XVI INTRODUCTION
autorité de critique. Les faits relatés dans les Dialogues peuvent être surnaturels, vous dira la haute science ; mais se sont-ils réellement passés, et tels qu'on nous les raconte? Or voyez la source de ces récits ; fables, en somme, c< acceptées docilece ment d'une foule ignorante et pieuse, » de gens « dont Grégoire n'ose pas même rapporter les « paroles à cause de leur rusticité. Quelle ne devait « pas être la valeur de ce témoignage ? » Suivons donc la critique sur son terrain.
Il est faux que Grégoire n'ait que des témoins populaires ; voici les paroles mêmes du prologue de son livre, auquel on se réfère :
« Je raconte sans hésiter ce que j'ai appris de la a bouche d'hommes vénérables ; en quoi je me « modèle sur l'Ecriture Sainte elle-même; car Marc « et Luc les évangélistes ont appris ce qu'ils ont « écrit non de leurs yeux mais de leurs oreilles, « c'est plus clair que le jour. Cependant pour dis- « siper tous les doutes chez le lecteur, je veux dire « en chaque occasion quels auront été mes auteurs, a Sache seulement que j^ctrfois je me borne à donner « le sens de ce que l'on m'a rapporté, quoique ailée leurs je redise les termes eux-mêmes ; car si j'avais « voulu m'en tenir toujours à citer textuellement, <( je me serais heurté à des phrases impossibles à « écrire dans leur patois rustique. Ce que je raconte, « je Vai appris de vieillards très vénérables . »
Il ne s'agit donc pas ici de récits populaires uniquement ; ceux que l'on ne peut reproduire textuellement ne sont au contraire que l'exception. En sont-ils moins recevables? Depuis quand ne peut-on être un témoin digne de foi
A cause que l'on manque à parler Vaugelas ?
[NTRODUCTIOr* wil
L'Ecriture dit que Dieu aime à confondre l'orgueil de sos ennemis par la louange que rendent à ses œuvres les petits qui bégaient. Ni Pierre, ni les Onze, ni Cléophas, n'avaient perdu leur parler galiléen, leur humble qualité de pêcheurs, lorsqu'ils s'annoncèrent les uns aux autres le plus étonnant de tous les miracles, la résurrection du Seigneur. L'esprit démocrate, aujourd'hui glorieusement régnant, devrait se montrer moins dériant du témoignage des humbles, que l'Eglise tient depuis longtemps en haute estime : chez eux, en effet, le bon sens chrétien voit souvent plus clair que le microscope d'érudits en quête de problèmes à soulever.
Les témoignages populaires ne sont d'ailleurs que l'exception dans le cas présent, redisons le. Grégoire a cherché surtout des témoins recommandables par leur âge et la vénérabilité de leur viei Quand il s'agira de saint Benoit, il les nommera : quatre abbés, disciples immédiats du saint Patriarche et ses successeurs, que Rome a connus et estimés; puis ça et là des clercs de la cour pontificale, nommément désignés et parents des personnages qui seront mis en scène. Les dires de ces témoins directs nous sont transmis par un seul intermédiaire, qui est Grégoire tel que nous le connaissons au vrai. Si tant de garanties sont insuffisantes, il faut renoncer à écrire l'histoire.
Eh bien ! nous sommes dans l'erreur. Quelle que soit la valeur exceptionnelle de saint Grégoire, ses auteurs et lui doivent être récusés pour tout ce que ne confirme pas par ailleurs l'histoire, attendu qu'eux et lui sont victimes d'une évolution trop peu remarquée jusqu'à ce jour, considérable pourtant,