‹ Le patriarche Saint BenoitChapitre 60 sur 102 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le Mont, Cassin.

Traversant la ville de Casinum, Benoit et ses compagnons se mirent à gravir le sentier rocailleux qui depuis longtemps servait à la population pour atteindre le sommet où se dressait l'acropole; ari\ la forteresse, tel en était le nom, nous dit le poète Marc avec insistance. En effet c'était bien l'acropole de Casinum, et le refuge des habitants en cas de danger. Deux murs puissants en descendaient, le long des pentes abruptes, pour venir enserrer la petite ville, assurant ainsi à la population le moyen de gagner en sûreté les hauteurs. Parvenus à mi-côte, Benoît et les siens rencontrèrent un bois sacré, où les païens de ces montagnes venaient encore fêter Vénus. Ce n'était pas là de quoi surprendre le saint, et il savait trouver bien autre chose dans les murs de l'acropole. De l'endroit où il était parvenu, l'on découvrait à la fois la plaine du Liri aux vastes horizons et le sommet de la montagne avec ses remparts abandonnés, l'énorme tour d'angle qui donnait accès à l'intérieur, et les tours moindres qui, le long des murailles, fortifiaient les courtines comme aux

remparts de Rome (1). Une autre, d'origine plus ancienne et de construction pélasgique, détachait en avant de l'entrée sa masse menaçante comme un ouvrage avancé : avec d'autres murailles massives, épaisses de quatre mètres et plus, qui se voyaient sur plusieurs points hors des remparts, elle constituait les restes d'une forteresse primitive, de périmètre plus développé que celui de la citadelle romaine (2).

Après un premier coup d'œil sur cet ensemble qu'il se préparait à conquérir au vrai Dieu, Benoit s'agenouilla et pria (3), près du bois de Vénus ; puis se relevant il marcha droit à l'ennemi.

(1) D'après D. Tosti (Discorso Storico, ch. iv) il y avait cinq tours sur la face la plus allongée, du côté du midi, et quatre le long- du rempart de l'est. Les deux autres côtés du parallélogramme devaient être fortifiés de même.

(2) Ces murs ont subsisté jusqu'à la construction des bâtiments actuels, au xvie siècle ; et l'on en voit encore quelques pans, faits d'énormes blocs non cimeutés.

(3) Une croix marque ce lieu, près de l'esplanade où quelques arbres très âgés indiquent seuls l'emplacement de l'impur sanctuaire. Au pied de la croix, deux empreintes profondes sont, dit-on, les traces des genoux de saint Benoît ; comme aussi plus bas vers la ville, une autre empreinte, gigantesque, dans la paroi du rocher serait celle du corps du saint Patriarche. Celle des genoux est pourtant telle qu'il serait bien difficile à un humain d'y emboîter ses propres genoux dans l'attitude de la prière. Est-ce à dire qu'elle soit sans valeur ? Loin de là. Jusqu'au vie siècle les peuples ont très souvent creusé dans la roche des marques qui devaient perpétuer, comme monuments rudimentaires, mais indélébiles, le souvenir d'un saint. C'est alors le pas de ce saint.' Pour saint Martin, par exemple, on en a des exemples nombreux. (Cfr. La mission de saint Martin dans le pays Eduen, Bulliot et Thiollier, 1892, page 7 et suiv.). Le fait qu'après le vi° siècle cette coutume fut abandonnée donne une valeur précieuse à ces marques dans la roche du Cassin;car elles attestent que les disciples immédiats du saint Patriarche ont cru à un acte mémorable accompli par leur Père en ces endroits. Pour celui qui nous occupe, la tradition est celle de la première prière de saint Benoît sur la sainte montagne. L'empreinte de Koiate n'a pas, selon nous, d'autre origine, nous l'avons dit .'ci-dessus page 120) ; mais sa valeur est confirmée par le miracle annuel de la manne qui en découle.

Page 1