TRAVAIL DE NUIT
d’une façon identique pour toutes les industries. La simplicité est une excellente chose; mais, en matière écouomique, ellese plie mal à la complexité des faits. C'est là une question d'espèces. Le législateur doit s’en occuper, mais avec d’infinies précautions.
C’est encore la loi du 2 novembre 1892 qui, dans son article 4, interdit le travail de vuit (1) aux enfants âgés de 18 ans, aux filles mineures et aux femmes dans les « usines, manufactures, mines, minières el carrières, « chantiers, ateliers et leurs dépendances de quelque na- « ture que ce soit, publics ou privés, laïques ou religieux, « même lorsque ces établissements ont un caractère « d'enseiguement professionnel ou de bienfaisance ».
C’est donc une prohibition assez éteudue. Certains cependaut ne s’en contentent pas. M. Germain Martin, daus un article de la /evue d'Economie politique (2), rapporte les délibérations de lAssociation nationale française pour la protection légale des travailleurs, dans les deux séances qu’elle a consacrées à celte question (3). Voici, eu effet, le vœu que cette assemblée a voté à l'unanimité, sauf quelques réserves de M. l'abbé Lenire :
« Considérant qu'il importe de faire complètement « disparaître le travail de uuit des femmes, les membres
(1) Est qualifié travail de nuit tout travail effectué entre 9 heures du soir et 5 heures du matin.
(2) N° d’août-septembre 1902.
(3) 29 janvier el 12 mars 1902.
Jacques Delpy. 9
«de l'Association pour la protection légale des tra- « vailleurs sont d'avis qu'aucune des dérogations appor- « tées par la loi du 2 novembre 1892 au priucipe del'in- « terdiction du travail de nuit pour les femmes, ne doit «être maintenue. »
Un seul exemple suffira à montrer ce qu’il ÿ a de trop simpliste dans un pareil vœu.
Il y a un travail qui ne peut s'exécuter que la nuit, entre 2 et 5 heures du matin, qui est presque toujours confié à des femmes, et qui n’a rien de fatigant ni de dangereux : c’est le pliage des journaux. Sans doute, l'usage des plieuses mécaniques s’est beaucoup répandu et enlève à cette question un peu de son très réel intérêt, mais il w’en reste pas moins qu’il y a encore de nombreux petits iournaux, et même quelques grands quotidiens qui font appel à la main-d'œuvre féminine et cela, non pas seulement dans un but d'économie, mais encore parce que les petites mains féminines exécutent ce geure de travail avec beaucoup plus de rapidité que ne pourraient le faire les doigts plus gros des hommes. Faut-il douc, sous prétexte de défendre l’Individu, interdire ce métier tout à fait inoffensif aux quelques centaines de femmes qui y trouvent leur subsistance? Ce serait une singulière facon de les protéger.
‘Un autre exemple fera mieux voir encore combien délicate est cette question du degré d'intervention de l'Etat dans la réglementation du travail et quelle prudence il doit y apporter, s’il ne veut pas quelés mesures