XL INTRODUCTION
impuissance. Mais nous, catholiques, nous ne pouvons pas ne pas voir qu'à vouloir modifier l'énoncé de la foi pour l'accorder à des découvertes faites hier, démenties demain peut-être, il y a grand risque d'altérer plus qu'un énoncé traditionnel, plus qu'une créance routinière, plus qu'une habitude surannée : il 3r a le risque très réel de s'écarter de la vérité elle-même.
C'est pourtant, avec quelque fond de respect humain, le désir inconsidéré de faire à la science une part toujours plus large, de heurter toujours moins l'engouement prétendu scientifique d'un siècle rationaliste, qui a conduit l'école naturaliste aux procédés que nous avons signalés, pour restreindre le plus possible l'élément surnaturel dans l'histoire de l'Eglise, des saints, et finalement du dogme luimême ! Etrange et funeste tactique, pourtant, celle qui consiste à se laisser toujours imposer par l'ennemi le terrain de combat choisi par lui ; celle qui subordonne tout dans l'Eglise à l'opinion qu'en pourront avoir les hétérodoxes (1), et réduit sa vie à leur ôter tout sujet de critiques scientifiques : comme si sur ce terrain les griefs leur devaient jamais manquer ! Et finalement cette apologétique
(1) Nous avons été heureux de retrouver l'idée que nous indiquons ici, et telles autres que nous exprimerons plus loin, développées avec talent par la plume alerte et ferme de M. l'abbé Delfour, dans V Université Catholique, 15 mars 1904, Les exigences de la -prédication moderne. Citons seulement ici ces lignes qui terminent l'article : « Messieurs les Savants, ne « consentiriez-vous pas à abréger un peu vos réfutations, et ne « voudriez-vous pas nous aider à créer un catéchisme de persé- « vérance très moderne et très orthodoxe, succinct et à peu « complet, qui remplacerait avantageusement certaine phraséo- « logie sociale ou romantico-scientihquc ? Après tout, nous « n'avons qu'une seule mission à remplir, qui est de prêcher « Jésus-Christ, et Jésus-Christ cruciné. Combien d'orateurs « font de l'apologétique défensive, qui devraient se contenter <( de catéchiser leurs ouailles ! »
INTIlOni'CTlON XII
toujours défensive fait à leurs veux peu d'honneur à une Eglise, dont le passé dix-neuf fois séculaire a vécu de tant d'erreurs.
Pendant ce temps, chez les fidèles, dont on paraît souvent oublier l'instruction et l'intérêt primordial, s'accrédite la pensée qu'il y a donc eu en effet beaucoup de méprises, de superstitions, d'erreurs enfin, dans le vieil héritage de leur foi, puisque de toutes parts on ne parait occupé qu'à laver ces taches? Que croire enfin? La vérité d'hier était à ce point mélangée de scories ; celle qu'on nous donne pour la vérité de demain sera-t-elle plus parfaite et plus pure ? Qui nous en assure? En tous cas elle est sèche jusqu'à l'aridité : le cœur n'y trouve plus guère chaleur ; comment s'y attacherait-il ? — Et ainsi la foi s'est-elle raréfiée, refroidie de toutes parts, pour faire place à un scepticisme pratique plus ou moins conscient, plus ou moins complet. Nous disions vrai en dénonçant là l'œuvre de l'école naturaliste drapée dans l'amour de la science.
Tel est le bilan des enfants de l'Eglise. Quant à faire par ce moyen des conquêtes dans l'immense armée des indifférents ou des adversaires, sauf exceptions personnelles dues à des motifs particuliers, il n'y faut pas rêver (1). La science en effet ne donnera jamais la foi surnaturelle ; et c'est encore une erreur du naturalisme de croire convertir à la foi seulement en démontrant qu'elle répond aux besoins de l'esprit humain. Eût-on réalisé la chi-
I La preuve en est sous nos yeux. A quelle époque L'Eglise compta-t-elie plus de prêtres et de laïques voués à toutes les sciences, préoccupés d'apologétique scientifique ? A quelle époque aussi fut-elle plus impopulaire dans les masses, plus traitée en ennemie par les puissants, plus affligée par les désertions, dans le monde civilisé?