LE MOM- CASSIN LÔ
crifices, ils n'avaient ni fondé ni enrichi ce sanctuaire, dont l'érection fut œuvre officielle, ainsi que l'atteste l'inscription monumentale laissée par les deux personnages qui en dirigèrent la construction l . Nous pensons que l'antique sanctuaire de l'acropole appartenait encore à la curie de sinum lorsque saint Benoît en reçut le domaine. L'on pourrait dire, il est vrai, qu'au rapport des historiens, tel empereur chrétien donnait assez facilement à des hommes de sa cour un temple païen avec ses domaines ; et ainsi serait appuyée la tradition qui fait du patrice Tertullus le propriétaire et le donateur du Cassin. Mais le document sur lequel on a prétendu éta}rer une telle tradition n'est plus considéré, même par l'opinion la plus favorable, que comme un texte refait après coup, sur des données plus ou moins certaines ; et de plus il ne dit pas, quant au monastère même,
h Sur une pierre découverte en 1880 on lit l'inscription suivante, que nous reproduisons d'après la photogravure donnée par boni Tosti :
M. OCTAVIYS. M. F. CALVINVS 0. LATERINVS.Q. F....Q...
AEDEM..OVIS.A.SOLO.ET.PORTICVM CTM....FICIIS.EX.C.C.PP. FAOIEND ..KAVERVNT
Ceci prouve l'existence de WKdes Iovis avec son portique et annexes. 11 fut élevé Ex Consensu Coilecjii Pontiftcum, avec l'assentiment, légalement obligatoire, du suprême conseil des Pontifes séant à Home, par les duumvirs de Casinum dont les noms sont ici. C'est donc bien œuvre officielle, un présent fait par ces magistrats à leur ville, ainsi que les familles riches payaient les honneurs aux temps où vces honneurs n'étaient pas devenus, comme à la fin du m" siècle, d'écrasantes corvées. — Les caractères de l'inscription indiquent l'époque des Flaviens ou des Antonins. L'énoncé noms, avec le pnenomen, le gentilicium suivi des initiales de filiation, le cognomen enfin, montrent là de vieilles familles et les anciennes traditions encore en vigueur. Cet ensemble donne à conclure que l'inscription doit dater de la première moitié du IIe siècle.
15rL LE PATRIARCHE SAINT BENOIT
ce qu'on a prétendu lui faire dire (1). En outre, comment admettre que deux siècles après la fermeture des temples et l'abolition des sacrifices, un patricien chrétien, puissant comme Tertullus, eût encore toléré sur son domaine l'exercice public d'un culte que les lois de Constance, de Valentinien, de Théodose, avaient strictement interdit, même dans le secret des habitations privées? Dira-t-on que ce patricien était impuissant devant la résistance des populations païennes ? Qui pourrait soutenir pareil avis, lorsque nous voyons une petite troupe de moines désarmés s'établir à leur gré dans ce sanctuaire, sans que leur chef ait eu à compter avec le moindre mouvement populaire, à le dompter ni par la parole, ni par la force, ni par l'exercice d'un pouvoir surnaturel? Ce que purent si aisément les nouveaux venus, un patrice l'aurait pu chez lui mieux encore. Non, ce n'était pas là sa propriété privée.
Tout s'explique au contraire si les temples et la forteresse du Cassin appartenaient à la curie de Casinum : et l'inaction des curiales, probablement chrétiens en majorité, et la prise de possession par Benoît et ses compagnons. Celle-ci ne rencontra pas d'opposition : elle fut donc autorisée
(1) Dom Tosti, dans sa Stoi~ia délia Badia di Montecassino (t. I, page 6), invoque une bulle du pape saint Zacharie, qui donnerait le monastère du Cassin pour fondé in solo Tertulli : mais la lecture attentive de la bulle ne nous a pas montré dans le texte les termes cités par l'historien ni rien d'approchant. La mention « monasterium », suivie de rémunération d'un grand nombre de domaines, signifie que le Pape confirme aux moines la possession du monastère et de ces domaines, mais non pas que tous ces biens (y compris le monastère) ont été donnés par Tertullus. Aussi dans le Discorso Storicà (ch. iv), Dom Tosti lui-même omet toute référence à la bulle de saint Zacharie et s'en tient à la tradition et aux vraisemblances qui l'appuient.