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LE PATRON. II

l62 CHAPITRE XIII.

roman, du théâtre, du journal à tout dire, le peuple dévore les feuilles du trottoir et répète, dans ses cafés-concerts, les refrains éhontés d'une débauche imbécile.

Belle manière, vraiment, de passer la vie, lorsque Tagriculture s'éteint, lorsque Tindustrie languit, lorsque l'ouvrier n'a plus qu'un salaire insuffisant, s'il en a un, lorsque, par l'effet de la plus épouvantable crise économique que nous ayons jamais traversée, la gêne et la misère gagnent successivement tous les rangs, et infligent au peuple des souffrances que le souvenir de son luxe récent rend cent fois plus poignantes!

Car le peuple, hélas ! a son luxe, comme les riches ont le leur. Grands et petits, livrés, sous des dehors divers, aux mêmes égarements et aux mêmes vices, se redoutent, se jalousent et se détestent également. Entre ces hommes si semblables au fond, il y a un abîme, l'abîme de l'individualisme utilitaire. La société sent qu'elle peut s'y perdre, et elle ne trouve point en elle la force de le combler.

Il y a pourtant dans la société contemporaine une puissance qu'au milieu de ses ivresses elle voudrait ignorer, contre laquelle même elle proteste, lorsque, dans la mêlée, où s'agitent avec frénésie tous les égoïsmes, elle apparaît, austère mais toujours bienveillante. La charité, appuyée sur l'humilité et le détachement, répugne à ce

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monde qui ne vit que pour s'enfler et jouir. Elle seule, malgré tout, le sauvera, parce qu'elle seule est à même de guérir Tindividualisme utilitaire d'où nous viennent tous les périls.

Le mal est dans les âmes. C'est à la charité, puissance morale qui exerce son empire sur les âmes et les pénètre de ses douces influences, c'est à elle seule qu'il sera donné de le conjurer. Que feraient ici les pouvoirs publics ? Avec la contrainte dont ils disposent, ils peuvent, jusqu'à un certain point, limiter les ravages du mal et retarder la catastrophe, mais ce ne sera qu'un répit de courte durée. D'abord la puissance légale, à laquelle on fait trop souvent appel aujourd'hui, ne peut manquer d'être bientôt énervée par l'influence sans cesse grandissante de la maladie générale. Et d'ailleurs, eût-elle conservé son énergie, que pourrait-elle contre les doctrines dissolvantes qui pénètrent chaque jour plus avant dans les âmes, elle qui ne régit que les dehors de la vie? Comment s'y prendrait-elle pour tenir unis des éléments de l'ordre moral qu'aucun principe commun ne rapproche plus, et que les impulsions essentiellement divergentes des appétits, désormais sans frein, poussent fatalement à la séparation et à l'hostilité ?

C'est par la charité seule que les classes aujourd'hui divisées, trop souvent même ennemies, peuvent être réconciliées. Pour les ramener à l'union

et à la paix, il faut les ramener à la loi chrétienne. Il faut, qu'obéissant à cette loi divine, nous pratiquions la charité envers tous nos frères, et particulièrement envers ceux qui nous touchent de plus près.

Dans le monde industriel, où le mal de la séparation exerce le plus de ravages, et où il nous menace des plus terribles subversions, c'est le patronage qui sera le grand moyen de rapprochement et d'union.

Le patronage est un devoir général, qui peut être méconnu parfois, mais qui ne sera jamais aboli. Il est la conséquence de l'inégalité des conditions, fait vraiment général dans la constitution des sociétés puisqu'il est, comme l'ordre hiérarchique, de tous les lieux et de tous les âges. De tous les modes d'exercice de la charité, c'est à coup sûr le plus naturel. Il nous apparaît, dans l'état de nos relations sociales, comme la forme principale de l'action charitable.

Le patronage, c'est la charité suivant l'ordre hiérarchique, dans le cadre des rapports de la vie professionnelle. Or, le travail est la condition générale de l'homme; il le saisit, à chaque moment de son existence, par le côté moral de même que par le côté physique de son être. Aussi la charité, exercée dans les relations du travail, acquiert-elle une puissance d'action, de transformation individuelle et sociale, toute particulière. L'aurait-elle

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au même degré, si elle était pratiquée par des hommes qui ne se trouveraient point rapprochés, par les habitudes générales de la vie, de ceux à qui leur assistance s'adresse, et qui n'auraient sur eux aucune autorité spéciale?

Dans tous les rangs de la société, suivant la position de chacun, la pratique du patronage est un devoir à l'égard des hommes qui relèvent et dépendent, à des titres divers, d'un plus riche, d'un plus influent, d'un plus intelligent. Ceux qui possèdent les éléments d'une supériorité sociale, quelle qu'elle soit, en ont la charge, de par la loi naturelle aussi bien que de par la loi surnaturelle de la charité chrétienne.

Mais le patronage n'est pas un fait uniforme; il prend des caractères différents suivant qu'il est exercé par le propriétaire ou par le chef d'usine, suivant qu'il s'applique aux travailleurs des champs ou bien aux travailleurs de la manufacture ou des métiers; partout néanmoins il est nécessaire, partout il est conseillé comme une pratique urgente de la charité dans les circonstances présentes. Toutefois, il est plus spécialement et plus impérieusement requis aujourd'hui des chefs de l'industrie. En effet, c'est parmi les populations qu'ils occupent que se sont particulièrement développés l'incroyance et les vices qui répandent la misère, et c'est d'elles que viennent pour nos sociétés les plus graves appréhensions.

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Il n'y a point de patronage sans sacrifices, delà part du patron, mais ces sacrifices ont leur compensation. En accomplissant les devoirs qu'il impose, on ne sert pas seulement les ouvriers dont on améliore la condition, et la société que l'on sauve de l'individualisme, on se rend de plus service à soi-même.

Le patronage est profitable au riche comme au pauvre, au patron comme à l'ouvrier. La charité réagit des petits aux grands et remonte jusqu'à ceux qui l'exercent. La vie de l'homme qui lutte par le travail contre la pauvreté est, pour l'homme qui possède les facilités de la richesse, un enseignement d'une irrésistible puissance.

Que les propriétaires, que les patrons de l'industrie, se mêlent par le patronage à leurs ouvriers ; qu'ils restent moins enfermés dans leurs salons, qu'ils visitent davantage les champs et les ateliers; que de leurs yeux ils contemplent, couverts de la sueur du travail, les braves fils du peuple, accomplissant, par la peine de chaque Jour.de chaque heure, avec la joie intime du devoir vaillamment accepté, l'expiation dont la justice divine a chargé l'humanité; qu'ils méditent sur la force d'âme, la résignation, la féconde et tranquille patience que nous enseignent, par l'exemple, les hommes de labeur, aux prises, à tout instant, avec les plus rudes épreuves de la vie

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morale et matérielle. En face d'un tel spectacle, sous Tempîre de ces vivantes leçons, ceux, que les théories des moralistes et les exhortations des prédicateurs n'auront pu persuader, comprendront : que la vie légitime et saine ne peut être, ni la poursuite effrénée du gain, ni la savante recherche de plaisirs sans cesse variés; que ni la bourse, ni le café, ni le bal, ni le sport, ne suffisent à la remplir honnêtement ; que pour être digne, elle doit être sérieusement occupée ; que la vraie grandeur, la saine et réelle supériorité sociale, ont leur source dans le travail ; que là où le travail matériel n'est point une nécessité, le travail de la charité s'impose; que pour tous, à tous les degrés de l'existence sociale, il y a nécessité d'accepter et de pratiquer cette dure mais féconde loi de la vie difficile, dont l'humanité porte le joug depuis que la justice divine lui a fermé l'Eden ; que la séparation des hommes, composant une même société,en classes qui jouissent et en classes qui travaillent, est contre nature, et que, tôt ou tard, lorsque la nature est méprisée, elle sait, par quelque secousse radicale, ressaisir son équilibre et remettre toutes choses dans leur ordre régulier. Que les hommes qui disposent de l'influence et de la richesse fassent retour à ces vérités, jadis connues de tous, aujourd'hui presque effacées des esprits par les préoccupations utilitaires ; que, sous la conduite de l'Église, dépositaire de

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toute grâce et de toute justice, ils y conforment leur vie publique et privée, et il ne faudra pas un temps bien long, pour que les classes soient réconciliées, et pour que Tindividualisme soit vaincu.

Coup d'oeil sur les plus récentes applications du patronat chrétien,

A théorie du patronat chrétien, telle qu'elle est exposée en cet ouvrage, a déjà reçu, le lecteur le devine, plus d'une application pratique.

Sans doute, il est bien peu d'industriels qui, comprenant dans leur intégrité les devoirs de patronage, et se trouvant en mesure de pouvoir les exercer tous, présentent dans leurs usines un ensemble de pratiques aussi complet que celui dont ce volume indique les avantages.

Mais de nombreux patrons déjà se sont appliqués à mettre,sur plusieurs points, leur conduite d'accord avec le devoir et l'intérêt bien entendu; et çà et là, sur le sol si fécond de l'industrie française, il n'est pas malaisé de découvrir, soit des vestiges de l'ancienne organisation ouvrière, soit des essais de retour aux coutumes qui ont assuré naguère la paix sociale, sur la base du dévouement chrétien et de la mutualité.

Il a paru intéressant de grouper à cette place quelques exemples.

On n'a pas eu la prétention de procéder à une enquête dont les résultats eussent été définitifs, et où la statistique eût trouvé son compte.

On s'est borné à résumer les indications fournies, depuis quinze ans, dans les assemblées où les catholiques ont traité des rapports entre patrons et ouvriers.

Si restreint que soit le nombre de ces indications, le lecteur y trouvera de quoi réfuter Tobjection que pourrait rencontrer Fexposé qui fait le fond de ce volume : « La théorie est vraie, dirait-on ; la pratique est-elle possible ? » Les exemples indiqués ci-dessous répondent affirmativement à cette question, et ceux-là seuls pourraient désormais se refuser à remplir les devoirs du patronat, qui manqueraient de courage et de résolution dans l'accomplissement de leur tâche.

La marche suivie dans cet appendice n'est autre que celle qu'adopte l'ouvrage lui-même, au chapitre des Besoins auxquels doivent répondre les diverses œuvres de patronage.

Nous rencontrons tout d'abord l'observation du repos dominical. En dépit de certaines difficultés d'ordre économique, ce repos s'observe en maint atelier, et l'énumération que nous pourrions donner à cet égard dépasserait à coup sûr les bornes que nous nous sommes assignées. Du moins voulons-nous établir, par quelques exemples, combien le repos dominical est possible, là où l'autorité du patron s'est résolue à prendre une initiative commandée à la fois par la loi religieuse et par des considérations d'ordre purement hygiénique et humain.

Dans un rapport rédigé, sur cette question capitale, pour la commission industrielle de \ Œuvre des Cercles catholiques^ M. de Vilmorin a tiré, de nombreux faits d'expérience, cette conclusion que, si l'arrêt complet du dimanche rencontre parfois de sérieux obstacles dans l'application, l'arrêt de la journée, de six heures

du matin à six heures du soir, est possible, relativement facile, et présente même, au point de vue industriel, des avantages qui atténuent considérablement les frais qu'entraîne un tel arrêt.

En avril 1878, une commission consultative d'enquête sur réconomie sociale chrétienne, adopta un rapport de rhonorable M. André sur le repos du dimanche dans les usines à feu continu de la métallurgie. Dans ce rapport, s'appuyant sur des faits vérifiés dans le Nord, chez M. Morel-Sepulchre, dans le bassin de la Loire, chez M. André Neyrand, dans la Champagne, chez M. Lemut, M. André constatait, après une démonstration toute technique, qu'au point de vue économique, les charges afférentes au système de l'arrêt hebdomadaire sont nulles, qu'il y a même avantage à y recourir, si l'on tient compte de la régularité du travail, et de la diminution des déchets et causes d'accidents.

D'une autre note, communiquée à la commission industrielle de \ Œuvre des Cercles^ par M. de la Martellière {Association catholique^ mars 1879, p. 470 et suiv,), il résulte que le repos du dimanche est observé avec avantage aux fourneaux de Frouard, près Nancy, et d'Outreau, près Boulogne-sur-mer, appartenant à la société dis Montataire.

Aux forges d'Uza, que le marquis de Lur-Saluces possède dans les Landes, tous les feux d'affinerie sont éteints le samedi soir à onze heures. Les hauts-fourneaux ne restent en feu que pour descendre quelques gueuses dont la coulée exige très peu de temps et n'emploie qu'un petit nombre d'ouvriers, lesquels, en tout cas, jouissent d'une liberté complète au moment des offices.

Dans la fonderie de M. François Calla, à Paris, les

bureaux et ateliers sont fermés le dimanche, sans préjudice aucun pour les intérêts de la production.

Les sucreries exigent un travail continu. Cependant, M. Louis Dervaux-Ibled, secrétaire-adjoint du comité central des fabricants de sucre, et fabricant lui-même à Wargnies-le-Grand, dans l'arrondissement d'Avesnes (Nord), arrête son usine le dimanche, de six heures du matin à six heures du soir. Cet honorable industriel n'a pas tardé à remarquer que, si ce repos occasionne une perte, il y a de réelles compensations. La visite, le nettoyage et la léparation des machines et appareils s'opèrent le dimanche, et ne nécessitent plus, comme autrefois, une suspension du travail à l'occasion d'un accident imprévu. D'autre part, le travail du lundi, qui naguère était défectueux, est aujourd'hui excellent

La faïencerie de MM. J. Veillard et C'% à Bordeaux, donne le même exemple. Les quinze cents ouvriers de cet teusine chôment le dimanche. On n'en retient qu'une vingtaine pour l'indispensable entretien des fours où se cuit la faïence.

La cristallerie de Clichy, dirigée par M. Maïs, comptait en 1874 trois cents ouvriers et consommait journellement 15000 kilogs de combustible. Or, elle a introduit dans ses ateliers la suspension du travail depuis la première heure du dimanche jusqu'au lundi, à six heures du matin. Le directeur s'est mis d'accord avec l'autorité ecclésiastique pour régler la besogne qui demeure nécessaire le jour du repos.

Dans le Limousin {Saint-Yrieix, Coussac-Bonneval, etc.), la plupart des fabricants de porcelaine observent le repos du dimanche dans leur industrie. Une note d'un fabricant, M. Redon, communiquée à la commission industrielle de YŒuvre d'.s Cercles, établit (Assoc. cath., mats 1879, p. 474, et suiv.) que ce repos,

loin de nuire aux intérêts de Tindustrie, leur est extrêmement avantageux.

La papeterie de Bousbecque (Nord), dirigée par MM. Dalle frères et Lecomte, s'arrête le samedi à minuit et se remet en marche le dimanche à minuit.

A Paris, où Ton commence à ignorer presque généralement le chômage du dimanche, grâce surtout à la déplorable abrogation de la loi de 18 14, on peut citer encore d'honorables exceptions. Ainsi en est-il des ateliers et manufactures de MM. Sarcot, d'Hamelincourt, Laroque-Jaquemet, Balsan, Bresson, Bouchacourt, Desfourneaux, etc.

Un exemple qui revêt une importance toute particulière, c'est celui qui nous est fourni par six tissages mécaniques de Roanne, qui ont assuré l'intégrité du repos du dimanche par le chômage du samedi soir.

C'est d'une pensée analogue que se sont inspirés nombre de patrons de Lille, lorsque, d'un commun accord, ils ont, le Samedi-Saint, congédié leurs ouvriers vers le milieu du jour, pour leur permettre de se préparer sans encombre à l'accomplissement du devoir pascal.

A propos de la recommandation que fait cet ouvrage d'exposer, dans les lieux où le travail s'exerce, des emblèmes religieux, notons ce fait tiré d'un rapport communiqué naguère à une assemblée générale de V Œuvre des Cercles par M. l'abbé Fichaux, du comité des patrons de Tourcoing :

« Des crucifix ont été placés dans toutes les salles de plusieurs ateliers de Tourcoing, et ont été accueillis avec respect par les ouvriers qui se trouvent même relevés, en quelque sorte, par la présence, dans le lieu de leur travail, de ce signe de piété. »

Le concours des religieux et religieuses, pour toutes les œuvres à faire à Tusine, est fécond en précieux résultats. Nous en donnerons deux exemples.

Depuis 1853, les établissements métallurgiques qui occupent 2500 ouvriers à Denain et à Anzin, mettent les Sœurs de charité en rapport avec les familles ouvrières, pour toutes les œuvres que comportent le soin des blessés, la direction d'asiles et d'écoles de filles et de garçons, la visite des familles à domicile, la gestion d'un magasin de vivres et de vêtements.

Dès 1875, cette organisation exigeait un personnel de vingt-six sœurs, habitant l'intérieur de l'usine.

Chaque usine possède un asile, une classe de jeunes garçons et déjeunes filles, une classe de garçons et filles plus âgés, une' classe d'adultes, un ouvroir, une réunion dominicale, une chapelle qui réunit enfants et parents. Certains jeunes adultes ont été parfois admis dans les bureaux de l'administration, grâce aux éléments d'instruction que leur avaient procurés les sœurs. En 1875, le personnel des écoles, ouvroirs et asiles des usines atteignait environ 1200 enfants.

L'ouvroir devient un atelier 011 la famille trouve un salaire par le travail de confection qui alimente le magasin de vêtements. La société livre au prix coûtant les produits de cet atelier. (Note communiquée au Congrès catholique de Lille, en 1875, p. 235.)

A Lille, MM. Ph. Vrau et O^, fabricants de fils à coudre, ont eu recours aussi au dévouement des Religieuses. Des Sœurs de la Providence remplissent chez eux leur bienfaisante mission à l'intérieur de l'usine, pendant toute la durée du travail industriel. Suppléant le patron dans la surveillance des ateliers, elles le représentent surtout pour l'influence religieuse à exer-

cer sur les ouvrières. Elles ont congé les mêmes jours et aux mêmes heures que le personnel dont elles s'occupent. Elles emploient ce temps libre en bonnes œuvres pour elles-mêmes et pour leur famille industrielle.

Elles ont toujours exercé facilement leur précieuse influence, et elles sont fort bien accueillies par les ouvrières comme par les surveillantes. Le rôle de ces dernières n'est nullement amoindri mais complété, même au point de vue professionnel, et leur action est soutenue par le bon esprit que les sœurs développent dans Tatelier. Les chefs de cette maison n'hésitent pas à reconnaître que ce bon esprit influe de la façon la plus heureuse sur la qualité du travail et contribue ainsi très manifestement à l'amélioration des produits.

Enfin il y a lieu d'ajouter une observation dont nos lecteurs apprécieront la portée, c'est que MM. Ph. Vrau et C^^ ont, dès le premier jour, trouvé les sœurs tout à fait à la hauteur de leur tâche, que leur intervention, même dans les détails matériels, n'a jamais donné lieu à des difficultés, et que, dès lors, un grand nombre de congrégations de femmes pourraient, sans inconvénients pour elles-mêmes et pour les maisons qui les utiliseraient, suivre l'exemple des sœurs de la Providence, de Portieux (Vosges), et joindre à leur mission celle de la surveillance des ateliers.

La diffusion des bons livres figure parmi les pratiques recommandées en vue du développement intellectuel ou professionnel des ouvriers.

U Associai ton des patrons catholiques de Lyon a pu tout particulièrement pourvoir à cette nécessité, grâce à la patiente et ingénieuse activité d'un de ses membres qui, après avoir réuni à cet effet jusqu'à neuf mille

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bons livres, les a l^ués à VAssodatiûm, à charge d'assurer aux oufriers le service gratuit de cette bibliothèque.

Dans les mioes de la compagnie dWnzin, un service médical est organisé pour les ouvriers ; ce service compte six médecins principaux et quatre médecins adjoints qui donnent leurs soins à tous les ouvriers mineurs malades ou blessés dans les travaux, à leurs familles, à leurs enfants, aux ouvriers des divers services du jour blessés dans l'exercice de leur profession. En outre, on distribue des médicaments et des secours alimentaires.

Après les cas de maladie, le cas d'incapacité absolue de travail sollicite l'attention. Mentionnons l'initiative, commune d'ailleurs à bien des patrons, qui a été prise à Paris par r Association catholique et professionnelle des orfèvres, bronziers, bijoutiers, joailliers et horlogers ; cette association a fondé en 1880 une caisse, qui, outre les secours prévus par toutes les sociétés, accorde une indemnité supplémentaire : 1° à l'ouvrier malade dont le travail entretenait soit des enfants en bas âge, soit des parents vieux ou infirmes ; 2° à l'ouvrier retenu loin du travail pendant les exercices militaires.

Puisque cet alinéa est relatif aux choses de la santé et de la maladie, rappelons ici ce trait : l'Académie de Médecine de Paris ayant mis au concours l'étude de la phtisie, l'auteur du mémoire qui a obtenu le prix insiste sur ce fait que « le meilleur moyen de conserver la santé dans les générations ouvrières est l'observation de la morale évangélique ».

Quelques indications sur les moyens d'encourager l'économie et la prévoyance parmi les ouvriers.

U Association des patrons catholiques de Lyon, dont nous parlions tout à Theure, a constitué dans divers quartiers des succursales officieuses de la caisse d'épargne de la ville ; ces succursales offrent à tous les déposants appartenant aux patronages et autres œuvres catholiques, une prime qui consiste à porter en leur faveur à 5 °/o le taux d'intérêt donné par la caisse. La même association a établi une caisse de prêts dont les conditions sont aussi désintéressées que possible.

A Montpellier, V Œuvre du prêt gratuit existe depuis deux siècles. M. le marquis Anatole de Ségur en explique le fonctionnement d'une façon très complète dans V Association catholique, numéro de février 1878.

Citons aussi la Banque populaire, fondée à Arras en 1880, et dont les statuts, très approfondis, ont été publiés par la même Revue, numéro de mars 1880, p. 492 et suiv.

Mais, au premier rang des combinaisons mises en œuvre pour propager parmi les ouvriers le sentiment de l'économie, ou pour garantir les intérêts qui lui sont propres, il faut placer les institutions économiques établies à Angers par le R. P. Ludovic de Besse, des frères mineurs capucins, dont l'ensemble forme V Œuvre de la protection du travail chrétien. (Voir V Union économique du 2 juillet 1883.)

* * Les caisses de retraite sont plus connues. Citons

trois exemples importants :

La maison de Wendel dirige, en Lorraine, trois groupes de forges, Hayange, Moyeuvre, Stiring-Wendel, et les houillères de Petite-Rappelle; en Prusse, les fours à coke de Hirschback; en Belgique, les fours à coke de Seraing : au total, neuf mille ouvriers. Elle a établi des pensions pour tout son per-

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