‹ Le patriarche Saint BenoitChapitre 16 sur 102 · INTRODUCTION XX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XX

Grégoire une énormité, la créance à une incarnation du diable à la fin des temps. Vérification faite, il n'y a sous tout cela qu'un gros contre-sens et une forte méprise, qui attestent une étrange légèreté; Grégoire n'a jamais commis l'absurde erreur qu'on lui prête ainsi (1).

Quant à sa morale, oui sans doute elle est « utili- « taire, fondée sur l'intérêt bien entendu »; si c'était m la seule que pussent entendre les Romains du « vu0 siècle, » il faudrait les en féliciter; plût à Dieu que les Français du xx(> siècle pussent la mieux entendre, et qu'elle leur fût plus souvent prêchée. C'est en effet la morale même de l'Evangile. L'intérêt du salut en est le moteur ; et nul ne l'a exposée plus utilitairement que le divin Sauveur et les

(1) Voici les textes auxquels renvoie M. Dufourcq ; on jugera sur pièces. Moral., lib. XIII, cap. x :

a Xam sicut incarnata Veritas in prsedicatione sua pauperes idiotas et simplices elegit, sic e contrario damnatus i lie homo, quem in fine mundi apostata angélus assumet, ad prsedicandam falsitatem suam astutos ac duplices atque hujus mundi scientiam habentes electurus est. »

On voit bieu ici un parallèle entre la prédication de la vérité et celle de l'erreur par l'antéchrist ; mais d'incarnation, il n'est pas question. Le critique aurait-il été trompé par les textes du livre XXI (cap. xxm) auxquels il renvoie? La méprise serait forte, en vérité : qu'on en juge. Saint Grégoire parle de la Synagogue et de sa lutte contre Dieu : « In membra diaboli trana siens, et mendacii hominem Deum credens, contra fidèles, a tanto in altum extollitur quanto et Dei corpus se esse « gloriatur. Quae quia non solum humanitatem Domini, sed « ipsam etiam divinitatem despicit... » Et au livre XIIJ, chapitre x :

« Dentés hujus hostis (diaboli) sunt bonorum persecutores " atque carnifices... Oculi vero hujus hostis sunt ni qui contra " eam provident mala qiue faciant... »

On voit bien dans tout cela que la synagogue est dite membre du diable comme l'Eglise est le corps mystique du Seigneur dont les fidèles sont les membres; mais d'incarnation du diable dans l'antéchrist, pas un mot. « L'homme de péché » sera pris par le diable, possédé, mis en œuvre; mais il y a loin de là à une incarnation de l'esprit mauvais comparable à celle du Verbe divin. On se demande comment pareille idée a pu être acceptée d'un homme instruit?

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