‹ Le patriarche Saint BenoitChapitre 18 sur 102 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

même, scruté, développé, exposé par un génie puissant et si clair qu'il paraît trop simple à l'œil ignorant ou distrait.

Sur l'ordonnance des vertus chrétiennes, Grégoire n'a non plus rien de commun avec les imaginations de son Aristarque. Nous ne pouvons exposer ici en détail la raison qui mit la chasteté en un beau relief au sein du christianisme primitif, et lui suscita de grands panégyristes parmi les Pères, des adeptes fervents parmi les fidèles. Dès le ivc siècle saint Ambroise, qui n'eut rien de commun avec les Gestes, était devenu le docteur des Vierges ; dès les origines du christianisme, on avait eu l'épître signée de saint Clément et adressée aux vierges des deux sexes ; l'Apocalyse avait chanté leurs privilèges, et saint Paul après l'Evangile avait dit la supériorité de la virginité. Que parle-t-on à ce sujet d'une « révolution morale » dans le christianisme au vic siècle? Elle n'a jamais existé; Grégoire lui-même nous en est témoin. Quoi qu'on en dise sans l'avoir lu, pour lui la reine des vertus, sans laquelle nulle autre ne vaut, c'est toujours et nécessairement la charité. Il ne cesse de le répéter à son peuple. C'est à ce signe que se reconnaissent les disciples du Christ, selon la parole évangélique(l) ; c'est sur elle qu'il faut veiller sans relâche, sous peine de perdre tous les dons de Dieu (2) ; c'est elle qu'il faut nourrir

(1) Omnipotentis Dei nos esse discipulos sola custodia charitatis probat. Hinc est enim quod per semetipsam Veritas cl i ci t : In hoc coçjnoscent omnes quia discipuli mei estis, si diUctionem habueritis ad invicem. Quœ nimirum dilectio si cor nostrum veraciter replet, duobus modis ostendi solct, scilicet si et amicos in l)co et inimicos diligimus propter Dcum... (Moral., lib. XXII, cap. xi.)

(2) llabenti dabitur, et abundabit, quia quisquis cbaritatem habet etiam dona alia percipit. Quisquis charitatem non habet,

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