INTRODUCTION XI
noms retentissants sur lesquels la postérité a concentré toute une époque; elle a aujourd'hui des n curiosités plus intimes, et ne dédaigne pas de demander à des figures plus effacées comment on « a vécu dans leur temps de la vie de chaque jour ; « elle se plaît surtout à retrouver dans ces humbles « acteurs les instruments inconscients et parfois les « plus efficaces des grandes évolutions de l'hurnaa nité; ce lui est un admirable spectacle de voir ces « comparses du drame guidés, comme par une main « invisible, vers un dénouement qu'ils précipitent « et qu'ils ignorent 1). » Que vient-on donc reprocher à saint Grégoire lorsque dans ses Dialogues il nous fournit à chaque pas des traits de mœurs, des renseignements sur la vie, les hommes, les choses de son époque ? Et tout cela vivant, placé dans un cadre qui aide la mémoire et soutient l'attention. Est-ce donc moins intéressant qu'un livre de comptes ou un cartulaire ? Est-ce moins utile pour l'étude ? En ce cas, élaguons aussi les Lettres de saint Grégoire, cette volumineuse correspondance où souvent, à côté des grands faits politiques et religieux, il est question d'ânes, de cuillers, de fermes et de grains, de cent autres détails sur les mœurs du temps, dans le peuple comme dans l'Eglise. Dans notre cercle monastique, il est telle prescription de la Règle de saint Benoît que nous ne saurions comprendre, si nous ne pouvions l'expliquer par tel trait tombé de la plume de Grégoire au cours de son livre des Dialogues ou des lettres qu'il expédiait chaque jour vers tous les points du monde romain.
Mais voici qu'un écrivain catholique, dans un
(l) E.-M. de Vogué, Histoires orientales, (1803), p. 214.