INTRODUCTION I.IX
désigner Benoît comme un maître de la science divine et non pas de la science humaine. En nos jours où de toutes parts on se préoccupe des questions sociales, au point que toute étude finit plus ou moins par tourner à la sociologie, que chez les meilleurs mémo il semble parfois que la famille doive s'effacer au profit de la société; le Patriarche du Cassin a l'étrange fortune d'être étudié beaucoup plus comme un initiateur de réformes sociales que comme un docteur de la loi divine (1). C'est le diminuer en croyant le grandir. Que des principes posés par lui çà et là dans sa Pœgle soient sorties au cours des siècles des coutumes qui allèrent se transformant en institutions publiques, dans l'Eglise et dans l'Etat, nous en sommes pleinement d'accord. Mais c'est là le surcroit promis par l'Evangile à qui cherche premièrement le royaume de Dieu et sa justice. Si Benoît a réussi à procurer ce surcroît aux hommes qui l'ont écouté comme leur maître, c'est tout à son honneur, en ce sens qu'il apparaît ainsi comme un interprète fidèle et complet de la loi divine; mais c'est l'Evangile lui-même, c'est notre divin Législateur et Sauveur Jésus- Christ, qui est le véritable initiateur de la réforme sociale dans la ligne du vrai, du juste, et du bon ; ce n'est pas saint Benoit. 11 a prévu, le Patriarche, que son œuvre s'étendrait; il l'a même vu s'étendre déjà
(1) On peut voir à ce sujet une étude publiée récemment Saint Benoît et son action sociale et économique, Lille, Le Bigot frères, 1899) sous la signature, probablement pseudonyme, de Jean Douceval. Peu de travaux sur saint Benoit ont été aussi étudiés et aussi bien présentés, assurément. Mais Tauteur prête au Patriarche des moines des plans et des vues d'économie politique ou domestique auxquels saint Benoît n'a jamais songé en tant que programme de réforme sociale. Sous cette réserve, on ne peut que trouver grand intérêt dans la lecture de l'étude que nous signalons.