‹ Le patriarche Saint BenoitChapitre 61 sur 102 · LK .MON I CASSIN · texte numérisé non relu

LK .MON I CASSIN

En pénétrant par la poterne profonde qui s'ouvrait sous la tour d'angle, il parvint à L'esplanade intérieure, occupée par divers édifices, voués au culte des divinités du paganisme. Dans l'enceinte fort i liée et du côté de l'orient, un dernier ressaut de la montagne s'élevait à une hauteur de vingt à trente pieds; les pentes de ce monticule étaient couvertes par un bois sacré au milieu duquel - voyait à mi-côte un temple. Par une disposition usitée fréquemment dans les édifices païens, la cclla, ou sanctuaire avec la statue et l'autel de la divinité, était située dans le prolongement du temple, mais à un niveau plus élevé, sur l'extrême sommet du monticule. Là se dressait une colonne en marbre blanc supportant en guise de chapiteau une sorte de piédestal cannelé, conique, en marbre serpentin; et sur ce piédestal une statue d'Apollon : ncement dont il y a d'autres exemples dans le paganisme rural (1). Ce sanctuaire avait été jadis, et probablement dès le n(> siècle de l'ère chrétienne, érigé en l'honneur de Jupiter. Mais la transformation profonde subie par le paganisme italien à dater du nf' siècle s'était fait sentir à Casinum comme partout. Le culte du Soleil, importé d'Orient sous diverses formes, avait peu à peu absorbé, transformé celui de toutes les anciennes divinités de l'Olympe et en avait fait des dieux solaires, par d'étranges amalgames; ainsi vit on se propager le culte de Jupiter Soleil : le sommet du Cassin était bien choisi pour pareille adapta-

(1) On en peut citer au moins deux dans les Gaules : la colonne de Cussy (Côtc-d'Or), et celle de Merten (vallée de la Moselle), toutes deux bien connues des archéologues et décrites nombre de fois. La colonne d'Apollon est encore conservée au Mont Cassin, surmontée d'une croix du vic siècle.

lion. Le temple dédié à Jupiter vit donc dresser au-dessus de son autel une statue du dieu Soleil sous sa forme gréco-romaine, la figure d'Apollon (1). Et pour qu'aucun caractère ne manquât à cette transformation, une spacieuse caverne avait été creusée dans le roc, sous la cella et l'autel, destinée sans aucun doute aux initiations que comportait le paganisme oriental implanté en Occident (2).

Les marbres précieux, le travail de la sculpture, les édifices accessoires qui entouraient le temple et son portique, attestaient que ce n'était pas là œuvres de paysans ignorants et pauvres. Si ces sens étaient désormais, là comme ailleurs, les derniers tenants du culte païen et de ses sa-

(1) Sur cette transformation, Ton peut lire les pages pleines d'intérêt de M. Paul Allard, Julien l'Apostat (1900) t. I, pages 16, 17, 87, 88 ; t. II, page 243. Ainsi s'explique que Marc, disciple de saint Benoit, parle deux fois d'un temple dédié à Jupiter ; et que saint Grégoire, ou plutôt les abbés, aussi

découverte en 1880 (voir ci-après) atteste l'existence de celui de Jupiter. On voit qu'il n'en est rien. Marc a écrit d'après ce qu'il lisait sur l'inscription ; les abbés ont parlé à saint Grégoire d'après ce que leur avait appris la tradition populaire, qui ne comprenait plus rien à l'amalgame ancien, et que confirmait la présence de la statue d'Apollon : l'on a trouvé, même à Rome, tel exemple daté du vie siècle, où « la langue populaire « donnait le nom de temple d'Apollon (Mithra) au principal « sanctuaire deCybèlc » (Duchesne, Lib. Pontifie, I,pagesl20, ]<);) Allard, op. cit., page 34) ; en Chypre, Jupiter et Apollon partageaient les mêmes autels (Allard, op. cit., t. II, page 241).

(2) Dom Tosti (loc. cit.) voit là une caverne où les prêtres se cachaient pour rendre les oracles en faisant croire ainsi que le Dieu parlait. Mais en Italie, sous l'Empire, les oracles ne se rendaient pas ainsi : les haruspices et les augures en étaient chargés, et sous d'autres formes. Il faut donc voir là une des cryptes que comportait le culte de Mithra, le dieu solaire par excellence, dont Apollon n'était qu'une forme épaissie à l'usage de l'Occident.

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