XXIV INTRODUCTION
Apôtres. « Faites-vous avec l'argent du siècle des « amis qui vous ouvrent les portes du ciel. Imitez « cet économe infidèle qui sut se créer des amis « pour le recevoir au temps de la disgrâce. » Est-il rien de plus crûment utilitaire que ces paraboles du Seigneur? Et à ceux qui veulent être parfaits que dit-il encore? Toujours des récompenses promises : en échange de l'abandon qu'ils auront fait, ils recevront le centuple en ce monde, et la vie éternelle dans l'autre. Et l'Eglise est venue, il n'y a pas si longtemps encore, rappeler qu'aucun état de perfection n'autorise le chrétien à se désintéresser des récompenses ni des peines de l'autre vie ; que les prétendues maximes empruntées aux saints, où l'on préconisait un tel désintéressement, devaient être tenues pour téméraires, scandaleuses, et pernicieuses en pratique (1). C'est purement l'écho de l'Evangile et son application toute claire. Nier ces principes serait saper la religion par la base. Si les Gestes des Martyrs les répétaient à satiété, c'était le meilleur service qu'ils pussent rendre aux fidèles ; mais Grégoire n'avait pas besoin de s'instruire à leur lecture (2), encore moins à Pécole des « rustres » dans les carrefours de Rome ou le long des chemins de la Campagne. Ce n'était pas là qu'il puisait sa théologie, mais dans l'Ecriture Sainte.
(Li Bref Cum alias d'Innocent XII (1699). 11 faut y joindre cette proposition de Molinos, condamnée avec soixante-sept autres du même auteur en 1687 : « L'âme ne doit penser ni à « la récompense ni à la punition, ni au paradis ni à l'enfer, ni à (( la mort ni à l'éternité. »
(2) Il convient de remarquer qu'il en tient peu de compte quant à l'histoire : ses homélies ne s'y réfèrent qu'une seule lois, croyons-nous, et c'est justement pour y contredire, dans l'homélie prononcée auprès des tombeaux des saints Nérée et Achillée, dans la basilique souterraine de l'Ardéatine. L'inlluence des Gestes sur le saint Pape n'est donc pas démontrée, i! s'en faut de beaucoup.
INTROIHXTION XX V
C'est dans l'Evangile qu'il a pris sa vigoureuse foi à l'action du diable en ce monde : plut à Dieu qu'elle fut moins elïacée aujourd'hui! Là Grégoire lisait que Satan avait traité le Sauveur, qu'il ne reconnaissait pas encore, comme il peut le faire pour tout humain ; par la tentation, par les prestiges, par une action directe sur sa personne sacrée. Là il lisait l'avertissement pressant du Seigneur: k Ne craignez « pas les ennemis de votre corps; mais craignez, » oui craignez, celui qui peut précipiter corps et « àme dans les tourments éternels. » Cette parole fît tous les martyrs ; Grégoire n'avait pas à la leur emprunter.
Il savait par l'Evangile encore et par saint Paul que la vie du Sauveur avait été en somme un duel entre Lui et « le Prince de ce- monde » ; que ce duel avait commencé dès le Paradis terrestre ; qu'il se continuait contre l'ennemi dépossédé, dans la vie et les luttes des rachetés, complément et prolongement de celles du Verbe incarné. Saint Pierre en effet lui avait appris que « le diable, notre adversaire, tourne « autour de nous comme un lion rugissant qui « cherche une proie à dévorer ; qu'il lui faut résister « courageusement dans la foi. » Grégoire n'avait donc pas à amplifier le rôle de l'ange de ténèbres, ni à en emprunter la peinture aux Gestes des Martyrs. Il n'avait qu'à répéter les enseignements de l'Ancien et du Nouveau Testament : et il n'a pas fait autre chose. Puissent nos générations réapprendre dans ses écrits à mieux connaître la redoutable puissance de Satan, son incessante activité contre les enfants de Dieu, et les moyens mis par le Seigneur à leur disposition pour vaincre cet ennemi formidable.
Tout cela est le vrai christianisme, l'Evangile