‹ Le patriarche Saint BenoitChapitre 97 sur 102 · TOANSLATION DES RELIQUES DE SAINT BENOIT · texte numérisé non relu

TOANSLATION DES RELIQUES DE SAINT BENOIT

diatement revêtir de marbres rares et recouvrir d'une VOÛte en marbre blanc. Devenu pape quelques années

plus tard, et résidant au Cassin, il ne se résolut pas

davantage à ouvrir le sarcophage.

Pourtant durant ce siècle, on avait commencé à parler au Cassin d'une réversion de la moitié du corps de saint Benoît, effectuée jadis ;... quand ? Au temps du B. Carloman, sans doute? Mais pourquoi ne trouvait-on pas sur les calendriers cassiniens une fête comme morative de cette réversion ? Si c'eût été une moitié du corps saint, les mœurs du moyen âge nous sont garantes qu'on n'aurait pas manqué de la cataloguer sous la rubrique : Corpus srm Patriarches, et d'établir une fête pour cet heureux retour. Or on ne l'avait pas fait au vin0 siècle, ni aux siècles suivants ; on n'y songea pas davantage au xi% pas plus après la découverte du tombeau qu'auparavant. Et ainsi la reversion invoquée (mais non prouvée ne demeure que comme un aveu explicite de la translation ailleurs.

Les réclamations du Ven. abbé Oderise, à la fin du xr siècle, basées sur des miracles, des apparitions, des révélations, ne sauraient ébranler un instant le puissant argument de cet assentiment de trois siècles, corroboré ensuite par l'abstention persistante du Cassin quant à toute ostension solennelle et authentique. Aujourd'hui serait-il encore possible de tenter une démonstration aussi émouvante? D'après ce que nous avons noté ci-dessus, ne faudrait-il pas établir d'avance l'authenticité bien certaine des ossements qui pourraient se retrouver dans la tombe? Et cette démonstration serait-elle encore possible? D'après ce que nous avons dit au $ II, les anciens Cassiniens l'ont rendue, à notre avis, impossible par les documents mêmes qu'ils ont forgés dans le dessein de l'établir.

Il nous faut discuter en dernier lieu ce témoignage de la chronique de Léno, monasterium ad Leones, que la plume de Dom Tosti nous a récemment présenté comme un « fait nouveau ». On comprend, il est vrai, que l'érudition des tenants du Cassin ait attaché un véritable prix à cette chronique. Réduite à invoquer les diplômes pontificaux, les miracles, les apparitions, les découvertes du tombeau mêlées de détails étranges, tous arguments dont nous avons dit la ruineuse faiblesse au point de vue critique; en face des arguments liturgiques et historiques dont nous venons de constater la force; l'érudition cassinienne devait saluer comme une heureuse fortune la découverte d'un texte qui vînt enfin corroborer, par une assertion autorisée, tant de raisons trop fragiles, assemblées et cimentées au prix de laborieux travaux. Malheureusement cet indispensable appui ne se soutient pas lui-même, nous Talions voir trop clairement.

Qu'est-ce d'abord que cette chronique de Léno? Découverte par Muratori (1), dans un manuscrit de Padoue, elle fut datée par lui de l'an 883, auquel en effet elle s'arrête ; c'est donc la fin du ixe siècle (2). Voyons ce que dit cette chronique :

Didier (devenu roi des Lombards en 756) vint au commencement de son règne (« peu après 759 », dit Dom Tosti) visiter à Bénévent son gendre Arechis (créé duc de Bénévent en 757). Ce fut alors que ledit roi reçut de l'abbé du Mont-Cassin « une partie du corps de saint Benoît », qui fut portée à Bénévent, et de là ramenée dans le nord de l'Italie, à l'abbaye de Léno (ad Leones) (3).

(1) Antiquit. Italie, Dissert. LVIl.

(2) Dom Germain Morin confirme cette date dans l'étude consacrée par loi à ce document (Revue Bénédictine, octobre 1902).

(!-$) Près de Brescia. Voici le texte latin : « Non longe post introitum « regni (Dcsiderii) et inchoationem hujus cœnobii (Lenensis),

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La chronique ne dit pas que ce don eût pour but de remercier les Lombards de leurs bons procédés à l'égard du Cassin en 580; contentons nous donc d'examiner les dates. D'après Dom Tosti, et nous n'y contredirons pas, le fait eut lieu peu après 759, mettons 760 si l'on veut. Par malheur, c'est précisément la date à laquelle Paul Diacre s'attachait au service particulier des deux princes lombards, du roi Didier d'abord, puis du duc Arechis qu'il célébrait en vers l'an 763. Et il avait un frère attaché de si près à Didier que ce frère fut exilé avec le prince, lorsque celui-ci eut été vaincu par Charlemagne. Alors il faut conclure que ni à la cour du roi, ni à celle de Bénévent, Paul Diacre n'a connu le don fait si généreusement par l'abbé du Cassin, ou bien qu'il s'agissait en réalité de peu de chose. Car enfin, si la libéralité du successeur de Petronax pouvait se dessaisir d'une portion considérable du saint corps, c'est que le Cassin possédait ce corps entier; et c'est bien ce que Dom Tosti (comme tant d'autres longtemps avant lui entend conclure du texte de Léno (1). En ce cas, comment Paul Diacre a-t-il ignoré le fait, à Pavie, à Bénévent, puis au Cassin lorsqu'il y écrivit tout au moins la fin de son Histoire des Lombards (2)? Ou bien, s'il a connu le don et n'en a pas tenu compte en écrivant, c'est qu'il s'agissait d'une partie minime du saint corps : et alors ce fait ne prouve plus rien contre la Translation. Les reli-

« Domino coopérante et pnenominato excellentissimo Rege, transla- « tum est a civitate Beneventum de Casino Castro qmedam corporis « partem Beatissimi atque excellentissimi Confessons Benedicti «< abbatis, et ab Lrbe Roma corpora beatorum Martyrum Viialis et « Martialis, et in eodem sacrosanctum conditum est cœnobio. Pr;e u fuit autem ipso tempore in ipso cœnobio, hoc est Leone (Leno), « Ermoald abbas, quod ipse prfceatus Rex ex Beneventum monastcrio « secum adduxit, seu alii Xï, ex quibus... etc. »

(1) Quirini, Ad abbat. Wessofontanum, Kp. I.

(2) Les apologistes du Cassin veulent absolument, contre toute vraisemblance, que Paul ait écrit cette Histoire pendant qu'il était auprès de Charlemagne, au nord des Alpes, loin par conséquent des documents qui lui étaient nécessaires. C'est afin de pouvoir dire qu'il enregistra la Translation d'après le bruit public et non d'après des données certaines. A ce compte, l'Histoire des Lombards serait une œuvre à mettre au rebut. Il est pourtant visible, d'après le texte que Ion trouvera ci-après, que Paul Diacre parle comme un moine cassinien obligé de raconter à regret un événement douloureux qu'il cherche à atténuer dans la mesure du possible.

ques données à Didier pouvaient en effet être prélevées sur celles qu'avaient rapportées le B. Carloman, et sur celles qui avaient pu très facilement échapper aux ravisseurs de 703. En fait, et au témoignage plusieurs fois répété du savant cardinal Quirini (1), c'est du seul bras qu'il s'agit, de celui qui de Léno était passé à Brescia (2), et qui depuis est revenu au Cassin. Nous l'y avons vu; et il ne s'agit que d'un os du bras, pas même tout entier, il s'en faut bien. On conçoit que Paul Diacre n'ait pas trouvé dans ce fait de quoi infirmer le récit de l'enlèvement des reliques tel qu'il se voyait obligé de le faire; et voici en quels termes il s'exécute :

a Circa hœc tempora, cum in Castro Casini, ubi Beatis- « simi Benedicti sacrum corpus requiescebat, ab aliquan- « tis jam elapsis annis vasta solitudo existeret, venien- « tes (3) de Cenomanicorum et Aurelianensium regione « Franci, duni apud venerabile corpus se pernoctare simu- « lassent, ejusdem Venerabilis Patris pariterque ejus « germanœ Venerandee Scholasticœ ossa auferentes, in « suam patriam deportarunt; ubi sigillatim duo monaste- « ria in utrorumque honore, hoc est Beati Benedicti et « Sanctœ Scholasticœ constructa sunt (4). Sed certum est « os illud venerabile, et omni nectare suavius, et oculos « semper cœlestia contuentes, caetera quoque membra « quamvis defluxa in cineres remansisse. Solum enim sin- « gulariter Dominicum corpus non vidit corruptionem. « Cœterum omnium Sanctorum corpora in œternam postea « gloriam reparanda corruptioni subjecta sunt, hisexemp- « tis que ob divina miracula sine labe servantur. »

En présence d'un texte d'une pareille clarté, donné par un auteur de la valeur de Paul Diacre, qu'importent les arguties de polémique auxquelles on a eu recours pour

(1) Ad eumdem Epp. I et II.

\2) Dont le Cardinal était évèque.

(3) L'auteur écrit donc au Mont Cassin.

(4) Paul Diacre n'eût pas écrit ainsi de la fondation de ces monastères s'il eût travaillé sous l'inspiration des moines de Fleury-sur- Loire, qui l'eussent renseigné plus exactement sur ce point.

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