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L'ASSOCIATION ENTRE PATRONS

Nous avons dit comment les réformes législatives sont nécessaires, pour lever les obstacles qui s'opposent au bien, pour donner aux industriels qui pratiquent le patronage Tappuî des pouvoirs publics, et leur assurer les moyens d'action indispensables. Ces réformes, auxquelles Tesprît révolutionnaire répugne si profondément, seront-elles jamais obtenues, si ce n'est par une courageuse et infatigable insistance des patrons? Et cette insistance, cette pression si légitime, comment sera-t-elle exercée avec énergie et sûitei si ce n'est par les forces associées des chefs d'industrie.?

Quant à l'organisation même du patronage, que de difficultés l'on rencontre! Il faut avant tout faire bien comprendre l'idée même de l'institution; il faut écarter les préjugés, dissiper les malentendus que suscite à dessein l'esprit d'individualisme utilitaire. Puis il y a à fixer les grandes lignes, les règles capitales, à établir l'unité d'action nécessaire au plein succès. Il y a en outre à s'éclairer sur mille détails qui peuvent être décisifs, lorsqu'il s'agit d'une œuvre embrassant toute l'activité industrielle, en même temps que les faits intimes de l'existence de l'ouvrier, dans l'atelier et souvent même hors de l'atelier. On se heurte en cettematière des difficultés de tout genre: difficultés sociales, difficultés ayant trait à l'ordre économique en général, difficultés techniques et

proprement industrielles, qui ne pourront être prévues et résolues que par les lumières réunies de tous les hommes compétents, et par leur application commune à les étudier et à les vaincre« Il ne se fera aucune entreprise sérieuse de réformation de notre ordre économique que par le patronage. Or pour instituer le patronage, pour lui faire prendre une certaine extension, pour lui assurer la solidité nécessaire, il faut, nous venons de le dire, comme première condition, l'entente des patrons. Mais ce serait peu d'une entente qui pourrait ne durer qu'un certain temps; il faut une entente continue, persistante, obstinée, et cette entente, la seule qui soit efficace, ne sera obtenue que par l'association. L'entente sans l'association pourrait susciter une action individuelle d'une certaine intensité; mais cette action faiblirait bientôt par la disparition successive de ceux qui l'exercent, si les vides que la mort fait dans leurs rangs n'étaient pas comblés. Est-il bien sûr qu'ils le seraient? On peut en douter si l'on considère la mobilité et la diversité des esprits, la faiblesse des volontés, plus grande de nos jours qu'en aucun temps. Il n'y a que les forces associées qui durent et qui répondent aux longsefforts requis pourles grandes œuvres sociales. On ne peut trouver ailleurs que dans l'association, c'est certain, une force d'impulsion assez énergique pour surmonter la force de résistance du milieu utilitaire et libéral

l'association entre patrons.

où nous vivons. Il n'y a pas à le contester, c'est une montagne d'opposîtions, de résistances, de difficultés d'ensemble et de détail, que rencontrent devant eux les hommes d'intelligence et d'action qui visent à la restauration du monde industriel par le patronage. Les difficultés, les résistances ne se présentent pas seulement à propos du mode d'organisation du patronage.

Elles surgissent, non moins graves, au point initial de l'entreprise, quand il s'agit de constituer l'association des patrons, par laquelle on peut espérer d'en triompher.

Ce n'est pas chose toujours facile que de rapprocher les patrons pour les unir dans les liens de l'association. Il y a les intérêts rivaux, les compétitions d'influence, les divergences de vues, qui peuvent rendre malaisée l'entente nécessaire, même parmi ceux que leurs dispositions générales n'éloignent pas de l'œuvre. Ajoutez un obstacle d'un autre genre : c'est que, particulièrement au début, vu la difficulté de réunir, dans la même localité, un nombre suffisant de chefs d'industrie possédant les qualités requises, et en mesure de fournir aux institutions de patronage les Ressources de tout genre qui leur sont nécessaires, il faudra que chaque groupe associé embrasse une région assez étendue.

Mais de tous les obstacles, le plus sérieux peut-être, c'est l'apathie générale, c'est l'indiffé-

rence pour le bien commun, fruit des dispositions utilitaires, que résume cette maxime souvent répétée, et d'une application malheureusement ordinaire aujourd'hui : «chacun chez soi, chacun

pour soi. »

Pour vaincre le préjugé qui fait considérer comme impossible toute réorganisation des forces industrielles, il faut le spectacle de Taccord établi entre un certain nombre, de Faction énergique et persistante d'un groupe notable d'hommes du métier ; la constatation des résultats positifs obtenus par le dévouement de ce groupe; il faut enfin le grand exemple des patrons associés, pratiquant le patronage avec l'intelligence que donne l'expérience de la vie industrielle, avec le sérieux et l'abnégation que donne la charité chrétienne.

Quand on aura sous les yeux des œuvres de patronage auxquelles l'association aura donné une importance considérable, on n'osera plus répéter que le succès de telles entreprises, dans les cas assez rares où l'on a pu le constater, s'explique par certaines aptitudes, certaines qualités toutes personnelles des patrons, par certaines dispositions exceptionnelles des populations, certaines facihtés que présente telle ou telle industrie; qu'à tout prendre, ce sont des œuvres louables sans doute, mais qu'on ne peut songer à les étendre et à les vulgariser. Qu'on réussisse à faire fonc-

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