‹ Le patriarche Saint BenoitChapitre 65 sur 102 · LE MONT CASSIN · texte numérisé non relu

LE MONT CASSIN

perdue, et l'on no voit plus qu'il ait tenté de disputer sérieusement la place.

La fondation matérielle se poursuivit donc; et autre les constructions, il faut noter les travaux de terrassement sur les deux plateaux étages que renfermait L'enceinte fortifiée, les défrichements et défoncements laborieux entrepris autour des murailles, pour v créer des champs et des jardins où la communauté put récolter fruits et légumes. Une question connexe à ces travaux se posait : où trouver de l'eau? Il y en avait cependant ; nous venons de voir les moines courir à l'eau pour éteindre l'incendie fantastique. L'ancien temple avait selon l'usage un puits de service ; de plus chacune clés tours de l'enceinte était pourvue d'une citerne (1). Mais outre que les collecteurs d'eau devaient être en assez triste état dans des lieux ravagés par le temps et les hommes, ce ne pouvait être à ces citernes, situées dans l'enceinte, voire sous les bâtiments, que l'on puisait pour arroser les jardins extérieurs. Or le poète Marc, témoin oculaire de ces premiers temps, atteste une transformation complète et merveilleuse de la cime du Cassin, naguère aride et couverte seulement des chênes verts qui défient le roc et la sécheresse. Arbres fruitiers et vignes se développèrent bientôt florissants autour du nouveau monastère, et Marc déclare que Benoît avait trouvé des eaux abondantes sous le sol rocheux (2). Etait-ce miracle ou seulement recherche heureuse d'un réservoir souterrain d'infiltrations ? Probablement le pouvoir surnaturel de saint Benoît

(1) Ces citernes existent encore en grande partie. 1) « Siccaque mirandas terra retexit aquas. »

n'intervint pas; car aujourd'hui nulle trace malheureusement ne reste d'eaux vives au Mont- Cassin. Sans doute la réserve souterraine a tari quand des constructions vastes et des esplanades dallées ont occupé la surface du plateau. Une source miraculeusement mise au jour, comme celle de Sublac, eût été respectée dans tous les âges, et nous en verrions aujourd'hui quelque chose encore.

Enfin il faut mentionner les travaux nécessaires à rendre moins escarpé le chemin qui de Casinum conduisait à la citadelle désormais monastique, en s'élevant sur les flancs du mont. Marc déclare qu'on en fit une route si douce qu'il n'y avait plus de fatigue à monter les pentes pour aller chercher le Patriarche. Ici, le poète prend quelque licence ; par les améliorations qu'y apporta le xvic' siècle, nous pouvons juger encore aujourd'hui de ce qu'était primitivement ce chemin. Tel quel, s'il pariât alors une merveille, il peut donner à ceux qui en ont gravi les rampes une idée des difficultés de l'ascension avant l'arrivée de saint Benoit en ces lieux.

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