‹ Le patriarche Saint BenoitChapitre 78 sur 102 · A GUERRE GOTHIQUE · texte numérisé non relu

A GUERRE GOTHIQUE

triarche pour parler avec lui des choses de Dieu. Mais en ces jours de misère, les âmes se cherchent davantage ; et à se verser l'une en l'autre, elles trouvent plus d'élan et de force pour s'abstraire des vicissitudes terrestres et pénétrer le ciel; elles s'élèvent plus aisément au-dessus des conditions de la vie mortelle qui entravent l'expansion de la rie éternelle dont elles ont soif; elles s'aident mutuellement à voir plus clair au travers du voile, à appréhender plus énergiquement les réalités du Saint des saints.

La nuit est venue, et avec elle l'heure du repos. Dans le monastère le silence s'est fait profond ; Servandus a gagné sa cellule où il s'est endormi; Benoit, après un court sommeil, s'est remis comme bien souvent à prier en attendant l'office nocturne. Veilles précieuses, qui ont valu à sa postérité des bénédictions dont le prix et l'étendue ne seront connus que dans l'éternité. Le Patriarche s'est approché de la fenêtre qui regarde vers Capoue : et dans le grand silence qui enveloppe toute la nature, son âme est entraînée par delà les étoiles du firmament jusqu'aux étoiles invisibles qui brillent radieuses au Paradis sous le regard de l'Eternel. Soudain ses yeux sont éblouis d'une lumière plus vive que celle du soleil, qui descend du ciel et inonde la terre : il n'y a plus de nuit, mais un jour comme n'en connaît pas notre monde. Et tandis que, -muet de surprise, le Patriarche se plonge dans cette clarté céleste (1), il voit s'élever du côté de Capoue

1 Ici nous lisons le texte de saint Grégoire (Dial. Lib. II, c. ixxv) avec Je second récit qu'il a donné du même fait au Lib. IV, c. vu ; il précise brièvement dans le second texte la

un globe de feu entouré d'anges qui l'emportent dans les profondeurs du ciel; et il lui est donné de comprendre que c'est l'âme "du saint êvêque Germain appelée par Dieu à la patrie bienheureuse. Et voici qu'enlevée dans l'extase, l'àme de Benoit se dilate à son tour sous la main divine; et alors lui apparaît le monde entier dans son exiguïté de créature, et si petit qu'un rayon du soleil divin suffit à l'envelopper.

Combien de temps a duré cette contemplation? Le Patriarche n'en sait rien lorsqu'il reprend ses sens ; mais l'éblouissante clarté frappe encore ses regards. Transporté, il appelle par trois fois à grands cris Servandus, qui survient enfin, fort étonné de ces appels retentissants, à pareille heure où le silence est rigoureux au monastère. Mais Benoît l'entraîne vers la fenêtre, et Servandus voit encore un reste de clarté qui graduellement s'affaiblit et disparait en faisant de nouveau place à la nuit. Alors seulement le Patriarche peut expliquer tout ce qui s'est passé. Sur l'heure même il fait tenir un message à son fidèle ami Théoprobe, qui habite Casinum, et auquel il peut demander tous les services. Ensuccession des faits racontés dans le premier. Celui-ci, lu attentivement, se trouve d'accord avec le second, bien que moins coordonné ; de plus la succession ainsi déterminée s'harmonise beaucoup mieux avec la nature des trois visions qui se déroulent ici. La clarté qui apparaît d'abord est de l'ordre des visions corporelles, puisque Servandus la peut constater à son tour ; le globe de feu est de l'ordre des visions imaginaires, puisqu'il donne à comprendre une chose invisible à l'œil humain ; enfin le monde réuni sous un rayon de soleil est vision de l'ordre intellectuel, le plus élevé des trois, attendu qu'il ne peut se traduire aux yeux par aucune image sensible, et que le langage même n'en peut donner qu'une idée imparfaite, presque vague. Elle s'est produite dans l'extase, alors que l'àme du voyant, comme le dit saint Grégoire, s'était dilatée en Dieu.

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