‹ Le patriarche Saint BenoitChapitre 25 sur 102 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

venus exhibent leur blason neuf; aux explications cherchées de loin ; aux théories prétendues neuves et profondes, mais seulement subjectives et trop souvent étrangères au sujet, qu'elle échafaude pour métamorphoser les faits surnaturels ; à la prétention de ne voir dans ces faits que S3^mptômes éphémères dévolution, non pas des institutions, mais de l'esprit humain. Critique truquée, en somme, qui en impose par la piperie de formules plus ou moins définies, en se guindant aux allures hautaines que le vrai savant ne veut pas connaître; dédaigneuse pardessus tout des esprits réfractaires à son prétendu progrès. Quelqu'un ose-t-il réclamer? Peut-être un de ces modestes qui se contentent d'être savants sans être bruj^ants ? L'adepte du progrès ne lui doit que le dédain :

Non ragioniam di lor, ma guarda e passa (1 ).

Et il passe en effet, répétant avec la même assurance, comme axiomes au-dessus de toute discussion, des assertions dix fois réfutées. Tactique en somme fructueuse, car elle décourage finalement la contradiction. Il faut même avouer qu'elle a fini par en imposer à ce point qu'ordinairement les dédains de ces messieurs sont payés de beaucoup d'éloges par leurs trop rares contradicteurs (2).

Ajoutons à cela tout ce que donne de prestige auprès du grand nombre le piquant d'une trouvaille, la séduction d'un accord avec les opinions

(1) Inferno, cant. III. — A moins que la jeunesse ou le dépit ne transforme ce dédaigneux silence en quelque rebuffade impertinente; cela se voit de temps à autre.

(2) Par quoi nous n'entendons certes pas appeler ni approuver Les procédés discourtois dans la polémique, mais seulement protester contre des allures qui rappellent trop le cérémonial des cours de l'Orient.

INTRODUCTION xx.wil

du siècle. les applaudissements des hétérodoxes que l'on croit voir se rapprocher tandis qu'en fait on va vers eux; enfin L'exploitation de la poussée intense et sans exemple dans l'histoire, qui depuis trente et quelques années a changé la face des sciences. En voilà bien assez pour expliquer la victoire de cette école. Aujourd'hui elle s'est imposée, et contemple d'un œil satisfait le triomphe de ses idées, raillant avec désinvolture les Cassandres qui avaient prédit de loin cette heure, et tenté d'entraver l'invasion à ses premiers et inconscients débuts- Pour ces hommes au grand cœur, à la vue clairvoyante, à la foi vigoureuse, qui luttaient pour l'Eglise et lui donnaient des triomphes ; pour ces héros d'un âge si différent du nôtre, les cœurs froids d'aujourd'hui n'ont plus que ce mot : Ils ont fait reculer la science !

Qu'ils se pavanent donc et se mirent, ces modernes seigneurs, tant que l'heure est à eux. Mais ils n'éteindront pas toutes les voix qui signalent, sous leurs dehors brillants, les désastres d'une foi mutilée. Car il faut bien qu'ils le sachent : leur satisfaction comme leurs dédains les jugent. S'applaudir d'être devenus les régulateurs de la pensée catholique, alors qu'autour d'eux et de toutes parts s'élève le cri de détresse :

Israël est sans force et Juda sans vertu!

alors que de tous côtés la négation protestante s'infiltre et inonde ; alors qu'on entrevoyait, naguère comme dernière conséquence de ces doctrines l'effondrement du dogme, et par suite la ruine de la morale ! Vous applaudir alors d'être devenus les maîtres de la pensée, c'est prendre de tels désastres

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