CAUSES HISTORIQUES
1° Causes historiques. — Si l’on jette un coup d'œil d'ensemble sur l’histoire du xix° siècle, on est amené à constater que deux grands faits s’en dégagent avec une particulière netteté.
Le premier, c’est une tendance générale à la corcentralon et à la constitution d'unités nationales solides et fortes.
Le second, qui n'est que la conséquence du premier, c'est la rareté de plus en plus grande des guerres et l’orgavisation des peuples en vue de Ja paix.
Il s’en est suivi, tout naturellement, que la plupart des hommes, ayaut perdu l'habitude de tourner leur activité vers les arts de la guerre, ont eutrevu la possibilité de voir leur vie entière s’écouler sans qu'aucun des si fréquents intermèdes belliqueux d'autrefois vienne détruire, en quelques mois, tout l'effort de leur jeunesse, et ont été amenés, par suite, à demander à l’Etat de défendre, contre tous les dangers secondaires qui la menacent, une existence qu'ils savaient être désormais à peu près à l'abri du danger des champs de bataille.
Un autre fait historique qui semble avoir exercé une assez graude influence sur le développement du Paterna-
-lisme, c’est le rôle de plus en plus considérable que
jouent dans le monde les peuples anglo-saxons.
Ces peuples anglo-saxons, dont il nous est si difficile, à nous Latios, de comprendre la mentalité, laissent apparaître dans leurs doctrines un rare mélauge d’Individualiste et de Paternalisme.
46 CHAPITRE Il
D'une race avant tout pratique, qui a vu le jour et qui s’est développée dans des pays dont le climat et la nature du sol exigeaient, pour nourrir leurs habitants, des qualités incompatibles avec le dilettantisme latin, les Anglo- Saxons ne sont pas de ceux qu’une théorie peut enchainer ; mais ilssavent, au coutraire, distinguer l’idée du fait et abandonner la première lorsqu'elle nuit à ce dernier.
Leur législation est avant tout pratique et il ne faudrait pas trop y chercher ces principes généraux qui sont la gloire du Droit romain et qu’on retrouve à la base des législations de tous les peuples latins.
Ilsexaltent l’Individu et cherchent à augmenter, par tous les moyens, sa libre initiative, parce qu'ils voient en elle la source féconde de toutes les’ richesses. [ls exaltent la Liberté, parce qu’elle est un bien en elle-même, et aussi parce qu’elle est l’indispensable condition d’exercice de la libre initiative de chacun.
Mais à partir du moment où l’exercice de cette liberté individuelle, dont toute la législation anglo-saxonne proclame le caractère inviolable, menace d’entraiuer pour l’Individu des dangers capables d’avoir une réaction sociale, le principe est tenu eu échec par les faits, et le point de vue utilitaire l’emporte sur le point de vue doctrinal. Ce sont les peuples anglo-saxons, en effet, qui, les premiers, ont apporté certaines restrictions à la liberté de lIndividu, afin d'assurer un bien ou d'éviter un mal, pour l’Individu d’abord et pour la société ensuite, par contre-coup.