CASSIODORE ET SAINT BENOIT
Cassiodore à commenter les psaumes, et dont Cassiodore moins que personne pouvait ignorer la trahison à l'égard de son prédécesseur saint Silvère : trahison glorieusement rachetée plus tard, mais qui ne pouvait certes point passer en r> 1 1 pour une traduction vivante des saintes Lettres. En 555, Cassiodore devait avoir quatre-vingt-cinq ans, lorsque Pélasge s'assit sur la chaire de saint Pierre ; il touchait au terme de sa carrière, et son Exposition était donnée depuis longtemps.
Qui donc alors? Evidemment d'après le contexte il s'agit d'un ascète, d'un moine aux grandes vertus, exemplaire vivant de la sainteté, revêtu d'une autorité pour l'amendement d'autrui, autorité qu'il exerce avec un caractère marqué de miséricorde : le qualificatif « apostolicus », puisqu'il ne s'applique pas au successeur de Pierre, ne peut avoir ici qu'un sens, celui du don des miracles, ainsi que le disait saint Benoit : « Recedite, t fratres, recedite ; hœc nostra non sunt, sed sanctorum
Apostolorum. » A qui donc conviennent ces traits? Aux abbés de Vivarium et de Castellum, Chalcedonius et Géruntius, auxquels Cassiodore donne des conseils développés (De Institut, divin. Littcrar., cap. xxxn)? Evidemment non. Le lecteur a déjà répondu : la phrase qui nous occupe ne peut s'adresser qu'à saint Benoit, auquel tout entière elle convient si parfaitement qu'elle équivaut presque à un portrait. Etant donnés les rapprochements ci-dessus établis, nous nous cro}^ons fondés à dire que ce fut sur les conseils pressants de saint Benoît que Cassiodore entreprit la rédaction d'un travail auquel il était tout préparé, il l'avoue, par des études antérieures, et dont le Patriarche du Cassin avait mesuré toute l'utilité pour les moines.
Les considérations qui précèdent s'accordent, on le voit, avec les raisons que nous donnons dans notre chapitre x pour attribuer à Cassiodore le don du Mont Cassin au Patriarche de Subiaco ; les unes et les autres s'appuient réciproquement.
Saint IPlacicLe.
Les Actes latins du martyre de saint Placide, tels que nous les avons sous la signature de Gordien, ne peuvent supporter le plus léger examen critique. Ils sont tout entiers de l'invention de Pierre Diacre du Mont Cassin, xne siècle (1). Ils brodent, il est vrai, sur la trame d'actes en langue grecque, récemment venus de Constantinople, disait-on, où ils avaient été rédigés par le même Gordien réfugié dans la capitale de l'Orient, on ne sait pourquoi. Le document avait été apporté en Italie par un inconnu ; les moines italiens l'avaient d'abord accueilli avec mépris, et ajuste titre; car cette composition pouvait bien provenir d'un oriental du Palatin ou du Transtévère, officines attitrées dès longtemps de faux manuscrits grecs ; voire de quelque grec d'Apulie. Pierre Diacre exhiba peu après une œuvre latine, celle qui va vous occuper, signée de Gordien comme le document grec qui n'en est que le sommaire. Nous soupçonnons fort le diacre cassinien d'avoir lui-même fait écrire par quelque faussaire à gages les prétendus Actes grecs, pour appuyer le chef-d'œuvre qu'il se proposait de donner en latin.
Quant à celui-ci donc, une simple comparaison suffit
(1) Nous les étudions dans les Bollandistes, en nous référant toujours à leur texte comme à la longue étude préliminaire placée en tète par les savants éditeurs (Acta SS. Oct. t. III).