‹ Le patriarche Saint BenoitChapitre 89 sur 102 · SAINT PLACIDE · texte numérisé non relu

SAINT PLACIDE

la position inverse, mélangé d'ailleurs à un des précédents, faute de place. En déblayant autour du sarcophage, successivement neuf autres squelettes furent découverts en dedans du petit enclos, dans l'ordre marqué sur le plan I 2 3 \

Le déblai continua dans le reste de l'abside et du chœur; et successivement quinze corps furent mis au jour à la même profondeur, baignant dans l'eau d'une source (F) qui formait nappe sur le sol vierge. Les têtes étaient séparées du tronc ; à trois des corps elle était posée sur les cotes, et à quelques uns elle manquait tout à fait. Mêlé à plusieurs de ces squelettes on trouva du plomb fondu ; ailleurs des débris d'armes, et même deux flèches encore entières. En M et en O des amas de charbons et d'ossements carbonisés, soigneusement recouverts de briques. Enfin à la tête ou sur la poitrine de chacun des corps, une fiole de verre ou de terre, contenant ici du sang coagulé, là de la terre imbibée de sang.

En tout vingt-huit corps indiqués sur le plan; mais il parait que le nombre alla jusqu'à trente-trois, dont un squelette d'enfant de trois ans environ. Plus tard, lorsque les transformations de l'église furent poursuivies (jusqu'en 1610 <>n retrouva plusieurs squelettes engagés sous les fondations mêmes de l'église (1).

La relation ajoute que lors de la découverte du 3 août 1588, il s'échappait des squelettes un parfum particulier, très nettement perçu par les visiteurs, et qui émanait même de la terre de la sépulture. Beaucoup de guérisons eurent lieu alors, opérées par l'eau qui baignait les corps ou par l'attouchement de la terre qui les avait recouverts, de linges, etc.

Ces faits ont été relatés dans un livre publié à Messine en 1591, et dédié à Philippe d'Autriche, plus tard Philippe III roi d'Espagne, par un certain l'Iiilippus Gothiis,

1 Sans parler de beaucoup d'autres qui furent découvertes à une profondeur moindre, et qui ne dataient par5 conséquent que d'une époque postérieure, probablement de la dévastation sarrazine au ix' siècle.

chevalier. Les Bollandistes se réfèrent en outre à la relation d'un Père Jésuite, Octave Gaëtani, témoin oculaire, dont la relation avait été de même publiée. Ces livres d'ailleurs ne faisaient que raconter un fait de notoriété publique et sanctionné par les plus hautes autorités. En effet le peuple était accouru en foule, et tout le monde nommait saint Placide et ses compagnons, dont la sépulture en ce lieu était de certitude traditionnelle, connue de tous, bien qu'on en ignorât l'emplacement. L'archevêque de Messine vint lui-même, puis nomma une commission d'enquête pour contrôler les faits miraculeux dont il était bruit. Muni du rapport des commissaires, il se rendit à Rome, exposa toutes choses au pape Sixte-Quint, lequel fit à son tour examiner la question par les cardinaux. Le résultat fut l'approbation par bref apostolique du 13 novembre 1588 du culte des martyrs saint Placide et ses compagnons, l'introduction de leur fête au calendrier universel sous le rite simple (double à Messine), et l'institution à Messine d'une fête de l'Invention au 3 août.

Nul soupçon de supercherie ne peut donc atteindre la publication de 1591. Examinons ce qu'elle nous donne. 11 n'y faut pas chercher, malheureusement, la précision archéologique aujourd'hui de rigueur en pareille occasion; mais les indications fournies sont pourtant précieuses.

Que l'on se trouvât en présence de martyrs, cela ne semble pas douteux ; les fioles de sang, telles qu'elles étaient déposées là, comme les débris d'armes, de plomb fondu, d'ossements carbonisés, le disent assez (1).

Martyrs, au reste, à une époque ancienne, attendu la profondeur à laquelle ils furent trouvés, et l'envahissement du sous-sol par l'eau : ce dernier fait ne pouvait

(1) Le parfum pourrait avoir une origine surnaturelle ; mais il pouvait aussi provenir de l'usage d'embaumer sommairement les corps des martyrs, voire de mettre des parfums à côté deux ; et ces parfums se conservaient si bien que le Comra. de Rossi atteste les avoir sentis plusieurs fois, ainsi que ses collègues, à l'ouverture des loculi des Catacombes.

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