L'ASSOCIATION ENTRE PATRONS
tionner régulièrement le patronage chrétien, pour un certain nombre d'usines, sous la direction d'un groupe notable de chefs d'industrie, et force sera bien aux hésitants, aux timides et aux détracteurs, de se rendre à l'évidence du fait.
Alors il sera permis d'espérer qu'il se formera une opinion, et qu'elle entraînera ceux-là même que leurs dispositions d'esprit laissent défiants en présence des initiatives généreuses qui ouvrent la voie.
Qu'il faut agir.
10 S sociétés sont tourmentées d'un malaise profond. L'inquiétude est leur état habituel. Par moments cela va jusqu'à l'angoisse. Le sentiment des périls de l'heure présente, celui des périls plus graves de l'heure prochaine, les jettent dans des troubles et des doutes voisins du désespoir.
Les peuples contemporains se sentent travaillés d'un mal qui prend son origine au fond des âmes, et contre lequel beaucoup de ceux-là mêmes qui en ont conscience, et qui en mesurent les conséquences, ne peuvent se décider à engager franchement la lutte.
L'oubli des pratiques religieuses, l'indifférence en matière de foi, l'audacieuse négation des vérités fondamentales de toute vie morale, n'ont laissé, dans !es cœurs vides de Dieu, qu'un immense désir des satisfactions terrestres. Cet emportement vers des biens qui ne s'offrent aux cupidités d'un monde enivré de sensualisme qu'en des proportions toujours limitées, a fait naître, par la rivalité des appétits, un individua-
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lîsme dont on demande la justification aux théories utilitaires. D'individu à individu, de classes à classes, il arme tous les hommes les uns contre les autres. L'intérêt propre, unique moteur de cette société matérialisée, rend légitimes toutes les compétitions, sous la seule restriction des menaces du code pénal. C'est, pour dire le vrai mot, un régime d'égoïsme, dans lequel chacun renfermé en soi-même, ne demande rien, pour son bien-être et son perfectionnement, qu'à son effort individuel, et n'attend rien que de l'assistance qu'il se prête à lui-même.
Telle est, dans tous les rangs, la loi de la vie moderne : la lutte pour l'existence, la lutte pour la jouissance, l'expansion sans mesure de toutes les puissances de l'individualité, dans les choses de l'intelligence comme dans celles de la matière; à tous les degrés de l'échelle sociale, la passion du luxe, lequel, sordide ou brillant, grossier ou délicat, suivant les conditions, satisfait l'orgueil et la sensualité d'une société où l'homme règne seul.
En ce monde utilitaire, toute idée de vie sérieuse est perdue. Le dévergondage de l'esprit accompagne celui des mœurs. Au milieu des étourdissements d'une fête perpétuelle, on se plaît à oublier que, pour nos sociétés, rien n'est moins sûr que le lendemain. Tandis que les salons savourent l'immoralité, plus ou moins élégante, du