XLVI INTRODUCTION
peu près impossibles si l'on s'avisait d'y vouloir appliquer telles règles, théoriquement incontestables, d'après lesquelles la haute critique historique examine les faits à mille ou quinze cents ans de distance. Que tous les termes de la formule ne reçoivent pas satisfaction, que le fait ancien ne coïncide pas avec le moule critique : il est rejeté aux apocryphes, et sans appel. Or, nous le redisons, il n'est peut-être pas un incident de la vie courante de chacun de nous qui pût sortir indemne de pareille filière; et nos aïeux,. qui ne prévoyaient guère nos exigences, n'ont pas plus songé à se prémunir contre elles que nous n'y songeons, nous, chaque jour de notre existence. Si l'on a raison d'exécuter l'écrivain que l'on surprend en flagrant délit de fraude intentionnelle, bien d'autres sont dans le cas du passant de qui la police viendrait à l'improviste exiger ses papiers.
Sans doute on est trois fois sûr des documents anciens qui satisfont à notre haute critique ; c'est beaucoup ; et pour notre part nous avouons ne pas connaître satisfaction plus délicate que celle de suivre certains maîtres dans la résolution des problèmes qu'ils élucident avec le calme du vrai savoir. Mais il est moralement bien sûr que nombre de faits, relégués aux rebuts par les exigences de la critique rigoureuse, contenaient de bonnes parts de vérité, lesquelles sont ainsi perdues.
Le regret est particulièrement motivé lorsqu'est intéressé, dans les questions religieuses par exemple, un élément moral étranger aux autres catégories de questions. Le procédé mathématique est mis en action là comme sur tout autre terrain. L'instrument perfectionné y fauche automatiquement