CHAPITRE XVIII
Derniers jours (546-547)
L'année 546 venait de commencer, sombre et plus menaçante encore que les précédentes. La peste ravageait Rome et se répandait en Italie, traînant comme toujours la famine après elle. C'est assez dire quels devoirs s'imposèrent alors de nouveau à la charité du Patriarche et de ses fils ; car nous n'ignorons plus que la charge et le soin des âmes leur incombaient dès lors, quant aux populations d'alentour, non moins que le souci de soulager autant que possible toutes les misères. Et voilà que la guerre, éloignée, presque assoupie depuis deux ans, allait reprendre plus furieuse. Totila remontait du midi vers le nord, et annonçait que cette fois il voulait assiéger Rome, isolée désormais et presque dégarnie de troupes ; car les auxiliaires barbares enrôlés par l'Empire, vaincus, dispersés et ne recevant plus de solde, étaient passés au service des Goths. Mais Bélisaire revenait; il abordait en Istrie; et quoiqu'il fût presque sans armée, sa présence suffisait à présager des batailles. De nouveau la Campanie vit donc bataillons et escadrons de Totila sillonner ses plaines, en marche vers la Ville Eternelle. A leur suite arriva au Cassin l'évêque de Canuse, le vieil ami
de Benoît; sa province était momentanément délivrée du poids de l'occupation militaire. Naturellement les événements politiques vinrent dans leurs entretiens ; car pour toute l'Italie Rome était toujours la capitale, entourée d'un respect tant de fois séculaire, plus vénérable encore à titre de chef du monde chrétien. La pensée de la voir peut-être détruite épouvantait les esprits dans la Péninsule entière.
— Voilà que ce roi Barbare va entrer dans « Rome, disait Sabinus, et avec lui la destruction « et la ruine ; Roine ne sera plus qu'un désert. »
— Non, repartit Benoît avec gravité, Rome ne « sera pas détruite par les Barbares ; mais elle « aura tant à souffrir des tempêtes, des orages, « des tremblements de terre, qu'elle se flétrira » et s'affaissera sur elle-même, comme fatiguée de « vivre. »
Saint Grégoire, cinquante ans plus tard, croyait déjà voir la prophétie réalisée ; les âges suivants la virent bien mieux encore ; et de nos jours même les restes de l'antique Rome disent éloquemment que leur force défiait les coups des humains, qu'ils n'ont pu être terrassés que par ceux du temps.
Totila d'ailleurs se montra ce que l'avait fait l'admonestation de saint Benoît ; et lorsqu'au mois de décembre 546 il s'empara de la Ville Eternelle après un terrible siège, il ne tint pas à lui que les horreurs de l'assaut et de la lutte ne fussent épargnées à la capitale du monde.
Ce fut en ces mêmes jours de terreur universelle que le Patriarche fit connaître à plusieurs de ses fils comment son dernier jour était tout
proche : il semble même, d'après saint Grégoire, qu'il en précisa la date. Il ne confia pourtant le douloureux secret qu'à un certain nombre, tant au Cassin que dans d'autres monastères; et à ces derniers il promit un signe qui leur ferait connaître Le jour et l'heure où son àme quitterait la terre. De tout ce que le saint Patriarche avait particulièrement aimé en ce bas monde, sa sœur jumelle seule lui restait. Il avait quitté Sublac et la grotte sainte; il avait vu partir pour le ciel Placide, son enfant, et pour d'autres terres Maur, son disciple chéri ; de son monastère il avait eu à faire le sacrifice; douleurs et joies saintes s'étaient ainsi mélangées, au déclin de sa vie, comme les lourdes nuées d'orage roulent empourprées dans les feux du soleil, alors qu'il disparait dans les flots de la mer et dore de ses derniers rayons les cimes des monts cassiniens. Seule Scholastique demeurait encore ici-bas, auprès du Patriarche, conservant, comme saint Jean, malgré les ans, la tendresse, l'enjouement, In simplicité de l'enfance. Pas plus que d'autres centres religieux dont nous avons entrevu l'existence autour du Cassin, le monastère de Plumbariola n'était déshérité des secours spirituels que Benoît dispensait par lui-même et par ses disciples. Il n'est pas douteux qu'à des intervalles plus ou moins rapprochés, l'administration des Sacrements, la célébration plus ou moins fréquente du saint Sacrifice, la prédication, le soin même du gouvernement, ramenassent à Plumbariola le Patriarche ou quelqu'un de ses religieux honorés des Ordres sacrés. Mais une fois l'an, sa sœur franchissait les trois milles qui la séparaient
de la sainte montagne, pour passer une journée auprès du frère qui était son docteur et son guide (1). Quelle raison spéciale motivait cette rencontre annuelle dans de telles conditions? Il pouvait y en avoir d'ordre intime, dont le frère et la sœur ont gardé le secret. L'entrevue avait lieu dans une dépendance du Cassin, située au pied du mont, presque à l'opposé de la ville de Casinum, dans un vallon, à l'ombre des sapins, des cyprès et des chênes verts. Les eaux pluviales, dévalant des pentes abruptes par deux sillons assez profonds, avaient creusé au fond de ce vallon le lit d'un torrent, le plus souvent à sec.
L'an 547, Scholastique vint selon sa coutume ; c'était le jeudi 7 février (2) ; Benoît se rendit de son côté au lieu ordinaire de l'entrevue avec quelques uns de ses religieux, privilégiés qui entendraient deux saints converser ensemble. Tout le jour se passa soit à chanter l'office divin, soit à parler des choses de Dieu ; c'est le repos des saints, et pour eux quelque avant-goût de ce que sera le bonheur du ciel dans la contemplation de l'éternelle et bienheureuse Trinité. Cependant le soleil se couchait ; et dans les bois de chênes verts, les
(1) La loi ecclésiastique de clôture n'existait pas pour les moniales, à cette époque ; bien qu'en fait elles demeurassent le plus possible à l'intérieur de leurs enclos, il pouvait se trouver des circonstances de diverses natures pour les amener au dehors. Avec le temps, l'Eglise a vu dans cette liberté une source d'inconvénients, et de dangers même. Depuis le xnr siècle elle n'a cessé d'urger la clôture stricte pour les moniales ; et le Concile de Trente en a sanctionné pour elles l'obligation par des peines sévères. Personne ne saurait donc arguer de la liberté historiquement constatée dans les temps anciens pour déroger sans autorisation expresse à la loi canonique actuellement en vigueur.
(2) Pour préciser ces dates nous donnons nos motifs dans l'Appendice, Note IV.
oiseaux cherchaient en gazouillant sous la feuillée leur place pour le repos de la nuit, après une de ces radieuses journées que donne en cette saison le ciel d'Italie. La nuit allait tomber; le carême étant ouvert depuis la veille, c'était l'heure de prendre l'unique repas de la journée. Toutefois l'observance de la Règle n'alla pas jusqu'à imposer la lecture publique : Benoît et Scholastique lisaient dans un livre plus beau que n'en écrira jamais l'homme; et pour les moines témoins de l'entrevue, la parole des deux saints valait toutes les lectures. Si le frère et la sœur prenaient leur nourriture, c'était distraitement; et le repas se prolongeait sans qu'ils y prissent garde. Au dehors la nuit étoilée, dont aucun bruit ne troublait plus le silence, enveloppait déjà le vallon, la montagne et la plaine; quand Scholastique, revenant la première à quelque sentiment de la réalité terrestre, dit à Benoît :
— Je t'en prie, frère, demeure avec moi cette « nuit; nous parierons ensemble jusqu'au matin « des joies du Paradis.
— Que dis-tu, sœur! répondit Benoît comme « ramené brusquement à la terre. De nuit hors « du monastère! C'est absolument impossible. »
Scholastique ne répliqua pas ; mais elle pencha la tête dans ses mains qu'elle tenait croisées sur la table, et demeura ainsi un instant. Benoît, déjà debout, ne savait trop s'il devait parler ou se taire, d'autant qu'il voyait des larmes perler à travers les doigts entrelacés de sa sœur, et couler silencieusement sur la table. Le saint comprenait bien ce qu'étaient ces pleurs; incertain, dominé, il se taisait. Ce sera le ciel même qui rompra le silence.
Scholastique relève lentement la tête, fixant sur son frère le cristal de ses yeux souriants. A cet instant précis, comme obéissant à son geste, uiv éclair, le tonnerre, le déluge d'une pluie d'Italie, éclatent en un formidable ensemble. L'orage est déchaîné; éclairs précipités, roulements * continus, se mêlent aux mugissements du vent dans les pins et les chênes ; tandis que les nappes d'eau, bondissant de roches en roches, ont en un clin d'œil gonflé le torrent qui roule à grand bruit vers la vallée. Muets de stupeurs, les religieux regardent cette scène effrayante autant qu'imprévue. Sur le chemin du monastère, le torrent à lui seul forme une barrière infranchissable. Désolé, le Patriarche se retourne vers Scholastique toujours assise :
« — Ah î sœur, qu'as-tu fait ? Dieu te le parce donne !
« — Je t'ai prié; tu n'as pas voulu m'écouter. « J'ai donc prié le Seigneur, et il m'a exaucée, « lui. Maintenant, frère, sors si tu peux ; allons, « laisse-moi, retourne à ton monastère. »
11 n'y avait rien à répondre à cette souriante ironie de la charité ; car c'était bien la charité qui avait touché le cœur de Dieu. Confiante et simple comme l'enfance, elle avait obtenu du Seigneur que la Règle fût mise hors de cause, pour prolonger la contemplation des vérités du ciel. Au surplus, Scholastique ignorait-elle que cette entrevue serait la dernière? Benoît lui avaitil caché son départ prochain pour la patrie, quand il l'avait annoncé à d'autres? Leurs âmes n'étaientelles pas unies par la nature comme par la grâce? Et le désir de Scholastique pouvait-il n'être pas
agréé de Dieu « qui est charité » puisqu'elle aimait davantage, remarque saint Grégoire? L'histoire des saints est pleine de ces divines condescendances qui revêtent presque les dehors des affections humaines. Celles-ci, pour mieux dire, lorsqu'elles sont légitimes, ne reflètent-elles pas quelque chose des perfectionc divines?
Le Patriarche a compris et s'est rendu. L'orage graduellement s'est tu, et la nuit s'est achevée comme la journée précédente, dans la célébration de l'office nocturne et les entretiens des deux âmes pour qui le ciel est ouvert. Au matin, Scholastique a repris le chemin de Plumbariola, et Benoit celui du monastère.
Trois jours se passèrent. Le dimanche, 10 février, le saint abbé retiré dans sa cellule, et l'âme élevée à Dieu dans la prière, s'approcha d'une des fenêtres, comme il faisait souvent lorsqu'il conversait avec le Seigneur : de là par les espaces infinis ouverts devant ses yeux, son âme allait plus libre vers le Dieu caché auquel de plus en plus elle aspirait. Benoît cette fois était à la fenêtre de l'ouest, quand il vit tout à coup au-dessus de Plumbariola s'élancer une blanche colombe, qui s'allait perdre yt tire d'aile dans les profondeurs du firmament. Ce n'était point, à coup sûr, l'œil mortel qui à pareille distance avait pu distinguer un tel signe; il y avait là une apparition dont la lumière intérieure lui donnait en même temps l'intelligence : l'âme de Scholastique ainsi symbolisée venait de prendre son vol vers la patrie et le repos éternel. Rempli de joie spirituelle a cette vue, il rendit grâces au Seigneur dans l'allégresse de son cœur, puis
annonça le bienheureux trépas à ses disciples. Plusieurs furent aussitôt députés pour aller à Plumbariola et en rapporter la dépouille terrestre, pendant que d'autres ouvraient la tombe préparée déjà par le Patriarche pour lui-même. Le saint corps y fut en effet déposé au chant des psaumes, puis recouvert d'une large dalle, mais en ménageant au-dessus de celle-ci l'espace nécessaire à la sépulture d'un autre corps ; car Benoît voulait y reposer avec sa sœur. « Comme « ils s'étaient aimés durant leur vie, dans la mort « même ils ne devaient pas être séparés. »
L'émotion ne fut pas petite pour ceux qui savaient proche la mort du Patriarche, lorsqu'ils virent les funérailles de Scholastique. Un plus grand nombre encore dut songer en ce moment à la loi n^stérieuse qui si souvent semble unir les jumeaux dans la tombe presque aussi étroitement qu'ils l'ont été dans le berceau. Et en effet, un mois à peine s'était écoulé que Benoit donna l'ordre de rouvrir le tombeau à peine fermé. C'était assez dire, et cette fois à tous ses fils, qu'il savait proche l'heure suprême.
Le jour même une fièvre ardente se déclara. On était au samedi avant le dimanche des Rameaux. Pendant cinq jours elle dévora les dernières forces du Patriarche, mais sans dominer l'âme. La sainte Pâque approchait ; et selon qu'il l'avait écrit dans sa Règle, il l'attendait cette fois plus que jamais « dans l'allégresse d'un « désir spirituel (1), » cette Pâque qui allait être pour lui réellement le passage des ombres de l'existence mortelle au plein jour de l'éternelle
(1) Reg. S. Bened.t cap. xlix.
vie. Il y avait Longues années déjà qu'il vivait dans les reflets de la lumière de gloire, pénétrant toujours davantage dans ses mystérieuses clartés ; il avait bien été le juste « dont la voie h comme un sillon de lumière va toujours crois- « sant jusqu'au jour parfait » de l'éternité? Le voile, devenu transparent, allait donc enfin se déchirer!
Le sixième jour, épuisé de ses dernières forces physiques, i! voulut recevoir les sacrements de pénitence et d'onction dernière (1) ; puis, selon la coutume monastique, il se fit porter par ses enfants dans l'église Saint-Martin, afin d'y rendre le dernier soupir selon la coutume de tant de saints solitaires. On était au Jeudi-Saint. Le Patriarche demanda alors le divin Sacrement du corps et du sang du Seigneur, qui lui devait être l'aliment de la force pour la dernière heure et le gage de l'éternelle vie. Il le reçut sous les deux espèces, donnant par là un dernier témoignage de sa foi catholique et de son obéissance à la sainte Eglise (2). Dès lors, fortifié par la nourriture et le breuvage célestes, le Patriarche se redressa pour sa dernière victoire. Debout,
1) Jusqu'au xui siècle l'Extrêmc-Oriction fut administrée après la Pénitence et avant le Saint Viatique (Mabillon, Prœf. in Ssec. I Bened .
2) Mabillon (Annal., t. 1, lib. V, § 6) discute cette question et conclut en déclarant son impuissance à décider si S. B. a reçu le Saint Viatique sous les deux espèces. Mais un argument lui a échappé, celui-ci : Le pape saint (lélase avait promulgué un décret apostolique pour rendre obligatoire la communion sous les deux espèces du pain et du vin. 11 y avait en cela une précaution disciplinaire prise contre les manichéens (Cfr. Baronius, Annal, ad ann. 496, §§ 20 et 21 . Plus tard, les circonstances étant devenues toutes différentes] l'Eglise, toujours maîtresse de sa discipline, interdit aux laïques la communion sous les deux espèces et ce furent alors les hérétiques qui prétendirent l'imposer.
les bras tendus vers le ciel, soutenu comme jadis Moyse par plusieurs de ses enfants, il priait sans relâche, tandis que la psalmodie des moines entourait cette agonie triomphante. A cette heure redoutable où chez l'homme toute force plwsique est anéantie, tout ressort brisé, le Patriarche priait debout, dans la pleine possession de ses facultés; jusqu'à ce qu'enfin, au milieu d'une dernière aspiration vers Dieu, un dernier soupir s'exhalât. Les moines n'avaient plus entre leurs bras que le corps inanimé de leur Père; l'âme tant aimée du Seigneur, tant ornée de ses dons les plus magnifiques, était entrée libre et glorieuse en possession de Dieu.
A ce moment un religieux du Cassin eut la vision d'une voie triomphale qui allait se déroulant du monastère tout droit vers l'orient jusqu'au ciel, couverte de tapis dont les vives couleurs chatoyaient à la lumière d'innombrables lampadaires. Un personnage à l'aspect vénérable et tout brillant de clarté demanda au religieux s'il savait quelle était cette avenue ; et sur une réponse négative il ajouta : « C'est la voie par « laquelle Benoît, le bien-aimé de Dieu, est monté « au ciel. » Le moine fit connaître cette révélation à ses frères; et bientôt l'on apprit au Cassin que le saint Patriarche avait tenu sa promesse en avertissant de sa glorieuse mort les fils qu'il comptait au loin; en effet la même vision, avec les mêmes détails exactement et à la même heure, avait été donnée à un moine dans une autre abbaye : la tradition de Sublac désigne comme ce second témoin Honorât, le premier successeur du Patriarche dans le gouvernement de
son monastère primitif 1 . Et qui ne comprendrait en effet que Benoît, en dégageant la promesse qu'il avait naguère faite, ait réuni ainsi et enveloppé tils de Sublac et du Cassin dans un môme témoignage de sa paternelle et glorieuse protection?
La consolation sans doute fut puissante pour ceux qui se voyaient désormais placés en face de l'avenir sans plus avoir à côté d'eux le père, le docteur, le protecteur, sur lequel ils avaient l'habitude de sappu3^er. « Je vous serai plus rusent après ma mort que durant ma vie, » leur avait-il dit quelques années auparavant : et déjà il voulait donc leur en donner une preuve! Elle ne pouvait être accueillie qu'avec reconnaissance, en ces heures où l'anxiété, si fugitive qu'elle soit, se mêle invinciblement à la confiance de la foi, dans le cœur de ceux qui se sentent seuls désormais et comme abandonnés à leur faiblesse.
La dépouille mortelle du Patriarche leur demeurait encore : et il n'y a pas de doute que sur ses traits vénérables la gloire de l'âme bienheureuse ne se reflétât en quelque mesure. Auprès de ces restes précieux subsistait pour les religieux orphelins un peu de la paix qu'ils ressentaient autrefois quand le Père était au milieu d'eux. Il fallut pourtant se résoudre à s'en séparer. Tel qu'il était, revêtu de ses simples vêtements monastiques, le saint corps fut porté dans l'oratoire de saint Jean-Baptiste, où la tombe ouverte l'at-
I Scandentcm hic alter Benedictum vidit in astra :
Primus et has aedes illo abcuntc régit.
Vers inscrits au-dessous de l'image de saint Honorât au monastère de Santa Scolastica, à Subiaco. — Jannucelli, norie di Subiaco. p. I, cap. i, art. u.)
tendait. Au milieu des rites funéraires, le corps du Patriarche fut couché sur la dalle qui recouvrait les restes vénérés de Scholastique ; puis le sépulcre fut refermé définitivement, et scellé sur le double trésor qu'il devait garder. Ossa eorum pullulent de loco suo (1). De cet extrême sommet du Cassin, du pied de cette croix érigée par Benoît comme ' l'étendard du Christ vainqueur sur la citadelle des faux dieux ; de cette tombe enfin deux fois sainte comme d'une source féconde, découleront sur le monde la foi et la science de la vraie vie, que porteront dans les pages de la Rèçle bénédictine les fils et les filles du Patriarche Cassinien. Vraiment « ce sépulcre sera « glorieux. » Mais pourquoi faut-il qu'en ces jours de la Passion et de la victoire du Sauveur, les moines ne puissent graver aussi avec confiance sur cette tombe l'oracle du Prophète qui promet la paix aussi bien que la gloire? Le saint Patriarche a prophétisé à son monastère la ruine, la dévastation, la dispersion de ses enfants. Qu'adviendra-t-il donc du tombeau révéré? Benoit prévoyait le désastre : et pourtant il a voulu que le corps de sa sainte et aimée sœur vînt reposer là. Aurait-il prévu que la tempête respecterait le repos du sépulcre, que les jours de désolation auraient une fin, et que la résurrection du monastère sortirait un jour de la roche aujourd'hui constituée gardienne de la mort? L'avenir seul pouvait donner à ces questions une réponse que nous connaîtrons en parcourant d'un œil rapide la survivance du saint Patriarche.
(1) Kccli., xlix, 12.