‹ Le Paternalisme et Ses LimitesChapitre 5 sur 37 · À QUI S’APPLIQUE-T-IL · texte numérisé non relu

À QUI S’APPLIQUE-T-IL

tincte. Elle a désormais des droit à défendre, des décisious à prendre, des intérêts à gérer.

Dira-t-on que si la femme est libre, en fait, autant que l’homme et use autant que lui de sa liberté, elle n’en reste pas moins affligée d’une infériorité morale et intellectuelle qui fera d’elle, pendant de longs siècles encore, un être, charmant sans doute, mais agissant plutôt par impulsion que par raison et incapable par suite de diriger sa vie suivant son intérêt bien compris ? C'est là ute opinion qui compte, nous le savons, de nombreux adeptes ; mais ce n’est qu’une opinion, et une opinion qui a, elle aussi, bien des contradicteurs.

Nous pourrions encore ici faire appel au grand principe dont nous avons voulu faire notre guide et notre soutien dans le cours de cette étude : pas d'idées trop absolues, pas de senteuces exclusives. S'il y a un cas dans lequel cette méthode relativiste doit trouver son application, c’est bien lorsqu'ii s’agit de la Femme. En cette matière, comme en toute autre, la vérité n’est pas dans use solution absolue et exclusive. Ce ne sont que les poètes ou les artistes qui peuvent avoir la prétention de symboliser en une statue, en un tableau, en quelques vers la femme dans toute sa généralité. Ce qui nous apparaît, au contraire, comme la caractéristique charmante du sexe, c’est sa complexité, sa variété. Il y a des femmes qui, au point de vue du caractère et de la volouté, sont fort au-dessus de la moyenne ordinaire des hommes ; mais il yen a aussi, il faut avoir le courage de

le dire, — il y en a même beaucoup, — qui sont fort audessous. Toutes sont par-dessus tout douées d’une grande sensibilité qui porte, tantôt sur les nerfs, tantôt sur Pesprit, tantôt sur le cœur. C’est là évidemment, au point de vue de la vie pratique, de la conduite journalière, une notable infériorité vis-à-vis de l'homme. Ce dernier, plus froid, sera beaucoup plus apte à discerner sou véritable intérêt et à le suivre, sans que rien puisse l’en détacher.

Mais cette trop grande sensibilité féminine, si elle a ses défauts, a aussi ses qualités. Il ne faut pas, en effet, considérer les différeutes actions de notre vie commie une série de lignes géométriques devant toujours avoir certains rapports entre elles. À côté de la froide raison, limagination, la sensibilité, le cœur, les sens mêmes sont parfois un levier puissant, un mobile d'actions capable d’engendrer de grandes choses. Pour nous en convaincre, nous n'avons qu’à Jeter un coup d'œil sur le livre d’or des gloires féminines, depuis Jeanne d'Arc jusqu’à telle ou telle contemporaiue qui, pour avoir été la compagne aimante d’un arliste, d’un littérateur, d’un savaut, a exercé sur son œuvre une heureuse influence, et, souvent, a su la continuer.

Et à côté de ces femmes que la renommée désigne à admiration de tous, n’y a-t-1l pas une multitude innombrable d’héroïnes obscures qui savent se dévouer toute leur vie (ce qui est bien rare chez un homme) et qui acceplent avec une simple mais grandiose résiguation d’être

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SA FORME JURIDIQUE sl

continuellement privées des plaisirs et des joies qui les environuent? N'est-ce pas la meilleure preuve que la sensibilité extrême de la femme, stelle est souvent chez elle une source de faiblesse, est aussi, non moins souvent, une source de force bienfaisante ?

Et c’est une pareille force sociale qu'on voudrait imposer à l'Etat le devoir d’enchaîner ? Tout au plus peuton admettre que, sur certains points très strictement déterminés, l'Etat à, non plusle devoir, mais le simple droit de prendre en mains la défense des intérêts de la femme et au besoin contre elle-même. Il est évident, en effet, que la femme est physiquement plus faible que l’homme, qu’elle a recu une instruction en général moins étendue et que sa vie plus retirée ne lui a pas permis d'acquérir l’expérience que possède lout homme dès l’âge mûr. [ya donc là possibihté pour l'Etat de jouer le rôle de père protecteur qu’on tend de plus en plus à lui imposer.

Et comme nous avons établi plus haut que ce rôle est, en l’espèce, purement facultatif, puisque la femme jouit d'autre part de qualités suflisantes pour se conduire seule daus la plupart des cas, il s'ensuit bien que les mesures de protection de la femme contre elle-même constituent un chapitre nouveau du Pateraalisme.

Nous devons enfin en terminant ce chapitre destiné à établir les caractéristiques de l’intervention paternaliste,

montrer sous quelle forme juridique se traduit cette intervention et indiquer les principales restrictions qu’elle entraîne pour les libertés.

Les deux grandes catégories juridiques dont la combinaison forme l’ensemble du droit, — le préventisme et le répressisme, — ont été toutes les deux mises au service du Paternalisme.

Le préventisme, certes, mérite la première place en la malière, car c’est à lui que se réfèrent la plupart des mesures paternalistes; mais il y a aussi un certain nombre de ces mesures qui ont revêtu la forme répressiste ; les lois sur livresse en sont un exemple. Il en est eufio qu'il est à peu près impossible de ranger sous l’une de ces rubriques plutôt que sous l’autre. Elles sont sur la limite du préventisme et du répressisme et semblent le plus souvent se référer aux deux à la fois. C’est le cas notamment de la loi sur le repos hebdomadaire obligatoire. Elle est préventiste dans son ensemble ; mais elle est aussi répressiste par certains points, puisqu'elle édicte des sanctions pénales contre ceux qui la mécontaissent.

Mais, ce sont là des cas assez rares, et on peut considérer que le légistation paternaliste, dans son ensemble, est préventiste. Aussi tous les adversaires du préventisme condamuent-ils implicitement le Paternalisme. Nous en aurons un exemple plus bas, en étudiant les critiques adressées par Dunoyer à la méthode préventiste (1).

(1) Voyez plus bas, page 63.

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