Le roi Théodebert visite Glanfeuil
C'est là le grand cheval de bataille des adversaires de l'authenticité. Théodebert Ier, roi d'Austrasie, petit-fils de Clovis, n'a jamais régné sur l'Anjou, qui faisait partie du domaine de Childebert, son oncle. Donc la venue du roi, ses donations, son nom sur une prétendue cédule trouvée dans le tombeau de saint Maur, autant d'inventions qui croulent et ruinent par la base tout le récit d'Odon. Nous remettons à quelques pages la discussion de cette question, qui sera promptement vidée. Actuellement nous analyserons seulement le texte tel qu'il se présente à nous.
D'après les Actes, les religieux vont à la rencontre du prince, qui salue Maur en ces termes : « Le nom de Benoît u ton maître est célèbre, et il y a déjà bien du temps qu'il « est venu à notre connaissance. Nous avons entendu " l'éloge de sa sainteté comme de ses miracles; et nous " nous réjouissons de voir tout cela se reproduire en i toi 1 . » N'y a-t-il là qu'un compliment de politesse plus
'Il Pour le remarquer en passant, c'est à peu près Je seul discours direct qui se trouve dans la Vita Mauri. Il y a êtes paroles de saint r, de Florus, etc., rapportées en style direct : mais ce '-ont courtes phrases, qui ne constituent nullement des discours ni des allocutions.
ou moins banale, plus ou moins intéressée, mis dans la bouche du roi par l'écrivain du ixe siècle ? Mais non ; l'histoire appuie, quant à leur sens général, les paroles prêtées à Théodebert, et par des arguments bien inconnus de l'abbé de Glanfeuil au ixe siècle.
D'abord nous savons que le. petit-fils de Clovis avait, en 538, envoyé à Rome un seigneur nommé Modericus, pour apprendre du Pape quelle pénitence son royal maître avait encourue par le fait d'une union irrégulière (1). Il est très possible que ce député ait entendu parler alors du thaumaturge du Cassin. L'année suivante, c'est Théodebert en personne qui passe les Alpes. Grégoire de Tours, en effet, nous apprend que le jeune prince, d'accord avec les rois ses oncles, prit les armes contre les Goths d'Italie, pour venger le meurtre d'Amalasunthe, cousine des fils de Clovis (2). En 539 Théodebert descendit en Italie du Nord et y guerroya vigoureusement contre Grecs et Goths indistinctement, puis repassa les Alpes avec un grand butin. Il avait parfaitement pu alors entendre parler du Patriarche du Cassin, qui était en réputation dans toute la Péninsule et connu à la cour de Ravenne au moins par des patrices, son histoire l'atteste. Davantage : Théodebert laissa derrière lui au-delà des Alpes deux corps de Francs austrasiens, sous le commandement d'un certain comte Bucelin et de son frère Leutharis, qui, suivant les oscillations de la politique et de l'intérêt, devinrent les auxiliaires des Goths et de leur roi Totila contre Bélisaire et Narsès et parcoururent, de concert avec leurs alliés, l'Italie du nord au sud. Bucelin passa même en Sicile. Nous trouvons sa trace dans les Dialogues de saint Grégoire, en Campanie, en vue du Cassin. Tandis que Leutharis traversait la Fouille et la Calabre pour atteindre l'Adriatique, Bucelin suivait le littoral de la mer Tyrrhénienne. Après sa campagne de
(1) Epist. Vigilii Pp. ad S. Ctesarium Arelat., ap. Labbe, Concil.,
" col. 314.
(2)' Histor. Franc, lib. III, § 32.
SAINT M AIT, i59
Sicile, il revint camper à Casilinum, tout près de Capoue, au pied du Cassin, où il périt enfin dans un combat (1). 11 avait certainement connu saint Benoît; or nous savons «par Grégoire de Tours que Bucelin demeurait en correspondance avec son royal maître et lui envoyait beaucoup de butin. Leutharis mourut aussi en Italie, mais le gros des contingents austrasiens regagna sa patrie. C'était pendant les années 542-547. La visite de Théodebert à Glanfeuil est, nous le dirons, de Tan 546 environ. Le prince peut donc parfaitement avoir salué alors le fondateur de l'abbaye nouvelle en lui faisant du Patriarche Benoît un éloge tel que nous le rapporte la Vita Mauri, sinon dans les termes mêmes que nous lisons sous la plume d'Odon, du moins dans le même sens.
D'autre part, nous le répétons, Odon de Glanfeuil, qui n'était pas fixé sur le Théodebert dont il parlait, ou plutôt qui en faisait le contemporain de saint Bertrand, évêque du Mans, comme nous le verrons bientôt; Odon n'a certainement pas connu les détails que nous venons d'emprunter à Grégoire de Tours et à un historien grec contemporain de Justinien ; pourtant il nous fait ici encore un récit qu'appuie l'histoire authentique. Pourquoi? Toujours le hasard ? En vérité ce hasard heureux se répète trop souvent pour être admissible. Non, il faut que l'abbé de Glanfeuil ait eu sous les yeux un document véridique. 10. Odon connaissait-il par les historiens la fameuse peste inguinaria, qui éclata en Italie pendant la guerre des Goths, peu avant le départ de saint Maur pour la C;iule, et qui, pendant un demi-siècle, promena ses ravages à travers l'Europe, s'abattant à l'improviste tantôt sur un pays, tantôt sur un autre (2) ? Odon en connaissait-il la date? en savait-il la marche capricieuse, les apparitions imprévues, la virulence terrible? Ce n'est guère probable, car il en parle comme d'un fait isolé dans
j Gregor. Turon.. loc. cit. — Agathias Scholasticus, ffistoriarum lib. II. i-9 P. G., t. LXXXV1I1 . Cet auteur naquit vrer»536. (2 Cfr. Greg. Turon, Historia Francor., lib. IV.
l'histoire, d'un fléau déchaîné par Satan spécialement contre Maur le serviteur de Dieu (1). Et pourtant, la date et les caractères de la terrible épidémie sont, sous sa plume, exacts et conformes à l'histoire. Comment conclure autrement que, plusieurs fois déjà, nous avons été sollicités à le faire ?
11. Enfin il faut parler du sarcophage retrouvé naguère sous le sol de l'église Saint-Martin. Racontant la translation des reliques de saint Maur, Odon rapporte qu'on les exhuma du côté méridional de l'autel pour les élever de terre, et qu'on les plaça à l'orient, c'est-à-dire derrière l'autel, comme c'était la coutume. Le R. P. de la Croix pratiqua donc, en 1898, une fouille dans l'endroit indiqué, en se guidant sur les fondations de la petite église, déjà retrouvées par lui ; et à la place marquée par le récit d'Odon, il découvrit un cercueil en pierre de Doué-la- Fontaine, dont une face et le couvercle étaient brisés. Aucun ossement dans ce sarcophage, aucun objet; rien que de la terre de remblai, avec les fragments des parties détruites. Examiné par le R. P. de la Croix et plusieurs membres des Sociétés archéologiques de l'Ouest, convoqués à cet effet, le cercueil en pierre fut reconnu, aux stries qui en forment seules la décoration rudimentaire, pour un travail de l'époque mérovingienne avancée. Nous ferons, quant à nous, les remarques suivantes :
Reconnu mérovingien, ce sarcophage contribue pour sa part à dater de la même époque l'église primitive où il était déposé. Nous ne sommes pas, en effet, en présence d'une œuvre d'art qui eût pu être employée longtemps après son exécution pour honorer un défunt, comme il arriva si souvent ailleurs, pour saint Bénigne à Dijon, par exemple (1). Notre sarcophage est d'une rusticité qui,
(1) On entend bien que notre remarque n'enlève rien au caractère surnaturel de l'annonce du fléau, telle qu'elle est rapportée aux Actes. Dès lors qu'on n'en pouvait prévoir l'irruption à une date déterminée, et quà cette date annoncée d'avance l'irruption se produisit, il y a eu prophétie authentique. Pas n'était besoin que la maladie fut déchaînée tout exprès sur le monde.
(2) Gregor. Turon. De gloria Martyrum, LI.
SAINT MM il 'lf>|
de nos jours, a fourni un argument à toi critique contre son authenticité comme cercueil de saint Maur. Il était destine à être mis dans le sol et non pas visible : quel besoin alors, d'un sarcophage orné? Mais précisément, objecte-t-on, pourquoi le mettre en terre, et non dans une crypte, sous l'autel, ou au-dessus du sol enfin, à titre de tombeau à miracles? — Parce que ce n'était point tout de suite ni sans formalités qu'on élevait un corps saint; parce qu'il n'y avait pas de crypte à creuser sous le tout petit autel mérovingien de Saint-Martin. Voici qu'on vient de retrouver le cercueil de saint Pavin, au Mans(l); cercueil authentique du vne siècle, tout semblable à celui de saint Maur. Et l'auteur de la découverte, M. Julien Chappée, établit que ce sarcophage d'abbé a d'abord été enterré quelque part dans la nef, puis transféré près de l'autel, puis derrière l'autel, dans l'axe de l'église, à la place d'honneur, de telle manière que le couvercle demeurât seul apparent. M. Chappée établit ce fait par l'examen du sarcophage et par des exemples analogues. Ajoutons y le cercueil de saint Gildas de Rhuys, dont le couvercle se voit encore en saillie sur le pavé, dans l'axe de l'église et derrière l'autel majeur. Or, il nous paraît que c'est l'histoire même du cercueil de saint Maur. Le sarcophage que nous avons retrouvé à l'endroit où on avait pris les saintes reliques pour les élever, ce sarcophage a été, après examen, « daté de l'époque avancée mérovingienne 2). )> Ainsi le saint fondateur de Glanfeuil avait été déposé d'abord dans une première sépulture; puis transféré, au vu'' siècle (3), alors que les miracles s'étaient affirmés à son tombeau, dans notre sarcophage de pierre, placé près de l'autel, de même que celui du saint abbé manceau, et de même à fleur de terre. Le couvercle faisait
1 lierue Archéol.et Hist. du Maine (1902), t. [.II, livr. Ir'.
Mélange archéol. du R. P. de la Croix, Fouilles arch. de l'àbb. de
Saint-Maur, procès-verbal, p. 22.
3) Cette translation explique parfaitement certains détails du procèsverbal de l'élévation du corps saint ri-dessus] : par exemple les reliques de saint Pierre, dépose coup hors du sarcophage ; le
nom du roi Clotaire, qui serait alors Clotaire II (613-626
saillie au-dessus du pavage. En effet les bords de l'auge en pierre étaient au niveau même des fondations primitives du sanctuaire ; et le niveau de celles-ci donnait bien celui du pavage ancien, puisqu'elles portaient encore un débris des murs en élévation. Le couvercle en dos d'âne de notre sarcophage fait donc saillie sur le pavage. C'est dans cet état que le tombeau fut entouré d'une vénération qui ne pouvait dès lors s'égarer, même pendant la période de désolation du vnie-ixe siècle ; c'est là que l'on prit, sans erreur possible, les saintes reliques pour les déposer dans un coffret de fer.. Mais il est évident que telle n'a pas été la première sépulture de saint Maur : on n'eût pu le déposer tout d'abord dans un sarcophage non enseveli entièrement sous la terre et dont le couvercle joignait mal, tant qu'il y avait à craindre les suites de la décomposition, surtout dans les circonstances de ce trépas. Odon n'a pas compris cela et nous a prouvé, une fois de plus, qu'il ne partait point en archéologue lorsqu'il a écrit, à la fin de la biographie du saint, qu'on l'avait déposé « à droite de l'autel (1). »
Résumons tout ce qui vient d'être dit. Ne faut-il pas avouer qu'une série d'indices remarquables, recueillis en dehors des écrits de l'abbé Odon, nous donne à croire qu'il y eut à Glanfeuil, sur la pente du coteau, une habitation monastique assez considérable, à en juger par le nombre des oratoires et par l'étendue du champ de sépulture? Que cette habitation, antérieure au ix° siècle, avait été contemporaine des ateliers goths d'Aquitaine, des maçons mérovingiens dont un maître' en cette matière a reconnu le faire dans les maçonneries qui restent sous terre? Antérieure même au cercueil du vne siècle exhumé de ces fondations, puisque celui-ci n'a pu être la sépulture primitive du corps qu'il contenait?
Si chacun des indices relevés ainsi ne vaut pas à lui
(1) A moins, toutefois, que le corps n'eût été enterré d'abord à cette place en 584, puis relevé au vne siècle et mis au même lieu dans le sarcophage de pierre surélevé à fleur de sol. Mais cela ne changerait absolument rien à notre raisonnement.
seul une démonstration, leur ensemble concordant, convergent vers les mêmes conclusions, s'impose à l'attention. Et, quand on constate que ces conclusions s'accordent avec le fond, souvent avec les détails, du récit rédigé par Odon de Glanteuil; que cet Odon a été dans L'impossibilité matérielle ou morale de relever ces indices; peut-on refuser de croire qu'il était renseigné par une biographie primitive ?
Beaucoup de traditions reconnues véridiques sont dépourvues d'appuis aussi nombreux. Il est vrai ; mais on allègue contre celle-ci les erreurs constatées dans les écrits d'Odon. Il nous faut les examiner : erreurs chronographiques, puis erreurs historiques en un sens plus large. Nous verrons si elles ne servent pas singulièrement à démontrer à leur manière la véritable origine de la Vita Mauri telle que nous la possédons.
Erreurs chronographiques. — Sur ce terrain, l'abbé de Glanfeuil souffre d'une infirmité que Ton peut dire rédhibitoire. Il se trompe en effet même sur les dates de faits contemporains, lorsqu'il esquisse l'histoire de son monastère au ix" siècle. Ceci a du moins un avantage, celui de garantir Odon du reproche d'imposture volontaire à raison des erreurs que nous allons relever.
La première se rencontre au début de la Vita Mauri, et elle est grossière. Elle consiste à placer la venue de saint Maux en France aux derniers jours de saint Bertrand, évêque du Mans, qui mourut en réalité soixante ans plus tard. Mabillon et d'Achery ont depuis longtemps relevé cette erreur; mais d'où provient-elle, et que signifiet-elle?
Supposons, comme nous le dit Odon, qu'il travaille sur
un document antérieur, où il faut suppléer des noms absents, afin de « le rendre plus compréhensible », apertiorem legentibus. L'abbé de'Glanfeuil trouve mention de Tévêque du Mans; mais lequel? Ne sachant pas, il consulte son ami Adelmode, archidiacre du Mans, qui s'intéresse à son travail et auquel bientôt il dédiera son œuvre : Quel est, lui demande-t-il, Tévêque qui gouvernait votre Eglise au temps du roi Théodebert? Adelmode se réfère aussitôt à une compilation qui vient précisément d'être exécutée au palais épiscopal du Mans, d'ailleurs le seul document qui donne, à cette époque, une chronologie quelconque des évêques du diocèse (1); ce sont les Actus Pontificum Cenomannis in urbe degentium, rédigés de 840 à 857 ; Odon écrit en 863. Dans le recueil manceau qu'Adelmode a vu composer par le chorévèque David, il trouve la biographie d'un des prélats de cette illustre Eglise, fondateur de monastères, qui date son testament des jours du roi Clotaire ; celui-ci règne après son cousin le roi Théodebert; et le prélat testateur dit avoir connu ce dernier (2). C'est du reste la seule fois que ce nom de Théodebert se rencontre dans les Actus Pontificum. Voilà donc bien l'évêque dont il fallait découvrir le nom; c'est saint Bertrand. Il est vrai qu'il s'agit, en réalité, dans le Testament épiscopal, des rois Clotaire II et Théodebert II, et non de leurs premiers homonymes qu'il aurait fallu trouver. L'erreur, nous l'avons reconnue : nous ne voulons ici qu'en constater la genèse et la signification.
Supposition, objectera-t-on? Oui, mais appuyée sur un texte historique. Lorsqu'une hypothèse ainsi fondée explique tout naturellement des faits et qu'elle seule les explique, n'est-il pas logique de l'adopter? Si parva licet componere magnis, quelle meilleure preuve avons-nous de la vérité de plusieurs systèmes scientifiques que de voir les hypothèses sur lesquelles ils sont fondés rendre compte de tous les phénomènes observés, et seules en rendre
(1) Cf. J. Havet, Questions Mérovingiennes, VII, pages 353, 371.
(2) P. L, t. LXXX, col. 385 et suiv. '
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C'est la méthode mathématique du problème supposé résolu. ( >don nous affirme ses relations ,i\ ec A.delmode; cette affirmation nous donne L'origine et la ciel
d'une erreur historique. Si Ton se refuse à accepter une explication de ce gençe, qu'on prouve qu'elle est impossible, ou qu'on en fournisse une autre plus vraisemblable; mais qu'on veuille bien ne pas nous alléguer encore une lois le hasard, qui eût rapproché sous la plume d'Odon des noms rapprochés de même sous celle de saint Bertrand : ce hasard serait plus inexplicable que notre supposition, et ce ne serait certes pas au nom de la méthode scientifique qu'on aurait le droit de nous l'opposer. En attendant une autre hypothèse, nous nous en tenons à la notre. C'est bien le recueil des Actus Pontifïcum qui a fourni à Odon le nom de saint Bertrand, et Adelmode qui l'a mis sur cette piste; Tépitre dédicatoire d'Odon n'est donc pas menteuse, au moins quant à leurs relations personnelles.
Mais alors une question se pose : où l'abbé de Glanfeuil avait-il pris le nom de Théodebert? Deux sources seulement peuvent le lui avoir fourni : 1° Ou bien la cédule qu'il dit avoir été retrouvée dans le sarcophage lors de l'élévation du corps de saint Maur par son prédécesseur Gauslin et dont celui-ci a donné le texte dans le procès-verbal de la translation des reliques. La cédule portait ces mots : « Ci-repose le corps du bienheureux Maur, moine et diacre, « qui vint en France tempore T/ieodoberti régis et quitta « ce monde le XVIII des calendes dé février. » 2" Ou bien les Actes primitifs de saint Maur par le moine Fauste, qu'Odon dit avoir retrouvés fortuitement. En dehors des Dialogues de saint Grégoire et de ces deux documents, l'histoire de saint Maur était une histoire a a nobis et a nos- « tiis penitus ignota et inaudita », dit l'abbé de Glanfeuil. Dans l'un et l'autre cas, il s'ensuit que saint Maur est bien venu en France, et que le fond des Actes comme le récit de l'élévation ou première translation des reliques ne sont point des fables. Nous pensons que la cédule, plutôt que le récit de Fauste, doit avoir été le document où Odon a lu
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le nom du « roi Théodebert (1) » ; cela parce que, d'après les erreurs qui ont été relevées dans l'œuvre de l'abbé de Glanfeuil, nous croyons que les Actes primitifs lui fournissaient peu de noms, et qu'il a dû lui-même y suppléer.
En résumé, l'erreur grossière commise par Odon quant à saint Bertrand, loin d'infirmer l'existence de documents antérieurs, ne va qu'à la confirmer, et à prouver qu'il y a bien eu à Glanfeuil, à l'époque mérovingienne, un saint Maur venu d'un pays étranger, qui a reposé dans le sarcophage mérovingien trouvé en 1898. Or, la tradition du Cassin et celle de Glanfeuil connaissent pour tel le disciple chéri de saint Benoît et ne connaissent que lui. Elles doivent demeurer en possession jusqu'à ce qu'on puisse découvrir un personnage authentiquement reconnu pour avoir rempli les mêmes conditions.
Il faut maintenant revenir à l'épisode de l'entrevue avec saint Romain à Druyes. Interpolation, nous le savons, mais sous laquelle on entrevoit de nouveau un texte primitif. Des détails, en effet, y restent qui font croire à l'existence d'un récit antérieur, plus simple et plus véridique.
Le point de départ des inventions de l'abbé de Glanfeuil se trouve dans la mention de saint Romain. Odon revient de Bourgogne, où il a été mettre en sûreté le corps du saint de Glanfeuil. Il suit la grande voie ordinaire qui le ramène vers la Loire à travers le pays d'Auxerre. Là les Actes primitifs tombent entre ses mains. Tout en les relisant dans leur style rustique, il y voit que Maur a été passer les jours de la Pâque auprès d'un saint moine Romain, dans cette contrée précisément. La Pâque de 543 tombant au 5 avril, la caravane italienne pouvait très normalement arriver à pareille date en ces parages ; et Maur,
(1) En quoi nous donnons une preuve d'impartialité. Car l'autre opinion impliquerait immédiatement l'existence des Actes primitifs rédigés par Fauste. Mais dès lors qu'un indice nous paraît seulement rendre moins probable cette seconde opinion, si séduisantes qu'en soient les conséquences, nous ne consentirons pas à la solliciter pour nous épargner le long chemin qui nous reste à parcourir, et nous nous rangeons pour le moment à la première.
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désireux de passer les jours saints ailleurs que SUT le grand chemin, se fit conduire vers l'ermite de Druyes qui
vivait avec quelques disciples. C'étaient si bien des ermites alors, que les nouveaux venus durent se mettre à battre l'estrade en quête de vivres, les solitaires n'étant pas pourvus pour héberger tant de monde. Ce détail est passé du texte primitif dans le récit d'Odon sans qu'il en remarquât l'invraisemblance alors qu'il parlait non plus d'ermites, mais d'un monastère constitué.
En lisant ce nom de Romain, Odon s'est demandé qui ce pouvait être. Les gens du pays ne lui en pouvaient rien dire, au ixe siècle, n'en connaissant que les miracles posthumes et les translations, d'abord à Saint-Amateur d'Auxerre, puis à l'abbaye de Saint-Germain, sur le désir des moines, vers 844. Eh bien donc, Odon ira jusqu'à Druyes, puisqu'il s'en trouve par hasard voisin. Et c'est alors qu'il voit le moutier, peut-être déjà désert et plus ou moins en ruines, depuis que le corps de saint Romain n'attire plus vers ce lieu. Quant au saint lui-même, à ce moine dont on ne sait ni la vie ni l'origine, dont les religieux de Saint-Germain d'Auxerre ont désiré posséder le corps miraculeux, et que saint Maur était venu visiter ; ne serait-il donc pas le moine Romain de Subiaco, qui disparaît des Dialogues de saint Grégoire sans laisser de traces? Ce doit être lui, conclut Odon (1). Et comme il sait par quelque tradition monastique, que saint Benoît est mort dans les jours de la Pàque, il imagine à la gloire de son héros la mise en scène de l'entrevue et de la vision du trépas glorieux.
On le voit, croyons-nous : cette invention se fonde sur quelque chose; elle s'explique très clairement dès que nous supposons à l'origine le fait des Actes primitifs tombés aux mains de l'abbé de Glanfeuil ; et certains
(1 Les moines d'Auxerre ne doivent pus être les premiers auteurs de cette légende, car ils n'écrivirent rien pour l'accréditer ; et, au xr s'.ècle seulement, ce fut un moine étranger à leur monastère qui rédigea les prétendus actes de saint Romain, en exploitant ceux de saint Maur.
détails demeurent qui cadraient naturellement avec le récit du premier biographe, tandis qu'ils deviennent presque ridicules dans l'édition interpolée du ixe siècle.
Odon nous amène à la villa de Florus, nous dit comment le monastère fut construit, et ajoute qu'au bout de huit ans on en fit la dédicace ; alors seulement y parut le roi Théodebert. A quoi Ton objecte que ces huit années de préparatifs conduisaient à l'an 550 et que Théodebert mourut en 548. C'est très vrai, l'erreur du biographe est évidente. Mais quoi? Lorsqu'il s'agit même d'actes de chancellerie, une erreur de calcul n'entraîne pas le rejet du document aux apocryphes ; c'est le maître Giry qui nous en avertit lorsqu'il signale les erreurs commises par les notaires, précisément dans la seconde moitié du ixc siècle, quant aux indications et même aux années de règne du souverain vivant (1), et cela dans des diplômes royaux, que l'on se garde bien de rejeter malgré ces taches. Les renseignements que fournissent leur texte, leurs signatures, etc., sont considérés avec raison comme de bonne prise et de bon aloi. N'en doit-on pas user de même, à plus forte raison, pour un document sans valeur juridique aucune, où une erreur de chiffres s'est glissée comme ici, due à une défaillance de mémoire chez un biographe qui écrit de longues années après les faits dont il se dit témoin oculaire, à une faute de transcription par un copiste du texte original ou un copiste de troisième main, à une lecture défectueuse d'un texte vieilli, à quelque cause fortuite enfin. Et, dans le cas qui nous arrête, cette erreur de lecture ou cette défaillance de mémoire ne sont pas de notre part des explications gratuites et bienveillantes ; l'évidence même impose l'une ou l'autre. Par hypothèse, Florus a amené à Glanfeuil de nombreux et bons ouvriers ; ceux-ci trouvent à pied d'œuvre l'eau, le bois, le sable, la pierre, la chaux. Le monastère n'a vraisemblablement pas d'étage au-dessus du rez-de-
(1 Giry. Manuel de Diplomatique, p. 724.
chaussée (1) ; il n'est pas plus voûté que ne L'était la
primitive chapelle de Saint-Martin. El n'y a pas à donner un développement bien grand aux bâtiments pour v loger une centaine de moines en dortoirs, en salles communes, sans cellules ni appartements privés, sans aucune recherche du confortable ni travaux d'art compliqués. La villa de Florus fournit d'ailleurs des pierres toutes taillée s, des sculptures toutes prêtes (nous en avons retrouvé quelques spécimens1. Dans de pareilles conditions, il n'a certainement pas fallu huit ans pour élever le monastère de Glanfeuil; trois ou quatre ans ont largement suffi. Le chiffre VIII n'est donc à nos yeux que le résultat d'un lapsus calami dû à une cause quelconque (2), et nous pensons qu'un critique sans prévention n'en saurait faire état, que pour le corriger, sans plus.
Il convient d'écarter de même deux autres reproches adressés à Odon dans le but de présenter son œuvre comme forgée de toutes pièces. L'évèque d'Angers qui procède à la dédicace de l'église est nommé par lui Eutropius. Qui est cet Eutropius, demande-t-on ? C'est, répondons nous, celui qu'Odon a trouvé dans quelque tradition angevine, en calculant d'après les huit ans donnés à la construction du monastère (8); peut-être a-t-il tout uniment consulté encore une fois un ami. En somme il s'est renseigné comme il a pu sur cet évêque d'Angers comme tout à l'heure sur celui du Mans; avec le même succès, nous en convenons. Mais imagine-t-on l'abbé de Glanfeuil,
(ii Voir la description générale que donne des monastères du \ie siècle le R. P. de Smedt, Bolland. Iji i'rance chrétienne dans l'histoire, ch. m. La vie monast. dans les (iaules au \ 1 siècle. Paris, Didot).
(2. Et, au dire de l'abbé de Glanfeuil. les erreurs de copistes, « vitio scriptorum depravati », abondaient dans le ms. qu'il avait soiîs les yeux. Celle-ci n'a pas attiré son attention, et cela se comprend de reste.
Mt(r Duchesne (Fastes Ejpiscop. de l'Ane Gaule, 1900, t. II, p. 348), attribue à Odon l'invention dKutmpius. Nous croyons qu'elle était plus ancienne et demeurait flottante dans (a tradition populaire. Mais nous ne prétendons nullement rompre une lance pour l'existence de ce personnage problématique : les listes épiscopales lui sont trop défavorables, et rortunat fait vivre jusque 558 le prédé< esseur, saint Aubin.
qui de sa colline voyait les maisons d'Angers, inventant un évêque dont personne dans le diocèse n'aurait ouï parier avant lui ? C'eût été par trop maladroitement trahir son imposture. Les faussaires de l'époque cherchaient au moins des noms connus à mettre en scène ; et le maître Giry a prêté à Odon le même procédé à propos des noms de Faustus et de Séverin. Pourquoi supposer ici tout le contraire, et à rencontre des vraisemblances? Qui sait si nous ne nous trouvons pas ici en présence d'un de ces cas, assez fréquents au M. A., où un personnage avait nom et surnom ? Benoît d' Aniane et Euticius ne sont-ils pas deux noms de la même personne? Aubin et Eutropius pourraient être aussi le même évêque, ce nom grec ayant comme Euticius allure de surnom. Au surplus l'existence du personnage n'est pas ce qui nous intéresse ; d'après ce que nous avons dit ci-dessus, le prélat consécrateur de Glanfeuil fut saint Aubin, vers l'année 546. Nous ne voulons que préciser ceci : Odon a pu être induit en erreur sur le nom et la date ; mais il ri a pas pu essayer d'inventer ce nom ; et c'est tout ce qu'il nous faut retenir quant au crédit que mérite la \ita Mauri.
Plus facile encore à écarter se présente le reproche adressé au récit de la Translation de saint Maur à propos du comte Gaidulf, ce laïque auquel « le roi Pépin » aurait livré Glanfeuil et qui en aurait été le destructeur pire que plus tard les Normands. C'est à lui, en effet, qu'Odon attribue la dispersion des religieux, et la ruine des édifices conduite systématiquement. Or, nous nous sommes laissé dire que le maître Giry avait retrouvé ailleurs ce même nom de Gaidulf et le considérait comme « une sorte de croquemitaine » légendaire, sur le compte duquel les moines mettaient leur pénurie de documents. Où le maître a fait cette découverte, nous n'en savons rien ; mais admettons pour le moment. Un chef militaire, bien réellement nommé Gaidulf, a pu, selon un usage trop fréquent au vme siècle, posséder deux ou trois abbaj^es et les exploiter de même. D'où son nom se retrouverait ailleurs
SAINT M A ru 'iTI
qu'à Glanfeuil, chargé des mêmes malédictions. Et quand
cette supposition serait rejetée, une autre explication très plausible se présente et oppose une fin de non-recevoir à l'objection. Les désastres de la commende militaire sous Charles Martel et Pépin avaient été nombreux ; quelqu'un de ces chefs rapaces, nommé Gaidulf, aurait laissé une réputation particulièrement odieuse et serait devenu pour la gent monastique une sorte de Barbe-Bleue. Des chroniqueurs se seraient pris à appeler Gaidulf ceux de ses pareils dont ils ignoraient le nom ; rien de surprenant à cela, rien qui puisse faire suspecter le fond de leurs récits. Dans combien de documents trouve-t-on des destructions mises au compte des Huns ou des Sarrazins, alors qu'en réalité elles furent l'œuvre d'autres peuples barbares ? Les Huns dans le nord et l'est de la Gaule, les Sarrazins dans le midi et le centre, sont demeurés dans la mémoire des peuples comme les Barbares par excellence, chargés de toutes les malédictions ; Gaidulf est resté le type ducommendataire oppresseuret destructeur; pas plus dans un cas que dans l'autre il n'y a lieu de rejeter pour cela le fond des récits auxquels ces noms sont mêlés.
Quant à la destruction partielle des Chartes de Glanfeuil, qu'Odon attribue au farouche commendataire, il s'en trouve dans les histoires des exemples parfaitement authentiques, et l'on n'est pas fondé à noter l'abbé de Glanfeuil d'imposture à ce propos.
Erreurs historiques. — On reproche à Odon d'avoir considéré Théodebert comme roi unique des Lrancs et de nous avoir ainsi montré ce roi d'Austrasie en possession de domaines royaux situés sur la rive gauche de la Loire, dans les Etats de ses oncles (1). Il est bien exact que l'abbé de Glanfeuil écrit de ce prince comme un Kranc du ix' siècle, qui ne parait pas soupçonner le partage de la
(1) Encore un de ces indices qui montrent combien Odon était capable d'archéologie, lui qui ignorait l'histoire à ce point. Or s.ms histoire pas d archéologie.
Gaule entre les fils de Clovis. S'ensuit-il que la donation du fiscus Boscus par Théodebert à saint Maur soit une fable, par la raison que le roi d'Austrasie ne pouvait posséder cette terre? Pas le moins du monde. Nous savons en effet, par des diplômes authentiques, que les rois d'Austrasie, au vu'' siècle, possédaient certains domaines au midi de la Loire et en avaient cédé quelques uns à des abbayes de leurs états, celle de Stavelot, par exemple (1). C'est aujourd'hui un fait reconnu que les^ princes mérovingiens se partageaient les territoires sans tenir du tout à une homogénéité complète. Chacun se réservait dans l'héritage paternel des lots à sa convenance, petits ou grands, où que fussent situés ces domaines divers. Et les royaux possesseurs allaient à leur gré visiter ces propriétés éloignées, sans nulle formalité diplomatique ; tout ainsi que Théodebert vient à Glanfeuil voir son ami Florus.
Donc encore une de ces erreurs du biographe de Glanfeuil qui font transparaître sous son récit des documents antérieurs ; comment, sans cela, nous rapporterait-il un fait historiquement plausible alors qu'il n'en connaît et n'en donne qu'une raison historiquement fausse? Or, nous le rappelons, la mention et le rôle de Théodebert dans la Vita Mauri sont l'argument principal à l'aide duquel les adversaires de l'authenticité la combattent et la nient. Et voilà que Théodebert a pu parfaitement posséder des domaines aux environs de Glanfeuil, y venir librement, en disposer à sa guise ; nous allons voir qu'il a pu être l'ami de Florus ; il a pu connaître de répu-
(1) Cf. Revue de l'Ecole des Chartes, juillet-octobre 1899, page 380, art. de M. Léon Maître sur des chartes de Stavelot : « Nous avons par « des actes de faveur plus récents (que le vu" s ) et plus explicites la « certitude que les religieux de Stavelot possédaient des biens en « Aquitaine, c'est-à-dire au-delà de la Loire. Le diplôme de confirma- « tion accordé à la même abbaye par le roi Théodoric 111 (de « Neustrie) relate que son patrimoine (celui de l'abbaye) comprenait <■ quelques villas détachées du fisc royal situées ultra Ligerim. Par «• un autre diplôme du 20 mai 877, le roi Louis confirma aux monas- « tères de Stavelot et de Malmédy les donations de Sigebert 111 (roi « d'Austrasie en 651), notamment alignas villas tam ultra Ligerim « quam alias res proprias. »
SAINT MAT II '| t',\
tatioD le patriarche du Cassin ; en un mot, pas un seul des
traits qui marquent son intervention dans le récit d'Odon n'est sujet à récusation fondée : cela, encore une fois, quand Odon nous montre qu'il n'avait par l'étude de L'histoire nulle connaissance des motifs qui pourtant expliquent tout son récit. L'argument principal de ses adversaires ne se retourne-t-il donc pas contre eux avec toute sa force? Achevons de le montrer en parlant de Florus.
Ce noble gallo-romain au service du roi d'Austrasie, intime de ce prince et possesseur à titre héréditaire, non pas à titre bénéficiaire, d'un domaine à Glanfeuil, ce nom pose-t-il vraiment une énigme? Elle pourrait alors être assez facilement dénouée. Grégoire de Tours ne nous apprend-il pas qu'au temps où l'Austrasie avait pour roi Thierry, fils de Clovis et père de Théodebert, à la suite de la guerre d'Auvergne soutenue contre son frère Childebert (de qui dépendait le territoire d'Angers), ledit roi Thierry stipula dans le traité de paix un échange d'otages. Et l'historien ajoute : « Multi tune filii senatorum in hac « obsidione dati sunt(l).» Qui nous démontrera que le riche Florus ne fut pas un de ces jeunes « fils de sénateurs » envoyés par Childebert en Austrasie ? qu'il n'y a pas grandi avec Théodebert, héritier du trône, auquel dès lors l'attacha une amitié telle que nous la dépeint l'abbé de Glanfeuil? Une telle explication, fondée encore une fois sur l'histoire et en plein accord avec le récit qui nous est fait par Odon, ne permet plus d'opposer à celui-ci une (in de non-recevoir (2).
Concluons. C'était à bon droit qu'on disait o particulière- " ment délicate » la critique de la Vita Mauri, dont o toutes les erreurs sont insuffisantes à prouver qu'il n'a « pas existé une Vie primitive (3). » Nous pouvons main-
l HUtor. Francor., lib. III, § 15. — Obsidio signifie ici échange
L,res.
Nous aurons à revenir sur ce point. Mail dès maintenant, qu'on veuille bien noter que nous parlons d'un de ces otages, et non de tous. Ci-dessus, page '»20.
tenant dire plus, puisque nous constatons comment ces erreurs, vraies ou apparentes, ramènent invariablement à supposer ce texte primitif quand on recherche leur genèse. Leur auteur ignore l'histoire ; il ne voit plus les monuments du passé ou ne les comprend plus ; « la tradition « orale, d'ailleurs, n'existe pas pour un espace de trois « siècles (1) », surtout à Glanfeuil après une interruption de cent ans ; elle n'a donc pas pu le renseigner. Le hasard enfin n'est pas une explication recevable de la coïncidence perpétuelle du fond du récit avec l'histoire authentique. Enfin l'archéologie relève une série d'indices qui confirment directement les dires du biographe. Il faut donc que son texte, comme tous les textes carolingiens, procède d'une source écrite (2), comme Odon l'affirme lui-même.
Il ne nous reste plus à dire que quelques mots de deux arguments extrinsèques invoqués contre lui par la critique.
Diplômes grattés. — Nous avons ci-dessus mentionné quatre diplômes de Charles le Chauve en faveur de Glanfeuil (3), dans lesquels est affirmée par trois fois la sépulture du B. Maur en ce « lieu vénérable » où il est l'objet d'un culte. Mais la critique s'est méfiée : ce sont là copies, peut-être altérées, a-t-elle dit (4). A ce compte l'histoire va devenir difficile à écrire ; si l'on ne doit plus ajouter foi qu'aux originaux, nous devons nous résigner à ignorer beaucoup de choses. Par bonheur les originaux existent pour deux des diplômes qui nous intéressent; mais où la copie porte mention de la sépulture de saint Maur à Glanfeuil, l'original n'offre plus qu'un espace gratté avec soin,
(1) Ci-dessus, page 424.
(2) Ibid.
(3] Ibid.
(4) Malnory, Quid Luxovienses monacki... page 25.
SAINT MAUR 'i 7 T>
vide et muet. Qu'est-ce à dire? Le bon sens répond que l'original concordait là comme en tout le reste avec la
copie; qu'en certaines circonstances données, cette ligne B gêné quelqu'un, et que ce quelqu'un a gratté sans scrupule ce qui le gênait. Deviner l'auteur et le motif de cette altération n'est point malaisé. Is fecit eut prodest. Pusses seurdes diplômes originaux, le monastère de Saint-.Maur des Fossés a trouvé désagréable et gênante pour ses intérêts la mention du corps saint à Glanfeuil, alors qu'il reposait définitivement aux Fossés. On a donc gratté la ligne importune (1), avec la même assurance qu'au concile de Tours on produisit une bulle fausse contre les droits de Glanfeuil.
Tout cela va de soi, semble-t-il. Mais la critique a des yeux de lynx; aussi a-t-elle découvert à l'endroit gratté les restes de quatre lettres, c'est-à-dire l'extrémité supérieure de quatre hastes, et elle nous affirme que ces quatre lettres étaient b, d, h, 1, et que leur place ne concorde pas avec le texte donné par la copie. D'où « un soupçon grave : il « devait y avoir là autre chose que dans la copie, quelque <( chose qui contredisait les fables publiées par Odon (2). » Hé bien, en ce cas, les moines des Fossés n'avaient qu'à laisser ce texte : dans leur querelle séculaire avec Glanfeuil c'était un excellent argument, n'est-il pas vrai7 La vérité est que nous ne sommes plus ici sur le terrain de la critique historique, mais en plein champ d'hypothèses. Le trop clairvoyant critique en a bien conscience; car il finit par dire qu'après tout, si on veut admettre que le
1 Altération bien inutile, d'ailleurs, et qui a dû être faite assez tard, à une époque où L'on ne comprenait plus certaines formules anciennes. Dans mainte charte, en effet, mention de la sépulture de tel saint en tel lieu était faite uniquement pour préciser qu< lieu était bien celui où le bienheureux avait vécu, et alors même que ses reliques n'v étaient plus. Pour Glanfeuil, les diplômes de Charles le Chauve exprimaient bien un fait lorsqu'ils furent expédiés ; après la translation, la mention de la sépulture pouvait demeurer sans tirer à conséquence, et on l'eût compris ainsi h la fin du ix siècle encore, peut-être même au suivant. A notre avis, le grattage n'a été opéré qu'au xr siècle, lorsque- la lutte de Glanfeuil pour son indépendance à l'égard des Fossésétail la plus ardente.
2 Malnory, op. cit., page 25.
grattage a eu lieu après la translation des reliques de saint Maur aux Fossés, il ne s'y oppose pas. Pourquoi donc avoir échafaudé des soupçons à grand appareil d'érudition, qui sollicitait l'attention des juges de cette thèse en Sorbonne, tandis que la conclusion du sens commun se cache à la fin en trois lignes (1)? Mais le pis est que les parchemins ont parlé; comme la terre de Glanfeuil, ils ont rendu ce que Ton croyait détruit. Des yeux expérimentés ont réussi à relire sur l'un toute la phrase portée sur la copie ; sur l'autre, à peu près tout, et même le mot adhiic omis dans la copie de Dom Bouquet. Et les hastes concordent ! Grégoire de Tours. — On eût été surpris de ne pas voir l'argument négatif intervenir dans le cas de saint Maur. Le voici, et il est tiré du silence de saint Grégoire de Tours, au sujet du fondateur de Glanfeuil. Silence complet, en effet. Mabillon, en sa Préface au iPr siècle bénédictin, a énuméré bon nombre d'autres saints, contemporains de Grégoire, voire ses suffragants, sur lesquels le biographe des Confesseurs garde un silence non moins absolu. De nos jours le R. P. de Smedt, Bollandiste, écrit que « Gréce goire de Tours ne semble pas du tout avoir compris « l'importance du rôle des moines. Les noms des grands « promoteurs de la vie cénobitique dans sa patrie, sauf « une vingtaine sur lesquels il a écrit de courtes notices, « ne se présentent qu'incidemment sous sa plume à proc< pos des événements politiques ou religieux auxquels ils « ont été mêlés. Beaucoup même lui sont demeurés com- « plètement inconnus, ou du moins n'ont pas été men- « tionnés par lui, tels saint Calais, saint Paterne, saint « Maur, saint Liéphard, saint Laumer, saint Imier, saint « Marcoul, saint Samson, saint Magloire, saint Malo, et
(1) Ces conjectures de parti-pris ont failli jouer un bien mauvais tour au maître Giry, qui les avait remarquées. Plein de son idée d'une biographie copiée sur l'apocryphe de saint Séverin, il se demandait si ce grattage n'était pas révélateur de la fraude, si Odon était bien Odon, etc., etc. Kt il annonçait un travail orienté d'après ces demi-lueurs. Le travail est demeuré à l'état d'ébauche. Le maître ne s'est-il pas aperçu qu'il se fourvoyait ?
u une foule d'autres I . « Saint Maur, en effet, n'a été mêlé à aucun événement politique ou religieux de L'époque, d'après sa biographie : L'authenticité de celle-ci est donc plutôt confirmée qu'infirmée par Le silence de Grégoire de
Tours '2 .
Mais il est un silence bien plus éloquent, et que le critique doit remarquer dans la cause de saint Maur : le silence du Cassin, de Subiaco, de Rome, de l'Italie entière.
Il 3' a, en effet, contestation pour le corps de saint Benoît; il v a eu des prétentions contradictoires quant à celui de saint Placide : et cependant jamais l'Italie, ni le Cassin, ni Rome, ni Subiaco n'ont connu au sujet de saint .Maur d'autre tradition que celle de Glanfeuil. Le Cassin, qui garde avec honneur et une juste fierté les corps des saints dont il fut le nourricier, qu'ils aient été de leur temps célèbres ou obscurs, n'a jamais revendiqué la possession de celui dont les reliques eussent été précieuses entre toutes, du disciple préféré de saint Benoît. Serait-ce que saint Maur aurait terminé sa carrière à Rome, après le désastre du Cassin, vers 580? Mais Rome n'a gardé de lui aucun vestige, aucun souvenir, bien qu'on y ait vu fleurir tant de monastères bénédictins dès les premiers temps du moyen âge. Nulle part en Italie nous ne retrouvons ses traces, ni surtout sa sépulture : fait assez remarquable pour qui connaît tant soit peu les inventaires de reliques dressés dans les abbayes et les cathédrales : on devait s'attendre à voir un saint si connu, qu'avaient popularisé dans tout l'Ordre bénédictin les Dialogues de saint Grégoire, revendiqué par plusieurs monastères bien plutôt
11) De Smedt, La rie monastique dans In (iaule au vr siècle fch. 111 de l'ouvrage intitulé La France chrétienne dans l'histoire, Paris. Didot, 1894
(2) Ce silence deviendrait au contraire étonnant, si le fondateur de (ilanfeuil avait été, comme on a essayé de l'insinuer, quelque moine de Marmoutier, contemporain donc de Grégoire de Tours, car on n'oserait pas sans doute exhumer d'un sarcophage mérovingien un Maur du \" Siècle; contemporain, tout voisin, fils de Marmoutier; et f/ré^oire l'eut ignoré! En ce cas l'argument négatif deviendrait réellement grave, mais à rencontre de l'hypothèse d'un Maur quelconque venu de Marmoutier.
qu'oublié de tous. Or tous acceptent la tradition angevine et en termes explicites.
Cette tradition est accueillie même des monastères voisins de Glanfeuil, plus anciens que le ixe siècle, et qui eussent dû protester contre la prétention de donner à Glanfeuil une origine aussi haute, si cette prétention leur eût paru non justifiée, si Glanfeuil eût commencé sous leurs yeux, au vne siècle comme le veulent certains critiques, à l'état de moutier obscur. Les monastères riverains de la Loire, comme Saint-Florent du Mont-Glonne par exemple, n'auraient pas manqué de protester. Rien de pareil ne s'est produit.
Voilà, semble-t-il, un acquiescement universel autrement significatif que le silence de Grégoire de Tours.
Nous avions, dans notre premier travail, cru pouvoir aller plus loin et affirmer une tradition cassinienne, indépendante et concordante. Nous faisions état du manuscrit n° 175 du Mont Cassin, qui nous fournissait une note de nature à démontrer l'existence des Actes primitifs par un document indépendant de l'édition du ixc siècle. Nous y étions autorisés par l'accord de Dom Mabillon et de Dom Tosti, qui tous deux avaient publié cette note en la datant tous deux du vm'J siècle finissant. Dom Tosti, écrivant sur place, et révisant sur l'original le texte donné par Mabillon, nous paraissait un garant assuré. Pour plus de sécurité nous avions écrit au Mont Cassin, à l'effet d'avoir l'avis du savant archiviste Dom Amelli. Mais n'avant été honorés d'aucune réponse, nous avions cru pouvoir nous en tenir aux autorités ci-dessus visées. En quoi nous nous trompions. Un ami qui a lu notre travail et qui a vu le manuscrit, nous a fait savoir depuis que celui-ci datait seulement de l'année 912. La note, où se retrouve mention explicite d'un fait consigné dans le récit d'Odon, dépend donc de celui-ci. Elle n'a plus d'autre valeur que d'affirmer l'adhésion explicite du Cassin à la tradition angevine, dès une époque toute voisine de la rédaction nouvelle.
Faut-il en terminant dire un mot de la trouvaille qui mit
une copie de ces Actes primitifs aux mains de l'abbé de Glanfeuil ? Déjà vieux et fatigué, ee manuscrit se trouve
dans la besace d'un clerc du Mont-Saint-M iche] qui revient de Rome et attend avec Odon le bac pour traverser la Saune. On trouve cela invraisemblable : pourquoi le serait-ce, quand on accepte par exemple, de Grégoire de Tours, la découverte des Actes de saint Bénigne dans les bagages de pèlerins qui se rendent en Italie (1)? Et combien d'érudits, de travailleurs plus obscurs ont, de notre temps et à notre connaissance, rencontré sur leur route semblables bonnes fortunes? Ce n'est pas ici le lieu de conter des anecdotes, dont quelques-unes pourtant ne manqueraient point de piquant ; on en pourrait citer qui sont entrées dans l'histoire et ont valu la célébrité à ceux qui furent favorisés ainsi par des circonstances providentielles. Mais il nous paraît superflu d'insister et de prolonger une étude déjà trop longue.
Pour résumer et conclure : On n'a pas pu prouver que l'œuvre d'Odon soit inspirée par un apocryphe du ix' siècle. Elle se sépare des apocryphes carolingiens par les deux prologues qui la précèdent. Après l'avoir débarrassée d'interpolations accessoires évidemment dues au rédacteur carolingien, nous avons noté : 1° Toute une série de faits et de détails qui ont franchement couleur du vie siècle, qu'appuient résolument l'histoire et l'archéologie, et qui forment la trame du récit; 2° Une série d'erreurs, qui supposent toutes un document antérieur et véridique, mais incomplet quant aux noms et aux dates : c'est en ajoutant ces noms et ces dates que le second rédacteur a commis ses bévues, quoiqu'on ne puisse rien objecter au nom de l'histoire à l'encontre des faits qu'il raconte, lîien au contraire l'histoire les appuie à l'insu de l'écrivain. Or la physionomie d'un document incomplet sur ces deux points est bien celle d'un récit fait, au vr siècle, à l'étranger, par un moine étranger, pour d'autres moines étrangers. A ce
1 Miraculor., lib. I. De gïoria Mari., cap. i.i.
biographe primitif comme à ses lecteurs les noms et les dates de l'histoire mérovingienne importaient peu, et on les pouvait laisser de côté ; ils n'avaient à faire que l'histoire intime de leur famille monastique, et du saint lui-même dans ce milieu restreint. Aussi acceptons nous la signature de Faustus pour cette œuvre primitive. Nous l'acceptons parce que nous croyons Odon sincère d'une manière générale, et sincère l'attribution qu'il fait à ce Faustus d'un document dont les caractères répondent à cette attribution.
Nous ne comptons point que nos observations 'déterminent la critique à se déjuger sur cette question ; cela ne se voit guère. Mais nous comptons qu'elle consentira tout au moins à nous reconnaître le droit motivé de garder notre tradition comme plausible à tout le moins, et de nous appuyer au besoin sur le document que nous venons d'analyser; qu'elle renoncera surtout à faire de ce document le type achevé des impostures littéraires du moyen âge.
Réponse aux cm-ticju.es.
Les Bollandistes nous ont fait l'honneur de s'occuper de notre Etude; et voici en quels termes s'est exprimé leur organe (1) :
Etude critique sur les Actes de saint Maur
« Nouvel effort pour défendre, notamment contre M. « l'abbé Malnory et feu A. Giry (Cfr. Anal. BolL, xv, « 355, 356), l'autorité historique de la Vie de saint Maur. « Effort malheureux, croyons nous, et quand il s'agit de « mettre au compte de l'abbé Odon de Glanfeuil les erreurs « et les anachronismes trop nombreux et trop évidents (( qui se rencontrent dans la Vie; et quand Dom L'H. « s'ingénie à trouver et à faire valoir, dans le résidu, des « indices révélant l'existence d'une Vie primitive.
(1) Analecta Bolland., t. XXIII, fasc. I, page 102.
SAINT MAUP 'iSI
« Parmi les considérations nouvelles, autant que je 8 puis voir. — présentées par Dom L'H. en faveur de sou
i opinion, nous en relèverons une, qui donnera une Id e « du reste. Il s'agit de prouver que Théodebert, roi q d'Austrasie, « a pu être l'ami de Florus », le noble « personnage que la Vie montre établi à Glanfeuil dans 8 l'Anjou, par conséquent en dehors du territoire aus- 8 trasien. — Ce noble gallo-romain, écrit Dom L'H., au « service du roi d'Austrasie, intime de ce prince [voir « ce passage ci-dessus page 473 jusqu'à la fin de Valinéa). « Est-ce là vraiment une explication fondée sur i histoire, « et les jeunes fils de sénateurs envoyés en Austrasie v « ont-ils vraiment été traités de la sorte, au point d'être « élevés avec l'héritier du trône et d'entrer dans son 8 intimité? Certes non, et l'histoire apprend tout le « contraire. Il suffit pour s'en convaincre de transcrire « la suite du texte dont on vient de citer quelques mots. « Grégoire de Tours dit en effet (Hist. Franc, III, 15 : Mutti tune filii senatorum in hac obsidione dati sunt ; sed orto iterum inter reges scandalo, ad seroitium publicum sunt addicti ; et quicumque cos ad custodiendum accepit, servos sibi ex kis fecit . Multi tamen ex eis per fugam lapsi in patriam rcdicrant, nonnulli in servitio sunt retenti. Et ce qu'était ce servitium, l'évèque de Tours « nous le fait comprendre quand il continue : Inter quos Attalus nepos beati Gregorii Lingonici episcopi, ad publicurn servitium mancipatus est custosque equorum destinaius. Erat enim intra Trevirici termini territorium cuidam barbaro serviens. »
La critique rend ordinairement son verdict à l'abri des répliques qui gâteraient le métier. Pour une fois qu'il est possible de lui répondre, nous en profiterons.
Encore que notre travail de recherches sous la terre et sous l'histoire fût un peu bien celui de la taupe, nous ne sommes pourtant pas taupe à ce degré de ne pas
voir au-delà d'an point et virgule. Ni si maladroit non plus que nous espérions dérober une demi-page de texte au premier lecteur qui s'avisera de contrôler notre citation sans avoir seulement le feuillet à tourner ou deux lignes à enjamber. Soucieux d'alléger notre étude, nous constations que l'histoire nous fournissait, quoi qu'on en dise, un point d'appui quant au détail en ques^ tion, et que bien réellement déjeunes seigneurs neustriens avaient été transportés en Austrasie. Cela nous paraissait expliquer ce Florus, que les Actes nous montrent, non pas « établi à Glanfeuil », mais possesseur héréditaire de ce riche domaine et vivant cependant en Austrasie. Nous aurions dû, à ce point précis, développer notre pensée comme il suit.
Le sort de ces jeunes otages est devenu triste, après un temps, lors d'une nouvelle rupture entre les deux rois : c'est donc que jusqu'alors ils avaient conservé les prérogatives de leur rang. Mais nous n'avons pas dit, comme on nous le fait dire, qu'ils avaient été tous élevés avec l'héritier du trône d' Austrasie. Nous avons dit qu'im d'entre eux, notre Florus, plusieurs peut-être, pouvaient avoir été introduits à l'école du palais, selon la coutume des cours mérovingiennes. Pendant ce séjour, leur liaison se forme avec le jeune Théodebert, qui paraît bien avoir été du même âge que Florus. La rupture survenant, notre personnage a très bien pu être mis à l'abri de l'orage, par la faveur de l'héritier royal : des exceptions plus imprévues que celle-là se rencontrent dans ces orageux palais, tantôt poétiques jusqu'au roman, tantôt tragiques jusqu'à l'horrible, et parfois l'un et l'autre ensemble. On ne l'admet pas? Soit. Florus aura été dégradé jusqu'à l'écurie. Mais Théodebert aura continué à l'aimer dans son malheur, comme Jonathas aimait David persécuté. Le texte de Grégoire de Tours, l'épisode du neveu de l'évêque de Langres, nous montrent assez que ces esclaves d'un nouveau genre n'étaient pas considérés par leurs maîtres comme serfs dans les conditions ordinaires; qu'on
SAINT M.\r u 183
provovait pour eux un autre avenir ; seulement on en
voulait de bonnes rançons. Ainsi Théodebert pouvait entretenir à L'égard de Florus une affection qui plus tard
se serait traduite par la situation brillante faite à cet ami de jeunesse.
Tout cela répond au texte de la Vita Mauri ; tout cela est. quoi qu'on dise, suffisamment autorisé par L'histoire, qu'Odon ignorait. Que si pourtant le lecteur n'est pas convaincu, nous pourrions lui demander de prouver que notre hypothèse, ainsi développée, est impossible. Mais non; n'insistons plus sur un détail aussi minime. Tant d'autres causes ignorées, fortuites, vulgaires comme les circonstances de la vie quotidienne, peuvent avoir mené Florus en Austrasie et fait sa fortune politique, qu'il n'est même pas besoin d'en chercher une explication historique. Qu'il en soit donc ce qu'on voudra de notre explication; la situation prêtée par Odon au leude Florus n'ayant rien d'anormal, si l'on n'accepte pas nos dires il n'y aura de moins dans notre démonstration qu'un confïrmatur d'ordre secondaire ; mais il n'y aura pas un argument de plus au service de l'opinion adverse. Il n'y aura pas même un discrédit jeté sur la loyauté ni la rectitude de notre méthode, aux yeux des lecteurs qui auront connaissance de notre explication. Car les lignes que notre critique a demandées à Grégoire de Tours pour nous anéantir ne modifient rien à notre conjecture, telle du moins que nous l'avions formulée (non pas telle qu'on l'a transcrite pour nous combattre ). C'est pourquoi nous avions cru demeurer exact et loyal sans entrer dans tant d'explications pour un fait si secondaire. Nous avions souci de n'être pas trop prolixe ; et voilà qu'il nous en coûte (ainsi qu'au lecteur plusieurs pages de surcroît pour payer notre imprudence !
Cette explication donnée, à notre tour critiquons Le critique ; et ce sera bref, car la partie est belle.
L'érudition bollandienne, occupée comme de juste à des travaux plus utiles, n'a pas pris garde à la méprise
que la double autorité de Mabillon et de Tosti nous avait fait commettre au sujet de l'inscription cassinienne (ci-dessus page 478). La satisfaction nous demeure donc entière de rectifier nous-mêmes et de plein gré notre erreur. Le lecteur verra en cela, nous l'espérons, une preuve de la loyauté avec laquelle nous avons souci de discuter. Le soupçon que pourrait faire naître dans son esprit l'argument unique du Révérend Père A. P. sera ainsi dissipé.
Quelle est maintenant cette logique, en vertu de laquelle on va prendre dans un travail un détail d'arrière-plan, pour conclure : « Ceci donnera une idée du reste»? Avec autant de raison nous dirions : Les Analecta ont loué sans réserve une page de Giry, et se sont fourvoyés ainsi : cela donne une idée de leurs autres publications. — Quelle logique, encore une fois ; et quel procédé de critique î Et de quoi « ceci » doit-il donner l'idée ? De tout ce que le Révérend Père a jugé superflu d'indiquer, même d'un mot, et que les lecteurs des Analecta ignoreront toujours :
Que les Bollandistes avaient applaudi à une thèse insoutenable ;
Que cette thèse de feu Giry a été réfutée point par point ;
Que des faits matériels sont venus modifier complètement la position de la défense depuis que Giry et Malnory avaient attaqué : — Découvertes archéologiques, dont les conclusions ont été tirées ; — preuve diplomatique que les rois austrasiens possédaient des propriétés sur la rive gauche de la Loire ; — démenti donné par les manuscrits originaux à des insinuations gratuites ; — aveu arraché à Giry par l'évidence, au sujet de l'impossibilité d'infirmer par un simple relevé d'erreurs historiques l'existence d'un document primitif, comme au sujet des conditions particulières dans lesquelles se présente l'œuvre d'Odon.
Tout cela est neuf, le Révérend Père le sait mieux que
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personne. Et tout cela forme la plus grande partir de notre travail. Mais de tout cela, nul ne soupçonnera seulement l'existence, à ne lire que le compte rendu des Analecta.
Au lecteur d'apprécier une telle méthode; et si certaines lignes de notre Introduction sur les dédains des critiques l'avaient d'aventure étonné, il en trouverait ici une confirmation assez précise. Pareils procédés ne sauraient être mieux jugés que par les paroles suivantes, dues à un confrère des Pères Bollandistes (1) :
« 11 est grandement regrettable que des revues, qui « pourraient contribuer beaucoup à donner du tempéra- « ment, de la justesse à l'esprit public, en soient venues à « prendre les mœurs des journaux, et pas des meilleurs. » Tout entières à un programme qu elles veulent faire « triompher, leur partialité devient palpable. Je ne parle « pas des articles de fond, car on conçoit qu'un périodique « se ,consacre à seconder un mouvement d'idées qu'il « estime louable; je fais allusion aux comptes rendus « qu'elles donnent des livres ou des articles parus ail- « leurs. Au lieu de présenter la substance du travail « analysé, son exacte signification, son vrai jour; il n'est « pas rare qu'on en retienne une phrase ou deux : celles « qui plaisent; fussent-elles d'ailleurs là à l'état de chose « incidente et contre l'esprit général de l'écrit.
« Qu'on ne dise pas qu'en procédant de la sorte le « chroniqueur littéraire use du droit qu'il a d'appuyer <( les idées de sa revue par le témoignage même des « adversaires; car il a aussi vis-à-vis de son public un « devoir : celui de le renseigner, même au sujet des choses (( qui lui déplaisent. Agir différemment, c'est aggraver « les conflits d'opinions et alimenter les procès de teji- « dance. »
— La Bibliothèque de i Ecole des Chartes (sept.-déc. 1903, pag. 010) n'a pas voulu laisser protester la signature
(1) Etudes Beligieuses, février 1902, p. 337.
du professeur Giry ; l'esprit de corps, si estimable qu'il soit, devrait pourtant céder devant l'évidence. Mais il faut bien constater ce que nous avons noté plus haut, la superstition des noms et la conviction qu'en dehors des maîtres patentés par l'opinion il n'y a pas de science. On répétera donc imperturbablement les assertions les plus clairement réfutées; on recourra aux arguments les moins critiques, pourvu qu'on sauve la mise de la maison. Et nous sommes, nous pauvres, obligés de subir ces jugements aussi peu critiques que possible, faute d'une tribune où l'on veuille nous laisser répondre. Puisque cette fois nous le pouvons, reproduisons parallèlement la critique et notre réponse :
Bibl. E. des Ch.
Reprenant la thèse bénédictine, le R. P. dom L'Huillier conclut, sinon à l'authenticité du récit d'Eudes de Glanfeuil, du moins à l'utilisation, par cet auteur, d'un « document « antérieur et véridique. »
Sa dissertation débute par une réfutation de la trop courte note de M. Giry, note évidemment insuffisante, mais qui reste malgré tout une heureuse contribution à l'étude des sources d'Eudes de Glanfeuil. S'il est, en effet, excessif d'admettre que Faustus-Severini est la source unique de Faustus-Mauri, il me semble impossible de nier les, rapports qui existent entre les deux textes.
Le P. L'Huillier s'appuie principalement sur les remarquables fouilles faites par le P. de la Croix et dont les résultats confirment si heu-
Rêjtonse.
Nos lecteurs peuvent se reporter eux-mêmes aux pages ... — ... ci-dessus, et voir s'il est impossible de nier ces rapports, qu'il nous semble au contraire impossible d'établir. La Note de M. Giry eût pu être dix fois plus longue qu'elle n'y eût pas réussi, car on ne peut trouver œuvres plus dissemblables quant au fond.
Pour les besoins de la cause, Eudes (Odon) devient « un faussaire fort intelli- « gent », lui que jusqu'à
reusement les renseignements
que nous donne le chroniqueur du i\ siècle. Quelle
conclusion tirer de ces renseignements? Il me parait difficile d'admettre qu'un chroniqueur du i\' siècle n'ait pu interpréter les ruines très caractéristiques qu'il avait sous les yeux, et je crois qu'il faut considérer Eudes comme un faussaire fort intelligent et curieux de ce que nous appelons l'archéologie.
L'argument tiré de l'étude du texte que publia dom Tosti, n'est pas plus sérieux. Ce texte, qui est du vin" siècle, fait allusion à un miracle très banal qui est raconté en une demi-ligne. Le hasard veut qu'un miracle analogue ait été imaginé par Eudes de Glanfeuil et raconté par lui assez longuement. Comment admettre que les deux mentions dérivent d'une même tradition cassinienne et comment en conclure à l'authenticité de la Vita Mauri ?
présent chacun présentait
à l'envi comme un m;iln droit, qu'il était bien du reste. Bien plus, il devient archéologue! Sans histoire, pourtant, point d'archéologie; et l'ignorance historique d'Odon est-elle as prouvée? A\ons-nous assez longuement démontré pages 442-463), qu'il ne comprenait rien à ce qu'il avait sous les yeux (une minime partie des monuments dont on a retrouvé \c> restes, tandis que la plus grande partie était invisible au îx" siècle ?
Si nous eussions présenté un moine archéologue au ix" siècle, quelle réception nous eût attendu dans le camp de la critique !
Ceci veut répondre à l'argument que nous avons nous-mème supprimé (cidessus page fûH). Nous donnons néanmoins ces lignes comme preuve du parti-pris qui refuse à toute force de reconnaître la bonne foi d'Eudes ou Qdon. L'argument était très for!, si le texte était bien du VIII" siècle : dans une énumération tout entière consacré" à localiser les miracles de saint Benoît, exclusivement, H5
Dom L'Huillier étudie enfin les preuves négatives que l'on a données de la non authenticité de la chronique. C'était la partie essentielle de la thèse (1). On s'explique bien difficilement qu'un événement aussi important que le voyage de Maur et de ses disciples en Gaule n'ait été raconté ni dans les Dialogues de saint Grégoire le Grand, ni dans le livre de Grégoire de Tours.
Dom L'Huillier parle de 1' « assentiment tacite » des Dialogues (2) et estime que l'authenticité de la vie est « plutôt confirmée qu'infirmée par le silence de Grégoire de Tours, » qui a passé sous silence un grand nombre de saints (3). Peu d'événements, en vérité, étaient aussi dignes d'être mentionnés que ce long chapitre de la vie du principal disciple de saint Benoît (4).
René Giard.
se trouvait tout à coup mention d'un miracle de saint Maur. Odon le rapportait à son tour, sans connaître le document précédent ; même prodige , mêmes circonstances , même emplacement... Le hasard! Combien de fois l'avons-nous constaté, ce même hasard !
(1) Pas du tout ; nous ne les avons envisagées que comme arguments subsidiaires.
(2) Oui, parce que saint Grégoire le Grand ne veut traiter dans ses Dialogues que les faits et gestes des saints qui ont vécu en Italie centrale. Il parle de ce que Maur y a fait, à Subiaco ; et si Maur est ensuite parti pour la Gaule, on comprend que Grégoire n'ait plus rien eu à dire de lui qui était désormais hors du cadre tracé.
(3) Oui encore, parce que ce silence s'accorde avec les caractères de la biographie, qui ne touche par aucun côté aux événements d'ordre politique; nous l'avons dit assez clairement p. 476.
Nous avons aussi relevé des silences bien autrement éloquents en faveur de l'authenticité du récit primi-
SAINT mai K 189
tif, silences dont nulle mention chez notre critique. (4) Cette remarque provient d'une connaissance erronée
de l'histoire monastique au vir siècle en Gaule. On trompe grandement si l'on croit qu'à cette date saint Benoit et sa Règle tinrent le rang principal qu'ils conquirent réellement au siècle suivant seulement. Lorsqu'écrivait Grégoire de Tours la Règle était partout mêlée à d'autres sans prévaloir encore nulle part qu'à Glanfeuil. Elle ne régnera seule qu'à dater du vme siècle. Et puis la personnalité de saint Benoît est encore, au vu" siècle, bien loin d'avoir pris l'importance qu'on se figure. Le saint le plus populaire et le plus célèbre dans l'ordre monastique à cette époque est Colomban ; Benoît n'a même pas encore de culte public en Gaule. On peut voir sur tout cela ce que nous en avons dit pages 334-337. L'arrivée de Maur, disciple de saint Benoît, son existence à Glanfeuil, presque effacée par le désastre de 584, ne pouvait donc émouvoir l'historien des Francs, ni s'imposer à son attention.
Voilà donc tout ce qu'on a trouvé à nous opposer. La faiblesse des arguments fait peu d'honneur à la critique; bien moins encore le parti-pris dont ils portent l'empreinte souvent évidente, et qui parfois ne laisse plus à la discussion toute la loyauté désirable. La cause que nous avons soutenue ne peut qu'y gagner; mais nous n'avons pas la naïveté de croire que l'école de la haute critique consentira jamais sur ce point à refaire son siège. Qu'elle nous reconnaisse le droit de garder notre opinion : nous n'espérons ni ne demandons davantage.
Le a natalis » de saint Benoît.
Nous devons justifier ici la date que nous avons adoptée comme celle du glorieux trépas, du dies natalis de notre Bienheureux Père. On le fixe ordinairement, de nos jours, au 21 mars 543 (ou 542 selon l'ancienne supputation qui comptait Tannée à partir de Pâques) ; et cependant nous disons que le saint Patriarche est mort seulement le 21 mars 547. Pour prendre cette liberté à l'égard de l'avis aujourd'hui le plus commun, nous pouvons peut-être nous autoriser de ce fait que, sur cette date du natalis, il n'y a pas eu moins de dix-neuf opinions proposées par autant d'auteurs ; par conséquent il peut être loisible de chercher à nouveau la solution d'une question encore ouverte (1). Il semblerait, en effet, que c'est un peu par lassitude qu'on se rallie aujourd'hui à la date proposée par Mabillon, à la suite de Léon de Marsi; car dans les données du problème tel que l'établit l'illustre maître, il entre plus d'une inconnue qu'il n'a pu dégager. Mais à cette remarque fondée ajoutons celle-ci, que notre étude sur les Actes de saint Maur nous a ouvert une voie nouvelle ; disons mieux : elle nous préserve d'une impasse où se sont engagés presque tous ceux qui ont cherché la vraie date du natalis de saint Benoît. A peu près invariablement, ils ont fait entrer en ligne de compte
(1) Au reste la date que nous adoptons a été déjà proposée : Mabillon (Annal., t. I, 1. V, § 8) la mentionne, et paraîtrait disposé à l'adopter si elle ne contredisait les Actes de saint Maur. Pour nous, cette raison ne nous arrête plus ; les arguments que nous apportons sont nouveaux et n'ont point de rapports avec la Vita Mauri.
LE SA r mis ni: SAINT BENOl r 191
Le récit de La vision attribuée à saint Main- par Odon de &Ianfeuil : or nous avons rejeté ce récit comme une grossière interpolation du texte primitif. Nous n'irons donc pas nous fourvoyer dans les calculs sans issue auxquels conduit cette page malencontreuse. Nos arguments sont tout autres, et nous ne croyons pas qu'ils aient été encore invoqués. Ils se réduisent à deux, et les voici.
1 . Si nous ouvrons la biographie de saint Benoît par saint Grégoire, au chapitre xv, nous entendons le saint Patriarche s'entretenir avec son vieil ami l'évêqufi de Canuse. Celui-ci parle du roi des Goths, Totila, de ses combats, de ses victoires, « et de Romante Urbis perdi- « tione ». Sur ce dernier point, il dit : « Per hune regem u civitas ista destruetur, ut jam ampliusnon inhabitetur. » Rien dans le récit de saint Grégoire n'indique là une prophétie ; c'est une conversation, où Ton parle même du passé, « de Totilœ régis ingressu, » le passage du redoutable prince au Cassin en 542, puis à Canuse même, après le siège de Naples et pendant la marche du roi sur la Sicile. Les deux interlocuteurs échangent leurs souvenirs et leurs impressions. Cependant observons ceci : lorsque Totila vint au Cassin, il arrivait de l'Italie du nord, avait dirigé sa campagne et sa marche de manière à éviter Rome d'assez loin. La laissant derrière lui, il avait avec toutes ses forces marché sur Naples, soumis toute l'Italie méridionale, était passé en Sicile, selon la prophétie de saint Benoît. Ce fut seulement en 546, alors qu'il était encore dans le midi de la Péninsule, qu'il annonça l'intention de revenir attaquer Rome, isolée désormais et dégarnie de défenseurs, chacun le savait. L'armée reflua donc vers le nord, et l'épouvante se répandit de toutes parts à la pensée du sort qu'allait subir la Ville Eternelle, toujours respectée des peuples, malgréson état d'abandon. Ce fut seulement en décembre 548 que Totila y entra en vainqueur. Manifestement c'est le sentiment général des peuples à ce moment qui se reflète
dans les paroles de l'évèque de Canuse. Elles ne peuvent être antérieures à la marche des troupes gothiques sur Rome, c'est-à-dire à l'été de 546 : peut-être même doiventelles être datées de l'hiver, pendant le siège. Mais elles ne peuvent être non plus postérieures de beaucoup aux derniers jours de décembre : autrement Benoît n'eût pas eu à rassurer son vénérable interlocuteur sur le sort matériel de la Ville aux mains de Totila. En effet la conduite du vainqueur eût prévenu l'expression des craintes exprimées par l'évêque. Nous concluons donc que saint Benoît n'était pas mort aux premiers jours de l'an 547.
2. Nous remarquons maintenant que sous la plume de saint Grégoire on ne trouve aucun fait qui puisse être daté d'une époque postérieure à ces premiers jours de 547, sinon l'épisode de la mort de sainte Scholastique. A quelle date doit-il être fixé ? Relisons le texte de saint Grégoire :
« ... Qui totum diem in Dei laudibus sacrisque collo- « quiis ducentes, incumbentibus jam noctis tenebris « simul acceperunt cibos. Quumque adhuc ad mensam « sederent, et inter sacra colloquia tardior se hora pro- « traheret,... » etc.
Voilà, si nous ne nous trompons, bien clairement indiqué un jour de carême, avec le repas à l'heure de vêpres, comme le veut la Règle bénédictine, à l'heure où le court crépuscule de l'Italie méridionale va rapidement faire place aux ombres de la nuit. On ne saurait attribuer ce repas tardif à la seule dévotion des deux saints : premièrement, parce que ce repas n'interrompait pas leurs entretiens, et qu'il n'y avait donc nul intérêt à le différer ; secondement, parce qu'il y avait là un groupe de moines, et vraisemblablement un autre de moniales, auxquels les deux saints personnages n'eussent point imposé un jeûne supplémentaire. C'est donc la fin d'un jour de carême.
Or l'entrevue avait lieu le 7 ou le 8 février, Scholastique
étant morte le 10, « post triduum » dit saint Grégoire ch. xxxiv). Consultons donc les tables pascales, et
vo}'ons en quelles années Le 7 ou le 8 février arrivaient après l'ouverture du carême, c'est-à-dire après le mercredi des Cendres (1), pendant la période que saint Benoit put passer au Mont Cassin.
Nous trouvons d'abord l'année 536 : c'est trop tôt, puisque le saint Patriarche vivait encore lors du passage de Totila en 541, et que d'ailleurs on s'accorde à fixer à la même année la mort du frère et celle de la sœur. Au surplus Scholastique n'était alors à Plumbariola que depuis peu de temps ; et saint Grégoire n'eût pu dire qu'elle avait « pris V habitude de venir voir son frère une « fois chaque année ». Cherchons donc plus loin.
Nous trouvons l'an 563 : c'est trop tard, car au dire des Bénédictins qui ont édité les œuvres de saint Grégoire, Constantin, premier successeur du Patriarche, mourut vers 560, anno circiter 60 supra 500 obiisse legitur (2). Où on lit cela, nous ne l'avons pas trouvé ; le Chronicon Cassinense n'en dit rien. Cependant les doctes éditeurs n'écrivent pas à la légère. Leur dire est plutôt confirmé par l'observation suivante :
Saint Grégoire a questionné sur le Patriarche ses deux successeurs immédiats, Constantin et Simplicius. Il a questionné aussi le premier abbé des moines réfugiés au Latran, Valentinien. Des deux abbés Vitalis et Bonitus, qui se placent, au Cassin, entre Simplicius et Valentinien, pas un mot. C'est que Grégoire n'a pu s'entretenir avec eux. Ils ont dû par conséquent vivre au Cassin à une époque où Grégoire ne les pouvait aller trouver. Cette époque se détermine tout naturellement par la date où il devint préteur de Rome et où les Lombards commencèrent à infester l'Italie centrale, c'est-à-dire vers 1 an 570. En
(1) L'Explication de la Règle de saint Benoît par un Bénédictin (Paris, 1901), t. II, page 84 (co. XL1 de la Règle) démontre que sainl
Benoit observait le carême à compter du mercredi des Cendres.
12. S. Greg. Mag. vita ex cjus script, adornata, lib. 1, § ."). (P. L., t. LXXV, col. 252, B).
575 environ Grégoire se faisait moine au Cœlius. En 580 seulement les moines du. Cassin se réfugièrent à Rome. C'est donc entre 570 et 580 que nous pouvons placer les deux abbés Vitalis et Bonitus ; et cette date, prise avec latitude, s'accorde avec la date de 560 donnée approximativement pour la mort de Constantin, Simplicius prenant le gouvernement de 560 à 570 environ. Les quatre successeurs trouvent ainsi leur place bien normalement, surtout si Ton songe que la catastrophe de 580 a pu bien naturellement abréger les jours du dernier.
Au contraire, si on rejette l'assertion des Bénédictins quant à la mort de Constantin en 560, et si l'on met le transitus de saint Benoît en 563, il faut dire que les quatre successeurs de saint Benoît, par une étrange fatalité, n'ont à eux tous pu remplir que dix-sept années, soit pour chacun quatre ans de gouvernement en moyenne? On ne peut admettre sans preuves (et il n'y en a pas) une succession aussi rapide.
Entre ces deux termes, de 536 et de 563, une seule année nous donne la Pâque au 24 mars, assez tôt pour que le carême fût déjà inauguré le 7 ou le 8 février; et cest précisément l'an 547. Le jeudi après les Cendres fut cette année-là le 7 février. Il est vrai que Ton peut objecter une ancienne coutume, mentionnée par Dom Martène (De antiquis Monack. Ritibus), et qui interdisait le jeûne du jeudi. Des traces de cette coutume ont survécu longtemps; mais nous ne pensons pas quelle fût en vigueur au Cassin, ni même très répandue en Italie au vie siècle, puisque nous avons vu l'usage s'établir dès le v d'inaugurer le carême au mercredi de Quinquagésime précisément pour compléter le nombre de quarante jours de jeûne effectif. En retrancher le jeudi eût détruit l'économie de ce calcul. Que si cependant ce raisonnement ne paraissait pas convaincant, nous accepterions que l'entrevue des deux saints fût fixée au vendredi 8 février. On compterait alors le triduum de saint Grégoire comme dans l'Evangile post très aies resurgam. Il n'y a point là de difficu lté
LE NATALIS DE SAIH r BENOIT i95
Que l'entrevue ait eu lieu le7 ou le S février, Scholastique mourut le 10, premier dimanche de carême ; el cette date
de 547 est ta seule qui puisse être assignée pour sou
natalis joyeux.
Or observons ceci : 1° La tradition de l'Ordre est que le natalis de saint Benoit suivit celui de sa sœur la même année. 2° Cela s'accorde avec la nature, qui nous montre souvent les jumeaux.se suivant de près dans la tombe.
D'autre part, la date de 547 s'accorde bien avec le calcul de Mabillon quant aux successeurs de saint Benoît. Son calcul de probabilités admet certainement l'écart de quatre ans 543-547 ; et d'ailleurs, c'est faute de données plus certaines, et par déférence pour la tradition du Chronicon Cassinense, que l'illustre auteur des Annales s'est arrêté à la date de 543 qu'il n'entend point garantir contre toute correction ; volontiers il fût descendu jusqu'à la date de 547, nous l'avons remarqué plus haut.
La Translation des relicpj.es de Saint Benoît.
Nous jugeons utile de résumer ici, brièvement, les arguments principaux qui établissent le fait de la translation des reliques de saint Benoît à Fleury-sur-Loire, au début du vme siècle (703). Une polémique séculaire a été, on le sait, soutenue sur ce point par le Mont Cassin, qui conteste le fait; le dernier acte en fut, il y a vingt-quatre ans, la publication par le R. P. Dom Chamard, Bénédictin de Ligugé, d'un magistral travail intitulé : Les Reliques de saint Benoît. Par l'histoire, la liturgie, la diplomatique, le savant auteur établit alors l'universalité de la créance accordée au fait de la Translation, les preuves de ce fait, sa date même, en le dégageant des erreurs commises à ce sujet par le chroniqueur Adrevald au ixe siècle, et en réduisant à leur juste valeur les arguments trop visiblement intéressés qu'ont opposés les défenseurs du Cassin. On pouvait croire qu'après une telle démonstration, qui avait fait appel à des arguments aussi neufs que puissants, les tenants de la non-translation se croiraient au moins tenus de respecter la tradition adverse, si fortement étayée ; on pouvait surtout penser qu'ils n'écriraient plus sans mentionner au moins l'opinion d'un si grave contradicteur. Cependant feu le Révérendissime Dom Tosti, en publiant son Discorso Storico sur saint Benoît, a paru ignorer jusqu'à l'existence des arguments avancés par Dom Chamard, et s'est plu à
TRANSLATION DBS RELIQUES DE saint BENOIT 497
affirmer allègrement la non-translation par une seule raison, qu'il semble croire nouvelle, bien qu'elle ait été
discutée depuis deux cents ans. Le J)iscorso a été traduit en français et en anglais. D'autre part, les Pères du Cassin multiplient depuis quelques années, sous diverses formes, la même affirmation, sans qu'aucune voix s'élève à l'encontre, à peu près comme s'il s'agissait d'une assertion qu'on ne pût contester sans témérité à l'égard du Siège apostolique. Nous vénérons, quant à nous, la sainte montagne du Cassin ; nous nous sommes prosternés avec joie et dévotion devant le tombeau qui renferma saint Benoit et sainte Scholastique; nous avons suivi d'un cœur filial leurs traces, partout empreintes sur le mont sacré. Pour les héritiers directs du saint Patriarche nous ne pouvons nourrir que des sentiments pleins de respect. Néanmoins, il ne faut pas qu'à la faveur d'un silence déférent les opinions de Dom Tosti passent pour arguments sans réplique ; il faut au contraire qu'on sache où chercher les reliques du Patriarche des moines. Pour y aider, si faible que soit notre voix, nous avons dessein de résumer ici brièvement les arguments les plus saillants qui dominent la controverse, en ajoutant même quelque chose à ce qu'a écrit Dom Chamard. Nous donnerons à l'argument de Dom Tosti plus de place et d'attention que peut-être il n'en mérite par lui-même, afin de mettre les lecteurs du Discorso Storico à même de se faire une opinion raisonnée.
Nous écartons ici tout appel aux bulles et diplômes pontificaux, donnés soit en faveur du Cassin, soit en faveur de Fleury. Le litige roule sur une question de fait nullement dogmatique; et sur ce terrain purement historique la chancellerie pontificale peut se tromper encore plus aisément que ne le fait parfois la Liturgie.
Nous écartons de même les miracles, et à plus forte raison les visions et les révélations; celles-ci ne valent pas comme argument historique. Et quant aux miracles, il suffit de rappeler ceux qui se produisaient en grand
nombre devant les prétendues reliques de sainte Madeleine à Vézelay. Ne lisions-nous pas naguère, sous la plume du R. P. Fages O. P., comment saint Vincent Ferrier ressuscitait devant des milliers de témoins un mort que par hasard on portait en terre; et comment ce miracle était accompli pour démontrer à tous que Vincent était bien l'Ange du jugement dernier, il y a de cela six cents ans passés ? Le miracle est affaire entre Dieu et la foi de sa créature ; le Seigneur n'en use point comme d'une démonstration purement historique. Aussi saint Grégoire a-t-il grandement raison quand, à la fin de la biographie qu'il vient de tracer» du Patriarche Benoît, il remarque et explique comment Dieu opère souvent moins de miracles là où repose le corps d'un saint que dans les lieux où se conservent seulement des souvenirs de lui. C'est en quelques mots le résumé de l'histoire des miracles à Fleury et au Cassin.
Comme faits d'histoire bien avérés, voici ce que nous trouvons relativement à la controverse qui nous occupe :
Durant cinq siècles, la fête de la Translation de saint Benoit se trouve admise universellement dans l'Europe chrétienne. Et ce fut à raison de cette fête du Patriarche célébrée partout que le Mont Cassin dut imaginer celle du Patronage de saint Benoît, au 11 juillet, afin de ne pas demeurer ce jour-là muet et isolé au milieu de tout l'Ordre en fête pour son glorieux Père. Diverses causes, qui n'ont rien à voir avec la controverse et que nous indiquons ci-dessus (1), amenèrent graduellement l'abandon de la fête de la Translation, et dans l'Ordre monastique, la substitution de la Commémoration ou du Patronage à l'antique solennité du 41 juillet.
(1) Pages 300-3(58.
fRANSl \n<»\ DES \\\ i .I...I ES ÛE SAINT BENOIT 499
Cotte fête commémorative est pourtant par son titre un aveu d'indigence. Contre l'universelle créance à la Translation, liturgiquement attestée, il n'y avait qu'une protestation valable : ouvrir le saint tombeau, montrer le corps, l'élever solennellement de terre, et célébrer au jour anniversaire la fête de l'Elévation ou de ['Invention des reliques de saint Benoît. C'est ainsi qu'ont été dirimées dans tous les temps les controverses analogues, et pour saint Denys, et pour sainte Madeleine, et pour saint Orner, saint Adalbert, et tant d'autres. Fleurysur-Loire montrait son trésor; toute la chrétienté y ajoutait foi; une seule ressource restait au Cassin: montrer I es corps de Benoît et de Scholastique reposant dans leur tombe commune, et les exposer à la vénération des peuples. La prétendue Translation à Fleurv et au Mans tombait du coup. Et cependant rien de pareil n'a été fait.
Ainsi, au Cassin, jamais il nya eu d'élévation solennelle de saint Benoit ; quand dans tous les monastères bénédictins qui possédaient un corps saint dans leur église, l'élévation s'en faisait toujours avec solennité, à partir du ixc siècle ou moins. En vain les Papes ont passé au Mont Cassin ; en vain des abbés .du Cassin eux-mêmes ont tenu les clefs de saint Pierre ; jamais le glorieux Patriarche, Père de l'Europe, n'est sorti de son tombeau. non plus que sa sœur... Certes, voilà qui donne à penser en face de la triomphante ostension à Eleury et au Mans I
1 Saint Pierre et saint Paul non plus n'ont pas été élevés de terre : mais il faut bien observer que nulle Eglise au monde n a jamais contredit à la possession de l'Eglise Romaine en revendiquant la tombe des saints Apôtres. Dès lors, un respect supérieur à toute autre démonstration liturgique a dicté la conduite des Pont romains, et maintenu scellés ces tombeaux incomparables. En '•st-il que la basilique du Latran se glorifie depuis quelques siècles de posséder en deux reliquaires monumentaux les chefs de saur et de saint Paul. Quoi qu'ait à dire sur ce point la critique bi rique. il reste que depuis des siècles le Cassin pouvait (ans imiter en ce point la Basilique Latérane.
Il y eut bien, d'après les chroniques du Cassin, plusieurs inventions du saint tombeau à partir de 1066. Mais combien les récits en sont pénibles à lire ! D'abord il n'est pas facile de les concilier dans leurs détails. Puis de ces détails, combien de fabuleux ! Combien de procédés étranges, qui, si on en acceptait le récit, aboutiraient à rendre douteuses les reliques renfermées là, on l'a justement remarqué. Procès-verbaux forgés à l'aide d'apocryphes notoires, ou rédigés longtemps après coup, pour nous transmettre des renseignements incohérents comme ceux de 1486 ; notes privées, écrites sur ouï-dire; voilà tout ce qu'on nous offre jusqu'en 1659. Alors le savant Abbé du Cassin Angelo délia Noce constate dans le tombeau la présence de quelques ossements : sa parole a toute autorité. Mais ce qu'il a trouvé est peu de chose ; ce qu'il a trouvé ne s'accorde pas avec les précédentes relations d'inventions prétendues ; ce qu'il a trouvé ne se présentait avec aucune inscription, aucun signe caractéristique (les précédents découvreurs avaient oublié il faut le croire, cette précaution élémentaire autant qu'obligatoire, de constater leur intervention et leurs opérations en déposant quelque document dans le sépulcre avec les reliques ! ou bien ces opérations mêmes n'étaient-elles que fables ?) — Grâce à tant d'inventions successives, qui constatent au même lieu la présence de nombreux ossements étrangers à saint Benoît, et de provenance inconnue; grâce à l'absence de tout document dans le tombeau ; on en arrive au xvne siècle à se demander si ce qu'on a sous les yeux appartient ou non à saint Benoît?
Mais le fait saillant qui domine cette série de découvertes, c'est que jamais, jamais, aucune élévation liturgique ne s'ensuit, pas même du chef pour le mettre dans quelque riche reliquaire. Tout ce que peut montrer le Cassin aujourd'hui, c'est un ossement qu'il a jadis reçu de Fleury, puis donné à l'abbaye de Léno près Brescia; et Brescia l'a rendu au Cassin. Jamais non plus aucune fête d'invention des reliques, comme il était d'usage constant
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au moyen âge. Et cela en présence de Fleury, du Mans, qui montraient paisiblement leurs trésors depuis des siècles ! Rien ne pourra jamais prévaloir contre le préjugé qui se dégage de cette double constatation.
En somme cette réserve n'a rien de trop surprenant, si l'on songe que le Cassin a cru à la Translation pendant trois siècles et plus, de 703 jusqu'à la seconde moitié du xie siècle. Durant ce laps de temps, aucune réclamation ne s'y fait entendre contre la Translation. Bien plus, nous avons des faits qui attestent la créance établie sur la sainte montagne :
t° La lettre du Pape Zacharie à l'épiscopat franc pour réclamer le corps de saint Benoît en faveur du Cassin.
2° Le voyage du B. Carloman, frère de Pépin le Bref, qui se rend en 753-756 à Fleury-sur-Loire, avec quelques uns de ses confrères du Cassin, en conséquence de cette lettre apostolique. Il obtient la concession de quelques reliques, et les rapporte à la sainte montagne. Nous en ignorons du reste la nature et le nombre.
3° Le témoignage formel et détaillé de Paul Diacre, moine du Cassin, dans son Histoire des Lombards écrite au monastère tout à la fin du vin" siècle. Nous reviendrons ci-après sur ce témoignage capital (1).
1 Paul Diacre raconte le fait de l'enlèvement des deux corps saints. Pour infirmer ce témoignage, décisif sous une plume aussi autorisée, on a objecté que partout, en nommant saint Benoit, l'écrivain «goûte ces mots : « qui est enseveli, qui repose au Mont Cassin •>. Mais, à moins que Paul Warnefrid ait perdu le sens, ce que personne noserait dire, il n'a pu se contredire si formellement. 11 faut doncque cette locution « qui repose » ait un sens de convention : et Dom Chamard a parfaitement démontré, par des exemples historiques, que c'est là une mention constamment attachée par les chroniqueurs du moyen-àge au nom des saints qui avaient été ensevelis dans tel on tel lieu, alors même que depuis longtemps les saints corps avaient été transportés ailleurs. Ainsi à peu près continuera-t-on longtemps à parler de Saint-Michel au péril de la mer, bien que le péril de la mer n'existe plus.
4° A la fin du xe siècle, le Mont Cassin reçoit pendant un certain temps saint Adalbert, évêque de Prague, exilé, profès du monastère des Saints Boniface et Alexis sur TAventin, où il a exercé la charge de prieur et qu'il a même gouverné seul. Après un séjour de plusieurs mois dans la communauté du Cassin, Adalbert retourne en Bohême ; mais il se rend d'abord à Saint-Martin de Tours, puis à Fleury-sur-Loire pour vénérer les reliques de saint Benoît. C'est donc qu'au Mont Cassin il avait appris qu'elles se trouvaient en ce lieu ; tout au moins n'avait-il rien vu ni entendu qui infirmât cette créance, laquelle était alors celle de toute l'Italie. Le terme très général, trop général, de pignora, que le saint abbé Berthaire du Cassin avait employé dans ses sermons, ne pouvait prévaloir contre ce consentement universel ; ce n'était même pas une protestation, mais seulement la répétition de ce qu'avait écrit Paul Diacre : « Nous conservons la pous- « sière de ses yeux et de ses ossements », avec les quelques reliques rapportées de Fleury, peut-être même quelques menus ossements demeurés dans le sépulcre, oubliés lors de l'enlèvement hâtif des saints corps.
Ainsi, sans entrer dans plus de détails, il paraît bien que durant ces siècles, du vnr3 à la fin du xie, on admettait au Cassin la réalité du fait de la translation à Fieury-sur- Loire (1).
En 1066, par hasard, au cours des travaux de reconstruction, le saint tombeau fut mis à découvert. L'occasion était belle de l'ouvrir, et de montrer au grand jour, authentiquement, par devant les évêques et abbés du voisinage, la présence des saints corps... Le grand abbé Didier ne l'osa pas, et interdit l'ouverture du tombeau qu'il fit immé-
(1) Dans les Mélanges Julien Havet, Mgr Batiffol a décrit un bréviaire cassinien écrit sous le gouvernement de l'abbé Oderise, so'.t tout au début du xnc siècle. Or, dans le calendrier de ce bréviaire, Mgr Batiffol remarque au 25 octobre la Translation de saint Benoît ! Tout est étrange dans cette constatation. Il n'en devenait que plus important de la vérifier. Nous l'avons fait, par les yeux d'un paléographe professionnel et expérimenté. Le résultat positif de l'examen est qu'il faut lire à ce 25 octobre la Translation... de saint Barthélémy.