‹ Le patriarche Saint BenoitChapitre 75 sur 102 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

La Guerre Gotliicfue.

A voir saint Benoit rédiger une règle, construire des monastères, prêcher la foi et répandre des bienfaits autour de lui, qui se douterait que les révolutions politiques et la guerre fissent rage en ce temps-là par toute l'Italie ? Le Cassin, comme les grands rochers des mers, élevait sa cime audessus des flots qui battaient ses racines.

Ce sera, du reste, la destinée de l'Ordre qui sortira de lui : à travers les révolutions de l'histoire, il poursuivra sa course dans les siècles, fondant ses œuvres et relevant ses ruines, à mesure que In tempête les aura renversées, rajeunissant après de longues crises et montrant qu'elles n'ont point en lui tari les sources de la vie. Nous dirons quelque chose des convulsions du vi° siècle, car à plusieurs points de vue elles tiennent à la vie de saint Benoit.

Peu d'années après la fondation du Cass(in^ en 534, la mort prématurée du petit-fils de Théodoric lit obligé la régente Amalasunthe, sa mère, à associer à la couronne le dernier membre de la famille royale, Théodat, qui, l'année suivante, se hâta de faire enfermer l'illustre princesse dans une île du lac de Bolsena, où elle fut peu après

assassinée. L'empereur Justinien profita de ce meurtre odieux qui soulevait une indignation universelle, pour revendiquer les droits de l'Empire sur l'Italie. Bélisaire venait de lui rendre l'Afrique en écrasant la puissance des Vandales : il conduisit contre les Goths ses soldats victorieux ; et alors s'ouvrit ce que l'on a nommé la Guerre Gothique; elle devait durer quinze ans.

Théodat, battu en Dalmatie, vit la Sicile tomber sans coup férir aux mains des Impériaux. Les Goths lui firent alors payer de sa vie le meurtre d'Amalasunthe, et à sa place acclamèrent un de leurs généraux, Vitigès, qui hâta ses préparatifs pour faire face à Bélisaire. Celui-ci venait de franchir le détroit de Messine, et traversant les Calabres, avait attaqué Naples et s'en était rendu maître. Il remonta vers le nord, et le Mont Cassin vit passer à ses pieds toute l'armée victorieuse, en marche sur Rome que, de son côté, Vitigès gagnait par les routes de l'Italie septentrionale. Le 10 décembre 536, la bataille s'engagea dans la Ville même, qui demeura au pouvoir des troupes impériales.

A peine Bélisaire avait-il laissé derrière lui le Cassin que des nouvelles inquiétantes arrivèrent à saint Benoît (1). Tertullus lui avait, on s'en souvient, donné en Sicile des domaines étendus. Or il paraît bien que de ce côté il y eut des entreprises et des troubles auxquels le Patriarche dut faire face. Il faut en effet rappeler ici le partage des terres effectué d'abord sous Odoacre, puis

(1) Nous renvoyons pour les faits qui vont suivre et pour les dates à la Note relative aux Actes de saint Placide. (Appendice, note II.)

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