‹ Le patriarche Saint BenoitChapitre 24 sur 102 · XXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION

Pour elle, tout fait contingent est prodigieux à l'égal des miracles, et souvent davantage, attendu que l'homme ne saurait saisir l'essence des choses. Le miracle disparaît ainsi, submergé sous le flot immense des phénomènes apparents et quotidiens. Cette théorie est fille naturalisée française d'une philosophie allemande, qui disloque la logique et foule aux pieds le bon sens, pour aboutir au scepticisme universel (1). On a vu de ses adeptes arriver à douter de leur propre existence. Elle n'hésite pas davantage, on le voit, à pervertir le sens des mots. C'est le plus sûr moyen de créer des équivoques : et à condition de ratiociner doctement sur de telles données, ou seulement de* prôner ces sophismes, on passe pour esprit sagace et profond aux yeux d'un public qui n'y comprend plus rien. C'est grand'pitié de voir des esprits supérieurs user leur force dans ce dédale obscur qu'on a justement nommé l'illogisme radical, où la raison et le cerveau sont contraints à fonctionner au rebours de leur nature,

(1) « Nous réprouvons de nouveau ces doctrines qui n'ont de « la vraie philosophie que le nom, et qui, ébranlant la base « même du savoir humain, conduisent logiquement au scepti- <( cisme universel et à l'irréligion. Ce Nous est une profonde « douleur d'apprendre que depuis quelques années des catho- « liques ont cru pouvoir se mettre à la remorque d'une philo- « sophie qui, sous le spécieux prétexte d'affranchir la raison « humaine de toute idée préconçue et de toute illusion, lui « dénie le droit de rien affirmer au-delà de ses propres opéra- « tions, sacrifiant ainsi à un subjectivisme radical toutes les « certitudes que la métaphysique traditionnelle, consacrée par « l'autorité des plus vigoureux esprits, donnait comme néces- « saircs et inébranlables fondements à la démonstration de « l'existence de Dieu, de la spiritualité et de l'immortalité de « l'âme et de la réalité objective du monde extérieur. Il est (( profondément regrettable que ce scepticisme doctrinal, d'im- « portât ion étrangère et d'origine protestante, ait pu être « accueilli avec tant de faveur dans un pays justement célèbre « par son amour pour la clarté des idées et pour celle du lan- « gage. » (Lettre encyclique du Pape Léon XI 11 au clergé de France, S sept. 1899.)

INTHOnrCTION XXXV

sans nulle espérance de trouver jamais l'avenue de la certitude.

Le chrétien n'a rien à faire dans ces ténèbres où se désagrègent tous les fondements rationnels de sa foi, par un fatal divorce entre elle et la raison; où celle-ci même ne sait bientôt plus rien affirmer. Quant à l'histoire, elle ne saurait subsister un instant dans ce milieu délétère : elle ne vit que de faits et de certitudes, et il n'y a ici que scepticisme et négation.

Bien plus répandue que cette philosophie obscure est l'erreur naturaliste, qui de toutes parts énerve la vie catholique, jusque dans le sanctuaire. Le miracle, cette école n'a garde de le nier a priori, parce qu'elle ne peut vivre si elle n'est entée sur la profession du catholicisme. Mais pour traiter des faits et de l'ordre surnaturel, on lui voit un doigté de prestidigitateur. Elle aussi, le surnaturel l'inquiète. Alors que n'est en jeu nulle cause d'ordre physique autrefois inconnue; sans qu'aucun soupçon de fraude provoque le doute ; sans que nulle objection historique s'élève ni aucune nécessité s'impose, on voit ces hommes occupés à chercher pour les faits surnaturels tous les genres d'explications naturelles, fallût-il pour cela lire à côté du texte le plus clair. Strabisme intellectuel qui réfracte les rayons visuels et fait dévier la marche (1). Méconnaissons cette funeste école à ses prétentions scientifiques sans cesse formulées, comme les par-

Ci) On en vit, il y a vingt ans, un exemple retentissant à propos de sainte Thérèse. La tentative, si appuyée qu'elle fût, était prématurée : elle fit scandale. Aujourd'hui, elle aurait peut-être du succès ; au moins trouverait-elle de nombreux approbateurs, qui se croiraient poser en hommes de progrès ; car nous avons marché vite et loin sur la pente de l'erreur.

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