reculé devant aucune preuve de ma tendresse pour lui ! Plusieurs fois, de riches fermiers ont voulu m'épouser, et j'ai préféré vivre seule, isolée, pauvre, plutôt que de partager avec un autre la tendresse que je voulais réserver pour lui seul 1 Et il me renie, l'ingrat ! Il ne veut point m'avouer pour sa mère ! il m'ordonne de venir l'embrasser à la dérobée, il exige que mes baisers ressemblent à une mauvaise action dont on se cache. 0 mon Dieu! mon Dieu! faites que je meure; car je n'ai plus qu'à souffrir ici-bas sur la terre !

— Mère, ne pleurez pas ainsi, dit alors Pierre, qui s'était agenouillé et qui prit la main de Catherine ; mère, ne pleurez plus et pardonnez-moi.

A cette voix, à ces paroles , la pauvre femme tressaillit de tous ses membres; elle n'osa pas se découvrir le visage , car il lui semblait qu'elle fai-

sait un rêve, et que ce rêve allait se dissiper quand elle regarderait autour d'elle.

— Mère, reprit l'enfant, ne voulez-vous point me regarder et me pardonner?

Alors elle abaissa son tablier, \'it son fds à genoux près d'elle, le saisit, l'attira dans ses bras, le serra contre sa poitrine et le couvrit avec violence de baisers et de larmes. Tantôt , elle s'éloignait un peu pour mieux le voir; tantôt elle Tétreignait comme si l'on voulait le lui enlever.

— Pierre, mon cher petit Pierre, disait-elle, estce bien toi que je revois? Est-ce bien toi que j'entends m'appeler ta mère? Sais-tu, cruel enfant, que tu m^as déchiré le cœur? que j'ai souffert tout à l'heure autant que le jour où j'ai perdu ton père? Oui, mon enfant, autant que le jour où je suis restée veuve, près du cadavre sanglant de celui qui n'avait cessé de me rendre heureuse, et que j'aimais de toute ma tendresse ! J'ai souffert autant que ce jour-là, je te le répète, quand la parole d'un homme grossier, parole dite par hasard et sans mauvaise intention, a pu t'inspirer une si mauvaise pensée... Mais il n'y faut plus songer, te voilà revenu près de moi! Te voilà repentant! Tu m'embrasses, tu essuies mes larmes , tu pleures toi-même ! Allons,

tout est oublié ; je vais tâcher de bannir de mon cœur ce souvenir douloureux ! Oh ! pardon, monsieur Tabbé, je ne vous avais pas vu, tant j'étais troublée! Mais le voilà revenu ! Voyez-vous, ajouta Texcellente femme, qui craignait que l'ingratitude de son fds ne nuisît à Tenfant dans Topinion du précepteur ; après tout, cela n'a duré qu'un moment ! Le repentir a paru aussi vite que la faute... et puis à ces âges-làon ne peut être parfait ! Allons, Pierre, allons, mon chéri, retourne au château ! Il ne faut point qu'on y sache ce qui vient de se passer; M. l'abbé, sur ma prière, n'en dira rien. N'est-ce pas, monsieur l'abbé? Adieu, Pierre, adieu, mon enfant, adieu, mon chéri.

Elle tenait la tète de Pierre dans ses deux mains ; elle couvrait son front de baisers; elle ne pouvait s'en séparer. Quand il fut parti , elle se mit debout sur le seuil de la porte et le regarda s'en aller, tant qu'elle le put, jusqu'à ce qu'elle le perdit de vue, au détour du chemin. Alors elle courut, pour le revoir encore, et elle le suivit de la sorte tout près du château.

Le petit Pierre se retourna par hasard; car il s'en revenait avec la conscience de sa faute, le cœur gros et la tète penchée. Sitôt qu'il aperçut sa mère,

il courut à elle ; il lui prit une main qu il couvrit (le baisers, puis il s'écria :

— J'ai été méchant et ingrat envers vous, qui êtes si bonne; je ne veux pas que monseigneur ignore ma faute , et je veux la lui avouer moimême.

Disant cela, il entraîna sa mère jusqu'auprès du lit de François, où se trouvaient le marquis, la marquise et le chirurgien ; là il fit, avec courage et sans fausse honte, Taveu de sa conduite envers sa mère.

— Pourrez-vous me pardonner, monsieur le marquis, demanda-t il quand il eut fini, et n'allezvous point me chasser de votre présence?

— Mon enfant, répliqua M. de Fénélon, un repentir vrai , comme celui que vous témoignez, efface toutes les fautes. Nous avons oublié celle que vous avez commise.

— Mais moi je ne l'oublierai point, monsieur.

— Écoute, Pierre, dit le jeune François, qui comprenait le chagrin de Pierre, et qui voulait détourner une conversation pénible à son camarade ; écoute, je vais t'apprcndre encore une phrase do la prière que nous enseigne M. Fabbé, et qui s'applique bien à nos situations et à nos souffran-

CCS ! la voici : Que votre volonté soit faite sur la terre comme dans les deux. C'est une pensée qui me soutient et me console.

— Mon pauvre enfant ! s'écria madame de Fé-

nélon.

Pourquoi me plaindre, maman? N'ètes-Yous

pointlà, près de moi, avec mon père, avec M. l'abbé, avec la bonne dame Catherine, avec Pierre, avec M. le chirurgien, qui prend tant de soin de moi ! Si la volonté de Dieu m'a envoyé des souffrances, sa miséricorde ne les a-t-elle point adoucies en plaçant autour de moi tant de personnes chères et qui m'aiment! 0 mon Dieu, oui, merci! Que votre volonté soit faite sur la terre comme dans les cieux!

Aucun autre incident remarquable ne signala la maladie et la convalescence du jeune François. Enfin il se trouva assez bien portant pour se lever et marcher à Taide d'une béquille. Aussitôt, il témoigna le désir de se rendre à la chapelle et d'y adresser des actions de grâce à Dieu.

Ce fut un spectacle touchant que celui de cet enfant encore pâle, amaigri par la souffrance, essayant ses premiers pas pour se diriger vers la maison du Seigneur. Il voulut marcher sans aide étrangère ; seulement le marquis et la marquise se

tenaient près de lui pour le soutenir en cas de faiblesse ; les domestiques, parés de leurs habits de fête, rangés sur son passage, témoignaient leursatisfaction, et la chapelle se trouva remplie de tous les passants, accourus pour prendre part à la joie générale.

Après avoir dit, du fond du cœur, au pied de l'autel, ce qu'il savait de Toraison dominicale, le convalescent se leva, afin d'essayer dans le parc une courte promenade; il y trouva de grandes tables dressées pour les habitants du village, et la fête se prolongea fort tard.

Catherine était là; dès que Pierre Taperçut, il quitta la main du marquis, alla passer son petit bras au bras de sa mère, et ne la quitta point de la journée, car madame de Fénélon ne voulut point que la bonne femme prît place à une autre table qu'à la sienne.

Ainsi, le calme et le bonheur se trouvèrent encore une fois réunis dans le château de M. le marquis de Fénélon ; les enfants reprirent leurs travaux scolastiques sous la direction du précepteur, et tous deux, par une docilité complète et une intelligente attention, firent des progrès rapides et brillants.

Ecnnez-rious aujourd'hui notre pain de chaque jour.

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