LA VIE DE FAMILLE
Quand il s'agit de réformer une société, de la remettre dans ses conditions normales d'existence, c'est par l'autorité qu'il faut commencer. Le patron, par ses influences, par toutes ses relations avec les familles d'ouvriers, doit s'appliquer à remettre en honneur l'autorité paternelle et à lui faire restituer tous ses droits.
Rien, dans les grands actes de la vie de famille de l'ouvrier, ne doit être indifférent au patron. La naissance, le mariage, la mort de l'ouvrier, demandent également son intervention bienveillante et secourable.
Faciliter les mariages entre jeunes gens de bonne conduite, assurer, par l'économie, des dots pour les jeunes fi lies, contribuer aux réjouissances qui accompagnent les mariages quand ils sont contractés entre des sujets dignes d'intérêt; faire cesser les relations illicites si, par malheur, il s'en établit, légitimer les enfants qui en proviennent, rien n'est plus efficace pour assurer l'avenir de l'ouvrier.
Les familles nombreuses doivent être l'objet des soinsparticuliers et des préférences du patron, pour l'instruction, l'apprentissage, les secours dans les périodes difficiles.
LES ŒUVRES DE PATRONAGE. II7
La première éducation, Tinstruction élémentaire, l'apprentissage, sont, parmi les soins d'assistance, ceux dont l'ouvrier retire le plus d'avantages.
Pour la première enfance, lorsque la mère est dans l'impossibilité d'élever elle-même sesenfants, il y a les salles d'asile, les crèches. Mais ne négligeons pas de dire qu'il faut, autant que possible, que ces institutions soient rendues superflues par la présence de la mère au foyer.
L'apprentissage réclame une sollicitude particulière. L'ouvrier tout d'abord, le métier, l'industrie, l'usine ensuite y sont au plus haut degré intéressés. L'apprentissage ne donne pas seulement à l'ouvrier la capacité professionnelle, il contribue aussi à former son caractère, à faire naître et à accroître en lui les qualités morales qui font le bon ouvrier. Il est de la plus grande importance de développer, par des encouragements et des brevets d'honneur, l'habileté professionnelle du jeune ouvrier.
Les orphelins réclament une charité toute spéciale. Les femmes de la famille du patron, et les sœurs de charité, s'efforceront de remplacer leurs mères.
Des patronages spéciaux seront institués pour la jeunesse des deux sexes. La perfection serait que les fils et les filles du patron en partageassent la direction avec les Frères des Écoles chrétiennes
et les Filles de la Charité^ les Sœurs de la Sagesse ou d'autres institutions du même caractère. Par l'action de ces patronages, on pourra atténuer les inconvénients de l'emploi des adolescents dans les ateliers.
Il est du devoir du patron d'éviter, autant que possible, d'employer dans les usines les mères de famille. Il doit faire en sorte que cette situation, qui tient la mère éloignée du foyer domestïquei et qui est si contraire à la véritable destinée de la femme, ne soit jamais qu'une exception !
Lorsque le père, la mère et les enfants sont tous employés dans l'usine, il faut que le patron s'ingénie à rapprocher, dans le même groupe, tous les membres de la famille. Il réalisera ainsi dans la grande industrie un des principaux avantages de l'industrie domestique, qui est de faire travailler les enfants sous les yeux des parents.
Après avoir veillé sur la famille ouvrière pour tous les besoins de la vie, le patron ne délaissera pas l'ouvrier à son lit de mort.
Par ses soins, et par ceux des personnes de sa famille, l'ouvrier sera préparé à la réception des Sacrements; il sera consolé à sa dernière heure, rassuré sur l'avenir des siens. La famille sera soutenue, dans ces moments douloureux, par les sympathies du patron et des siens.
Après le décès, le patron interviendra pour les premiers secours si l'état de la famille les rend
LES ŒUVRES DE PATRONAGE
nécessaires. Il veillera à ce que les honneurs funèbres soient dignement rendus, à ce que la mémoire de l'ouvrier d'élite soit particulièrement honorée. Il faut que le patron s'occupe de régulariser le concours des ouvriers aux funérailles de leur camarade, et (Jue de sa personne, ou par ses proches, il participe aux cérémonies et aux prières de l'Église pour le défunt. Cette pratique spéciale des sentiments de la fraternité chrétienne est d'une importance capitale, pour assurer au patron les sympathies des ouvriers et lui gagner leur confiance.