I B MONT CASSIN L
par un titre contre lequel la curie ne songea pas à protester. Que pouvait ctre ce titre, sinon un don analogue à ceux que les Empereurs avaient fait souvent, on vient de le dire? C'est donc l'autorité royale qui apparaissait, pour s'imposer aux anciens possesseurs. Le sceptre était alors aux mains d'Amalasunthe, et la conduite des affaires était confiée à Cassiodore. Ce sont ces deux illustres personnages qui doivent être considérés comme les auteurs de la fondation monastique du ssin(l), à laquelle Tertullus donna toute sa force par la concession de domaines dans le voisinage et surtout en Sicile ; mais c'est plus haut que lui. et jusque dans des mains royales, que Benoît a trouvé le titre de propriété en vertu duquel nous le voyons établir en ce lieu les serviteurs du vrai Dieu (2). Au lendemain du jour où Théodoric avait décrété la spoliation de l'Eglise catholique dans ses états, le Cassin devenait le théâtre d'une glorieuse revanche, en même temps que Benoît y trouvait un champ très propre à l'exécution du dessein nouveau arrêté dans son esprit.
1 Le patrice Tertullus fut peut-être l'intermédiaire de toute cette affaire, et c'est vraisemblable ; il paraît aussi avoir donné des domaines au nouveau monastère. Cette participation sera demeurée dans la tradition orale du Cassin jusqu'au jour où, défigurée par le temps, la tradition a pris la forme que lui ont donnée la bulle prétendue de saint Zacharie et Pierre Diacre dans les Actes de saint Placide.
1 A l'appui de notre opinion, donnons ici un texte de -aint Augustin, souvent cité ; on y verra que le grand Docteur estimait nécessaire une délégation du pouvoir suprêmÇ pour détruire les sanctuaires païens. Saint Martin en Gaule" ne pensait pas de même ; soit que la différence du paganisme druidique et du paganisme méridional imposât des lignes de conduite différentes ; soit qu'entre 397 et 430 le pouvoir impérial eût adopté des mesures législatives sur ce point. Voici le texte de saint Augustin (Ep. XLVIT, ad Publicolam, P. L. xwrir, col. ls.'i, § 3) : « Et cum templa, idola, luci, et si quid hujusmodi, data potestate evertuntur, quamvis mani-
Arrivé dans l'intérieur de la forteresse, en face du sanctuaire qui s'y élevait dans son antique grandeur, Benoît s'arme de la cognée, et avec ses religieux abat en quelques heures le bois sacré d'Apollon qui tapissait les pentes autour du temple. D'autres bosquets du même caractère croissaient çà et là autour des remparts ; ils eurent le même sort, y compris celui de Vénus, dont on a déjà parlé. Puis, s'attaquant aux dieux eux-mêmes, Benoît fit tomber de la colonne qui la supportait l'idole d'Apollon; et sans doute aussi bien d'autres idoles semées çà et là dans l'enceinte. Sur la colonne de marbre, le dieu Soleil fut remplacé par l'étendart du Christ, une croix de fer que nous pouvons saluer encore aujourd'hui dans les parvis de l'église abbatiale du Cassin.
Elevée ainsi sur le point culminant du Mont, la croix du divin Rédempteur prenait possession en son nom du repaire des faux dieux ; et dans la suite des siècles elle demeurera, d'une manière spéciale, le signe victorieux, par lequel saint Benoît triomphera des maléfices de Satan. Cette forme du culte du grand Patriarche, et l'action qu'il continue ainsi d'exercer sur les malins esprits, nous assure que son intention bien formelle,
festum est cum id agimus non ca nos honorare, sed potius dctestari ; ideo tamen in usus nostros privalos duntaxat et proprios non debemus inde aliquid usurpare, ut appareat nos pietate ista destruere, non avaritia. Cum vero in usus communes, non proprios ac privatos, vel in honorem Dei veri convertuntur, hoc de i 1 lis fit quod de ipsis hominibus, cum ex sacrilegis et impiis in veram religionem mutantur. Hoc Deus inteïiigitur docuisse illis testimoniis quaj ipse posuisti, cum de luco alienorum deorum jussit ligna ad holocaustum adhiberi ; et de Jéricho ut omne aurum, argcntum, et ajranantum inferretur in thesauros Domini. »