PROFESSIONNEL
On rencontre ici tout d'abord l'apprentissage, considéré spécialement comme moyen d'élever la capacité professionnelle.
Il sera conduit avec des soins intelligents, suivant l'aptitude des sujets, et de façon à obtenir de l'ouvrier tout ce que sa capacité peut donner. Il faut qu'il soit sérieux, suffisamment prolongé; qu'il développe les qualités morales autant que l'habileté ouvrière; en un mot, qu'il forme l'ouvrier tout entier. Des diplômes, des concours ayant pour objet des récompenses matérielles et honorifiques, donnent à l'apprentissage un utile stimulant.
Lorsque l'apprenti est devenu ouvrier, il faut
le perfectionner. Cest la continuation de l'apprentissage. On travaillera à étendre les connaissances de l'ouvrier, d'abord par rapport aux ouvrages de la profession. Les récompenses, les titres d'honneur sont ici encore d'un grand secours.
On doit prendre soin d'élever l'intelligence, et en général, les facultés et le caractère des travailleurs déjà formés, par un enseignement approprié aux adultes, par les conversations, par les conférences, par les lectures.
Il est important de développer dans les classes ouvrières l'esprit d'initiative, de les éclairer sur leur position dans le travail; de leur faire sentir quelle solidarité les lie à l'entreprise et au patron qui en a la charge; on s'appliquera : à leur faire comprendre de quelles conditions économiques dépend le succès de l'entreprise qui est, en définitive, la source de leur bien-être propre ; à dissiper leurs préjugés quant à la situation du patron à leur égard ; à les convaincre de tous les avantages qui résultent pour le travailleur de la stabilité de sa position dans l'usine.
On rencontre, dans l'industrie utilitaire, des patrons qui redoutent d'étendre les idées et l'instruction de l'ouvrier, qui font même tous leurs efforts pour le maintenir dans un état de dépression intellectuelle constant. Retenir les ouvriers dans l'ignorance et l'abrutissement, pour les dominer plus facilement, est une faute autant qu'une
LES ŒUVRES DE PATRONAGE. 12I
Dffense à la dignité de Thomme et à la charité envers le prochain. Ce n'est qu'avec des ouvriers intelligents qu'on pourra exercer un patronage efficace, parce que seuls ils comprendront le but que se propose le patron, et saisiront la portée des moyens qu'il emploie pour l'atteindre.
Ce à quoi il faut tendre particulièrement, dans le travail opéré sur le caractère,sur les dispositions morales et intellectuelles de l'ouvrier, c'est à dissiper les préjugés égoïstes dont la Révolution a infecté les classes ouvrières. Il y a à vaincre chez l'ouvrier l'individualisme démocratique, qui a pris empire même sur les meilleurs. Tant qu'on n'aura pas triomphé de cette fâcheuse préoccupation des classes ouvrières, toutes les pratiques du patronage resteront stériles.
C'est à la religion principalement qu'il faut demander d'accomplir cette transformation. Les lectures bien dirigées peuvent y contribuer très efficacement. Répandre les bons livres, écarter avec vigilance les mauvais, doit être un des principaux soins du patron.