XVIII INTRODUCTION
puisqu'elle a faussé la doctrine chrétienne. Quoi qu'en puisse dire Pie X lui-même, trop peu docile aux inspirations de la nouvelle Ecclesia discens, notre époque si perspicace et de sens si profondément chrétien connaît mieux que YEcclesia clocens le christianisme authentique et primitif; elle a enfin saisi à l'époque de Grégoire le point précis de la déviation qui a jeté pour treize siècles l'Eglise sur de fausses voies. Exposons ce fait considérable (1).
L'épanouissement de l'ascétisme (c'est-à-dire, en langage traditionnel, de la vie religieuse) a fait subir à la morale chrétienne une transformation profonde. « La vertu la plus méritoire, la plus divine, « si j'ose dire, ce n'est plus l'amour du prochain, « caritas; c'est désormais la chasteté, castitas. L'idéal « se déplace ; ce n'est plus le commandement de a l'Evangile, aimez vous les uns les autres; c'est la « consigne du moine, observateur jaloux de la vir- « ginité (2).... Le christianisme, n'a}^ant pas compris « à ce moment que l'ascétisme n'a de valeur qu'en (( tant qu'école de sacrifice, sur la route de la charité « il a reculé d'un pas (3). »
L'auteur, qui se dit catholique, se doute-t-il qu'il réédite ici, et tente de justifier par l'histoire, une
(li D'après M. Dufourcq, op. cit. IIIe P., ch. i, § 3, p. 274 ; — ch. vin, §§ 3 et 4.
(2) On saisit ici une des erreurs du naturalisme. Pour lui, la charité n'est que l'amour du prochain (tout voisin de la philanthropie, sinon identique à elle). Saint Grégoire, avec toute l'Eglise, dit que la charité est, selon l'Evangile, d'abord l'amour de Dieu, et secondement l'amour du prochain pour Dieu. L'ascétisme, monastique ou libre, n'a fait que mettre en un relief complet ce double caractère, en conservant la subordination des deux éléments. Loin d'altérer ainsi la morale chrétienne, il en a donné l'expression la plus haute, par la traduction en actes des Conseils évangéliques.
(3) A lire ces lignes, on s'explique pourquoi l'on voit des néo-catholiques demeurer si souvent les bras croisés devant la guerre laite à Tordre religieux. Par convenance ils n'ap-