SAINT PLACIDE
provenir que d'une modification graduelle, et longue par conséquent, des terrains environnants. On n'eût pas déposé d'abord les corps dans une nappe d'eau.
Il faut remarquer, d'après le plan, que les fondations de l'abside normande (xie-xnfl siècle) chevauchaient sur le mur A A qui entourait la sépulture principale B. Quelle était l'épaisseur de celui-ci? On n'a pas songé à le dire, ni à le décrire. En tous cas, il formait évidemment, et tout au moins, les fondations d'un caveau primitif, d'un petit sanctuaire carré, comblé lors de la ruine puis de la restauration de l'église : de celle-ci l'axe ne correspondit plus avec celui de l'ancien sanctuaire; ses fondations nouvelles furent par endroits jetées sur des corps enfouis à la même profondeur que les trente-trois, et que l'on n'avait pas aperçus. Nouvelle preuve de l'ancienneté de cette couche de sépultures. Nous en conclurons que ce caveau était une mcmoria martyrum avant l'époque sarrazine. C'est sur ce petit enclos que notre attention se concentrera spécialement.
Nous y comptons neuf corps, rangés autour du sépulcre central B. Celui-ci n'a pu être d'abord et originairement destiné à contenir les quatre squelettes, ni même à recevoir les trois corps qui y sont pressés côte à cote. Revêtus de leur chair et d'habits quelconques, ces trois corps n'eussent pu trouver place dans une largeur de 1"\'M) à peine ; et le quatrième corps n'eût pu être décemment placé en sens inverse, vis-à-vis du troisième, la longueur du sarcophage étant au maximum de 2m,70 à l'intérieur. Les quatre corps n'ont pu être déposés là, deux d'entre eux en partie mêlés l'un à l'autre, qu'à une époque où ils étaient déjà squelettes.
Quels sont-ils? Douze médecins appelés à les examiner déclarèrent unanimement et sous serment qu'il y avait là trois corps d'homme et un de jeune fille. Il est surprenant que sur un si grand nombre de praticiens il n'y ait pas eu quelque désaccord pour opérer une distinction pratiquement si difficile (nous le savons par expérience).
C'est probablement par l'examen des crânes qu'ils en ont jugé, car c'est le seul moyen assez assuré. Mais tous ces crânes, on Ta dit, étaient séparés du tronc : dans la translation que nous venons de constater n'y a-t-il pas eu confusion? Les médecins n'ont-ils pas été influencés par la peinture médiévale de l'abside, où figurait une jeune fille ? Admettons pourtant leur verdict.
Ces constatations acquises, rapprochons de notre plan le texte d'Epternach; voyons les neuf corps disposés à part dans l'enceinte AAA : nous sommes autorisés à nous demander si ce ne sont pas là « Euticius et les « VIII autres » ? Si ces VIII n'étaient pas réunis primitivement dans cette memoria autour du sarcophage central, où le neuvième reposait? Si ce neuvième n'a pas été, à une certaine date, extrait pour faire place aux quatre squelettes? Un de ces quatre est d'ailleurs celui du martyr Placide : on en a pour garant l'autel qui avait été érigé en P, consacré à saint Placide, au-dessus du mur de la memoria, et aussi proche du sarcophage que le permettait la disposition du sanctuaire médiéval.
Quels sont les trois autres corps qui sont adjoints à celui de Placide? Il est impossible d'en rien savoir aujourd'hui. Des deux frères et de la sœur que les faux actes grecs et Pierre D. lui attribuèrent au xn° siècle, il ne saurait être question. Nous penserions bien plutôt que lors de l'ensevelissement qui suivit le martyre, saint Placide fut enterré avec un groupe de trois autres; peutêtre deux moines, et une femme (si l'expertise médicale a dit vrai) qui aurait joué dans la tragédie un rôle impossible à déterminer aujourd'hui; peut-être seulement seraitelle tombée auprès du saint, dans la scène de confusion à laquelle donna lieu l'irruption des bourreaux. Lors de la