LES INTÉRÊTS ÉCONOMIQUES
De toutes les manières, le patron s'eflForcera de déterminer l'ouvrier à se créer, dans la mesure du possible, un certain patrimoine, une certaine somme de ressources indépendantes du travail. Il l'aidera à consolider ces ressources et à les administrer.
L'ouvrier a peu d'aptitude pour les relations d'affaires. Le patron lui viendra en aide par l'institution des économats populaires, dont nous parlions tout à l'heure. Il sera peut-être difficile d'établir, dans la plupart des usines, les services complets de l'économat. Les patrons pourront s'entendre pour constituer l'œuvre à frais communs.
Il sera utile encore d'avoir pour toutes les relations des ouvriers entre eux, lorsqu'elles ne sont pas directement personnelles, pour les relations de famille comme pour les relations d'intérêt, un secrétariat ouvrier, où la correspondance puisse être faite en toute sûreté et discrétion. Pour que la confiance de l'ouvrier en cette institution fût entière, il faudrait que lui-même intervînt dans la désignation de ceux qui en auraient
LE PATRO^f, Q
IJO CHAPITRE X.
la charge, ou bien que ces fonctions délicates fussent remplies par la famille même du patron lorsque, par les soins charitables de son patronage, il a su gagner le cœur de l'ouvrier.
Quant au patrimoine, ii y a grand avantage à ce que l'ouvrier puisse devenir propriétaire de son foyer. On doit rechercher aussi toutes les combinaisons qui pourront conserver le foyer à la famille, ce qui n'est pas, vu notre système successoral, sans difficultés.
Les emprunts, lorsqu'on en use sans mesure et sans discernement, sont un des grands dangers que court l'ouvrier. En certain.^ cas pourtant, le crédit lui est nécessaire. Il faut lui assurer le moyen d'échapper aux usuriers. Les banques populaires ont organisé le crédit ouvrier. Cette institution inaugurée par la philanthropie libérale, donne, dans les mains des catholiques dévoués aux classes ouvrières, les plus heureux résultats. Le R. P. Ludovic a montré ce que Ton peut tirer, pour le bien de l'ouvrier, du crédit organisé dans un but charitable, d'après les saines règles de l'économie financière. Son instructif et très intéressant volume : € L'association chrétienne des honnêtes gens sur le terrain des aflfaires » fournit, sur la question, des directions précieuses.
Pour cette œuvre encore, il sera difficile au patron isolé de lui procurer ses conditions nor-
LES ŒUVRES DE PATRONAGE
maies d'exercice. Le concours des patrons la fondera, comme bien d'autres, en des proportions qui en assureront le succès.
9" L'assistance mutuelle.
C'est le grand principe d'organisation de la vie ouvrière. Les œuvres les plus fructueuses, celles qui tiennent le plus au cœur de l'ouvrier, quand on a su le retirer du courant d'égoïsme qui emporte aujourd'hui les masses, ce sont les œuvres d'assistance mutuelle. Ces œuvres sont à lui, et il a conscience de la noblesse du but qu'il poursuit en les accomplissant.
La mutualité a bien des formes, elle s'applique à bien des objets divers. Nous en avons rencontré, sous les divers chefs que nous venons d'aborder, plus d'une application.
Pour lui faire porter tous ses fruits, pour y attacher l'ouvrier et la rendre populaire, il faut lui donner un caractère supérieur à celui du simple intérêt matériel.
II faut que la mutualité soit animée par la charité vraie, active, vivante, qu'inspire la foi chrétienne. Il est essentiel qu'elle s'organise dans des associations qui soient pour l'ouvrier des réalités. Il faut que l'association à laquelle ta mutualité se rattache, se présente à l'ouvrier comme un être visible, saisissable, sur lequel se fixent ses aflections, dont l'honneur soit son honneur, la
prospérité sa prospérité. Si la mutualité ne s'inspire que de l'intérêt individuel et ne repose que sur des combinaisons arithmétiques, ayant pour seul fondement une préoccupation égoïste, la plupart des ouvriers y resteront indifférents.
Partout aujourd'hui, et de toutes les manières, il faut opposer l'association à l'individualisme. L'association est la force chrétienne, l'individualisme la force révolutionnaire, force trompeuse, qui dissout tout ce qu'on tente d'édifier par elle.
C'est au patron à susciter et à diriger, parmi ses ouvriers, cette force de l'association, à l'appliquer à toutes les œuvres pour lesquelles leçoncours des bonnes volontés et des ressources des ouvriers est requis.
Le patron peut donner une grande puissance à cette force qui, d'elle-même, naît des penchants de l'ouvrier, en entrant de sa personne dans l'association, toutes les fois qu'il le peut faire sans compromettre son autorité, ce qui sera rarement à redouter, et toutes les fois qu'il n'aura pas à craindre de porter ombrage à l'ouvrier.
10° Les récréations de l'ouvrier.
Les récréations sont aussi nécessaires que le travail. Elles sont nécessaires dans les intervalles du travail de la journée; elles le sont de même, et plus encore, dans les jours de repos, que la religion commande et que la nature conseille.
LES ŒUVRES DE PATRONAGE. I 33
Il faut que le patron considère comme chose très sérieuse les récréations de l'ouvrier. Il faut qu'il l'aide à les prendre dignes, convenables, salutaires au corps et à l'âme.
Un point de première importance, c'est que les récréations ne détournent pas l'ouvrier de la famille. Lorsque les récréations doivent être prises hors du foyer domestique, lorsqu'elles séparent pour quelques heures, comme il arrive souvent, les membres de la famille, il faut qu'elles soient disposées de façon à ne pas retenir l'ouvrier loin de son foyer, à l'heure oii il y est rappelé par les repas et la réunion habituelle des parents et des enfants.
Il faut favoriser les distractions qui permettent l'assistance de toute la famille réunie, les divertissements scéniques, les concerts, les exhibitions de curiosités, d'art, de physique, etc., etc.
Un des grands soucis du patron sera d'éloigner l'ouvrier du cabaret ; certaines facilités de la vie matérielle que l'ouvrier trouvera dans l'usine, aideront à ce résultat. Les récréations honnêtes, organisées par le patron, y contribueront plus que tout le reste.
Ce qui doit le plus préoccuper le patron, en cette affaire des récréations, c'est l'organisation du dimanche.
Les patrons chrétiens y apportent le plus grand soin ; à l'édification et à la grave beauté des
offices religieux, à l'enseignement sérieux et touchant que l'Eglise distribue en ce saint jour, ils mêlent, avec un art charitable, les amusements honnêtes, les réunions instructives, les jeux dans lesquels les ouvriers montrent leur talent et leur adresse.
Le dimanche bien employé, c'est-à-dire consacré à Dieu directement dans les choses saintes, indirectement dans les délassements de la vie simple et honnête, c'est la condition première et la garantie du succès de toutes les œuvres de patronage.
1 1° La vie matérielle.
C'est par les œuvres de cette catégorie que le patronage s'est exercé d'abord. Parmi les industriels philanthropes, on s'est imaginé que c'était le seul mode de patronage à employer, qu'il suffirait à résoudre la question ouvrière, par le mobile de l'intérêt propre et par cette vertu, d'invention utilitaire, que tant d'économistes ont prêchée: la passion du bien-être.
Le dévouement charitable des patrons chrétiens a montré qu'il y avait à faire des choses plus utiles et plus importantes. Le progrès menaçant de la question sociale a fait comprendre, que ce n'était pas avec de pareils palliatifs qu'on remédierait à l'antagonisme des intérêts et des passions, et qu'on se préserverait de la guerre sociale qui en sera la conséquence inévitable.
I,es tKUVRES DE PATRONACK. 135
Les soins donnés au bien-être matériel des ouvriers ne sont pas tout le patronage ; ils ne sont même qu'un accessoire dans le patronage bien entendu, de même que l'aumône matérielle n'est que la moindre partie de la charité envers les pauvres. Néanmoins il est juste de dire que le vrai patronage, pas plus que la vraie charité, ne peut se passer du don matériel et de la sollicitude pour le bien-être physique de l'ouvrier.
Ces pratiques de patronage utilitaire ayant été fréquemment répétées, il est inutile d'entrer, sur cette matière, dans de grandes explications. Il nous suffira d'une simple énumération, accompagnée de brèves remarques.
En résumé, le patronage comprend, en ce genre, les objets suivants :
L'habitation de l'ouvrier, la construction de maisons saines et bien distribuées, pourvu que ce ne soient point des cités ouvrières, avec les inconvénients qu'elles présentent pour la conservation de l'ordre et des mœurs dans les familles.
Les soins de propreté ; — les bains, les lavoirs.
L'alimentation : — Les fourneaux économiques, les hôtelleries chrétiennes, qui joignent, à l'économie qu'elles réalisent, le grand avantage d'éloigner l'ouvrier des garnis et des cabarets où sa. santé et sa moralité courent les plus grands risques. — La vente à prix réduit, par les soins du patron, de certains objets de consommation.
Lorsqu'on procède dans la pratique de œuvre suivant les règles de la probité et de la délicatesse chrétien nés, on atteint un double résultat : d'abord on procure à l'ouvrier des produits de meilleure qualité, puis on le préserve de b tentation de l'achat à crédit.
Les combinaisons qui ont pour but de procurer les objets de consommation à prix réduits, peuvent prendre la forme de sociétés coopératives de consommation. Ces sociétés, lorsqu'elles ont été abandonnées à la direction tout utilitaire d'ouvriers n'ayant d'autre souci que l'accroissement de leurs jouissances, n'ont pas eu de succès durables. La cupidité et l'esprit de révolte démocratique les dénaturent, les désorganisent et les ruinent. Mais, lorsqu'elles s'inspirent des principes et des sentiments de la vraie mutualité, c'est-àdire.lorsqu'elies sont formées et conduites suivant l'esprit de la charité chrétienne, lorsqu'elles admettent l'influence et l'intervention du patron que la démocratie repousse comme ennemie, ces associations peuvent rendre aux ouvriers des services inappréciables; au lieu d'être des moyens de désordre et de révolte, elles créent un lien de plus entre les ouvriers et les patrons. La coopération, en elle-même, répond à une pensée de charité, et les patrons chrétiens commettraieot une faute s'ils la dédaignaient.
Les œuvres de patronage, fondées en diverses
LES ŒXJVRES DE PATRONAGE
régions, dans des situations souvent très différentes, prouvent qu'il se trouve aujourd'hui bon nombre de patrons ayant Tintelligence de leur devoir et des moyens de le remplir. Un jeune publiciste de talent, M. Paul Taillez, ancien rédacteur au Journal de Ronte^ a bien voulu se charger de dresser le tableau de ces œuvres. On trouvera ce tableau à la fin du volume, sous la forme d'appendice.
Coininent, pour que le patronage ait toute «on, eOlcacitë, il faut unir, dans l'association profes sionnelle, ou corporation chrëtienne, le patron fit
|£ patronage manquera d'efHcacité s'il : rapproche, dans des liens intimes, I !e patron et ses ouvriers. C'est la confiance réciproque qui en fait la puissance. Son but est de restaurer, de réorganiser la famille industrielle, et l'âme de la famille c'est l'autorité paternelle exercée, d'un côté, avec une douce et cordiale fermeté, acceptée de l'autre avec une déférence respectueuse, affectueuse et confiante.
Le rapprochement intime du patron et des ouvriers s'opérera par l'association professionnelle; autrement dit, par la corporation.
Pour opérer la transformation morale des populations ouvrières, et la reconstitution de l'ordre industriel, ce qui est l'œuvre finale du patronage, deux choses sont nécessaires :
En premier lieu, il faut établir l'accord dans Jes croyances et les prat\(\Qes ïe\\ç,\e\i5es et,
moyennant cet accord, l'unité morale du groupe industriel, et cela, tout en maintenant Ja position respective de chacun, l'ordre hiérarchique et les relations naturelles du travail.
En second lieu, i! faut que cette harmonie des âmes se manifeste et se réalise, en pratique, par des liens extérieurs et une organisation positive dans l'ordre des intérêts et de l'activité économique. De cette organisation naîtra, sous l'influence des sentiments religieux, l'esprit de corps ainsi que l'attachement à la profession et à l'atelier.
L'être moral de la corporation ainsi organisée nous offrira les deux éléments essentiels du composé humain, l'âme et le corps. La corporation ne sera dans ses conditions normales d'existence que si l'on y retrouve, en intime union, ces deux éléments constitutifs, comme on les retrouve en la personne de chaque homme.
Par cette institution de la corporation, c'est-àdire par l'association de toutes les forces, soit de direction, soit d'exécution, réunies pour la production dans un groupe manufacturier, la famille industrielle sera reconstituée. l!a bonne entente, fondée sur la mutuelle charité, aura pris la place de l'individualisme.
Aussi longtemps que vivront dans les populations ouvrières les instincts individualistes, tous les efforts du patronage échoueTDT\t, Ot^ ^^
triomphera de ces instincts malsains que par la double puissance de la communauté des aflêctions et de la communauté des intérêts, et ni l'une ni l'autre ne peuvent vraiment exister que dans la corporation.
D'ailleurs, on a pu le voir par ce qui précède, la plupart des œuvres que comporte le patronne, et les plus importantes, ne sont possibles, et, en tous cas, no peuvent donner tous leurs résultats, que par l'association des ouvriers sous la paternelle direction du patron. C'est l'union des forces ouvrières qui donne l'efficacité à la plupart des institutions par lesquelles l'ouvrier trouve assistance et sécurité pour l'avenir, et la corporation seule rend cette union parfaitement solide.
Le patron, avec les meilleures intentions, avec le dévouement le plus actif, avec les lumières les plus étendues, ne peut rien que par la bonne volonté de l'ouvrier. Il lui faut son concours affectionne, entier, constant. Ce concours sera-t-il tel, si les bons sentiments de l'ouvrier ne sont continuellement alimentés et fortifiés par les influences de la corporation? Si l'action du patron ne s'adresse qu'aux individus, elle sera faible et limitée comme tout ce qui est purement individuel : appuyés les uns sur les autres, s'encourageant entre eux, les ouvriers marcheront avec un ferme élan dans les voies indiquées par le patron. L'association, par ic'boTi ex.e.mçVc, le mu-
\ tuel contrôle, la constante émulation, accroîtra dans le groupe industriel toutes les forces du
bien, suscitées et dirigées par le patron pour l'intérêt commun.
La nécessité de réunir les ouvriers dans les liens de l'association professionnelle est universellement sentie. Une preuve en est le mouvement qui s'opère en faveur des syndicats ouvriers. Voici l'opinion qu'émettait, il y a quelques années, un écrivain très compétent en matière industrielle, et qu'on n'accusera pas d'esprit rétrograde. Le point de vue auquel s'est placé l'auteur des considérations que l'on va lire, est limité et incomplet, mais sur la nécessité de restaurer l'association professionnelle, ou corporation ouvrière, on ne peut être plus catégorique :
•ï La nécessité de s'entendre sur des questions d'intérêt professionnel, de faire face à des dangers pressants, contraint fréquemment les personnes exerçant une même profession, à se réunir, à nommer des délégués, des commissaires chargés de suivre certaines négociations d'intérêt générai.
de nombreux corps d'état ont fondé des
chambres syndicales, qui sont devenues aussitôt des rouages essentiels du mécanisme professionnel.
t Ces chambres vont se multipliant chaque jour, et à Paris on en compte au moins quarante à cinquante fort sérieuses. 11 n'est ç\\is àc cotça
142 CHAPIIHE XI.
d'état qui ne puisse aujourd'hui profiter de cette ' forme de groupement, pour employer la force de l'association et réunir les efforts de tous, lorsqu'il s'élève une question d'intérêt général.
« Que sont ces chambres syndicales nées, dans les diverses industries, de l'absolue nécessité pour chacun de ne pas rester isolé dans les questions d'intérêt général ?
« Ce sont des corporations libres, nullement obligatoires, des corporations ne pouvant gêner la liberté de personne, par suite auxquelles ne s'appliquent pas les reproches faits par Targot aux anciennes corporations, et qui peuvent reprendre les traditions de celles-ci pour faire renaître leurs créations utiles, analogues à celles que nous avons vues apparaître dans la grande industrie, rétablir les bonnes influences, la famille industrielle. On y était arrivé jadis par une organisation qui a duré quatre ou cinq siècles ; la force des choses y ramène d'une manière irrésistible.
4 Une condition essentielle pour que les chambres syndicales puissent rendre les services qu'on doit en attendre, est de reconnaître, comme établissements d'utilité publique, celles qui ont fait preuve de vitalité. Les revenus qu'elles pourraient réunir et capitaliser par des sacrifices des patrons, par des recettes spéciales, par les legs que peuvent leur laisser en movxtanX diis indus-
triels enrichis, ne peuvent fournir des ressources croissantes qu'autant que cette nouvelle mainmorte pourra être constituée solidement, afin de permettre d'utiles fondations ayant pour but d'alléger bien des souffrances, de créer des caisses de secours et de retraite, avec ou sans l'aide de l'État, mais avec le concours des ouvriers participants. Il n'est pas besoin d'âtre très familiarisé avec la vie des ateliers pour sentir que c'est ainsi que peut se reconstituer la famille industrielle, que c'est dans cette direction que se trouve la solution de la question ouvrière, autant qu'elle peut être résolue, c'est-à-dire, non pas de fournir le moyen de faire des rentes à tout le monde ; mais de bien multiplier les institutions qui perfectionnent, soutiennent, secourent intelligemment le travailleur, le font échapper à l'isolement qui le rend hostile à une société qu'il trouve dure i k son égard (^). »
Les syndicats purement ouvriers ne résoudront pas la question. L'expérience prouve qu'avec les instincts démocratiques qui ont envahi les classes ouvrières, ils ne seront que des machines de guerre contre les patrons. Leur conférer des droits spéciaux, ce serait accroître une force hostile à l'ordre régulier de nos sociétés.
Les syndicats sont excellents dans une asso-
I. Économie des tnachines il ties vianufacturis^ par Ch. Labouliiye, Paris, 18S0, p. 436 ^ 440.
ciation professionnelle où le patron a sa place aussi bien que l'ouvrier. Ils forment une des institutions principales de la corporation, telle qu'elle pourrait être sous l'empire des principes de hiérarchie et de charité qui régnent dans la vie chrétienne (").
En vertu du principe hiérarchique, et à considérer en fait les relations naturelles du groupe industriel, c'est au patron à prendre l'initiative de la création des corporations, c'est à lui qu'il appartient d'en réunir et d'en organiser les éléments.
Pour se guider dans cette œuvre le patron ne nianque pas de précédents. La corporation a été une des grandes institutions de nos sociétés chrétiennes.
Non qu'il s'agisse de nous rendre les corpsde métier tels qu'ils étaient dans l'ancien régime: Ni l'état des relations économiques en général, ni la condition des personnes, ne comportent, en notre temps, une restauration pure et simple des corporations industrielles.
L'organisation des métiers avait été, au moyen âge, l'œuvre des artisans eux-mêmes. La royauté,
I. M. Claudio Jannet, dans une remarquable élude sut les syndicats professionnels et la loi du 3i utars 1884, signale le rapprochement qui s'est opéré depuis quelque temps, ÎL Paris particulièrement, entre les syndicats de patrons et les syndicats d'ouvriers. — Voir la Réforme sûc/a/e, livraison du i*^ octobre tSS^.
en lui donnant la consécration légale, avait conféré aux classes ouvrières un immense bienfait. Excellente durant les premiers siècles, en parfaite harmonie avec les conditions du travail et les besoins du temps, la corporation avait à la longue dégénéré. Ceux mêmes qui en ont le mieux fait ressortir les mérites lui ont adressé de justes critiques.
Ce qu'il y avait d'excellent dans Tancienne corporation, c'était le lien de l'ouvrier au maître et la stabilité des engagements qui en était la conséquence. Outre le lien légal il y avait le lien charitable, qui était fondé sur les mœurs et qui donnait pleine efficacité à l'action de la loi (ï),
I. Sur la charité et son organisation dans les corps de métiers, M. Ch. Laboulaye fait ces intéressantes remarques :
< L'Église, autour de laquelle s'organisaient les confréries dans une société profondément religieuse, prélevait une espèce de taxe des pauvres qui sortait de la caisse de chaque confrérie. Cette caisse souvent désignée sous le nom de charité du métier, était alimentée par des retenues faites sur le salaire, les deniers à Dieu payés lors des transactions, et par les amendes. La taxe était permanente, et lorsqu'elle ne pouvait suffire aux nécessités, les corporations étaient autorisées à imposer sur chacun des confrères, mais toujours du consentement de la majorité^ une prestation extraordinaire, recouvrable, comme les impôts royaux, par voie de contrainte.
« Les institutions qui accompagnèrent la substitution du salaire et de la liberté au servage, tendaient à corriger les effets de l'isolement du travailleur émancipé dans les cas les pïus pénibles, et il n'y a pas eu seuYercvttvX. ^t?> ^n^x^-