‹ Le patriarche Saint BenoitChapitre 68 sur 102 · I A COMMUNAUTÉ DU CAS9IN L · texte numérisé non relu

I A COMMUNAUTÉ DU CAS9IN L

tours de Dieu; il sait quel tort chacun d'eux fait à l'empire du mal ; il pressent même la sainteté avant qu'elle ne se soit réalisée. Aussi met il tout en œuvre contre elle pour l'entraver, la faire dévier vers quelque fondrière, la tuer par le poison. A-t-il échoué par les armes ordinaires du piège et de la tentation? Il recourra à la violence ouverte ; et s'il n'occit pas son ennemi, c'est uniquement parce que Dieu le lie par une défense souveraine. Mo\Tens désespérés, d'ailleurs, car ils sont sans comparaison moins dangereux que la moindre tentation. Que pourraient-ils? Infliger un dommage matériel, même grave? Mais le Seigneur a dit que ce ne devait pas être l'objet de nos craintes, que nous devions bien plutôt redouter (( celui qui peut précipiter l'àme dans l'en- « fer du feu ». Et puis l'homme ne pouvant rien contre l'attaque matérielle d'un ennemi spirituel et invisible, c'est Dieu qui se charge de la contenir dans les limites précises qu'il ne permettra pas au démon de franchir. Toutefois nos sens n'étant pas aguerris à pareille lutte, on ne peut nier qu'elle ne soit effrayante à faire frémir la nature. Mais surtout il importe de considérer ces fureurs comme l'indice révélateur d'un bien supérieur que le démon poursuit de sa haine, et contre lequel ont échoué toutes les ressources des tentations. C'est dire qu'il y a là une vertu consommée. Que si l'on voit ces tempêtes retomber impuissantes, vaincues par un ordre, par un signe, voire par la seule inattention, d'un humain si faible par sa nature en comparaison de la force angélique ; il devient évident qu'en cet humain ide une puissance surnaturelle qui est de l'Es-

prit divin. Dieu est en lui, devons nous dire, et le couvre d'un amour spécial. Or tout cela s'est trouvé dans la vie de Benoît. Satan Ta deviné dès ses débuts, il s'est acharné sur lui dans toute sa carrière ; et après avoir tout tenté sans succès, même l'homicide par des suppôts humains, il a dû recourir aux violences matérielles et directes ; mais elles n'ont servi qu'à rendre sa défaite plus entière, et plus évidente la sainteté de l'adversaire contre lequel échouaient tant d'efforts.

Quelque chose en est résulté aussi, que Satan n'avait pas prévu, encore moins voulu. C'est que les disciples ont vu plus clairement à quel degré leur Père était l'ami de Dieu. Les dons surnaturels servaient en outre à le leur faire comprendre, et à affermir ainsi l'œuvre du Patriarche. Quand Dieu les concède, c'est presque toujours pour le service du prochain ; Benoît les utilisait dans ce but, selon que le Seigneur les lui accordait. Saint Grégoire nous en a transmis plusieurs exemples, qui peuvent paraître futiles aux doctes critiques, mais qui nous aident, comme ils aidaient les religieux du Cassin, à comprendre que Dieu voulait bâtir solidement par la main de Benoît.

Un soir le Père Abbé rentrait au monastère plus tard que de coutume, a}Tant sans doute été retenu au-dehors par les soins de son ministère extérieur. De retour dans la clôture, il s'en fut au réfectoire prendre son repas, et plusieurs religieux se tenaient autour de lui pour le servir (1). Un d'eux,

(1) C'est ainsi seulement que s'expliquent les détails de cette petite scène de famille : 1° le Père Abbé seul à sa table, où ne se voit aucun étranger ; 2° le repas pris à la lumière ; deux traits qui sont en contradiction avec des textes formels de la Règle. 11 y eut donc des circonstances exceptionnelles. Et

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